Lieux d’encadrement des jeunes au travers d’un événement provoqué

By 21 October 2012

2.3. Lieux d’encadrement au travers d’un événement provoqué.

Comme je l’ai précisé plus haut, ces deux observations ont été menées récemment et n’ont donc pu être analysées et réfléchies de façon suffisamment satisfaisante, la maturation n’ayant pas eu le temps de s’accomplir. Je présenterai ces deux observations sous la forme de monographie, à la manière de Frédéric
Leplay195. Je vais donc rendre compte, le plus exactement possible, de mes observations sur ces terrains, en mettant en avant les aspects concrets de la relation observateur-observé. Au travers de ces observations, je tenterai de saisir l’encadrement que l’on propose aux jeunes, et donc, la place que l’on réserve à la jeunesse.

L’espace Odyssée sonore196 :
Une autre sorte de lieu s’offre en observation, lorsqu’on s’intéresse à la jeunesse, loin des structures traditionnelles ou des lieux intermédiaires créés par la jeunesse elle-même. Odyssée sonore peut en être un exemple. C’est un lieu qui se veut ouvert à la jeunesse pratiquant la musique, proposant des activités à résidence, nouvelle forme d’encadrement d’une certaine jeunesse.
J’ai pris connaissance de ce lieu en assistant à une table ronde des cultures urbaines de La Villette, qui présentait le projet «Rap en seine 93 », une recherche action menée par J Subileau et H Bazin. A la fin de la présentation, j’ai pris contact avec eux, le projet m’intéressant. Ils m’ont invitée à passer les voir sur le lieu Odyssée Sonore.

Situé dans la ville de Saint Denis (93), l’espace est composé de différentes associations. La plaquette nous présente le lieu :
Il y a d’abord un bar associatif «au pied de l’arbre », capable d’accueillir vingt deux personnes.
Il y a aussi un secrétariat d’artistes APA, qui propose une aide dans les démarches administratives.
Il y a un espace exposition/conférence d’une capacité de trente places en séminaire et quarante en conférence.

Une salle de formation d’une capacité de vingt deux places en séminaire et trente six en conférence. Un matériel audiovisuel composé de rétroprojecteur, projecteur de diapos, paperboard etc.

Des services annexes, dont un parking à proximité. Enfin un espace avec formation audiovisuelle (association Altermédia), Culture et patrimoine (Association Artemisia), école de musique (Association Croc’Musique), cabinet d’études et conseils en organisation dans le secteur culturel (SARL Shaman).
Lorsqu’on se rend sur place, le lieu est facile à trouver, car situé près d’une rue très commerçante. Le numéro de l’adresse est repérable sur le mur. Il faut alors passer une porte cochère pour se retrouver face à un portail entrebâillé. On a le sentiment d’être à la campagne.

Le portail franchi, on se retrouve face à des bâtiments disposés en U à l’envers. On pénètre alors dans une cour entourée de bâtiments d’architectures diverses.
A droite, le bar «au pied de l’arbre » est le seul qui porte une enseigne explicative visible. Il se prolonge par un bâtiment blanc à un étage avec deux portes.
En face, un bâtiment en bois, qui donne l’impression d’avoir été rajouté, abrite les studios de répétition et porte le logo d’odyssée sonore. A gauche, un autre bâtiment.
Lorsqu’on se retrouve dans la cour, on ne sait pas où s’adresser. Rien n’indique un point d’accueil ou d’information. De plus à chacun de mes passages, le lieu est resté désert.

Si cet endroit est vraiment ouvert aux jeunes, il semble bien posséder des lois non explicites dans l’usage des lieux. Une fois de plus les jeunes ne sont pas visibles et rien n’indique qu’ils accèdent aux lieux.
D’autre part, l’ensemble des associations présentes semblent destinées à un public averti et non tout venant, à l’exception du bar qui reste un lieu dont tout le monde connaît l’usage et qui peut être fréquenté par les jeunes. Reste à observer si ce bar associatif reste ouvert à tous et si sa situation enclavée ne sert pas de filtre pour une population sélectionnée de façon «naturelle ».
Car si on ne connaît pas l’existence de ce lieu, on ne sait pas qu’il y a un bar (il n’a pas vraiment pignon sur rue). Et si on s’arrête pour lire la plaque indiquant l’activité du lieu, il faut oser pousser le portail pour se retrouver dans un endroit clos et vide, sans personne ou lieu pour vous accueillir et indiquer les usages des lieux.
Même moi, ayant pris contact avec les gens dirigeant ce lieu, je n’ai pu obtenir d’information précise sur les usages. Je pense que le lieu doit s’apprendre autant qu’il doit se découvrir, avec courage et volonté. Les jeunes de la rue vont-ils jusque là ? Mais ces jeunes ont-ils besoin d’aller jusque là, puisqu’ils sont sélectionnés pour le projet par les responsables au travers d’un réseau précis ?

Lors de ma première visite, j’ai tourné en rond dans cette cour ne sachant où m’adresser. Au bout d’un moment une personne est sortie d’un bureau pour me porter secours. Après lui avoir expliqué ma démarche, elle a pris mes coordonnées et m’a remis un exemplaire du projet. Les responsables étant absents, je n’ai rencontré personne d’autre.
Après de nombreux appels et reports, j’obtiens un rendez-vous avec J Subileau, responsable du lieu. Il me reçoit dans une salle au premier étage du bâtiment blanc. Il me faut quelques minutes pour trouver l’endroit où il se cache. Heureusement, il a oublié quelque chose dans un autre local et m’informe donc de notre lieu de rendez-vous.
L’entretien se déroule essentiellement sous la forme d’un monologue m’informant des actions et des projets du lieu.

J Subileau m’explique comment fonctionnent les groupes de musique et plus particulièrement ceux de Rap. Il en vient à me parler de studios d’enregistrement où il lui paraît difficile de faire de l’observation (je ne lui ai alors rien demandé ou proposé), sans jamais vouloir, malgré mes questions, me dire le nom du lieu. Enfin, il me demande de contacter H Bazin qui coordonne la recherche en elle-même.
Après de nombreux messages laissés sur le répondeur de H Bazin, j’apprends que je ne peux m’associer au projet. Peu importe, le lieu Odyssée Sonore m’intéresse et surtout m’interroge.
Lors de ma troisième visite, j’ai décidé d’entrer dans le bar pour essayer de rencontrer des gens. La cour est toujours vide, il y a du monde dans la salle de conférence. A l’intérieur du bar, il y a un arbre dont on ne voit que le pied et autour duquel le lieu semble avoir été construit. Un système de plaques transparentes autour du tronc de l’arbre permet d’isoler le bar de l’extérieur. Quelques tables sont disposées dans l’espace assez réduit de la salle. Près de la porte d’entrée, le bar. Derrière lui, une porte qui donne accès à une pièce qui sert de cuisine.

La personne qui s’occupe du lieu à ce moment est jeune. J’apprends, en discutant avec elle, que c’est la fille du patron. Elle m’explique que le bar est indépendant, qu’il accueille les gens qui fréquentent le lieu Odyssée Sonore, mais qu’il reste ouvert à tous. L’été il y a plus de monde car on peut s’installer dans la cour. Les gens viennent par connaissance, le bouche à oreille faisant son œuvre. Le côté retiré du lieu n’arrête pas les jeunes qui n’hésitent pas, d’après elle, à franchir le portail. Pendant tout le temps où je suis restée, il n’est venu personne. Lorsque je sors, la cour est toujours vide et les locaux semblent déserts.
Lors de ma quatrième visite, je me trouve tout près du lieu à l’heure du déjeuner et en profite pour manger sur place. Une vieille dame est assise sur le bord d’une chaise, recroquevillée sur elle-même, elle semble attendre. Un groupe de six personnes entre et s’installe bruyamment. Aujourd’hui le patron est là et semble bien les connaître. L’ambiance est très conviviale et la patronne est prête à discuter. Le reste du lieu semble toujours aussi désert.
Par la suite, je suis passée régulièrement en ne trouvant jamais personne dans la cour, le reste des lieux semblant désert. C’est peut être, comme me l’a dit le patron du bar, parce que c’est l’hiver.

Le projet Rap en seine 93 se manifeste enfin sous la forme d’un rendez-vous exposition sur l’histoire du rap en Seine Saint Denis197. C’est l’occasion de pénétrer enfin l’ensemble des bâtiments du lieu Odyssée Sonore. L’événement est une sorte de démonstration de l’avancée du travail d’une partie du projet. C’est aussi le prétexte pour nous présenter certains jeunes, qui sont en résidence sur les studios, pour créer leur disque. Parmi les locaux visités, les studios restent les plus intéressants, les autres salles étant sans définition particulière. Les studios se trouvent donc dans la partie du fond. C’est en fait une vieille grange dans laquelle on a construit deux pièces isolées, remplies de matériels utiles aux arrangements musicaux. Les deux pièces se font face, laissant un espace dans lequel on nous réunit pour tenter de compléter le savoir sur le rap. Le public est varié, venu là sur invitation. Il y a des responsables de structures, des officiels qui ne vont pas rester longtemps, des éducateurs, le personnel du lieu et quelques jeunes. Pendant tout l’échange, un groupe de rap répète dans le studio. A aucun moment il ne viendra écouter la discussion, qui pourtant, est sensée leur donner des informations sur l’origine de leur art. Le seul groupe à résidence présent dans l’échange est un groupe vocal féminin qui ne pratique pas le rap. Alors que les uns parlent de problèmes au quotidien, cherchant des réponses, les autres se racontent encore les débuts nostalgiques du rap avec la Zulu Nation. On échange quelques informations musicales, puis la séance se termine.

Ce lieu reste donc très intrigant. Ici aussi le travail de terrain, long et laborieux, pour pouvoir accéder à un lieu qui se veut ouvert aux jeunes pratiquant la musique, permet de voir des faits loin des discours sur l’usage que devrait avoir un tel espace. On se retrouve encore sur une structure destinée à la jeunesse, mais désertée par celle-ci, sauf invitation expresse. On se retrouve aussi dans la nécessité d’un apprentissage sauvage de l’usage des lieux, pour pouvoir accéder et comprendre les fonctionnements et les buts de la structure.
L’approche ethnographique a donc l’avantage, ici aussi, de me permettre de relever des faits quotidiens, qui vont devenir révélateur d’un fonctionnement non officiel d’un lieu qui se veut public tout en gardant, là aussi, un aspect général privé. On retrouve ici l’ambivalence des espaces, que l’on a pu exposer plus haut. Actuellement, la recherche-action qui était mise en place sur ce lieu semble ne pouvoir connaître une suite immédiate par manque de subventions. Le lieu reste pourtant comme un terrain possible d’observation.

Les rencontres des cultures urbaines de La Villette198 :
Cet événement me semblait important à observer car s’il faisait partie des lieux éphémères de rencontre des jeunes, au même titre qu’un concert ou un événement temporaire, il tend aujourd’hui à s’institutionnaliser, écartant les gêneurs ne conservant que les acteurs capables de lui donner une bonne image.

J’ai donc pu participer sans aucun problème à la table ronde du 4 novembre autour du projet «rap en seine 93 » de l’association «Villes et Miroirs de Villes » à Saint Denis. Le rendez vous est donné au restaurant «le cou de la girafe » pour déjeuner et pouvoir détendre l’atmosphère, en passant par un premier contact, permettant de faire connaissance. Visiblement, la plupart des personnes semblent se connaître et faire partie d’un cercle de spécialistes en la matière, à quelques exceptions près. Les tables sont disposées en U dans un coin du restaurant. Les conversations tournent autour de la jeunesse et des dispositifs qu’on leur accorde. Une responsable et son assistante se réjouissent de n’avoir eu à déplorer aucun débordement au sein des spectacles, contrairement à l’extérieur où chaque année il y a des accrochages avec des jeunes qui ne peuvent obtenir d’assister aux spectacles : « il en faut toujours un ou deux ».
Comment La Villette gère-t-elle les jeunes qui viennent sur les rencontres urbaines, avec quels moyens et suite à quelles réflexions, travail ou constat ? Une fois de plus, quelle est la place des jeunes dans ces rencontres qui leur sont destinées ?

Le repas terminé, tout le monde se rend au pavillon Paul Delouvrier pour assister à la table ronde. Après avoir traversé le pavillon, on se retrouve dans une grande salle. Des chaises sont disposées en demi- cercle face à une table et des chaises. La configuration semble donc vouloir se plier à la dénomination de table ronde. Sur la droite, on a disposé un certain nombre de documents concernant le sujet et l’association. Chacun s’installe face à l’équipe de l’association Villes et Miroirs de Villes. Ces derniers présentent leur projet à l’assistance qui se compose pour l’essentiel des personnes ayant déjeuner ensemble plus quelques autres.

Hors du cercle, assis sur des tables au fond de la pièce, des jeunes. On serait presque surpris de les voir au milieu de tous ces spécialistes et autres responsables ! En fait, ils participent au projet exposé. Ils finiront par se rapprocher quand on les aura présentés. Ils prendront la parole, invités à le faire par les responsables. A part eux, tout le monde remarquera un autre jeune, rappeur et au chômage, donc pouvant se libérer pour assister aux débats, bien que prévenu la veille. Sa tchatche lui permet d’être repéré comme un mobilisateur excessif de micro. Alors que d’autres, autant mobilisateurs de parole, ne seront pas rappelés à l’ordre.
Pourquoi sur un projet destiné et encore en recherche de jeunes, ne retrouve-t-on qu’un parterre de spécialistes et si peu de jeunes ? L’association qui présente son projet, destinait-elle cet exposé à une certaine profession ou à l’ensemble des personnes concernées, c’est-à-dire aussi aux jeunes ?
Une fois de plus quelle place réserve-t-on aux jeunes, premiers concernés par le projet et par ce genre de manifestation ?

J’ai aussi participé au forum du 13 novembre sur «Hip-Hop, Techno : Rythmes de passage ? ». Il était recommandé de s’inscrire préalablement, ce que j’ai fait. Le forum avait lieu dans la salle du «Parquet de Bal » située à l’extérieur de la grande halle. A l’entrée, un comptoir permet de se présenter et d’être pointé sur un listing. Dans son prolongement, des magazines de «Cultures en mouvement », coorganisateur du forum, sont en vente. A gauche, derrière, un choix de livres est présenté à la vente.
Pour accéder à la salle il faut emprunter des couloirs formés de chaque côté de gradins destinés au public. En bas, des tables sont alignées faisant face au public. Des noms marquent les places.
La séance commence par une présentation des différents partenaires, du sujet et de son choix.
Ensuite chaque intervenant présente les recherches qu’il a mené sur le sujet. Le résultat est très riche et entraîne un échange avec le public. Celui-ci ne comprend que très peu de jeunes, assez silencieux.

L’après-midi, quelques jeunes sont présents dans le public et un échange assez musclé s ‘installe entre jeunes rappeurs et jeunes adeptes de la techno, qui échappe vite aux organisateurs.
Le responsable des rencontres des cultures urbaines fait partie du public et intervient de façon définitive dans le débat.
Que doit-on penser de ce genre d’intervention arrêtant l’expression des jeunes dans les débats ? Ceux-ci sont-ils destinés et réservés aux professionnels ou apprentis professionnels ? Une fois de plus, la question de la place des jeunes au sein des rencontres des cultures urbaines se pose. J’espère avoir une réponse lors de l’entretien téléphonique que ce responsable a bien voulu m’accorder, malgré un emploi du temps chargé.

