Le cancer pédiatrique au départ : l’impact du diagnostic

By 15 February 2013

III.1.1 Le cancer au départ : l’impact du diagnostic

Ainsi, le cancer étant une sorte de « révolution psychologique », les inquiétudes principales sont, dans leur principe, existentielles (RAZAVI, DELVAUX et COCK, 2002, p.70; SHANDS,

1966). Quand on parle des enfants cancéreux, le processus de bouleversement émotionnel est transféré aux parents : les mères, par exemple, peuvent s’interroger sur d’éventuelles erreurs commises avant, pendant et après la grossesse en ne s’exemptant ni de la responsabilité ni de la culpabilité que fait naître en elles la maladie de leur enfant. C’est à un ensemble de sentiments inattendus que les parents doivent faire face et s’adapter avec le temps.

Chez l’enfant, l’incidence est plus grande dans la première année de vie, avec un sommet à l’âge de 2-3 ans, suivi par un déclin jusqu’à l’âge de 9 ans et ensuite une augmentation progressive pendant l’adolescence (SMITH et RIES, 2002). Les tumeurs de l’enfance ont habituellement une localisation anatomique profonde. L’observation clinique des symptômes et les techniques de détection précoce, si utiles dans quelques néoplasies chez les adultes, restent ainsi peu utiles. C’est la raison pour laquelle, malheureusement, les tumeurs chez l’enfant sont découvertes habituellement de manière fortuite et le plus souvent, dans une phase avancée de la maladie (MERINO et SÁNCHEZ, 2005).

80 Action Mondiale contre le cancer- version révisée 2005, p.6,7 sur www.who.int/topics/cancer/fr/ , données du CIRC- Centre International de Recherche sur le Cancer, Globocan, 2002 et OMS,2004

En outre, le diagnostic peut être erroné. Les manifestations cliniques les plus courantes ne sont pas spécifiques à l’enfance (fièvre intermittente, perte de poids, irritabilité et état de malaise) car il n’est pas toujours facile de faire le diagnostic différentiel. L’établissement d’une bonne relation professionnel-parent doit être bien affermi pour que le parent se sente à l’aise et puisse discuter de toutes les manifestations observées chez l’enfant. Celui-ci n’est pas toujours capable d’exprimer tout ce qui permet de faire un diagnostic et le médecin peut alarmer le parent de façon maladroite et peu sûre, en faisant état de ses suspicions relatives à un cancer (MERINO et SÁNCHEZ, 2005).

Le fait que la cinétique cellulaire des tumeurs enfantines a un développement très rapide et une fraction cellulaire de croissance très élevée a pour conséquence une grande facilité d’invasion diffuse dans différents organes et dans de multiples tissus dès les premières phases de la maladie. Cela peut aussi surprendre la famille et le pédiatre, vu qu’il pourrait avoir consulté l’enfant quelques jours avant le diagnostic, pour une raison quelconque, sans avoir rien vu qui annonce un cancer. En revanche, cette vitesse cellulaire facilite la réponse thérapeutique du traitement (MERINO et SÁNCHEZ, 2005).

La période de crise qui suit le diagnostic du cancer crée une série de réponses, considérées comme courantes dans ce cadre et la première étape, la réponse initiale, est alors caractérisée par l’incrédulité et le déni quant à la vraisemblance du diagnostic (Cf. Tableau 9). Ensuite, le patient passe à un état d’anxiété extrême, de dépression et apparaissent des symptômes d’anorexie et d’insomnie, surtout dus aux pensées qui se donnent pour horizon la mort et l’impuissance face au diagnostic. La dernière étape concerne l’adaptation au traitement et les caractéristiques qui se rapportent au coping du patient. On constate encore que cette série de réponses (incrédulité-dysphorie-adaptation)- même si elles arrivent chacune à un moment donné- fait souvent suite aux nouvelles crises qui jalonnent la maladie et la dépression devient plus intense après la réception des informations sur les rechutes, la progression de la maladie ou l’échec du traitement (HOLLAND et FREI, 2003, p.1040,1041).

Phase Symptôme Intervalle de temps
I. Réponse initiale Incrédulité ou déni ou désespoir Normalement, moins d’une semaine
II. Dysphorie Anxiété, humeur dépressive, anorexie, insomnie, faible concentration Normalement, 1-2 semaines, mais il peut varier
III. Adaptation Accepte la validité des informations et commence à se préoccuper des choix disponibles; trouve des raisons d’être optimiste Normalement, 2 semaines, mais l’adaptation continue pendant les mois suivants; elle peut ou non déboucher sur un succès

Tableau 9 : Réponses normales faisant suite aux crises dues au cancer (adapté de HOLL AND et FREI, 2003, p.1040)

Le diagnostic d’un cancer déclenche une crise individuelle et interpersonnelle : après la suspicion et la constatation. Le cancer existe quelque part dans le corps, structure considérée autrefois comme une forteresse, maintenant bombardée par une maladie qui peut atteindre en silence des organes vitaux, en prenant des voies différentes et non prédéfinies qui laissent parfois l’individu sans réponse possible. C’est un moment où l’individu, voire même sa famille doivent se resituer.

La vulnérabilité revient, cette fois-ci, de façon plus forte car le patient et la famille n’ont plus de doute, la possibilité de ne pas être malade est évacuée. Des questionnements sur le futur, sur la durée de vie escomptée et sur la mort prennent place à côté des relations habituelles (la famille, le travail et la vie sociale) et on observe ainsi l’occurrence temporaire ou continue de détresses émotionnelles (RAZAVI et DELVAUX, 2002.).

Il ne faut pas oublier que le moment où l’on découvre la maladie chez soi peut coïncider avec un moment encore plus pénible : la mort du patient. Il se passe alors que la fin des solutions, du traitement et ainsi de la vie arrive si rapidement que le patient et son entourage se trouvent encore psychologiquement dans la phase du diagnostic. Or, la mort implique la perte, la séparation, phase dans laquelle le cancer constitue une « menace pour les liens d’attachement » (RAZAVI, BREDART,DELVAUX et HENNAUX, 2002, p.217).

Par conséquent, pour les praticiens et l’entourage médical, cette phase de diagnostic doit être comprise comme le début d’une adaptation psychologique dans laquelle, outre les facteurs psychologiques qui interfèrent avec le délai du traitement, les aspects psychosociaux et éthiques de la cancérologie sont également pris en considération. Ces variables sont alors fréquemment sous- estimées et/ou surestimées chez les cliniciens, d’où l’importance de bien connaître les réactions psychologiques dans ce métier (SILBERFARB et GREER, 1982; DEROGATIS, ABELOFF et McBETH 1976 ).

Lire le mémoire complet ==> (Les facteurs psychologiques impliqués lors des soins dentaires aux enfants brésiliens )
Thèse de doctorat en psychopathologie et psychologie clinique – Ecole Doctorale Cognition, Langage, Interaction
Université PARIS 8- VINCENNES-SAINT-DENIS