L’Etat face à sa jeunesse (L’encadrement des jeunes)

By 18 October 2012

3.2. L’Etat face à sa jeunesse.

La période de 1936 à 1958 reste importante dans l’histoire des mouvements de jeunesse, car elle recouvre à la fois l’entrée en scène de l’Etat, mais aussi l’apogée et la crise des mouvements.

Le Front populaire fait de la jeunesse une véritable préoccupation étatique : en témoigne la création d’un sous-secrétariat d’Etat, chargé des sports et des loisirs, dirigé par Léo Lagrange, figure emblématique de l’époque. C’est avec lui que s’affirme la promotion d’une politique de culture, de loisirs et de sport populaires. S’agissant du sport, il inscrit l’éducation physique dans le système scolaire, la différenciant d’un modèle militaire et favorisant le développement d’équipements sportifs. Un élan important est pris.
Cet intérêt ne fera que croître sous le gouvernement de Vichy. Dès son installation, Vichy comprend l’importance d’attirer la jeunesse hors du cadre scolaire pour «pouvoir la mettre en condition par de saines expressions collectives »42.

La pédagogie mise alors en œuvre, découle directement de celle des mouvements de jeunesse catholique d’avant-guerre, qui prônent une éducation totale du jeune travailleur.
« L’éducation que nous voulons donner dépasse de beaucoup le seul stade de l’enseignement. Nous voulons faire plus, et notre prétention est d’apprendre à vivre, à réaliser une vie d’homme »43. Ils proposent aussi de «donner aux jeunes ouvriers cette formation totale qui en fera, non seulement de bons ouvriers, mais des hommes et des français ».

Pourtant, la résistance de l’Eglise empêche Vichy de créer une organisation de jeunesse unique et sous son contrôle strict. Il existe en fait quinze à vingt groupements de jeunesse libres au côté des mouvements officiels.
Malgré cela, Vichy n’abandonne pas sa volonté de contrôle et crée, dès juin 1940, un Secrétariat Général à la Jeunesse. On voit apparaître, ici, le début d’un désir d’insertion pour la jeunesse.
Se mettent alors en place des centres de formation professionnelle chargés de former «des hommes de métier et des membres actifs de la communauté française ». Pour encadrer ces formations, Vichy met en place des écoles de cadres qui se multiplient. Parmi elles, l’école d’Uriage 44qui reste la base de la formation à l’encadrement de la jeunesse. Elle va marquer son temps par une conception nouvelle de l’homme, à la fois spirituelle, intellectuelle et physique45. Elle contribuera aussi à la formation d’une génération qui sera très active de la Résistance à l’après-guerre.
Cette école va former de nombreux «cadres » de la jeunesse, tous de la même façon, avec un seul but, faire de cette jeunesse nonchalante un groupe actif, sain de corps et d’esprit. En fait, il faut encadrer la jeunesse pour la sauver des dérives qui la guettent. On trouve encore cette difficulté à saisir ce qu’est vraiment la jeunesse.

Ces écoles de cadres sont donc le lieu de pratiques spécifiques bien différenciées des méthodes de l’institution scolaire. Elles ont pour but de former ces chefs dont le pays aurait tant manqué46.

Il y a aussi une grande volonté de développer «les maisons de la jeunesse » synonymes de communauté.
« Dans le village futur, l’architecte l’inscrira entre l’immeuble corporatif et le centre scolaire (…). La cité de demain lui réservera une place de choix. Dans une société communautaire organisée, sa place est prête »47.
La jeunesse devient sous Vichy une institution centrale de la société, et malgré la Libération et la dénonciation idéologique du gouvernement, ces objectifs resteront encore très présents dans la politique sociale du pays.
A la Libération, l’Etat se dote d’une direction des mouvements de la jeunesse confiée à Jean Guéhenno, universitaire et écrivain français. Les principes de «libre adhésion » et de «formation désintéressée et efficace » sont énoncés.

