La maternité des adolescentes en France : profils et problèmes

By 22 February 2013

1.5.La maternité des adolescentes

1.5.1.Le taux et la proportion de grossesse chez l’adolescente

Le taux de grossesse chez les adolescentes correspond au nombre total de grossesses (naissances, interruption volontaires et les fausses couches spontanées) pour les jeunes femmes de 10 à 18 ans, sur le nombre de femmes appartenant à ce groupe d’âge. Ce taux est exprimé pour 1000 personnes.

En 1998 [17], en France métropolitaine, le taux de grossesse est de 24‰ et environ 1/3 sont menées à terme (8,6‰).

En 2008, en France métropolitaine, le taux de naissance chez les adolescentes est de 8,2‰ [26]. Ce taux est donc stable depuis 1998 et fait partie des plus faibles taux de naissance chez les mineures parmi les pays d’Europe. La Suisse détient le taux le plus faible (4,1‰ et le Royaume-Uni est quant à lui le pays d’Europe ayant le taux de naissances le plus élevé (25,9‰). Cependant ce taux reste modeste lorsqu’on le compare à celui des Etats-Unis, avec près de 54‰ en 1997 et 48‰ en 2000 ou celui de la Russie avec 45,6‰ en 1997 [26].

La proportion des grossesses chez les adolescentes se définit comme le nombre de naissance chez les adolescentes, sur le nombre total de naissances pour un pays donné. En France, en 1997, nous admettons que les adolescentes représentent 4,9% des femmes enceintes, 4% avortant et 0,9% menant leur grossesse à terme. Le chiffre de la proportion des naissances chez les adolescentes a beaucoup baissé de 1976 à 1992, passant de 3,6% à 1%. Il s’est ensuite maintenu aux alentours de 0,85% entre 1992 et 1998 [27]. En 2001, la proportion de grossesses chez les adolescentes en France est d’environ 0,6% [28].

Nous estimons, en 2008, le nombre de naissances chez l’adolescente à 4500 [15] sachant qu’il y a 783500 naissances en France métropolitaine, la proportion de grossesses menées à terme chez les adolescentes est de 0,6 %.

En France, les naissances chez les adolescentes sont en décroissance depuis plusieurs années ce qui montre l’efficacité de la prévention mise en place et l’accès à l’IVG rendu plus facile.

1.5.2.Différents profils chez les adolescentes enceintes

Il est important de comprendre que les facteurs influençant la sexualité précoce et non protégée chez les adolescentes incluent des caractéristiques individuelles ainsi que des facteurs environnementaux. Il existe tout de même certaines caractéristiques propres à cette période de transition que l’on retrouve d’un adolescent à l’autre [29].

La plupart des adolescents ne savent pas concevoir le futur et n’anticipent pas les conséquences de leurs actions. Ils sont, en général, peu motivés à faire un choix de carrière réaliste et à s’impliquer sur le plan scolaire. Ensuite ils s’imaginent, par exemple, que les relations sexuelles protégées ne sont pas aussi agréables ou qu’il n’y a pas de risques de grossesse ou d’IST s’ils se lavent immédiatement après. La croyance la plus répandue auprès des adolescents est que des événements aussi malchanceux que la maladie et la grossesse ne peuvent leur arriver [29].

Cependant, il faut souligner que ce n’est pas que par insouciance, que les adolescentes, prennent des risques. La grossesse et la maternité sont souvent perçues comme signes d’indépendance et de détachement de leurs propres parents. En effet, d’après plusieurs auteurs français [3, 23, 30], la survenue d’une grossesse à l’adolescence n’est pas le résultat d’un accident. En dehors des situations de viols et de relations incestueuses, « il serait tout à fait exceptionnel que les adolescentes deviennent mères par ignorance, naïveté, ou par inaptitude à utiliser les moyens de contraception. » d’après P. Faucher [31].

Des facteurs d’ordre psychologiques interviennent dans la survenue de ces maternités adolescentes. Cependant, il existe indiscutablement un contexte social et familial à haut risque de grossesses précoces [32, 29].

D’après D. Marcelli trois profils types sembleraient exister [30]. La grossesse comme vérification de l’intégrité du corps et des organes de la reproduction; la grossesse comme « prise de risque », dont l’objectif est de mettre le corps en danger; et enfin la grossesse, ou encore le désir d’enfant, comme recherche d’un « objet » de comblement des carence de l’enfance.

*La grossesse comme vérification des organes de la reproduction ou grossesses « culturelles ».

Dans ce cas, la grossesse permet de rassurer la capacité de procréer et permet d’accéder à la fonction maternelle. Ce type de grossesse se retrouve plus souvent dans les milieux traditionnels africains, maghrébins, gitans… Elles peuvent être définies comme des grossesses « culturelles » [17]. Ces grossesses correspondent à un passage du statut d’enfant à adulte et sont attendues par une famille, un couple, un clan. Elles se déroulent d’une façon très simple la plupart du temps alors qu’elle devient un véritable drame dans les milieux où les pressions religieuses pèsent lourdement sur la liberté des jeunes filles [32].

*La grossesse « prise de risques »

Ce type de grossesse est la conséquence d’une conduite à risque chez les l’adolescentes par une attaque directe de leur corps [17, 23]. L’adolescente attaque son corps car il est source de souffrance. Alors que les garçons « choisissent » des conduites à risque social, les filles se tournent vers l’attaque directe du corps (tentative de suicide, troubles du comportement alimentaire, grossesse, IST) [31]. Ces grossesses surviennent chez des adolescentes scolarisées, étudiantes, vivant chez leurs parents. Elles sont accidentelles mais survenant dans le cadre d’une sexualité non protégée ou mal protégée connue de la jeune femme. Parfois ces grossessessont vues comme une solution pour l’adolescente d’échapper à une scolarité, à un milieu familial perturbé.

Ces adolescentes sont généralement prises en charge par leur famille et la grossesse aboutit soit à une IVG si le diagnostic est fait précocement soit par une naissance si le diagnostic est fait tardivement (ce qui correspond à un ratage d’IVG). Le nouveau-né est accueilli dans la famille mais la précarité est aggravée et le père est absent la plupart du temps.

*La grossesse par désir d’enfant pour combler une carence affective.

Ce type de grossesse survient chez des adolescentes en grande précarité, en échec scolaire ou professionnel, en rupture avec leur famille. La grossesse est vue comme l’obtention d’une fonction sociale, de réussir quelque chose, de se valoriser, de bénéficier d’une aide sociale (revenu mensuel de parent isolé). Ce sont souvent des adolescentes en manque d’affection, qui présentent une carence ou une négligence éducative de la petite enfance; c’est l’enfant qui vient compenser les angoisses dépressives et la sensation d’abandon.

Du fait de la vulnérabilité dans laquelle se trouve l’adolescente, les grossesses sont mal suivies [17]. L’insuffisance du suivi correspond aussi au comportement à risque de l’adolescente(autodestruction).Toutcommelestroublesalimentaires(boulimie, anorexie…), la tentative de suicide et la prise de produit nocifs voir illicites (tabac, alcool, drogues), la grossesse est, dans ce cas, une manifestation du mal être de l’adolescente. Une des conséquences des souffrances vécues par l’adolescente et de son sentiment de mal être est la mise en danger de l’enfant après sa naissance. La maltraitance de l’enfant est plus fréquente, ainsi que la mort subite du nouveau-né due à une mauvaise adaptation de la jeune mère aux besoins de l’enfant.

Sur le plan pratique, l’état psychologique de l’adolescente est donc très important à évaluer pendant la grossesse pour pouvoir porter un pronostic sur la qualité des relations ultérieures entre la mère et son enfant.

1.5.3.Les problèmes posés par la survenue d’une maternité précoce

Selon l’organisation mondiale de la santé (OMS) [33], la fécondité en dessous de l’âge de 18 devrait être l’objet d’une attention particulière puisque cette grossesse accroît les risques médicaux, psychologiques et sociaux, à la fois pour la mère et l’enfant.Cette recommandation a été confirmée par les études de plusieurs auteurs [5, 34–39]. D’autres obstétriciens comme Faucher et al [31], certains pédiatres ou psychiatres spécialisés [8, 30, 34] sont venues nuancer les risques d’une grossesse précoce lorsqu’un suivi précoce et régulier est réalisé. En France, ce sont surtout les risques psychologiques et sociaux qui préoccupent les pouvoirs publics et les professionnels. Cette préoccupation se reflète dans les dispositifs législatifs et réglementaires de protection de la maternité et des enfants.

1.5.4.Conclusions du rapport effectué par le Pr M.UZAN

A la demande du ministère de la santé, Mme le Pr M. Uzan a publié un rapport [5] ayant pour but de faire des propositions à partir de l’expérience d’un établissement de gynécologie-obstétrique appartenant à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris en Seine St- Denis qui disposait d’un centre de protection maternelle et infantile ainsi que d’un centre de planning.

Les données disponibles concernant les grossesses des mineures âgées de 12 à 18 ans (en tenant compte de la minorité à l’âge du début de grossesse) ont été analysées. En ce qui concerne les grossesses poursuivies par les adolescentes, 102 adolescentes ont accouché entre le 1er septembre 1994 et le 28 février 1998. Après avoir étudié les caractéristiques des adolescentes qui accouchent les constatations suivantes ont été faites : les adolescentes ont un suivi tardif, ce sont des primipares pour la majorité, beaucoup d’entre elles ne sont pas assurées sociales et il y a deux fois plus d’accouchements prématurés mais à peine plus de retards de croissance intra-utérins. Par contre, ces adolescentes accouchent très naturellement et par voie basse.

L’accent a été mis sur l’hébergement à la sortie de la maternité et sur le suivi post natal nécessaire pour accompagner la relation mère-enfant.

Le Pr M. Uzan conclut en insistant sur la contraception qui est le seul moyen de vivre de façon plus adaptée l’étape de l’adolescence pour éviter l’adolescence avortée [5]. Une campagne d’information a d’ailleurs été effectuée en 2000 suite à ce rapport. L’objectif était de réaffirmer le droit à la contraception, d’informer sur les différents moyens existants et sur les lieux d’information et de prescription. Et, parallèlement, il est apparu nécessaire de modifier les textes législatifs et règlementaires, selon une approche globale allant de l’éducation à la sexualité jusqu’à l’accès à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesses. Ces modifications ont inclus l’allongement des délais ouvrant les possibilités de recours à l’IVG au-delà de 12 semaines d’aménorrhée (SA), et la sécurité juridique du recours à la contraception d’urgence, qui avait été rendue plus accessible sans prescription médicale depuis 1999 [35].

Les propositions énoncées par le rapport de 1998 sont :
– La création de réseaux (renforcés d’emplois jeunes) pour la diffusion de l’information sur la contraception et pour identifier et aider sur le terrain les jeunes mères.
– La rupture de l’isolement des adolescentes enceintes pendant la grossesse et en post-partum par la réservation de places dans les maisons maternelles en plus grand nombre.
– La mise en œuvre de tous les moyens permettant d’éviter la déscolarisation avant et après l’accouchement, de faciliter le retour précoce à l’école et la reprise d’un projet professionnel.
– Le développement de réseaux afin d’identifier rapidement ces adolescentes enceintesetdelesconfierchaquefoisquepossibleàdesstructures pluridisciplinaires d’aide à la gestion de leur grossesse, à l’accouchement et à la période postnatale. Ces structures pluridisciplinaires impliqueraient des équipes de terrain, des réseaux associatifs, les services de protection maternelle et infantile (PMI), les services hospitaliers et les services socio-éducatifs

Lire le mémoire complet ==> La maternité à l’adolescence : une prise en charge spécifique ?
Mémoire pour obtenir le Diplôme d’Etat de Sage-Femme – Ecole De Sages-Femmes De Baudelocque
Université Paris Descartes – Faculté de Médecine de Paris