Je dois appeler le responsable à 15h30 précises. Après avoir franchi la barrière de la secrétaire et la petite musique, il m’explique :
« Les cultures urbaines sont des créations artistiques, qui naissent sur des zones fortement urbanisées. Le Hip-hop est un mouvement central de ces créations, mais il n’est pas le seul.

Au départ, le parc de La Villette a été créé comme un parc culturel urbain. Ce qui est nouveau dans ce concept, c’est que l’on n’est pas habitué à voir la culture s’installer dans un parc, que le côté culturel s’entend comme expression artistique des cultures et bien sûr que le monde urbain prend une place importante dans ce lieu.

Tout ceci a été possible grâce à l’opportunité même du lieu. En effet, à l’époque il a été fait le constat d’un déficit de vie culturelle sur le Nord-Est de Paris. Il y a eu une envie de faire vivre cette banlieue rouge face aux difficultés sociales, mettre enfin un lien entre la capitale culturelle et sa banlieue défavorisée.
Différentes personnes dans différents ministères avec différents organismes comme le fond d’action social des immigrés avaient envie d’investir ensemble dans les cultures urbaines. Est-ce que cela correspondait à un effet de mode ? Est-ce que c’était un mouvement artificiel ? Un projet social ? On n’en sait rien, toujours est- il que La Villette semblait le lieu idéal pour ce projet.

Au printemps 1996, on décide de mettre en place un projet, à l’aide d’un gros budget, qui permettra d’évaluer l’implantation des danses urbaines. La chance est donnée aux danseurs Hip-hop et à leur éventuel public. L’opération est un gros succès à tous les niveaux. On en conclut que le phénomène est bien implanté avec une imagination et une création artistique importantes.
Le président du parc, Bernard Latarger, qui vient du service public de la culture, décide d’élargir l’opération pour voir si dans le domaine des cultures des rues le Hip-hop n’est pas seul. Il crée les rencontres des cultures urbaines.

L’information sur l’événement est publique. Cent cinquante mille dépliants programmes sont distribués par les réseaux de l’ADIM, l’ADIAM, les politiques de la ville, les réseaux artistiques classiques, l’éducation populaire, les médias, etc.

L’organisation du programme se fait sur le mode du tâtonnement, de la recherche. En 1999, l’effort a été porté sur les forums et tables rondes avec des partenariats. En 1996, il n’y avait que de la danse. En 1997-98, nous avons fait appel à d’importants partenariats extérieurs. En fait, on travaille avec des contacts, des échanges avec nos réseaux. Tout ceci est chapeauté par le comité de pilotage des rencontres des cultures urbaines. Il n’y a pas de recettes.

La place des jeunes dépend des sujets abordés. Les forums sont publics est gratuits. Nous distribuons des tracts d’information par le biais de nos réseaux. On s’aperçoit que les 18-25 ans ne sont pas intéressés. On essaie de les toucher, de les sensibiliser sur cet aspect des forums et tables rondes.
Par contre, dans les spectacles, le public jeune est au rendez-vous. Il vient en groupe organisé. Pourtant, souvent les associations nous répondent qu’elles ont peur qu’ils mettent le souk, et elles préfèrent laisser tomber.
Pour les danses urbaines, nous posons la condition qu’il y ait sur scène mais aussi dans les salles de forums et de tables rondes, en priorité, des gens du mouvement Hip-hop. Le problème pour les faire accéder aux forums de discussion est qu’il faut d’abord qu’ils acceptent de venir et ensuite qu’ils soient à l’aise face au public. Et c’est là que la gestion est difficile.
Il faut alors être suffisamment attractif pour ces jeunes, mais ne pas se priver de certains sujets de réflexions. Les jeunes ont des revendications et ne se déplacent que pour montrer leur opposition à tel ou tel sujet.

Par exemple suite à un séminaire de danses urbaines, nous avons décidé de rendre compte des résultats de nos réflexions sous forme de table ronde. Ne sont venus que ceux qui contestaient et d’un séminaire constructif, on s’est retrouvé avec une table ronde destructrice.
Au point de vue de la gestion des jeunes dans et autour des concerts, cela se passe généralement bien. On a bien un soir, souvent le samedi, où des incidents éclatent à l’extérieur, mais la police intervient très vite et procède aux arrestations nécessaires. La Villette est proche de la banlieue et les jeunes estiment être chez eux, d’où les problèmes de territoires et de provocations.
En fait, ils ont besoin d’être arrêtés, ce sont des comportements suicidaires. Sur des activités de concert, on a toujours eu des problèmes autour du rap.

Durant les rencontres urbaines, on essaie de faire de la prévention et de la médiation, l’équilibre reste difficile et il faut quelquefois faire appel à la répression et à la police. Ces problèmes que l’on rencontre systématiquement avec le rap, n’apparaissent pas avec la danse. Nous préparons notre public, ils sont plus pacifiques.
Je reste intéressé par tous vos travaux et suis preneur de toutes réflexions intellectuelles. »
On retrouve ici le désormais classique discours sur le bon et le mauvais jeune. Le bon jeune a sa place dans l’organisation d’une telle manifestation. Il est même invité à participer activement à la réflexion des «grands ». Il est danseur, éduqué par eux dans le cadre de médiations. Il a pourtant du mal à venir prendre la parole positivement. C’est dommage mais cela devrait changer.

De plus, il a l’avantage d’être le plus souvent une fille, ce qui pose beaucoup moins de problèmes de violence.
Le mauvais jeune pratique le rap et tel le «sauvageon » envahit l’espace de La Villette de façon violente et irresponsable pour une banale revendication de territoire. Seule la police peut intervenir pour mettre fin à ces agressions. D’ailleurs, il n’attend que ca, la répression.
Il est intéressant de voir que dans le mini historique de La Villette, le but premier était d’offrir aux banlieues une culture qu’elles n’allaient pas chercher sur Paris. Faut-il ne donner l’accès à la culture qu’à une certaine catégorie de population ?

Cette idée qui plane sur la volonté de nier l’existence d’une certaine catégorie de jeunes, parce qu’ils pratiquent une certaine forme d’expression, est-elle une façon de gommer l’existence de certains, pour en mettre en valeur d’autres ?
Ici encore on se retrouve face à une absence des jeunes, que ce soit dans les discussions dont ils sont le centre, ou dans les lieux dont l’accès reste contrôlé. Là encore, sur un événement public ouvert à tous, on s’aperçoit en fait que l’accès est réduit à certains et rend donc l’événement privé.
De plus, ici la politique reste évidente d’un choix précis d’un milieu. Les rencontres des cultures urbaines ont tendance à devenir les rencontres des danseurs urbains, ce qui élimine les agités de sexe masculin. Ceux-ci restent dehors où d’ailleurs ils créaient des problèmes.

On voit bien, au travers de l’échange téléphonique, que le discours est réducteur, mais pourtant très instructif. L’approche du terrain met en avant le déséquilibre entre la présence des jeunes le soir au spectacle et la journée dans les discussions. De plus, lorsqu’ils sont présents dans les échanges, leur parole est comptée, voire surveillée et dirigée dans l’axe d’une certaine politique de l’événement. Ceci mérite une observation plus approfondie et plus systématique pour pouvoir mieux saisir les véritables enjeux de cette manifestation devenue une référence en matière de culture urbaine.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE