Qu’est-ce que l’ethnographie ?

By 20 October 2012

2. Qu’est-ce que l’ethnographie ?

Afin de comprendre toute l’origine de ce terme, il faut d’abord s’interroger sur la signification du mot ethnologie. La conception de ce terme varie selon le lieu, l’objet de la recherche et les écoles de pensées. De même les termes d’anthropologie et d’ethnologie peuvent être employés indifféremment pour désigner une même recherche.

Il y a quelques années, le terme d’ethnologie était employé pour désigner l’étude des sociétés sans écriture et sans machinisme, bref des sociétés dites primitives. On caractérisait donc cette discipline par son champ de recherche.
Pourtant, le terme primitif fut vite abandonné, car il renvoyait à la pensée des auteurs du XIXe siècle, qui parlaient alors de sociétés sauvages ou barbares. Ces peuples sans écriture, sans technique différenciée, sans histoire, étaient à l’origine de la chaîne de l’évolution humaine et donc à l’opposé des sociétés occidentales civilisées.

En fait, ce mot «primitif » disparaît à la suite d’études de plus en plus nombreuses, mettant en évidence l’existence, chez ces peuples, d’une complexité et d’une richesse culturelle.
Claude Lévi-Strauss115 écrit en 1952, qu’il n’existe pas de «peuples enfants » et que les aborigènes australiens, apparemment si «primitifs », connaissent une organisation familiale si complexe, que la nôtre apparaît en regard comme bien élémentaire.
Pourtant toutes ces sociétés dites primitives sont fortement marquées par les techniques, les influences, voire les valeurs de l’Occident, si bien que l’objet d’étude des chercheurs se transforme, donnant naissance à de nouvelles cultures.
L’ethnologie est donc née de la diversité des cultures humaines. Au cours du XIXe siècle, elle reste dans une position marginale. Elle est considérée comme l’instrument de classification des groupes humains.
On peut admettre, dans un premier temps, que l’ethnologie est l’étude des cultures étrangères à celle de l’observateur. Il peut tout à fait s’agir de culture océanienne ou africaine, du monde paysan européen et de ses traditions populaires, ou même du monde urbain.

La méthode reste très importante car l’ethnologie implique la compréhension d’une culture étrangère, elle nécessite de pénétrer le groupe de l’intérieur et d’en comprendre les comportements, les institutions, les valeurs auxquels il faut donner un sens, une signification. Les techniques sont essentiellement qualitatives, avec un rôle prédominant de l’observation et de l’enquête par entretien, le but étant de dégager les traditions orales.
Ainsi, l’ethnologie est progressivement devenue autant une démarche qu’une discipline, c’est à dire une science surtout concernée par les groupes ou les sociétés de petites dimensions.
Toute la partie descriptive de l’ethnologie va s’appeler l’ethnographie (ethnos : peuple, race, graphein : écrire). Pour Lévi-Strauss116 elle correspond au premier stade du travail, celui de la collecte des données, qui exige en général une enquête sur le terrain avec observation directe.
Chez les Allemands et les Français, le terme apparaît à la fin du XVIIIe siècle, dans les titres de revues scientifiques, avant d’être vulgarisé en France par le physicien Ampère, qui l’utilise dans son Essai sur la philosophie des sciences117.

En 1950, Marcel Griaule dans son cours, puis dans son manuel Méthodes de l’ethnographie118, définit l’ethnographie comme la discipline connaissant «des activités matérielles et spirituelles des peuples, étudiant les techniques, les religions, le droit, les institutions politiques et économiques, les arts, les langues, les mœurs ».
Pourtant, si pour certains la description ethnographique caractérise la première étape de la recherche, l’ethnologie, l’anthropologie pour d’autres, sera celle de l’explication des coutumes, des institutions, celle de la synthèse par méthode comparative. C’est ici que l’on peut repérer les différences méthodologiques et les écoles de pensée.
Pour Lévi-Strauss, l’ethnologie représente un premier pas vers la synthèse, qui peut être géographique, si l’on intègre des connaissances relatives à des groupes voisins, historique, si l’on reconstitue le passé d’une ou plusieurs populations, systématique, si l’on isole tel type de technique, de coutume ou d’imitation119.

L’école française a très longtemps maintenu le terme d’ethnologie pour des raisons institutionnelles et académiques. L’enseignement de la discipline se développe à partir de 1927, au sein de l’Institut d’ethnologie du musée de l’Homme à Paris. Celui-ci est constitué à la fois, d’un enseignement de l’anthropologie physique, de la technologie, de la préhistoire, de la linguistique et de l’ethnologie proprement dite. Ainsi, l’Institut d’ethnologie dépend administrativement du musée d’Histoire naturelle, car on considère alors que l’étude de l’Homme est une branche de l’Histoire naturelle, à dominance biologique.
En effet, jusqu’au milieu du XXe siècle, la publication d’ouvrages d’anthropologie, traitant des caractères psychiques des groupes, n’apparaît que comme le résultat d’études d’anthropologie anatomique et physiologique.
En France, l’ethnologie et l’anthropologie physique sont donc fortement liées. Pourtant, d’année en année, cette tendance va s’estomper et le terme d’anthropologie va devenir dominant. Elle deviendra alors une science humaine et non plus une branche des sciences sociales.
Si on tente de situer cette discipline par rapport à la sociologie, on s’aperçoit qu’elle se précise alors de façon intéressante.

L’opposition entre les deux disciplines a souvent été vue comme un faux problème, une fausse antinomie 120. Les Anglo-saxons considèrent même l’anthropologie comme une branche de la sociologie.
« La sociologie est l’étude de la société, et l’anthropologie sociale une branche de celle-ci »121.
De même M Mauss, un des fondateurs de l’ethnologie française et proche de Durkheim, considère l’ethnologie comme une branche de la sociologie, celle qui s’intéresse «aux nations dites sauvages » 122. Lorsque l’on étudie la Nation Zulu, figure emblématique de la genèse du rap, on est bien dans une étude ethnographique de proximité et non pas dans de lointaines contrées.

Les Américains, de leur côté, soulignent une différence entre sociologie et ethnologie, la première étudiant les institutions sociales et les moyens d’intégration de l’individu dans la société, la deuxième s’intéressant aux cultures globales.
On peut alors tenter de définir l’objet d’étude de l’ethnologie. Dans un premier temps, on peut dire qu’elle étudie des cultures étrangères à celle de l’observateur. Lévi-Strauss parle d’une science sociale de l’observateur pour la sociologie et d’une science sociale de l’observé pour l’anthropologie.
Dans un second temps, il est important de préciser que cette investigation portera plutôt sur des petits groupes, des communautés marquées par des relations personnelles et non anonymes. La sociologie reste intéressée par les sociétés actuelles, situées dans un même espace et dominées par l’usage de l’écriture et de la machine. L’ethnologie, elle, s’intéresse à des sociétés actuelles, situées dans un espace différent et peu marquée par la machine et l’écriture. Et c’est sans doute dans la méthode que se distingue le mieux l’ethnologie de la sociologie. La première implique la compréhension d’une culture étrangère, ce qui demande une pénétration du groupe de l’intérieur, pour comprendre les comportements, les institutions, les valeurs auxquels il faut donner sens, l’étranger étant alors paradoxalement ici-même. La deuxième se fonde davantage sur les propres valeurs du chercheur.

Dans le cas de l’ethnologie, l’écriture et la machine étant peu présentes, le chercheur doit utiliser des méthodes qualitatives, basées essentiellement sur l’observation et l’enquête de terrain, associant toutes méthodes lui permettant d’accéder à une bonne compréhension du terrain, dégageant l’ensemble des traditions orales. D ‘autre part, la recherche s’adressant à une société de petite taille, elle sera plus globalisante qu’en sociologie. Et c’est cette volonté de faire prédominer le tout sur les parties, que les ethnologues nomment quelque fois «holisme » (holos : entier), cet attachement à l’observation et à l’enquête orale qui font les fondements de la méthode en ethnologie123.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE