Le rapport à l’argent au long du cycle de vie

By 12 November 2012

3. Evolution des valeurs

Tout au long du cycle de vie, les individus évoluent, tout comme la société également. Déjà de la période de l’adolescence où l’individu cherche et construit son identité, ses valeurs évoluent car elles sont un élément formateur de l’identité. Est-ce que l’effet d’âge impacte sur l’évolution des valeurs, plus particulièrement à l’approche de l’âge de la vieillesse ?

3.1. Le rapport à l’argent

3.1.1. Un rapport à l’argent inchangé malgré un pouvoir d’achat qui a évolué

Comme évoqué précédemment, l’avancée en âge s’accompagne d’une évolution du budget pour des raisons structurelles et conjoncturelles. L’accroissement du budget des ménages permet alors une propension à la consommation plus forte. Néanmoins, pour plusieurs raisons, le rapport à l’argent reste pour certains inchangés. Les individus issus de la classe sociale inférieure ou qui dans leur éducation se sont vus inculquer l’argent comme étant un bien rare, ont gardé le même rapport à l’argent. En dépit de l’accroissement de leur pouvoir d’achat, certains individus ont donc pour des raisons culturelles maintenu le même rapport à l’argent, considérant qu’il a une valeur rare :

« Oui, je fais attention à mes dépenses d’abord parce que j’ai été élevé comme ça par mes parents. Ensuite parce que pendant longtemps on a eu des revenus pas limités mais bon…Et maintenant qu’on a promu, c’est une culture. » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

L’installation progressive dans le monde professionnel, et une construction familiale qui accroît les dépenses marquent le début de la vie adulte par un budget limité et parfois insuffisant. Ce début de période de vie engendre ainsi un mode de vie où les comportements d’achat sont régulés par un budget limité, et où le travail a une valeur forte puisqu’il permet d’acquérir cet argent. L’ancrage des comportements visant des économies et une limitation des dépenses, se maintient dans les habitudes quotidiennes de certains enquêtés. Ainsi, certains ont gardé le même rapport à l’argent, ayant gardé cette peur d’en manquer :

« J’ai toujours fait attention. L’argent m’a toujours manqué toute ma vie, et j’ai toujours peur d’en manquer. Je pense que je ferai ça jusqu’à ce que j’aille dans mon trou. Depuis toute gamine il me manquait toujours des sous, il fallait toujours travailler pour avoir des sous. Alors quand tu en as-tu essayes de ne pas trop dépenser. Je fais attention aux prix, à tout. » (Françoise, F, 55 ans, manutentionnaire en intérim)

Si l’avancée en âge se caractérise par un accroissement du budget, certains enquêtés ont vue leur budget diminuer en raison de ruptures dans le parcours de vie, comme un divorce qui entraîne une hausse des charges pour un revenu qui se scinde en deux. Cette situation entraîne une modification du comportement d’argent où il s’agit de faire plus attention aux dépenses :

« De plus en plus car j’ai de plus en plus de mal financièrement. Avant quand je voulais aller manger au resto on y allait. Avant je me faisais plus plaisir. Mais là j’essaye de faire plus plaisir aux enfants. En fait depuis que je suis divorcé, tout seul j’ai autant de dépenses qu’à deux salaires. Avant je faisais des heures supp la nuit, mais maintenant je ne peux plus. » (Damien, H, 47 ans, fonctionnaire de La Poste)

3.1.2. Des dépenses plus facile : le temps venu de se faire plaisir

Pour certains, l’accroissement de leur budget s’accompagne d’une modification de leur rapport à l’argent. Cette évolution n’est pas cependant uniquement liée à une évolution du budget. L’effet cycle de vie caractérisé par l’avancée en âge entraîne un autre rapport au temps. La prise de conscience du temps qui passe, et un regard tourné sur la fin de vie plutôt que le commencement de la vie entraîne un comportement hédoniste. Le temps venu donc de se faire plaisir et de moins regarder à la dépense caractérise ce nouveau rapport à l’argent :
« Mon rapport à l’argent est toujours pareil, sauf que je me fais plus plaisir qu’avant. Parce que le temps passe vite, donc je n’ai pas envie de passer à côté de certaines choses. Je n’ai pas envie d’avoir le besoin de toujours faire attention à ne pas dépenser, d’avoir toujours peur du lendemain. Si j’ai envie j’achète. » (Martine, F, 50 ans, chargée de mission formation)

Ce nouveau rapport à l’argent ne se positionne cependant pas en rupture totale avec les comportements d’achat précédents. En effet, certains enquêtés maintiennent un certain niveau de charge comme le financement des études des enfants, ou un prêt immobilier toujours en cours de paiement. Ceci les contraint ainsi à gérer le budget familial de telle façon que les plaisirs dépensiers plus fréquents ne viennent pas perturber le paiement obligations financières :
« Bien sûr comme tout ménage on a un regard sur la façon dont on gère les dépenses de la vie quotidiennes. On a encore à assurer le suivi financier des études de notre dernière fille. Et puis on a des obligations en matière de remboursement de prêts. Donc bien sûr on fait attention, mais sans être excessivement attachés à ne pas dépenser. Mais c’est vrai qu’il y a une période où c’était plus difficile que maintenant, donc on se lâche un petit peu plus. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

Bien que l’avancée en âge puisse impacter un nouveau rapport à l’argent, la persistance des valeurs, des habitudes et des facteurs culturels amène peu de modifications dans le rapport à l’argent. En dépit des « petits plaisirs » qui auparavant étaient considérés comme déraisonnables, l’argent maintient une valeur forte dans les représentations des individus, d’autant plus aujourd’hui où l’inflation et les problèmes de pouvoir d’achat envahissent les discours médiatiques.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne