Grand soin de l’apparence pour réduire les effets du vieillissement

By 18 November 2012

3. Un nouveau rapport à soi

Les signes de vieillissement altèrent l’apparence de l’individu. Ceci entraîne alors un nouveau rapport à soi.

3.1. Un plus grand soin de l’apparence pour réduire les effets du vieillissement

Certaines enquêtées ont acquis de la féminité, comme en témoignent des pratiques de maquillage qui s’amplifient. Le maquillage a une fonction d’embellissement de soi, il permet de contrebalancer les signes de vieillissement. Avec l’avancée en âge, certains prennent alors davantage soin de leur apparence. L’artifice tient alors une plus grande place dans les pratiques quotidiennes :

« Il y a des moments où je ne me maquillais jamais. Là je me maquille un peu plus parce que c’est vrai que je trouve que ça me va bien des fois ! On m’a dit que ça m’allait bien donc je fais l’effort de me maquiller un peu de temps en temps, et ça me plaît. Mais ça ne fait pas longtemps. Là depuis quelques mois, c’est vrai que je me maquille un peu plus. Je pense que c’est aussi pour limiter les traces de vieillissement peut-être. » (Rachel, F, 51 ans, avocate)

Le soin porté à l’apparence est également suscité par le regard d’autrui, et en particulier le regard de l’entourage familial. Certains individus s’attachent en effet à répondre aux attentes de l’entourage qui ne désire pas avoir une image « vieillie » de leur proche. Plaire pour son entourage et pour les autres permet alors à l’individu de maintenir une confiance en soi. Le pouvoir de séduction apparaît donc comme un moyen de maintenir une estime de soi :

« J’essaye de plaire à beaucoup plus de gens. Quand je vais à la plage avec mes filles, j’essaye de leur montrer que je suis plus en forme. J’ai des filles qui sont très à cheval là-dessus, elles sont très soucieuses de mon apparence. Et vis-à-vis de leurs attentes, je réagis dans cet esprit là. Je pense qu’à l‘âge qu’elles ont, sortir avec un père qui attire encore l’attention, pour elles c’est flatteur. On est charmeur à notre âge ! Je préfère faire envie que de faire pitié ! Il ne faut pas se laisser aller de toutes façons, il faut savoir attirer du profit et du plaisir. » (Laurent, H, 54 ans, capitaine de police)

Avec l’avancée en âge, l’apparence tient finalement une place plus importante pour certains. Prendre soin de son apparence c’est ne pas laisser les signes de vieillissement prendre le pas. C’est aussi ne pas être stigmatisé de « vieux ». Les faux pas esthétiques ont donc plus de poids en vieillissant, car plus que tout le soin de l’apparence est valorisé et valorisant :

« Plus ça va plus te dis…c’est des simples détails. Moi je fais des mèches, comme maintenant j’ai les cheveux blancs, tout d’un coup ça va être trop clair, donc j’ai pas envie d’être ridicule. C’est des détails. A 30 ans tu te dis c’est un peu raté c’est pas grave, mais à 60 ans, c’est différent. » (Sophie, F, 60 ans, nurse)

3.2. Un modèle de vie moins basé sur l’apparence

3.2.1. Un goût du paraître moins prononcé

Certains enquêtés ont un goût moins prononcé du paraître. Ce constat s’accompagne d’un effet de cycle de vie. La société actuelle se positionne en effet sous le signe du paraître. Il est même un des facteurs d’intégration sociale. Lors des entretiens d’embauche, la tenue vestimentaire joue par exemple un rôle clé. Comme l’exprime J.F Amadieu25 dans Le poids des apparences, la beauté est un outil de discrimination sociale. Il explique par exemple qu’ « une apparence avenante est cruciale au moment de l’embauche, mais également pour une bonne intégration au sein de l’entreprise. » Notamment pendant la période d’autonomisation et d’intégration sociale qui caractérise les premières périodes de vie, l’individu confie donc plus facilement à l’apparence une place de choix. Cependant avec l’avancée en âge et une vie socialement établie, l’apparence perd de son poids. Ainsi, pour certains l’apparence telle la tenue vestimentaire est devenue un enjeu mineur :

« Je crois que les vêtements correspondent à des périodes de vies. Je pense que le vêtement doit être adapté à son état d’esprit, sa période de vie. Quand on est étudiant, quand on est plus évolué, quand on a envie de s’investir dans la vie. Je crois que ça n’a jamais été mon souci premier. A la limite, je préfèrerai vivre à poil ! Je n’ai pas ce souci de paraître. » (Jean, H, 58 ans, professeur de sport)

A l’approche de l’âge de la vieillesse, certains enquêtés ont par ailleurs une vie familiale et sentimentale bien établie. Ils sont arrivés à une situation de vie et un âge où plaire a moins d’importance. Ainsi pour certains atteindre une forme de sagesse est devenu plus important que de plaire :

« Moi ce que je voudrai acquérir c’est la sagesse. Je voudrais qu’il y ait une sagesse qui émane de moi, ce serait mon rêve. » (Claudine, F, 60 ans, médiatrice familiale)

3.2.2. Se détourner du paraître pour aller à l’essentiel

Avec l’avancée en âge, le paraître devient moins essentiel. Il est moins essentiel parce que l’individu recherche justement à aller à l’essentiel. Comme cela a été expliqué plus tôt le raccourcissement de l’avenir amène l’individu à revisiter ses priorités pour aller à l’essentiel des choses. L’apparence devient alors une donnée moins importante :

« On m’a toujours proposé depuis longtemps d’avoir des implants de cheveux, gratuitement même pour de la pub ! Mais c’est pas ça le plus important. Quand on est jeune bien sûr, mais pour moi la passion c’est plus important. C’est vivre les choses intensément.» (Jean, H, 58 ans, professeur de sport)

Avec l’avancée en âge et l’arrivée des premiers signes physiques de vieillissement, le corps prend une dimension nouvelle. En effet, les signes physiques de fatigue ou encore les problèmes d’articulation sont une contrainte dans la vie quotidienne. Le corps a alors une valeur plus grande. Tandis que l’apparence n’est qu’artifice, le corps est reconsidéré comme un élément central. Il est un des piliers de l’autonomie, chose qui est centrale pour l’homme en tant qu’individu :
« Je soigne aussi mon apparence, mais c’est plus le corps que l’apparence. Mon apparence, je ne mets pas de crèmes, j’essaye de me coiffer, d’être propre. Mais à la limite je fais plus attention à mon corps. » (Rémi, H, 54 ans, psychiatre)

Parfois nommé déchéance physique, le vieillissement n’est pourtant pas vécu comme tel. Les comportements individuels visent à corriger sans changer d’apparence, à accompagner le vieillissement et l’accepter. La fatalité et l’irrévocabilité du vieillissement amènent finalement les individus dans une posture de maintien identitaire. Les signes d’apparence de vieillissement ne sont que superficiels, l’identité reste le noyau central de l’existence humaine. Bien que l’individu adopte des comportements d’adaption et de correction au vieillissement, la période de transition caractérisant la population enquêtée est marquée par une volonté de continuité. Les signes d’apparence engendrent finalement un nouveau rapport au corps et à l’apparence. Le corps devient valorisé car il est un pilier du maintien identitaire et de l’individualité des hommes. L’apparence est valorisée par certains en tant que moyen de réaffirmation de soi, pour d’autres elle n’est plus intégrée dans un modèle de vie. Mais si les signes de vieillissement sont au cœur du vécu des individus face à ce processus, les représentations concourent également au vécu du vieillissement.

Lire le mémoire complet ==> (Les 45-60 ans : âges de transition)
Master 2, Magistère de sciences sociales appliquées à l’interculturel
Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Humaines et Sociales Sorbonne

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25 AMADIEU, J.F., Le poids des apparences, Paris, Odile Jacob, 2002