Le tourisme rural et d’activités des municipalités du Chianti

By 30 November 2012

3.1.2 Le tourisme rural pour diversifier les secteurs d’activités des municipalités

Les municipalités du Chianti ont également pris conscience de l’intérêt que pouvait revêtir le tourisme viticole pour l’économie de leur commune. Né d’une initiative privée, l’œnotourisme a progressivement été soutenu par les élus locaux. De fait, à Tavarnelle Val di Pesa comme à San Casiano in Val di Pesa, deux communes spécialisées dans la viticulture, la diversification des activités s’était d’abord appuyée sur le secteur agroindustriel et l’artisanat dans les années 1970. Cependant, avec la crise du vin européen, il s’est révélé nécessaire d’encourager le développement d’autres secteurs d’activité, dans la mesure du possible complémentaires à la viticulture. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, face au succès du tourisme œnogastronomique dans le Chianti, les élus locaux des huit communes ont décidé de développer un tourisme durable axé sur la découverte du patrimoine rural du Chianti. Alors que le Consortium se montrait de plus en plus actif dans les processus de valorisation du patrimoine et de mise en tourisme du terroir, et que les agritourismes se multipliaient sur leur territoire, ils ont saisi qu’il était nécessaire qu’eux aussi accompagnent la démarche des producteurs, lesquels représentent une part importante de leur électorat. Des actions de protection et de mise en valeur du patrimoine, d’aide aux agritourismes, d’aménagement et de promotion sont ainsi menées au niveau des communes en parallèle de celles déployées par le Consortium à l’échelle du terroir. L’objectif est de créer une destination attractive fondée sur un système d’offre complet et respectueux des ressources locales.

La protection et la mise en valeur du patrimoine

Avec la décentralisation qui s’est opérée à partir des années 1990 en Italie, les communes ont été pourvues de compétences supplémentaires en matière de préservation des ressources locales. La loi régionale n°5 de 1995 a en effet réformé la politique de planification communal. Celle-ci repose désormais sur l’élaboration d’un Plan Structurel (Piano Struttural). Tandis que les programmes précédents se focalisaient sur les espaces à urbaniser, l’ensemble du territoire communal est pris en compte selon une approche systémique dans le nouveau plan. Les communes sont alors obligées de publier un rapport de présentation de quatre-vingts pages ainsi qu’un règlement de quatre-vingt-dix pages, lesquels doivent être complétés de tableaux et de carte représentant le milieu physique, l’hydrographie, les risques géologiques, hydrologiques et la pollution. Deux autres cartes doivent localiser le patrimoine bâtit et les équipements publics. Enfin, le territoire doit être découpé pour les besoins de la planification en six systèmes territoriaux et 18 unités territoriales (UTOE, Unita territoriale Organiche Elementari). Une carte délimite les invariants structurels du territoire à préserver. Une autre mentionne les usages possibles et les moyens de protection de ces invariants. Dans le cadre du montage de ce document d’aménagement du territoire, les communes sont amenées à définir des espaces bâtis et agricoles à protéger pour leur dimension patrimoniale, et à déterminer des mesures de protection et de mise en valeur adaptées. La loi de 1995 renvoie finalement à la politique plus générale de protection des paysages et du patrimoine prônée par l’Etat depuis un peu moins d’un siècle à travers la mise en place de règlementations : la loi 1497 de 1939 sur la protection du patrimoine naturel, l’inscription dans la constitution de la République italienne de 1947 du devoir de préservation des paysages ou encore la loi Gaspello n°431 du 8 août 1985, qui complète les paysages à préserver. Suite à la décentralisation (D. Lgs. 42/2004), la région s’est vue chargée de la mise en valeur du patrimoine et la province de sa gestion. Si l’Etat agit par l’intermédiaire de la Soprintendenza per i Beni Architettonici, Paesaggistici, Storici, Artistici ed Etnoantropologici per le province di Firenze, Prato et Pistoia, une commission périphérique du Ministère des biens et des activités culturelles chargée de protéger, conserver et mettre en valeur l’héritage architectural et paysager des provinces de Florence, Prato et Pistoia en collaboration avec les différentes collectivités concernées, les compétences sont désormais partagées 23. Surtout, la commune est devenue l’échelon privilégié pour l’application des politiques de mise en valeur et de gestion du patrimoine définie dans le plan d’orientation territorial régional (Piano di Indirrizzo Territoriale –PIT- Régionale) et le Plan de coordination provincial (Piano Territoriale di Coordinamento Provinciale -P.T.C.-) de la province.

Cette implication des pouvoirs publics locaux dans la préservation du patrimoine et des paysages peut être illustrée par l’exemple du plan structurel de la commune de Greve in Chianti élaboré pour la période 2009-201424. Le plan précise qu’une règlementation et une politique particulière doit être appliquée dans les espaces correspondant au « tissu historique » et aux zones dont la dont la fonction dominante est l’agriculture. Les premiers sont soumis à une discipline très stricte en matière de construction et d’urbanisme. Tous les travaux d’aménagement doivent s’insérer dans le tissu existant sans compromettre l’identité du bâti ni les caractéristiques historiques du patrimoine existant. La protection du patrimoine bâti d’intérêt historique et la valorisation du rôle de l’activité agricole, qui permet la préservation des paysages, sont mis en avant pour ce qui concerne les espaces agricoles.

Par ailleurs, les municipalités interviennent pour la réhabilitation et la valorisation touristique du patrimoine bâti et des lieux historiques. Dans son programme de gouvernance 2009-201425, la municipalité de Gaiole in Chianti prévoit ainsi la requalification de la zone nord du centre, soit la reconstruction du mur de la via di Roma, la valorisation de la Piazza Antica Mercato et l’aménagement d’un petit jardin. Elle envisage également la restauration de tous les angles de rues du centre historique. La visite des huit communes des aree du Chianti a permis de constater que chaque municipalité s’est engagée dans une politique d’esthétisation du patrimoine bâti et des paysages. Les centres médiévaux, les villages et les églises sont très bien entretenus. Barberino, San Casciano, Gaiole, Radda, et Castelnuovo Berardenga, dont les bourgs ont été construits sur des promontoires, ont de plus aménagé des points de vue sur la campagne environnante. L’histoire et le lien étroit qui unit le bâti et les espaces agricoles sont clairement mis en avant car ils sont considérés comme des facteurs d’attractivité à exploiter.

La politique de développement touristique

Les huit communes participent ainsi aujourd’hui à la mise en tourisme de leur patrimoine viticole de différentes manières. Certaines encouragent les producteurs à accueillir les touristes à travers un système d’avantages fiscaux, à l’image de municipalité de San Casciano in Val di Pesa :

« Le tourisme est basé sur les agritourismes, c’est-à-dire sur les hébergements autres qu’hôteliers. Il n’y a pas de taxe sur le patrimoine dans le cadre des agritourismes, et je prévois de réduire l’impôt sur le revenu » (M. PESCINI, Annexe E, entretien n°2).26

Toutes ont ouvert des offices de tourisme communaux, restauré les bâtiments et les rues des centres médiévaux et aménagé des points de vue. Elles créent des itinéraires de promenade et améliorent la desserte des principaux sites touristiques en aménageant les routes de campagne et en installant une signalétique spécifique. Elles travaillent à l’amélioration de l’offre à travers la programmation de rencontres thématiques avec les professionnels du tourisme et en planifiant des programmes d’actualisation du classement des hébergements. Elles organisent des évènements ayant pour thème central le vin, et ce en coopération avec les producteurs et les commerçants. Elles lancent des initiatives visant à atténuer le phénomène de saisonnalité associé au tourisme viticole en créant des manifestations culturelles en octobre, comme le Festival du Chianti. Le but est de diversifier l’offre pour inciter les touristes à venir durant la saison non touristique, laquelle s’étend de fin mai à fin septembre. Enfin, chaque maire est membre de l’association Città del vino, qui s’est donnée pour mission de conseiller les collectivités où la viticulture représente une activité économique importante, à mettre en tourisme leur patrimoine viticole et à organiser des évènements œnogastronomiques (Province de Florence, La governance del turismo della provincia di Firenze, 2010 ; M. BOZZI, Annexe E, entretien n°4)

La promotion

Afin d’optimiser la promotion de la commune à plusieurs échelles, chaque office de tourisme est en relation avec l’Agence Pour le Tourisme (Agenzia Per il Turismo) dont il dépend27. Ceux-ci mettent à la disposition des visiteurs des flyers référençant les producteurs pratiquant la vente directe, des guides proposant des itinéraires de promenades ainsi que des brochures sur les activités du Consortium Chianti Classico. Ils commercialisent en outre des cartes publiées par ce dernier et des produits dérivés Chianti Classico. Par ailleurs, les communes soutiennent financièrement les associations d’habitants, nommées Proloco, qui ont également pour objectif de « promouvoir et de développer des activités et des manifestations à caractère touristique, folklorique, culturel, sportif, œnogastronomique, sans but lucratif et dans le respect de l’autonomie des autres associations présentes sur le territoire »28. De même que les offices de tourisme, elles disposent de leurs propres locaux, et sont à la disposition des touristes.

Lire le mémoire complet ==> (La mise en tourisme du patrimoine viticole : l’exemple du Chianti)
Mémoire professionnel présenté pour l’obtention du Diplôme de Paris 1 – Panthéon Sorbonne
Université de Paris 1 – Institut de Recherche et d’Etudes Supérieures Du Tourisme

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23 La Soprintendenza emploie notamment des experts du patrimoine et des architectes qui assurent la conduite de projets de restauration et de valorisation du patrimoine bâti et paysage
24 Commune di Chianti, Piano strutturale, “Statuto dei Luoghi e Normativa strutturale »
25 « Programma di governo per Gaiole in Chianti, Amministrazione 2009-2014.”
26 “Il turismo è basato sugli agriturismi, vale a dire sull’extra-alberghiere. Non c’è tassa sul patrimonio nella cornice degli agriturismi e io prevedo delle riduzioni sull’imposta su reddito”. Traduction V.ANGER
27 L’APT correspond à l’agence de promotion touristique de la province, cf. p.70