Création, innovation ou inspiration créatrice – Mode vestimentaire

By 12 December 2012

Création, innovation ou inspiration créatrice

Quand bien même la création pourrait avoir un caractère innovant, celle-ci ne doit pas être assimilée à l’innovation. Dans l’innovation on recourt à la technique. Dans le « champ de la mode » cette technicité se révèle dans le développement de tissus, dans la coupe et le confectionnement des habits. A. POC qui signifie « a peace of clothe » dernière marque lancée par le créateur japonais Issey Miyake est un concept nouveau. Il s’avit d’articles vestimentaires essentiellement constitués de maille. La nouveauté réside dans le fait que les tissus sont sans coutures ; le tout est découpé en un morceau unique. Ici, la création sallie à l’innovation. On constate régulièrement un certain retour de « revival » des années 60, 70 et 80, au sein des créations des collections contemporaines. Cela se manifeste fondamentalement au niveau des couleurs, des tissus des coupes, des styles et modèles de vêtements. « 90 % des inventions, des créations, des technologies et des industries que nous utilisons aujourd’hui ont été créées au XXe siècle, il est donc normal que les années 20 à 80 soient constamment revisitées. »142 On est dans une situation où le « revival » de ces années est interprété dans une création. Dans celle-ci, les fashion designers se révèlent, laissent libre cours à leur imagination et inspiration pour montrer leur vision de la mode moderne. Le résultat issu de ce travail, qui se traduit concrètement en collections vestimentaires, est en soit de la création. L’investissement, stylistiquement parlant, personnel du créateur, dans l’élaboration de la collection ; ce qui amène à reconnaître la « patte » du créateur permet d’opérer une différence entre la création et l’innovation. L’innovation ou plutôt la modernité dans la mode ne réside plus dans la structure des formes mais dans les matières et la coupe des vêtements. La création en mode traduit une pensée, une réflexion, une envie etc. à travers un mode d’expression, dans notre cas des vêtements ou accessoires de mode ; évolutive, elle arrive à son apogée tout au long d’un processus créatif grâce à un échange entre le créateur et les différents acteurs qui participent à la réalisation de la collection. La création c’est aussi savoir créer une émotion. La création évolue beaucoup le long de la vie d’une marque. Sa vocation diffère de la naissance de la marque du créateur à son institutionnalisation. Au départ le créateur réalise réellement ce qu’il ressent au plus profond de lui sans se soucier du côté commercial, car ce qui compte avant tout pour lui c’est d’inscrire son identité stylistique dans la mode afin d’acquérir une légitimité et un « nom ». Par ailleurs, au début le créateur fait preuve de véritable innovation et de « révolution » stylistiques. Dans cette phase, la création est à son apogée et doit être riche de codes et de nouveautés afin que le créateur se construise un patrimoine stylistique et puisse revendiquer à chaque saison le langage de sa griffe ou de la marque pour laquelle il est en charge. Au fil du temps, les aspirations de la marque changent. En effet, il s’agira plus tard de savoir faire varier, réactualiser ou revaloriser le style ; ce qui est également de la création même s’il n’y a pas une grande créativité d’une saison à l’autre. La plupart des marques voient leur création évoluer de cette manière. Yves Saint Laurent en est l’exemple parfait. Il a révolutionné la mode. Qui à part lui aurait su avec autant de subtilité au début des années 70 faire porter aux femmes un costume masculin de manière aussi élégante et sexy ? Il a également participé à l’intervention de l’art dans la mode avec la robe Mondrian. Il a certes innover en termes de vêtements mais il a également su créer une nouvelle attitude pour la femme. À travers les saisons, puis les années, il s’est constitué un véritable capital de notoriété, d’image et de style et s’est inscrit ainsi dans l’histoire de la mode. C’est certainement la figure d’Yves Saint Laurent qui caractérise le plus l’idée d’une forme de nouveauté dans la continuité. Il fait désormais partie d’une sorte de patrimoine de mode réinterprétée régulièrement par nombre de créateurs : costumes masculins, sahariennes, smokings, transparences etc. La véritable création c’est celle qui marque une époque, qui crée le style d’une époque. Yves Saint Laurent a fortement marqué les années 70. Si on devait citer « le » créateur des années 80, on dirait Thierry Mugler. Il a réellement innové en termes de formes et de coupes du vêtement. On disait bien : « porter des Mugler » tellement son style était reconnaissable. Ce fut également un créateur de son temps mais contrairement à Yves Saint Laurent, il n’a pas su donner de continuité à ses créations avant-garde pour en faire des « classiques » de mode. La création va donc de l’établissement d’un style identifiable et mémorisable à l’évolution progressive de celui-ci à travers le temps. Elle évolue au fil des années mais elle évolue également beaucoup au cours d’une construction de collection. Des inspirations aux essayages, beaucoup de paramètres viennent influencer les orientations créatives du départ. Corinne Cavallin, directrice des accessoires de mode chez Louis Vuitton, évoque le fait qu’il n’existe plus de créateurs comme Yves Saint Laurent, qui s’inspirent uniquement de leurs fantasmes. À force de contempler les mêmes dessins, on ne peut s’étonner de les voir les dessiner de la même façon. Une des sources majeures de leur inspiration reste les boutiques “vintage”, autrement dit, les friperies. On puise dans le passé pour étoffer les collections de même que les précollections. Il s’agit donc d’extraire des pépites que l’on remet au goût du jour. « Chez Decade à Los Angeles ou Resurrection à New- York, il n’est pas rare que John Galliano croise Marc Jacobs ou même les équipes de chez H&M et que les assistants des uns et des autres soient au coude à coude. »143 « En tout cas, dans les grandes maisons comme chez H&M, il y a des armoires entières de vêtements anciens et des chaussures millésimées. Ces merveilles parfois coûteuses, parfois pas, que les uns et les autres rapportent au gré de leur voyages constituent des trésors de guerre dans lesquels on puise au moment des collections. Une robe années 1930 peut être reproportionnée, un panier balinais réinterprété en version luxe… »144 Certains disent souvent que le travail consiste à étudier des coupes perdues ou tombées aux oubliettes ; d’autres les copient carrément à l’identique et les remettent dans les rayons. Habituellement cela se passe autour du directeur artistique qui réunit son équipe devant toute une panoplie de vêtements anciens. Ici, pas de croquis ni de dessins. Muni de crayon et de carnet, il explique à son équipe ce qu’il veut retrouver dans ces anciennes collections : la coupe de l’une, la taille de l’autre, la couleur d’une troisième etc. Il ne s’agit pas de refaire mais plutôt de réinventer en se plongeant dans le passé. Ils ressuscitent en quelque sorte des vêtements anciens en les métamorphosant. « Du côté des grandes maisons, dont la majorité des créateurs ont disparu, les anniversaires se célèbrent dans un grand fracas médiatique. On réédite des modèles anciens que le public s’arrache. Chaque fois que l’on relance une griffe, on exhume avec émotion les photos du passé. Rien n’est plus chic que de mettre en avant l’âge… de sa maison. Avoir une légende est une bonne chose. En toute logique, l’attitude la plus en pointe du moment consiste à afficher sa culture et à connaître l’histoire du costume sur le bout des doigts. »145 Ce qui fait dire à Marie-Pierre Lannelongue que la mode a cessé de fantasmer sur l’avenir depuis son entrée au XXIème siècle. « Les matières high-tech ne feront jamais autant rêver que le cachemire. Et le look futuriste ne plaît que s’il est emprunté à Courèges ou à Cardin. »146

Au risque de se répéter, les créateurs puisent leur inspiration de leur environnement, et notamment des défilés. Si l’enseigne ZARA guette le moindre succès des griffes prestigieuses pour en proposer des adaptations bon marché, la stratégie utilisée qui consiste à bien des égards, à recueillir des informations formelles et informelles est sous l’enprise d’une forme de « trafic d’influences ». Issues de diverses sources, celles-ci permettent à ZARA de bénéficier d’un système de récupération et de recyclage rapide de l’information lui permettant non pas de créer mais de « copier » ou de s’inspirer à la fois des marques aspirationnelles et désormais des blogs le temps d’une saison. Comment s’exploite concrètement la « copie » « made by ZARA » ? Cette pratique est-elle éthique ?

Lire le mémoire complet ==> (La captation de la jeune clientèle en matière de mode : Le cas D’H&M et ZARA)
Thèse pour obtenir le grade de Docteur de l’université Paul Verlaine Metz
Sciences de l’information et de la communication