Pourtant le projet éducatif reste «d’orienter une vie, de former un caractère, de préparer un citoyen en faisant l’apprentissage indispensable de la collectivité dans un cadre nouveau, plus proche que l’école ou la famille des difficultés de l’existence »48. En fait, on veut lutter contre l’influence néfaste de loisirs oisifs, mais aussi on met en place une politique de subventions, destinées à compenser des inégalités de ressources, enfin on cherche à créer des centres d’éducation populaire pour former des animateurs.
Une politique en direction de la jeunesse se met en place. En 1955, sous le gouvernement de Mendès France, on crée le Haut Comité de la Jeunesse rattaché à la présidence du Conseil et des commissions de la Jeunesse dans chaque ministère.

Ainsi, ce mouvement, induit par la politique de Vichy ne fera que s’amplifier, voyant une nouvelle jeunesse apparaître au lendemain de la Libération. Cette reconnaissance sociale marquée par l’histoire, délimite les contours d’une politique de la jeunesse naissante. Pourtant, cette reconnaissance politique sera à l’origine de problèmes sociaux, spécifiquement juvéniles, que cherchera à traiter la seconde moitié du siècle.

De leur côté, les mouvements de jeunesse subissent les contrecoups des changements qui affectent la société française. La guerre froide, puis le début de la guerre d’Algérie plongent la société dans une crise politique. Le besoin de se situer entraîne des tensions au sein des mouvements. La fin des années cinquante est synonyme d’une forte crise. En 1956, l’ACJF éclate et les équipes nationales de la JEC et de la JECF démissionnent. Dans le même temps, l’équipe nationale de la Route des Scouts démissionne. C’est le début d’une crise que la JOC sera seule à traverser sans grands bouleversements. Les mouvements d’éducation populaire, revivifiés sous le Front populaire et à la Libération, vont jouer un rôle important dans les années soixante. La Ligue de l’Enseignement et surtout la Fédération française des maisons de jeunes et de la culture (FFMJC), entretiennent des relations étroites avec l’administration de Jeunesse et Sport.

Dissoute en 1942, la Ligue se reconstitue à la Libération et devient la plus grande fédération d’éducation populaire49. Elle redéfinit son organisation en fonction du milieu géographique où elle intervient (urbain, rural, scolaire).
De son côté la FFMJC adopte trois principes : pluralisme et laïcité, service semi-public, cogestion. Elle définit dès 1947 le statut des directeurs de MJC.
Enfin, l’organisation des Auberges de Jeunesse vient rejoindre, dans une certaine institutionnalisation, les deux premiers mouvements et s’engage dans la voie de la dépolitisation, afin d’acquérir de nouveaux moyens financiers venant de l’Etat.

Les mouvements sportifs s’autonomisent plus rapidement, étant fortement structurés. L’Etat délègue alors ses pouvoirs aux fédérations en leur demandant d’organiser des compétitions. Le système sportif se caractérise, alors, par une logique fédérale fondée sur l’existence de fédérations autonomes les unes par rapport aux autres, sur la délégation de pouvoir de l’Etat, pour organiser et contrôler le sport et sur l’existence de comités internationaux comme le Comité international olympique (CIO) et les Fédérations sportives internationales (FSI).
Le mouvement sportif se caractérise donc par le fait qu’il codifie lui-même ses règles. Il tente aussi de se démarquer des influences politiques afin de garder toute son autonomie. Pourtant, les associations et clubs sportifs restent des enjeux politiques, car ils sont des lieux de pouvoir, d’autant plus que l’occultation de la dimension politique présente les meilleures conditions de l’acceptation et de l’efficacité politique50.
Ainsi, le gouvernement de Vichy, le Front populaire puis la Libération ont contribué à valoriser certains mouvements de jeunesse, nés dans l’entre-deux-guerres. Leur puissance est à l’apogée durant les années cinquante. Pourtant, peu à peu les mouvements glissent vers une crise étroitement liée à l’évolution et au changement de la société. L’intervention de l’Etat devient alors de plus en plus forte.

Le mouvement sportif, de son côté ne connaît pas cette crise. Il parvient rapidement à s’autonomiser et à se fédérer.
L’émergence des notions d’équipements et d’animation, pour les jeunes, apparaît après une longue période d’autonomisation dans le discours social de la catégorie de la jeunesse. Face à une forte demande des organisations et des mouvements de jeunesse, l’Etat va intervenir massivement, mettant en place des structures publiques permettant de répondre à une forte montée des jeunes et à la grande urbanisation de la période de 1962 à 1974.
Dès 1958, un modèle d’animation de la ville, largement inspiré des expériences antérieures, va voir le jour sous la cinquième République et le Gaullisme. Celui-ci est très lié aux changements que subit la société française d’après-guerre. L’Etat entame alors une planification des équipements sportifs et socio-éducatifs.

En découle l’ouverture massive d’équipements spécifiques, gérés par des associations privées ou para-publiques. Et c’est dans le cadre du quatrième Plan que se généralisent des filières professionnelles, comme les Instituts Universitaires de Technologie, les Instituts régionaux de travailleurs sociaux et les diplômes d’Etat des ministères.
Dans les mouvements de jeunesse, les professionnels apparaissent. La notion «d’équipement collectif » prend alors une place prédominante pour l’Etat, et les dépenses prévues vont connaître un accroissement très fort. En 1961 est élaborée la première loi pour un programme d’équipements sportifs et socio-éducatifs. C’est dans la grille d’équipement des grands ensembles d’habitation, que l’on retrouve la nature et l’importance des équipements à prévoir.
A l’inverse, la grille d’équipements sportifs et socio-éducatifs du Haut Commissariat intéresse l’ensemble des zones urbaines, qu’elle doit équiper en fonction des besoins produits par leurs croissances.
L’intérêt de ces deux grilles assez proches a été de mettre en avant les besoins en équipement des quartiers et des villes.

Les mouvements, les fédérations et les réseaux de jeunes ont aussi joué un rôle dans ce développement, par une participation active sur le terrain et le maintien d’une certaine pression auprès des pouvoirs publics.
Les chercheurs en sociologie urbaine, bien que peu nombreux, interviennent même parfois directement dans les programmes locaux. Des études sont alors mises en place dans différents quartiers, sur les conditions d’habitation et sur le rôle des structures socio-éducatives.
Ainsi, l’Etat, les grandes fédérations associatives et les nouveaux sociologues des loisirs sont à l’origine de la généralisation d’un espace spécifique pour les loisirs des jeunes51.

Progressivement, le champ de l’animation des jeunes s’autonomise. Le 27 septembre 1958, un décret créé un Haut Commissariat à la jeunesse et aux sports. Le 29 juin 1963, le Secrétariat d’Etat à la jeunesse et aux Sports voit le jour. En 1958, les mouvements se regroupent en un Groupe d’étude de recherche des organisations de jeunesse et d’éducation populaire (GEROJEP), qui regroupe les associations d’inspiration laïque confessionnelle et socialiste.

Dans un premier temps, de 1958 à 1966, une collaboration au plan national fonctionne et permet une véritable mise en place d’une politique de la jeunesse. Apparaît la loi congé-cadre jeunesse en 1961, la création du FONJEP (fonds interministériel pour la jeunesse et l’éducation populaire) en 1964 ainsi que plusieurs associations de cogestion (COTRAVAUX, ATITRA, UCPA).
C’est aussi l’époque où les mouvements de jeunes favorisent le développement des équipements socioculturels. Et c’est Maurice Herzog, Haut Commissaire à la jeunesse et aux sports, qui est à la base de cette coopération, en permettant de développer les échanges avec les associations de jeunesse et en favorisant la mise en place d’institutions novatrices52.

Pourtant, lorsque François Missoffe reprend le poste de Maurice Herzog, il lance l’idée d’un livre blanc de la jeunesse. L’objectif est de connaître la véritable situation des jeunes indépendamment des organisations. Le résultat reste peu convaincant lorsqu’il décrit une jeunesse prête à participer aux actions éducatives et sportives, sans tenir compte des événements qui finiront par éclater en 1968. Pour contrer la FFMJC, il met en place l’opération «1000 clubs de jeunes ».

Après mai 1968, Joseph Comiti, nouveau secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, conserve une attitude prudente vis-à-vis des organisations de jeunesse et contraint la FFMJC de se régionaliser. En découle une scission au sein de la FFMJC avec la création de l’Union régionale des MJC (UNIREG).
Le ministère développe alors des services directement utilisables par les jeunes. En 1969, il créé le Centre d’Information et de Documentation Jeunesse( CIDJ), qui sera le début de la multiplication des centres régionaux et locaux d’information.

Toute la période de 1968 à 1975 est donc marquée par l’absence de cogestion et la priorité aux actions directes du Ministère. Dans le même temps, les associations de jeunesse voient leurs aides diminuer. Face à ce changement, elles tentent de se regrouper, dès 1968, au sein du Conseil national des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP) sans grand résultat.
Les années 1966-1975 sont donc marquées par le peu de dialogue avec les organisations de jeunesse. Le Haut Comité de la Jeunesse et des Sports cesse d’ailleurs toutes activités dès 1966. La création, alors, d’un ministère de la jeunesse et des sports montre bien la volonté de l’Etat. Ce ministère ne résistera pas aux événements de mai 1968 et sera remplacé par un nouveau Secrétariat d’Etat rattaché au Premier ministre, puis à l’Education Nationale en février 1974, avant de regagner la Qualité de la Vie en juin 1974.

A l’inverse des mouvements de jeunesse, le mouvement sportif mieux délimité et plus fortement structuré, entretient avec l’Etat des relations plus sereines. Le fait de pouvoir bénéficier directement des nouveaux équipements sportifs permet de transformer les mentalités, en vulgarisant la pratique sportive et en accédant au sport de masse. Jusqu’au milieu des années soixante dix, les mentalités sont orientées vers la compétition. Après cette période, on voit progressivement apparaître un sport de loisir soutenu par la valorisation de la forme physique et individuelle ainsi que par la publicité.
Conséquence directe de ces changements, les animateurs émergent comme des nouveaux acteurs de la société, prenant le relais des bénévoles et des militants. Des formations voient le jour, d’abord privées puis publiques, avec des diplômes d’Etat. L’animateur socioculturel se professionnalise donc.

Ce sont les associations et les mouvements de jeunesse qui les premiers mettent en place des sessions de formation de longue durée. La Fédération française des MJC organise, dès le début des années soixante, un cycle long de formation de directeur de MJC. L’Ecole pratique du service social de Paris en 1962, l’Ecole des amitiés sociales de Rennes en 1966 et l’Union française des centres de vacances en 1964 proposent à leur tour des formations. Les premiers diplômes d’Etat d’animateurs apparaissent avec les lois de 1966 et 1971.
Dès 1964, un diplôme d’Etat de conseiller d’éducation populaire (DECEP) est créé par le Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et aux Sports pour répondre aux besoins en personnel de l’administration.
En 1967, un deuxième diplôme d’Etat apparaît rattaché aux IUT «Carrières Sociales » : le Diplôme Universitaire de Technologie, option animateurs socio-culturels. Des cadres de la jeunesse et des sports et des membres des associations de jeunesse et d’éducation populaire participent à cette formation, pour un tiers du personnel enseignant.
Dès 1968, deux nouveaux diplômes apparaissent : le BASE (Brevet d’Aptitude à l’Animation Socio- Educative) et le CAPASE(Certificat d’Aptitude à la Promotion des Activités Socio-Educatives). Dans le même temps est élaboré un statut pour les personnels professionnels d’animation.

Dans le secteur sportif, les diplômes reconnus par l’Etat sont de deux ordres : les généralistes du sport et des activités physiques qui peuvent enseigner sans limitation de spécialité, et les éducateurs sportifs spécialisés dans une discipline.

C’est sous le gouvernement de Vichy qu’apparaissent deux types de diplômes, un pour les formateurs et un pour les maîtres. Les maîtres sont formés dans les Centres régionaux à l’éducation populaire et sportive (CREPS) et les professeurs dans les IREP, qui deviennent en 1969 les Unités d’enseignement et de recherche en éducation physique et sportive (UEREPS) qui sont intégrées aux universités.
Au fil des ans on va passer de l’éducation physique (EP) aux activités physiques et sportives (APS). Le nouveau sigle des Sciences et Techniques des activités physiques et sportives (STAPS) renforce leur statut universitaire.

Les brevets d’Etat d’éducation sportive (BEES) ne cessent de se diversifier et le personnel, encadrant le sport en milieu extra-scolaire, peut être composé de professeurs d’EPS comme d’agents contractuels, titulaires du brevet d’Etat d’éducateur sportif.
Quant au loisir sportif, il reste lié au nombre toujours grandissant de pratiquants depuis 1970. Le bénévolat sportif renaît, prenant des formes nouvelles dans le domaine administratif ou dans l’organisation technique, accompagnant la création massive de postes d’animateurs sportifs urbains.

