Les défis économiques des entrepreneuses libanaises

By 16 January 2013

II.2.2.3 Les secteurs économiques et opinions exprimés par les entrepreneuses libanaises

Par rapport à la présence des femmes d’affaires libanaises dans les différents secteurs économiques, l’étude de IFC et CAWTAR (2008) a révélé que « 35,1% de cette population travaillent dans le secteur commercial (commerce de gros et de détail) et 31,7 dans les secteurs de l’industrie agroalimentaire, des textiles et des produits de l’artisanat. D’un autre coté, les avis et opinions exprimés par ces femmes d’affaires étaient majoritairement optimistes, 58,2% des interviewées sont confiantes en l’avenir économique du Liban (21,3% seulement d’avis contraires) et par rapport à leurs propres projets 67,3% d’entre elles estiment qu’elles pourront les développer davantage durant les deux prochaines années. Toutefois, l’étude précise que 60% de ces femmes sont freinées par les coûts exorbitants des services publics comme l’électricité, l’eau … 43,5% des femmes entrepreneuses trouvent la main d’œuvre très chère et 37,5% se plaignent de la corruption politique et de la pratique des « pots de vin » largement répandue dans les administrations publiques.

En ce qui concerne leurs projets pour l’année prochaine, 40% des interviewées, qui réalisent un chiffre d’affaires entre 5000 et 25000 dollars, ont affirmé qu’elles n’avaient pas de stratégies de développement et aucune intention de développer leurs projets (recherche de financement…), et ce, alors que 53,3%, de celles qui réalisent un chiffre d’affaires de plus de 50000 dollars, ont déclaré qu’elles sont motivées pour développer leurs projets et conquérir de nouveaux marchés. A ce niveau, nous constatons clairement que l’instabilité politique, la stagnation économique en plus de la corruption ont des conséquences directes sur le comportement et les activités des femmes qui réalisent un chiffre d’affaires entre 5000 et 25000 dollars par an ».

82Le Rapport sur les femmes d’affaires libanaises, réalisé par le la Société Internationale Financière En Collaboration avec le Centre de la femme arabe – CAWTAR, est la consécration de tout un travail de recherche et d’exploration des opinions concerné 230 femmes d’affaires et chefs d’entreprises libanaises réparties sur tout le territoire libanais en 2008.

II.2.2.4 Les défis économiques des entrepreneuses libanaises

En premier lieu, les libanaises perçoivent la possibilité de créer leur propre entreprise une façon de devenir indépendantes. « Elles sont aussi motivées par l’accomplissement de soi et aussi par l’indépendance financière qu’elles trouvent en créant leur propre emploi » (N. Tohmé, présidente de la LLWB (cf. Annexe I), « la volonté de réussir indépendamment de leur sexe » pour reprendre les termes évoqués par T. Mazraani (cf. Annexe I).

Les résultats recueillis reflètent que 58,2% des femmes d’affaires libanaises concernées par l’étude de IFC et CAWTAR (2008) ont crée leurs entreprises à elles seules. « Les autres ont été soutenues par leurs familles ou ont acheté des entreprises en activité. Par ailleurs, les avis étaient mitigés concernant l’influence de leur statut de femme sur les projets qu’elles ont développés. 39% affirment qu’elles n’ont rencontré aucun problème et 32% tout le contraire. Toutefois, 38,8% d’entre elles sont d’accord pour dire qu’elles ont des problèmes à concilier vie de famille et vie professionnelle ». Mais le fait que 56% des entrepreneuses libanaises sont mariées et sont généralement mère de deux enfants, d’après l’enquête faite, nous pouvons constater que la conciliation entre le statut d’entrepreneuse et celui d’épouse et de mère n’est plus une contrainte réelle pour ces libanaises que nous pouvons qualifier de « super women », surtout celles qui vivent dans des milieux urbains et qui se sont libérées des perceptions ancestrales concernant le rôle des femmes et qui savent désormais s’organiser pour être intégrées en société et dans la vie active tout en suivant leur désir d’entreprendre au même titre que les hommes. A noter que les hommes ont tendance à rentrer dans le monde du travail à partir de 18 ans alors que les femmes un peu plus tard vers l’âge de 21 ans83 .

En ce qui concerne l’expansion, les entrepreneuses au Liban se contentent généralement de leur affaire et préfèrent se limiter à des activités qu’elles maîtrisent et dont elles ne ressentent plus le risque, elles sont donc de type PIC84 comme la plupart des femmes entrepreneuses dans le monde qui privilégient la pérennité des affaires et leur indépendance à la croissance et au développement. Mais si nous retournons encore une fois à l’étude de l’IFC et du CAWTAR, nous constatons qu’une proportion des femmes chefs d’entreprises concernées par l’enquête envisage une expansion. Ceci est très significatif sachant que cette enquête a été menée en juillet 2006, période marquée par la guerre au Liban. Par conséquent, malgré les dangers et les risques, une part non négligeable des entrepreneuses dévoilent de l’optimisme et paraissent presque indifférentes à la situation parfois chaotique au Liban, elles veulent prospérer et faire croître leurs affaires en dépit de tous les conflits et de toutes les crises.

Quant au financement, l’étude de IFC et CAWTAR (2008) révèle que « 17% seulement des femmes d’affaires libanaises ont des comptes bancaires, que 54% d’entre elles réinvestissent les bénéfices réalisés dans le développement de leurs projets, 28,4% ont recours à l’épargne et à l’apport de leurs familles et que seules 10% s’adressent à des banques commerciales ou d’investissement pour bénéficier de crédits. Par ailleurs, 16% estiment que les taux d’intérêts bancaires les rebutent, 22,8% qu’elles ne trouvent aucun problème à trouver un financement extérieur et 35,8% n’ont jamais sollicité les banques pour financer leurs projets ». Selon EIU85 (2010), le Liban a obtenu un score général de 38,9 et a été classé 50e mondial et 12e parmi les pays du continent asiatique. Notons que le Japon a raflé le premier rang dans cette dernière catégorie. Le Liban est arrivé, quant à lui, en tête du classement en ce qui concerne l’accès des femmes aux programmes de financement.

83 D’après l’enquête faite par C.Kasparian présentée dans « L’entrée d es jeu nes lib anais dan s la vie a ctive et l’émigration ».

84 Marchesnay (1997) propose une typologie reposant sur les logiques d’action et sur les niveaux d’aspiration, et suggère d’établir une typologie par problème étudié. Ainsi, il hiérarchise trois niveaux d’aspiration (l’aspiration à la pérennité (P), à l’indépendance(I) ou l’autonomie(A), et à la croissance (C) permettant de distinguer deux types d’entrepreneurs : L’entrepreneur PIC qui obéit à une logique d’action patrimoniale ; l’entrepreneur CAP qui obéit à une logique de valorisation des capitaux engagés.

85 Le centre de recherche britannique The Economist Intelligence Unit (EIU) a publié début juillet sa première étude sur son nouvel indice global : l’indice de l’opportunité économique des femmes. L’enquête a porté sur 113 pays et a pris en compte les lois, régulations et pratiques qui jouent en faveur ou en défaveur des femmes en matière d’opportunité économique. Notons que le score de chaque pays est compris entre 0 et 100, la borne supérieure représentant la meilleure notation. Ainsi, selon l’étude publiée dans le bulletin hebdomadaire du Crédit libanais, le Economic Insights, le Liban a obtenu un score global de 41,9, arrivant au 88e rang mondial et au 25e rang parmi les pays asiatiques sondés.

II.2.2.5 Le profil de l’entreprise créé par la femme libanaise

Un grand nombre de PME libanaises n’est pas enregistré ni organisé dans des associations. Elles n’ont pas accès à des activités de développement et ne respectent que faiblement les normes et les standards. Elles produisent des biens principalement traditionnels et de qualité variable, mais qui manquent de compétition sur les marchés d’exportation et menacés sur le marché local.

Les femmes sont connues d’être fréquemment des créatrices de PME et de TPE et ceci s’applique sur le cas libanais. Selon l’étude de CAWTAR et IFC (2008), « 33,6% des entreprises concernées par l’étude sont des petites entreprises, la moyenne de leur chiffre d’affaires n’a pas dépassé les 5000 dollars en 2005 alors que 48,7%, presque la moitié, sont des petites et moyennes entreprises (chiffre d’affaires entre 5000 et 50000 dollars). D’un autre coté, l’étude a montré que la taille de ces entreprises varie en fonction du lieu d’implantation. Les plus florissantes et celles qui ont plus de chances de conquérir des marchés étrangers se trouvent en effet à Beyrouth la capitale ». Au Liban, la proportion de femmes entrepreneuses est nettement inférieur à celui des hommes entrepreneurs (Banque mondiale, 2006). La différence augmente selon la taille de l’entreprise.

Tableau 16. Répartition en pourcentage des hommes et des femmes entrepreneuses selon la taille et l’expérience au Liban (Banque mondiale, 2006).

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises