Mobilité de la jeunesse, le groupe «La Prophétie »

By 21 October 2012

2.2. Mobilité de la jeunesse, le groupe «La Prophétie ».

L’observation de ce groupe me semble intéressante à exposer, bien qu’incomplète et méritant un nouveau travail de terrain, pour tenter de montrer la mobilité des jeunes.

J’ai obtenu les coordonnés de Ibrahim, manager du groupe, par l’intermédiaire d’un réseau de connaissances, auquel j’ai eu accès grâce à un professeur de danse hip-hop. Celui-ci savait que Ibrahim était en train de monter un groupe de rap sur une commune du val d’Oise, par l’intermédiaire d’une MJC. Après m’être rendue sur ce lieu où, une fois de plus je n’ai pas rencontré de jeunes, on m’a proposé de contacter Ibrahim sur son portable. Celui-ci m’a tout de suite donné un grand nombre d’explications sur son groupe et m’a invité à les rejoindre à l’enregistrement du générique d’un épisode de l’instit dans un studio sur Paris.

Je me retrouve donc dans le studio, en avance, afin d’observer un peu le lieu. Il est installé dans un appartement. Pour arriver dans la pièce principale, on longe un grand couloir. Là, se trouve un bureau vitré et une pièce insonorisée pour enregistrer la voix. La pièce principale est décorée d’instruments de musique de toutes sortes et de toutes origines. Il y a un canapé et des tabourets. Au milieu se trouve tout le matériel pour enregistrer, la table son et un ordinateur. Sont présents deux adultes qui m’offrent un café.
Le groupe arrive, il est composé du manager, de deux chanteurs, de deux DJ et d’une personne responsable de la promotion. Ils m’expliquent qu’ils ont décroché ce contrat grâce à leur réseau de connaissances.
Je n’irai pas plus loin, ici, dans l’exposé de mon observation. Je précise pourtant que celle-ci m’a permis de comprendre comment un studio d’enregistrement fonctionne, et comment un groupe vit cette expérience.

Je m’intéresserai, ici, à la mobilité de cette jeunesse. Ce groupe vit sur une petite commune du Val d’Oise, desservie par une gare de banlieue. Ils sont tous issus de la même cité.
On constate ici, qu’un groupe de rap issu de la banlieue est capable d’avoir un réseau de connaissances suffisamment étendu pour obtenir un contrat avec un studio parisien. Leur point de départ est donc la banlieue Nord-Ouest. Le train leur permet de quitter ce lieu pour se rendre dans Paris. Après l’enregistrement du générique, ils ne rentrent pas, mais vont rejoindre d’autres amis sur un autre arrondissement de Paris.

En fait, ces jeunes, contrairement à ce que l’on pourrait penser, utilisent les transports pour quitter leur cité d’origine. Ils mettent en place un certain mode d’appropriation de l’espace public191. Ils occupent une place à l’extérieur n’en trouvant souvent pas à l’intérieur de leur logement. Ils commencent donc par investir la rue autour de chez eux, développant une certaine autonomie en prenant une distance avec la famille. Au fur et à mesure, leur territoire s’étend avec une prise de repères nouveaux. S’impose alors de plus en plus l’envie de bouger, de sortir de son quartier, d’aller se forger une identité ailleurs. Car bouger physiquement signifie aussi évoluer mentalement. Il y a donc un besoin social de la part de ces jeunes de se situer ailleurs que dans leur logement ou dans leur cité.
Et si l’école est le premier itinéraire de mobilité sociale, les transports en commun vont permettre une ouverture sur des possibles, pour ces jeunes qui ne veulent plus être captifs de leur banlieue192. Ces jeunes déciDès à s’installer dans «les interstices » de la ville correspondent bien à un état d’esprit mobile. Sortir du conditionnement socioculturel de base, sans pour autant être intégré par la norme dominante, s’éloignant de l’espace-quartier, semble bien correspondre au choix d’un nouveau rôle social193. Car si la fixation dans le quartier est synonyme, pour ces jeunes d’impasse sociale, la mobilité reste le symbole de l’accomplissement de ce nouveau rôle. La notion de réseau se substitue donc à celle de groupe constitué194, le réseau personnel permettant une circulation de l’identité.

Reconstruire les réseaux d’interconnaissances permettrait donc de saisir les lieux de sociabilité de la jeunesse et ses stratégies, sachant que les liens se font et se défont à l’image de leur mobilité.
On comprend bien, ici, l’intérêt de prendre en considération la mobilité des jeunes dans mon travail de recherche, l’approche socio-ethnographique étant alors d’autant plus justifiée pour pouvoir, à mon tour, tenir une position aussi mobile que celle des jeunes.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE