e-learning : vers des approches collaboratives de l’apprentissage

By 12 January 2013

3. Le e-learning : vers des approches collaboratives de l’apprentissage

Cette réflexion sur la socialisation en e-learning naît du rôle joué par l’apprenant dans la construction et la personnalisation de son parcours. L’apprenant est vu comme un acteur dans une logique d’apprentissage constructiviste. Il peut être ainsi considéré comme un maillon de l’organisation. La théorie du comportement de participation nous a permis de tenir compte dans ce travail du rôle modérateur que peut avoir la participation de l’apprenant. Les résultats ont montré que ce rôle peut être effectivement significatif sur certains éléments constitutifs de la qualité de service. Ces résultats viennent donc corroborer les recherches dans le domaine qui ont montré que la qualité de service peut être liée au comportement de participation. En partant de ce principe, les principaux apports et enjeux de la socialisation de l’apprenant peuvent être définis.

3.1. Perspective transactionnelles et pratiques collaboratives

Dans une logique transactionnelle comme le présente Goudarzi (2007) la socialisation peut être appréhendée de deux manières : la première est de la considérer comme une relation entre l’individu et le système de consommation, la deuxième revenant à l’envisager comme une relation entre l’individu et l’organisation. Dans le premier cas, les réflexions se sont beaucoup plus concentrées sur le rôle de la socialisation dans l’acquisition des compétences, connaissances et attitudes, nécessaire aux jeunes personnes dans une économie de marché (Goudarzi, 2007). La relation entre l’individu et l’organisation s’entend comme la socialisation organisationnelle du client. Dans cette logique, l’objectif est de rendre le client plus efficace. Les enjeux portent notamment sur la réduction de l’incertitude (Mills et Moberg, 1982, Mills et al.), une meilleure qualité de service perçue (Goodwin et al., 1988; Kelley et al., 1990) et une plus grande satisfaction (Solomon et al., 1985; Kelley et al., 1990). Nos analyses empiriques ont permis de mettre en évidence le rôle modérateur du comportement participatif des apprenants sur la qualité perçue et la satisfaction. D’après nos entretiens, la pratique collaborative renforce les liens entre les apprenants et contribue à la réduction de l’incertitude. Cet extrait permet d’illustrer cette analyse « …mais je trouve que les relations entre élèves sont meilleures, parce que souvent sur le forum c’est plus souvent un élève qui répond qu’un professeur. Les élèves participent vraiment quoi ! ».

3.2. Perspective relationnelle et pratique collaborative

Dans une approche relationnelle, Goudarzi (2007) est le premier à proposer une définition de la socialisation organisationnelle. La socialisation organisationnelle est définie comme faisant référence « au processus d’apprentissage par lequel le client apprend et maîtrise le rôle associé à la relation de service, s’intègre au groupe social de l’entreprise de service en comprenant comment échanger avec le personnel et les autres clients et se fait une appréciation de la culture, des normes et des valeurs de l’organisation. » p.15.
A travers l’analyse des entretiens réalisés et l’étude de la littérature sur le sujet, l’auteur identifie trois dimensions de la socialisation organisationnelle du client que sont : la connaissance et la maitrise de son rôle par le client, le degré d’intégration sociale et la connaissance de l’organisation de ses valeurs et de sa culture.

Ces aspects apparaissent clairement dans le discours des apprenants. Ces derniers, sont conscients de l’effort de coopération qu’ils doivent fournir pour réussir. Au-delà de la coopération, la collaboration est importante dans l’apprentissage comme le montre cet extrait :
« Souvent les explications, c’est plus facile d’appeler sur le portable d’une copine. Ça va plus vite et c’est instantané que le contact avec le professeur. Au niveau des cas, parce qu’on a beaucoup de cas à faire en groupe et donc là, pareil on est obligé de travailler ensemble. »

Conclusion du chapitre 6

Ce chapitre a permis dans un premier temps, d’analyser et de comparer les résultats des mesures descriptives des différentes variables de notre modèle sur deux échantillons. Dans les deux échantillons, les avantages associés au e-learning sont essentiellement la flexibilité et l’autonomie. Pour les apprenants salariés en « cours entièrement à distance », la motivation est liée à la perspective de « développement des capacités », de « remise à niveau », et de « compétitivité » au sens de performance individuelle.

e-learning : vers des approches collaboratives de l’apprentissagePar ailleurs, l’évaluation de la qualité perçue combinée du dispositif e-learning est positive dans l’ensemble. Le degré de satisfaction mesuré est également élevé. Ces évaluations s’avèrent être plus positives pour les apprenants en « cours entièrement à distance » que pour les apprenants en « cours partiellement à distance ». Il en est de même pour l’intention de préconiser l’expérience e-learning qui est significativement plus élevée chez les apprenants en « cours entièrement à distance ». Dans les deux cas, pour la grande majorité des répondants, l’expérience e-learning est une première expérience. Leur opinion vis-à-vis des TIC est positive, mais le niveau de motivation est plus élevé dans le cas de l’enseignement entièrement à distance que dans le cas d’enseignement partiellement à distance.

Les données recueillies ont permis de supporter nos hypothèses de recherches qui ont été validées pour la plupart.
H1 validée : la qualité perçue combiné influence la satisfaction
H1.1 validée : la qualité perçue de service globale ou générique influence la satisfaction
H1.2 validée : la qualité perçue de service spécifique influence la satisfaction
H2 validée : la satisfaction influence l’attitude (intention de préconiser ou de recommander) H3: validée : la satisfaction joue un rôle médiateur dans la relation entre la qualité perçue combinée et l’attitude (intention de préconiser ou de recommander)
H3.1 validée : la satisfaction joue un rôle médiateur entre la qualité perçue de service global ou générique et l’attitude
H3.2 validée : la satisfaction joue un rôle médiateur entre la qualité perçue spécifique et l’attitude (intention de préconiser ou recommander)
H4 partiellement validée : le comportement de participation joue un rôle de contrôle partiellement sur la qualité perçue et n’a pas d’effet de contrôle sur la satisfaction.
H4.1 partiellement validée : le comportement de participation joue un rôle de contrôle sur la qualité perçue de service globale ou générique mais pas sur la qualité perçue spécifique
H4.2 non validée : le comportement de participation ne joue pas un rôle de contrôle sur la satisfaction
H5 validée : la motivation a un rôle de contrôle sur la qualité perçue d’une part et la satisfaction d’autre part
H6 partiellement validée : l’attitude initiale vis-à-vis des TIC a un rôle de contrôle sur la qualité perçue d’une part et la satisfaction d’autre part.

Deux aspects apparaissent importants en e-learning : l’aspect lié à la gestion de la relation avec l’apprenant et l’aspect lié au maintien du niveau de motivation élevé de l’apprenant.

Cela rejoint plus généralement le cadre de relations entre les protagonistes de la formation à distance. Les différentes relations établies vont permettre une meilleure construction de la confiance et le renforcement de l’engagement des apprenants. Cela s’inscrit bien dans la logique du marketing relationnel qui réfère à toutes les activités marketing dirigées vers l’établissement, le développement et le maintien des échanges relationnels réussis (Morgan et Hunt, 1994). Il est donc important, voir primordial qu’un dispositif e-learning offre aux apprenants les moyens de contacts et d’échange. Pour que les échanges se développent il faut que le dispositif soit conçu dans le but d’inciter les apprenants à travailler de manière collaborative. Cette collaboration implique la co-production. Elle est différente de la coopération qui elle, ne suppose qu’un simple partage de tâches. Les outils informatiques ou technologiques peuvent jouer ce rôle et permettre le développement d’une véritable relation en ligne avec les tuteurs et entre les apprenants (forum, chat, conférence téléphonique, wiki, blog…). Cependant c’est bien le design du dispositif dans son ensemble qui facilitera ou non le développement d’une forme d’apprentissage collaborative.

Lire le mémoire complet ==> (La mesure de la qualité perçue d’un dispositif de e-learning)
Thèse pour l’obtention du Doctorat Nouveau Régime ès Sciences de Gestion
Université NANCY 2 – Institut D’administration Des Entreprises