Problème de l’écart de prix entre Malbouffe et Aliments-santé

By 3 November 2012

9.7 Le problème de l’écart de prix entre la malbouffe et les aliments-santé

L’observation qu’une diète plus santé soit davantage dispendieuse pose des problèmes à la stratégie actuelle de lutte à l’obésité. Drewnowski (2005) affirme que bien que les experts reconnaissent que les taux d’obésité les plus élevés se retrouvent parmi les milieux défavorisés, plusieurs groupements de spécialiste affirment que pour lutter contre celle-ci, il faut augmenter la consommation de fruits et légumes prioritairement, mais également de grains entiers, de lait faible en gras, de poisson, de viandes maigres, de volailles et de légumineuses. De plus, ils recommandent d’éviter les aliments trop caloriques et riches en gras. Malheureusement, ces mesures ne ciblent pas le problème économique principal qui est qu’une telle diète plus nutritive est davantage dispendieuse, comme l’ont démontré des recherches européennes citées au chapitre 3. Ces études contredisent l’opinion nord- américaine faussement répandue jusqu’à maintenant qui affirmait que la nourriture «santé» est aussi dispendieuse, sinon moins dispendieuse que la malbouffe.

Donc si l’augmentation du taux d’obésité est reliée à la disparité croissante du prix entre les aliments santé et les aliments-camelotes, alors les stratégies actuelles de prévention de l’obésité devraient être révisées. Selon Drewnowski (2005) encourager les familles à faible revenu à consommer des aliments plus santé, mais également plus coûteux pourrait être interprété comme une approche élitiste de santé publique. Le problème serait donc plus large et pourrait se trouver dans la disparité croissante dans les revenus entre les riches et les pauvres, la valeur réelle à la baisse du salaire minimum, la taxation et le cadre régissant l’importation de nourriture, la tarification, le commerce, l’environnement commercial, l’éducation et le manque de ressources communautaires. L’obésité serait donc d’abord et avant tout un problème socio-économique.

Pour favoriser la consommation de la nourriture santé au dépend de la malbouffe, il a été suggéré pour combler l’écart de prix d’imposer une taxe sur la malbouffe. Du côté des arguments en faveur, on croit que l’imposition d’une taxe aurait réellement un impact sur le choix des consommateurs. De plus, on affirme que l’on taxe déjà certains aliments au Canada, mais qu’ils sont mal taxés. Par exemple, les aliments qui servent de petit-déjeuner ne sont pas taxés au Canada, les pop-tarts sont donc exonérés. En revanche, les barres de céréales qui contiennent des noix sont considérées comme des collations et sont donc sujettes à la taxe, même si pourtant les noix sont bonnes pour la santé. Une réforme dans le mode de taxation s’imposerait donc. D’un autre côté, ceux qui s’y opposent croient qu’une telle taxe serait régressive. En effet, taxer la malbouffe serait punitif envers les consommateurs qui gagnent un revenu moins élevé, car ceux-ci sont plus susceptibles d’être obèses étant en moyenne de plus grands consommateurs de nourriture dense en calorie. Une telle taxe les affecterait directement au point de vue économique, faisant en sorte que le budget d’épicerie prendrait trop de place, laissant encore moins d’argent pour les autres besoins.

Selon Drewnowski (2005), une politique concertée d’intervention axée sur la nourriture au niveau national et international pourrait être l’approche la plus prometteuse pour réduire le prix de la nourriture «santé» et la rendre plus accessible. L’organisation mondiale de la santé a statué que la clé pour contrôler l’épidémie d’obésité était de pouvoir offrir de la nourriture fraîche et riche en nutriments, à prix abordable. Un tel accès pourrait être instauré avec une combinaison de subventions à l’agriculture, de politiques de prix, d’actions régulatrices et d’éducation des consommateurs. Pour que ces politiques de santé publique soient un succès, cela demanderait une coopération entre les gouvernements, les milieux académiques et l’industrie alimentaire. La faisabilité financière de la réduction de prix des aliments santé pour en faire la promotion est un débat légitime. En l’absence d’un gouvernement ou d’une quelconque forme de subvention, il faudrait susciter une large augmentation du volume de vente pour pallier à une baisse de profits potentielle. Une stratégie ayant été proposée serait d’augmenter le prix de la nourriture populaire riche en gras et dense en énergie pour générer des revenus qui serviraient de subvention pour financer la baisse de prix des aliments santés. Cette stratégie a été utilisée comme projet-pilote dans une école secondaire durant une année scolaire entière lors de l’étude (French, 2003).Le résultat constaté était que les revenus totaux obtenus étaient semblables à ceux obtenus dans des conditions de prix normales. Mais un travail plus en profondeur devra être fait pour déterminer l’impact sur les profits avec un plus gros échantillon. Par contre il faut retenir ceci : vouloir mettre un frein à l’épidémie d’obésité ne peut pas être séparé de vouloir diminuer la pauvreté, les deux sont liés. Peut-on vraiment en vouloir légalement aux restaurants, aux épiceries et à l’industrie alimentaire de fournir de la nourriture peu dispendieuse à des consommateurs qui ont un faible revenu? Serait-il possible que l’épidémie d’obésité soit causée d’abord et avant tout par un écart grandissant de revenu entre les riches et les pauvres? Doit-on blâmer seulement les restaurants de fast-food et les machines distributrices comme responsables de l’épidémie d’obésité ou n’a-t-on pas affaire à un problème de société plus large?

9.8 Synthèse

Pour conclure, la prévention à l’école et à la maison, épaulée par des politiques gouvernementales bien ciblées semblent être les meilleures manières de prévenir l’obésité chez les jeunes. Pour résumer les propos de Monette (2007), celui-ci affirme que le conseil canadien de lutte à l’obésité a émit en 2007 quelques lignes directrices ciblant les principaux déterminants de l’obésité chez les jeunes. Il y a été suggéré entre autre de faire un exercice de modéré à vigoureux à chaque jour, limiter le temps d’écran à 2 heures par jour, nourrir les enfants au sein pour au moins 6 mois, changer les politiques gouvernementales pour rendre les fruits et les légumes moins dispendieux, même hors-saison et arrêter la publicité de nourriture destinée aux enfants. Si l’exercice et la diète échouent après 6 mois, on peut recommander la pharmacothérapie, mais seulement chez les enfants obèses ayant une comorbodité significative. Dans son rapport le comité croit aussi que l’on devrait bannir les gras trans et étiqueter le contenu des produits alimentaires en avant plutôt qu’en arrière. De plus, il est recommandé de pousser plus en avant la recherche sur les déterminants biologiques, sociaux, culturels, économiques et environnementaux de l’obésité ainsi que de nouvelles recherches sur des stratégies de traitement, de politiques et d’interventions efficaces. Nous appuyons également ces mesures.

Conclusion :

Ce mémoire avait comme objectif de démystifier les principaux déterminants de l’obésité juvénile. Mais également nous avons appris sur ses conséquences sur la santé, ses répercussions économiques et comment la calculer. Nous avons trouvé que nos résultats confirmaient en grande partie la littérature scientifique. Plusieurs déterminants causent l’obésité, mais ceux-ci peuvent différer selon l’âge. Nous avons trouvé que la sédentarité était le principal déterminant explicatif de l’obésité, commun aux enfants de 6 à 11 ans et de 12 à 17 ans. En revanche, les facteurs familiaux (revenu et éducation des parents, sexe de l’enfant, statut d’immigrant etc.) jouaient un rôle plus significatif chez les jeunes de 12 à 17 ans.

Des recherches plus approfondies vont être nécessaires pour évaluer l’ampleur exacte de ces différents déterminants avec un plus large éventail de données. En effet, des variables fournissant le poids des parents et certaines de leurs habitudes de vie auraient été particulièrement pertinentes. De plus, avoir des mesures du tour de taille, en plus de l’IMC aurait été intéressant.

En résumé, nous croyons qu’une lutte à l’obésité efficace au niveau national sous forme de politiques, de réglementation et de prévention ciblant les groupes à risque pourrait faire économiser de l’argent au système de santé public. On sait que ce fut un succès en ce qui concerne la lutte au tabagisme au Canada qui a réussi à faire diminuer drastiquement le nombre de fumeurs de 16 %, en 21 ans. En effet : « 19 % des canadiens étaient fumeurs en 2006, par rapport à 35 % qui l’étaient en 1985. » (http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/media/nr-cp/2007/2007_85_f.html)

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

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