Système de gouvernance publique, Municipalités du Chianti

By 1 December 2012

3. La reconnaissance progressive par des instances publiques : CST et APT di Firenze

Certes, le Chianti ne constitue pas un territoire au sens classique du terme dans la mesure où il ne dispose pas d’un organe de gestion administratif unique. Néanmoins, il semble que la renommée croissante du terroir et le développement de l’œnotourisme contribuent à la construction progressive d’un territoire touristique du Chianti, c’est-à-dire d’un espace pertinent de projets touristiques. En effet, non seulement les communes ont mis en place un système de concertation afin d’harmoniser leurs politiques dans les domaines du tourisme et de l’agriculture, mais le terroir apparaît également comme un échelon d’analyse pertinent dans le cadre des missions de veille d’informations touristiques menées par les services de la province.

La lecture de travaux de recherches réalisées sur la région, ainsi que les informations réunies lors des entretiens avec les maires de différentes communes du Chianti Classico ont mené aux conclusions suivantes.

3.1 L’Union des communes et la Conférence permanente des maires : l’émergence d’un système de gouvernance publique

Avant les années 1990, les municipalités du Chianti, qui étaient de majorité communiste à l’époque, avaient peu d’autonomie administrative et politique face aux syndicats et aux organes du parti communiste à l’organisation très hiérarchisée. De plus, les tentatives de collaboration institutionnelle entre les communes du Chianti se heurtaient à la division entre les deux Provinces de Florence et de Sienne. Toutefois, dans les années 1990, l’affaiblissement du parti communiste, le processus de décentralisation et les fonds structurels européens permirent le dépassement de cette limite provinciale et une coordination des communes du Chianti. Ce changement fut également motivé par le développement de la communication et des discours identitaires sur le terroir Chianti Classico et la croissance des flux touristiques et la multiplication des agritourismes. Les élus locaux des huit communes du Chianti (Barberino, Tavarnelle, San Casciano in Val di Pesa, Greve, Gaiole, Radda, Castellina in Chianti, Castelnuovo Berardenga) ont pris conscience qu’il était plus stratégique en termes d’aménagement et de développement économique de créer un organe de concertation dédié à la mise en œuvre de politiques agricoles et touristiques communes. La puissance du Consortium Chianti Classico a fortement influencé cette décision. En 1997, au moment de la concrétisation de cette union, ce dernier réalisait le dossier de candidature pour inscrire le Chianti Classico au patrimoine mondial de l’Unesco. Défavorables au projet du syndicat pour les raisons que nous avons évoquées précédemment, les municipalités ont alors réalisé que leur manque de concertation limitait leur possibilité d’intervention à l’échelle du terroir et les empêchait en conséquence d’encadrer les actions des professionnels du vin ayant un impact sur le développement économique de leur territoire. Et de fait, ils disposaient alors de peu de pouvoir face à cette organisation qui regroupait et représentait les grands producteurs de huit communes. Aussi, dans ce contexte les huit maires prirent la décision en 1997 de se donner les moyens de devenir des interlocuteurs de poids face aux producteurs en signant le pacte de Pontignano, lequel formalise une collaboration intercommunale entre les huit maires du Chianti.

Plusieurs projets et politiques ont été définis par la suite dans le cadre du système de coopération intercommunal. Les communes se sont dans un premier temps engagées à protéger l’environnement, le paysage et l’identité du Chianti Classico ainsi qu’à valoriser son patrimoine culturel (PERRIN, 2009). Il s’agissait alors pour les élus de s’affirmer dans les domaines d’action jusque-là de plus en plus dominés par le Consortium et d’atténuer leur influence sur les questions ayant trait au développement du territoire. Deux années plus tard, en 1999, le pacte fut prolongé à travers la création de la Conférence permanente des maires du Chianti, qui adopta pour logo un Coq Noir entouré de huit tours médiévales. Toujours d’actualité, son objectif est de contribuer à un développement durable sur l’ensemble du territoire Chiantigiano et d’organiser de manière coordonnée des projets culturels et touristiques (M. PESCINI, Maire de San Casciano in Val di Pesa, S. DIRINDELLI, Maire de Tavarnelle Val di Pesa, R. BOZZI, Maire de Castelnuovo Berardenga ; ANNEXE E, entretiens n°2, 3 et 4).

“Nous avons créé une Conférence Permanente des maires du Chianti Senese et du Chianti Fiorentino. Nous parlons surtout des questions liées au tourisme, aux perspectives touristiques, à la manière d’organiser des événements tous ensemble. Nous parlons également du territoire, du paysage, et nous cherchons à mener des actions le plus possible coordonnées” (R. BOZZI, Maire de Castelnuovo Berardenga ; ANNEXE E, entretiens n°2, 3 et 4). 38

Ils collaborent ainsi pour l’organisation de manifestations culturelles et œnogastronomiques. Afin de limiter la saisonnalité du tourisme, ils ont par exemple coopéré pour la réalisation d’un évènement nommé « Chianti d’automne » en octobre 2010. De plus, le syndicat concentre ses actions sur le terroir, dont les limites ne correspondent pas exactement à celles des huit communes. Les élus souhaitaient également prolonger le pacte pour affirmer leur pouvoir et imposer une politique touristique harmonisée à l’ensemble de leur territoire respectif, et non à celle du terroir uniquement. Et de fait, les maires de San Casciano, Barberino, Tavarnelle et de Castelnuovo Berardenga redoutent que qu’une partie de leur commune soit identifiée comme un Chianti de second rang sur lequel se reporteraient les pressions de l’urbanisation liée à la proximité de Florence et Sienne (PERRIN, 2009). Leur union semble donc traduire une volonté d’imposer leur propre conception du « territoire » du Chianti, pour reprendre le mot employé par M. le Maire de Castelnuovo Berardenga.

L’unique obstacle à l’approfondissement de la coopération réside dans le fait que les huit communes dépendent de deux provinces distinctes. Florence comme Sienne semblent hostiles à la constitution d’un territoire doté d’une gouvernance transcendant la limite institutionnelle :
« [Le statut de l’organisation Eurochianti] a été modifiée en 2007 par la région, qui a demandé à ce qu’une distinction soit faite entre Sienne et de Florence (…). Aujourd’hui, il n’y a plus de lien institutionnel entre les communes mais nous continuons à faire beaucoup de choses ensemble” (M. PESCINI, Maire de San Casciano in Val di Pesa, ANNEXE entretiens n°2).39

Le Maire fait ici référence à Eurochianti, un consortium qui a été créé en 1995 dans le but d’aider les municipalités et les entreprises de quinze communes produisant du vin Chianti à adopter un modèle de développement durable et concerté. Devenu réellement opérationnel en 1997, il s’inscrit dans le cadre du programme LEADER+ et perçoit à ce titre des fonds européens. Toutefois, pour divers motifs, le consortium Eurochianti étant actuellement en cours de liquidation, il devrait prochainement cesser ses activités. Si le consortium Eurochianti dépasse notre périmètre d’étude, sa mention par M. Pescini est significative. Le témoignage met en évidence les blocages opérés par les échelons administratifs supérieurs et la difficulté rencontrée par les élus locaux pour mettre en place un système de concertation doté de pouvoirs et de compétences administratives dépassant les limites institutionnelles des provinces.

Néanmoins, la prolongation de cette collaboration au niveau des huit communes des aree du chianti montre qu’il existe une véritable gouvernance publique du Chianti, et ce malgré les la réticence des provinces. Et, dans la mesure où les projets qu’elle élabore sont essentiellement tournés vers le développement durable de l’espace rural et incluent le tourisme et la culture, nous pouvons parler de territoire rural touristique. Des actions sont pensées et mises en place à l’échelle des huit communes du terroir. Ainsi, la place grandissante qu’occupe le vin dans les systèmes économiques locaux, en raison notamment du développement de l’œnotourisme, a eu pour effet d’amener les élus à changer leur périmètre de réflexion et d’intervention. Du fait son succès auprès des touristes et des enjeux de pouvoir et de développement local qu’implique sa construction, la destination qui fut portée à l’origine par les producteurs a désormais partiellement les attributs d’un territoire.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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38 (…)”Abbiamo creato una Conferenza Permanente di sindaci del Chianti Senese e del Chianti Fiorentino. Noi abbiamo una conferenza permanente tra communi del Chianti fiorentino é quelli del Chianti senese .Parliamo suppratutto di questione legate al turismo, alle perspective tustiche, a come fare dei eventi tut‟ insieme. Parliamo egalmente del territorio, del paesaggio et cerciamo di fare azioni il piu possibile coordinate (…). Traduction, V. ANGER
39 “Una struttura, Eurochianti che aiuta i comuni e le imprese erano stati creati. Ma tutto ciò è stato modificato nel 2007 dalla regione che ha chiesto la distinzione dei galli tra Siena e Firenze. San Casciano e Grava in Chianti sono i comuni del Chianti dove ci sono più aziende agricole. Adesso i comuni non hanno più legami istituzionali tra di esse ma continuiamo a fare insieme molte cose.” Traduction, V. ANGER.