Le profil des entreprises créées par des femmes

By 15 January 2013

1.2.3 Le profil des entreprises créées par des femmes

Les petites entreprises constituent également un facteur très important de la cohésion de la société. Elles rendent possible la reconnaissance sociale et économique pour quelques catégories particulières de la population comme les minorités, les immigrés ou les femmes (Kuratko, 2004). Nous faisons état des principales caractéristiques de l’entreprise créé par une femme.

La taille de l’entreprise et le secteur d’activité

Il est souvent signalé, dans la littérature, que la taille de démarrage d’entreprises dirigées par des femmes est inférieur à celui des entreprises dirigées par des hommes (OCDE, 1998; Stigter, 1999). Une variété de raisons est présentée pour expliquer la petite taille des entreprises dirigées par des femmes. Tout d’abord, les femmes entrepreneuses ont généralement une plus petite quantité de capitaux propres disponibles à cause du faible salaire des emplois antérieurs, des discontinuités de l’emploi antérieur ou parce que la propriété de la famille est habituellement enregistré au nom du mari. Deuxièmement, le montant de capital de démarrage peut également être lié au secteur où un entrepreneur exploite (ENSR, 1996). Les femmes commencent souvent dans des secteurs à faible exigences de fonds propres, comme le secteur des services. La différence majeure ainsi mise en évidence réside dans le type d’entreprise engagée par les hommes et les femmes, ces dernières choisissant le plus souvent les sociétés de service ou de vente au détail (Kuratko, 2004). Les travaux montrent que les femmes sont généralement présentes dans le secteur des services. Au Québec, Filion, Légaré et Simard (1999) montrent que les femmes sont plus présentes dans le commerce de détail. Le rapport de l’OCDE conduit à des conclusions similaires et souligne, dans les pays de l’OCDE, les femmes entrepreneuses sont majoritairement dans le secteur tertiaire, celui des services. Ce faisant, les banques sont souvent réticentes à prêter de l’argent à ces secteurs caractérisés par une grande mobilité. Enfin, les femmes sont plus susceptibles d’être avers au risque que les hommes (ENSR, 1996). Cela peut aussi être une explication de la petite taille des entreprises des femmes entrepreneuses.

Les aspects financiers

Un recours moins fréquent au financement institutionnel

Chez les femmes, l’accès au capital est souvent considéré comme une composante discriminante. Plusieurs études ont rapporté que les femmes utilisaient seulement des biens personnels au moment du démarrage et ont employé peu ou pas de financement externe (Honig-Haftel etMartin, 1986; Neider, 1987; Hisrich et Brush, 1987; Olm, Carsrud, et Alvey 1988). En fait, les femmes s’endettent moins et ont souvent recours à leurs épargnes personnelles et aux cartes de crédit. C’est ce qui ressort de l’étude de Thompson Lightstone (1997). L’auteur estime que les entreprises dont les propriétaires sont exclusivement des femmes sont moins susceptibles d’emprunter auprès d’une institution financière (37 %) que celles dont les propriétaires sont de sexe masculin (49 %), alors que les entreprises détenues à la fois par des hommes et par des femmes demanderont un prêt commercial dans une institution financière dans une proportion nettement plus élevée (57 %). De même, l’étude montre qu’il est moins probable que les femmes propriétaires d’entreprise présentent une demande de financement (23 %), comparativement aux hommes (33 %). À l’analyse, les résultats constatent que les femmes sont plus enclines à utiliser leurs épargnes personnelles (45 %) que ne le feraient les hommes (37 %). Précisons que les entreprises en démarrage utilisent moins l’emprunt dans une institution financière (34 %) que les autres types de financement comme l’épargne personnelle (49 %) et la carte de crédit personnelle (40 %) et que les femmes sont surreprésentées dans cette catégorie.

D’autres études abondent dans le même sens. Au moment du démarrage de leur entreprise, les femmes sont plus nombreuses à faire appel uniquement à l’épargne personnelle pour la mise de fonds de départ (Lavoie, 1993; Lee-Gosselin, 1991). En fait, l’aversion assez élevée des femmes à l’égard du risque, leur fait craindre les conséquences de l’endettement (Brush et Hisrich, 1991). Enfin, soit en raison d’expériences négatives vécues antérieurement, de la réputation des institutions financières quant à leur attitude à l’égard des femmes, d’un manque de confiance en elles ou tout simplement d’absence de garanties à offrir, les femmes peuvent anticiper certaines difficultés et adopter alors un comportement d’autosanction (Brush et Hisrich, 1986). En effet, l’appui financier, notamment par le biais des institutions financières reste une barrière fondamentale chez les femmes (Hisrich et O’Brien, 1981; Stevenson, 1984; Hernandez, 1997; Levy, 2002; Zouiten et Levy-Tadjine, 2005).

Petit montant de capital de démarrage

Les hommes et les femmes entrepreneuses diffèrent dans leur façon de financer leurs entreprises. En outre, les femmes sont souvent à démarrer leur entreprise avec la moitié de la quantité utilisée par les hommes propriétaires d’entreprises (Hisrich e Brush, 1987; Brush, 1990). Hisrich et Brush (1987) utilisent un panel de 2000 entrepreneurs néerlandais de départ, dont environ 500 sont des femmes pour tester les effets directs et indirects. Le comité se réfère à l’année 1994. L’étude constate que les femmes entrepreneuses ont un plus petit montant de capital de démarrage. L’effet indirect revient au type d’activité, le type de gestion et de l’expérience de l’entrepreneur). Les femmes peuvent également rencontrer des obstacles spécifiques lorsqu’elles essaient d’obtenir des capitaux de démarrage. Ceux-ci peuvent être fondés sur les effets discriminatoires (effet direct). L’effet indirect est représenté par la façon dont les femmes sont différentes des hommes en termes de type d’entreprise et de gestion et de l’expérience. L’effet direct ne peut être attribué à ces différences et est appelé l’effet du sexe.

Les aspects de la gestion

Concernant la performance financière, plusieurs études (Cuba, DeCenzo, et Anish, 1983; Hisrich et Brush, 1984, 1987; Loscocco et al. 1991) ont rapporté que les entreprises crées par des femmes ont une performance plus faible que les entreprises appartenant à des hommes tandis que d’autres études n’ont pu repérer de différence (Fisher, Reuber et Dyke, 1993). En fait, certaines études ont démontré que les femmes mettent plus d’intérêt que les hommes sur des objectifs non monétaires ainsi que sur des objectifs personnels (Hisrich et Brush, 1987; Kaplan, 1988). Dans la même veine, Robichaud et al., (2006) ont remarqué que les hommes opportunistes obtiennent de meilleurs résultats que les femmes opportunistes. Les résultats de l’étude confirme qu’il existe un écart de rentabilité entre les femmes et les hommes. L’écart de rentabilité pourrait être du à certains facteurs tels : les différents secteurs d’activité auxquels appartiennent ces entreprises ; l’âge de ces entreprises ; et les motivations différentes que l’on retrouve chez certaines femmes propriétaires d’entreprises. Comme le confirme St- Cyr (2004) la profitabilité de l’entreprise n’est pas associée au sexe du dirigeant mais bien à différents facteurs contextuels (taille, statut juridique, etc.). A cet effet, Carter, Williams et Reynolds (1997) ainsi que Kalleberg et Leicht (1991) ont conclu que les femmes sont plus enclines à accorder la qualité ainsi que le service pour se démarquer de la concurrence.

Le profil des entreprises créées par des femmesLes résultats des études menées sur la performance des entreprises crées par des femmes varient en fonction de la définition de la performance (St-Cyr, 2004). Selon l’auteur, la performance sur base du taux de survie des entreprises crées par des femmes est supérieure à celle des hommes. Cependant, la performance sur base du succès de l’entreprise des hommes et des femmes serait plus ou moins semblable, surtout si nous choisissons comme indicateurs de succès la croissance et/ou le rendement, mais si nous choisissons la taille de l’entreprise comme indicateur, la performance serait plus faible chez les femmes.

S’intéressant au mode de développement, la femme entrepreneuse est perçue la plupart du temps qu’elles gèrent de façon plus prudente et conservatrice et qu’elle fait souvent preuve d’un désir de croissance moins important que celui de l’homme (Orser, 1997). Des études américaines (Haynes et Haynes, 1999; Hisrich et Brush, 1986) démontrent que les entreprises appartenant à des femmes connaissent moins de croissance que les entreprises appartenant à des hommes. Cuba et al.65, (1983) tentèrent d’en déterminer les raisons. Selon eux les facteurs telle l’éducation, l’expérience de travail et la délégation de tâches peuvent conduire une entreprise au succès. Cooper (1982) remarque que les entreprises dont les propriétaires sont des femmes se retrouvent plutôt dans les premières étapes de développement, contrairement aux entreprises à propriété masculine, ce qui explique les différences entre les revenus et les profits des entreprises selon que les propriétaires soient des femmes ou des hommes. Selon les résultats obtenus par St-Cyr (2004), le sexe ne serait pas une variable explicative de la croissance. C’est plutôt la taille qui aurait une influence sur le fait de croître ou non, les plus petites entreprises de son échantillon étant celles ayant connu le moins de croissance.

Lire le mémoire complet ==> (L’intention entrepreneuriale des étudiantes )
Thèse de Doctorat ès Nouveau Régime Sciences de Gestion de l’Université de NANCY 2
Institut D’administration Des Entreprises