Le vieillissement n’est pas qu’un effet d’âge

By 19 November 2012

1.3. Le vieillissement n’est pas qu’un effet d’âge

1.3.1. Vieillir ou la monotonie de la vie

Le vieillissement n’est pas qu’une dégradation des facultés physiques et mentales. Il est aussi assimilé à une perte d’envies et de projets :

« Je pense que jusqu’à 25 ans on est dans une phase ascendante. On se projette dans l’avenir. Moi je dirais que jusqu’à 25 ans, on se projette dans l’avenir. Moi j’ai ma mère qui a 80 ans, mais quand je vois qu’elle donne encore des cours particuliers bénévolement, je me dis qu’elle accompagne de manière très intelligente et assez émouvante un vieillissement. Mais je ne l’estime pas vieille entre guillemets sous prétexte que sur le plan de l’état civil elle a 80 ans. » (Eric, H, 47 ans, administrateur civil)

Cette définition du vieillissement ne limite alors pas ce phénomène à un effet d’âge. Certains enquêtés ont en effet connu des périodes de vie où le sentiment de vieillissement apparaissait du fait d’une vie stable, sans projets définis. Ce sont les changements qui perturbent le rythme de vie qui sont donc déclencheurs du sentiment de jeunesse :

« Moi je me souviens quand j’avais 30 ans j’étais triste à mourir ! Je me disais je suis déjà vieille, c’est fini ma vie, j’ai mon petit rythme, et ma vie a basculé après. C’est là où j’ai commencé à vouloir voyager, et ça a cassé tout. Il y a eu un déclic. » (Sophie, F, 60 ans, nurse)

Au vieillissement est ainsi associé un mode de vie routinier. Cette routine est caractérisée par des règles fixes comme les horaires par exemple. Elle est également caractérisée par un mode de vie dit raisonnable. Ainsi, les individus fortement investis dans la vie professionnelle sont considérés comme des individus vieillissants :

« Maintenant je trouve que mes copains qui ont la cinquantaine, et qui sont un peu plus jeunes qui moi subissent la crise de maintenant. C’est-à-dire ils sont angoissés, ils bossent tout le temps, donc ils sont plus vieux que moi. Mais en même temps quand on reparle de la jeunesse, ils avaient un esprit totalement libre, c’était des glandeurs. A un moment donné ils ont travaillé et ils ont réussi, certains sont devenus chefs d’entreprise. Mais maintenant eux je les trouve plus fragiles que moi. Je les trouve tellement raisonnables, et très cadrés. Je ne pensais vraiment pas qu’ils seraient rentrés dans le moule. Mais ils n’ont pas le choix, c’est la vie qui veut ça. Donc eux ils ne pensent qu’à une chose, c’est d’être peinards, et ça c’est déjà étonnant. » (Sophie, F, 60 ans, nurse)

Le vieillissement s’esquisse donc à travers une vie stable, monotone et sans ruptures. Cet état stationnaire met alors en valeur une conception mouvante de la vie :
« A la limite il y a des jeunes qui à 20 ans sont cramés soit par des évènements de la vie soit parce qu’ils se posent beaucoup de questions. Je pense qu’on est dans une seringue. Le tout c’est à chaque étape de la vie de ne pas trop subir les évènements. » (Eric, H, 47 ans, administrateur civil)

1.3.2. Vieillir : une déprise face au monde et à certaines activités

Vieillir, c’est pour certains ne plus pouvoir pratiquer certaines activités. En effet, les signes de vieillissement physiques sont une contrainte à la pratique de certaines activités, comme celles qui demandent des efforts physiques intenses. Le vieillissement est ainsi représenté comme une entrave à la pratique de certaines activités :
« Vieillir c’est ne plus arriver à avoir les mêmes envies, ne plus arriver à réaliser les mêmes désirs et projets. Le jour où je ne pourrais plus faire les choses que j’aime faire, je me dirais que j’ai vraiment vieilli. » (Rachel, F, 51 ans, avocate)

L’abandon d’activités pratiquées fréquemment est considéré comme un indicateur du vieillissement. Ces activités, parfois pratiquées tout au long du cycle de vie, sont un marqueur identitaire. Les abandonner revient alors à altérer une partie de l’identité de l’individu. Ainsi, un enquêté ayant pratiqué le sport toute sa vie considère que le temps du vieillissement viendra le jour où il ne pourra plus pratiquer son sport ou le remplacer. Le vieillissement est donc perçu comme une perte d’une partie de l’identité :

« Je sentirai que je vieillirais le jour où je ne pourrais plus faire de sport. Pour avoir vu des copains qui ont arrêté le sport d’un seul coup, ça a été flagrant. Ils ont pris un coup de vieux. Le sport c’est une chose que je fais depuis tout jeune, c’est important. Déjà quand je changerai de sport, ça sera une marque de vieillissement. Mon père me dit par exemple de faire du tennis parce que le rugby c’est plus pour mon âge. » (Damien, H, 47 ans, fonctionnaire de La Poste)

L’abandon de certaines activités n’est pas uniquement lié à des incapacités physiques. Vieillir c’est aussi faire preuve de déficience de curiosité. Une dégradation de l’intérêt porté aux choses et au monde entraîne en effet un repli sur soi, un isolement face au monde. Ce repli constitue aussi un détachement face au monde présent. Le passé constitue alors un environnement personnel auquel l’individu se rattache. Au sein des représentations du vieillissement est donc mis en avant le phénomène de déprise, employé par les sociologues de la vieillesse et du vieillissement, et qui qualifie une renonciation à certaines activités au fil de l’avancée en âge :

« Vieillir, c’est une évolution psychologique, tu as moins d’intérêt, moindre curiosité. Le vieillissement c’est aussi parfois un défaut de curiosité. J’en connais qui vieillissent bien avant les autres, il y a des jeunes qui n’ont pas de curiosité. Donc je pense que le vieillissement c’est le changement de comportement dans l’évolution, tu ne fais plus ce que tu faisais avant. » (Jacques, H, 51 ans, anesthésiste)

1.3.3. Le vieillissement en opposition à l’autonomie

Le vieillissement est également associé à la perte d’indépendance. En effet, certains considèrent que vieillir c’est dépendre des autres et ainsi perdre son autonomie. Cette représentation est d’ailleurs étroitement associée à la maladie qui entraîne des incapacités motrices :

« Le vieillissement pour moi c’est la phase terminale qui fasse qu’un être humain soit dépendant de l’entourage immédiat amical ou familial. Pour moi le vieillissement c’est ne plus être indépendant. C’est la forme dans laquelle on est soumis à l’aide de tierces personnes. Pour moi le vieillissement c’est la phase terminale de cette évolution dans laquelle on ne peut plus se suffire à soi-même. Là on est vieux parce qu’on ne peut plus se déplacer, on n’est plus autonome. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

Finalement, le vieillissement est pensé comme une atteinte à l’autonomie de l’individu, de par les possibilités d’incapacités motrices, ou encore les contraintes associées à la pratique de certaines activités. Ces représentations amènent alors à penser le vieillissement comme un processus redouté. Cependant, une autre facette du vieillissement, présenté comme un processus qui n’est pas uniquement lié au cycle de vie apparaît plus rassurante dans la mesure où il n’est pas marqué par un déterminisme. Dans ces conceptions du vieillissement, l’individu a donc des marches de manœuvres potentielles.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne