Flexibilité originale du contrat OMI et Diversité des usages

By 9 December 2012

II.3 – La flexibilité originale du contrat OMI et la diversité des usages

Le contrat OMI est, dans sa définition juridique, un contrat temporaire. Les exploitants anticipent leurs besoins et demandent les autorisations d’introduction à l’administration avant le début de la campagne. Ce contrat semble donc apporter aux agriculteurs une flexibilité externe classique : il leur permet d’adapter leur volume d’emploi à la quantité de travail à effectuer et de répondre ainsi aux fluctuations d’activité prévisibles.

Cependant, certaines des caractéristiques des travailleurs OMI soulignées par les exploitants semblent rapprocher cette forme d’emploi d’un autre type de flexibilité : la flexibilité interne.

D’une part, comme nous l’avons vu, les exploitants soulignent la polyvalence de ces travailleurs. L’expérience et le savoir faire qu’ils ont accumulés sur le long terme leur permettent de se redéployer d’une tâche à l’autre si nécessaire. Leur savoir et leur connaissance de l’exploitation leur confère une autonomie qui les autorise parfois à seconder l’exploitant lorsque celui-ci doit faire face à des imprévus.

D’autre part, ces travailleurs sont très disponibles. Cette extrême disponibilité assure un bon ajustement du volume de travail aux besoins de la production.

Or, comme nous l’avons vu, cette forme de flexibilité, qui s’appuie sur la polyvalence, l’autonomie du travailleur et la modulation des horaires, prend ordinairement appui sur des salariés employés de manière permanente dans l’entreprise.

La flexibilité apportée par le contrat OMI semble donc combiner les caractéristiques des deux formes de flexibilité. Il répond à la fois aux fluctuations d’activité prévisibles et aux fluctuations d’activité imprévisibles en adjoignant à la flexibilité externe des caractéristiques de la flexibilité interne.

Afin de mieux comprendre la flexibilité apportée par le contrat OMI, nous comparons deux types contrastés d’exploitations employeuses de travailleurs OMI : les arboricoles pures et les serristes.

Les exploitations arboricoles sont soumises à des fluctuations d’activité de grandes amplitudes. La formation nécessaire aux travaux de récolte peut être relativement courte. À l’inverse, dans les exploitations serristes, l’artificialisation du milieu permet l’étalement des cultures. Les pics de travaux y sont plus étendus et de moindre amplitude que dans exploitations arboricoles. D’autre part, les cultures sous serre requièrent généralement une technicité importante. Certaines tâches nécessitent des compétences techniques précises (contrôle de l’atmosphère des serres ou du système d’irrigation). Elles nécessitent souvent un important savoir-faire, mais aussi une bonne autonomie et une responsabilisation du travailleur [Codron et al., 1995] : en plus des travaux de récolte ou d’entretien des cultures, il est souvent demandé aux salariés un travail d’observation de l’état sanitaire des plantations. Ainsi, la flexibilité du travail exigée dans ces deux types d’exploitations est susceptible d’être différente : si les exploitations arboricoles peuvent s’appuyer sur une flexibilité externe classique pour faire face aux fortes fluctuations d’activité qu’elles connaissent, le recours à une telle flexibilité est susceptible de pénaliser les systèmes serristes. En effet, comme nous l’avons vu, la flexibilité externe s’avère néfaste à l’accumulation de compétences par les travailleurs et, ce, d’autant plus que les compétences requises sont spécifiques à l’entreprise.

Le Tableau 70 présente les caractéristiques de ces deux types d’exploitations selon les dossiers de l’administration que nous avons dépouillés.

Les exploitations arboricoles sont moins intensives en travail que les exploitations serristes et exigent plus de terres : leur surface est plus grande en moyenne que celle des exploitations serristes mais la quantité de travail à l’hectare y est beaucoup plus faible. La proportion de CDI est beaucoup plus forte dans les exploitations serristes que dans les exploitations fruitières du fait de l’étalement des périodes de production lié à l’artificialisation du milieu.

Les travailleurs OMI sont en proportion plus nombreux dans les exploitations arboricoles (48% contre 28%). Cependant, la fidélisation de ces travailleurs est plus forte dans les exploitations serristes (92% de taux de réintroduction contre 85%) et la proportion de contrats prolongés à huit mois y est beaucoup plus importante (75% contre 25%).

Tableau 70- Caractéristiques des exploitations arboricoles et serristes employeuses de travailleurs OMI dans le département des Bouches-du-Rhône

Fruits

Légumes sous serre

Nombre d’exploitations

(% des exploitations qui emploient des OMI)

176

(32%)

50

(9%)

Surface moyenne (en ha)

38

3

Mois de travail par ha moyen

3

51

Nombre moyen de CDI

2

5

Nombre moyen de CDD

16

8

Nombre moyen d’OMI

9

4

Proportion moyenne d’OMI (en mois de travail)

48%

28%

Proportion moyenne d’OMI employés sur 8 mois

25%

75%

Taux de réintroduction des OMI d’une année sur l’autre

85%

92%

Sources : Base de données originale, Dossiers Direction du Travail des Bouches-du-Rhône, Dépouillement et traitements de l’auteur

La plus forte fidélisation des travailleurs OMI dans les exploitations serristes permet une plus grande accumulation de compétences et de savoir-faire. Le vocabulaire de la polyvalence et de l’autonomie est, d’ailleurs, plus souvent utilisé par les exploitants serristes que par les exploitants arboricoles. D’autre part, c’est dans ce type d’exploitations que l’ambiguïté entre le statut temporaire et le statut permanent du contrat OMI est la plus souvent visible.

Extraits d’entretiens exploitants serristes et des lettres des dossiers de la DDETDP

L’OMI comme travailleur permanent ?

« Moi je veux le prendre en CDI mais l’administration veut pas », (Entretien exploitant serriste).
« Je demande un primo pour remplacer mon CDI qui part en retraite », (Lettre exploitant serriste).
« Mes ouvriers permanents sont partis. Il me faut un OMI maintenant », (Entretien exploitant serriste).
« Les OMI deviennent des CDI après l’obtention de la carte de séjour », (Entretien exploitant maraîcher).

Ainsi, la flexibilité du contrat OMI est mobilisée de façon contrastée entre ces deux types d’exploitations. La forme de flexibilité des contrats OMI dans les exploitations arboricoles semble proche de la flexibilité externe. À l’inverse, celle des travailleurs OMI dans les exploitations serristes paraît plus proche de la flexibilité interne.

Le contrat OMI allie donc à la flexibilité externe les caractéristiques de la flexibilité interne. Selon le système de production dans lequel les travailleurs sont employés, ces caractéristiques originales sont plus ou moins mises en avant. Pourtant, ces deux formes de flexibilité sous souvent opposées dans la littérature. Elles sont même souvent vues comme antinomiques :
« Pour une même catégorie de salariés, l’entreprise ne peut à la fois mettre en œuvre une flexibilité qualitative et une flexibilité quantitative, les principes en sont radicalement opposés. En d’autres termes, on ne peut pas mettre un individu en conditions d’apprendre et d’acquérir les moyens d’une adaptabilité fondée sur la compétence et l’autonomie, et simultanément s’en débarrasser à la moindre occasion » [Everaere, 1997] (p.90)

Nous cherchons donc à comprendre, dans une dernière partie, comment ces deux formes antinomiques de flexibilité peuvent être regroupées dans un seul et même type de contrat.

Lire le mémoire complet ==>

(Demande de travail salarié permanent et saisonnier dans l’agriculture)
Thèse présentée et soutenue publiquement pour obtenir le titre de Docteur en Sciences Économiques
MONTPELLIER SUPAGRO – Centre International d’Études Supérieures en Sciences Agronomiques
École Doctorale d’Économie et Gestion de Montpellier

_________________________________
288 Marché d’Intérêt National.