L’urbanisation et la nouvelle conjoncture nationale provoquent l’émergence de nouveaux lieux et de nouveaux agents d’animation de quartier.
Depuis les années cinquante, l’urbanisation subit un accroissement considérable. Les villes grossissent démographiquement et économiquement. On construit en urgence, vite et massivement vers les périphéries et les communes de banlieues, où jaillissent les premiers grands ensembles d’habitation. Les nouvelles couches professionnelles, prises dans cette évolution, privilégient de nouvelles valeurs culturelles.
Elles conquièrent les équipements socioculturels et deviennent vite un élément moteur des associations, recherchant une animation globale avec une valorisation du quartier comme communauté à construire.
Ces couches montantes acquièrent un droit de cité, en étant socialement reconnues comme groupe social et en apparaissant sur la scène politique locale puis nationale53.
Pourtant, la place grandissante des équipements socio-culturels se heurte aux couches moyennes, en place dans les mairies, ayant des objectifs divergents. Et puis, la différence sociale des groupes de jeunes reste un obstacle au bon développement de l’animation.
Régulièrement des conflits éclatent soit entre groupes de jeunes, soit entre jeunes et animateurs, soit entre animateurs et administration, soit enfin entre administration et municipalité 54.

Finalement, ces équipements deviennent partout des enjeux importants et témoignent de la politique conduite en direction des jeunes, s’inscrivant dans des situations sociales et politiques spécifiques en fonction des lieux. On se retrouve donc face à une diversité de configurations locales, avec toujours présente la question de la place accordée à l’animation et à l’animateur qui devient un véritable professionnel.
Et si la place de l’animation pose question, celle du statut de l’animateur reste difficile à définir. Ces champs d’activités sont très variés et s’étendent dans les secteurs culturel, socio-culturel, socio-politique, socio-économique, socio-éducatif, social, et sportif. Ainsi l’animateur s’impose de plus en plus dans l’espace local, remplaçant les bénévoles et étant géré par les associations et les municipalités.
On constate donc que c’est sous la Cinquième République que s’affirme l’envie de l’Etat de prendre place au sein des activités locales et dans la planification des équipements. Apparaissent les départements de la Jeunesse et des Sports, de la Culture qui se rajoutent aux Affaires Sociales. Un nouveau modèle d’animation apparaît dans une société des «Trente Glorieuses » en plein changement. La montée des jeunes dû aux migrations et à l’urbanisation entraîne une réponse sous forme d’équipements et d’animation.

Les mouvements et les grandes fédérations sortent de cette mutation affaiblis voyant le modèle d’animation se diffuser à l’extérieur des structures d’encadrement classiques. Mai 68 a révélé une nouvelle jeunesse qui reste étrangère à ceux qui prenaient la parole en son nom.
Le changement de politique de 1974, entraîne une remise en cause de la société des trente glorieuses. Les politiques sociales, financées par une économie fleurissante, sont menacées. La puissance publique est jugée trop centralisée. Il faut redonner l’initiative à la société par l’intermédiaire de la vie associative.
Cette valorisation du secteur associatif apparaît dans de nombreux rapports commanDès par l’Etat. Il faut donner aux acteurs des capacités d’auto-organisation.

L’Etat se voit donc obligé de modifier ses modes d’intervention. Les structures lourdes et stéréotypées ne correspondent plus aux pratiques des jeunes. De plus, ces équipements sont souvent fréquentés par différents types de groupes sociaux qui font fuir les jeunes, soit qu’ils refusent de se mêler à d’autres groupes d’âge, soit qu’ils soient jugés importuns. Enfin, les activités agissent aussi comme une sélection naturelle. On voit bien, ici, la difficulté des jeunes à prendre place.

L’incertitude domine donc la période giscardienne et le début de la gauche au pouvoir. En 1977, l’Etat lance une grande consultation sur la jeunesse, qui donne lieu à un catalogue de «58 propositions ».
En 1981, quand la gauche s’installe au pouvoir, elle est aussi démunie et voit se succéder des rapports : rapport «Schwartz » en 1981 sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, rapport «Bonnemaison » en 1982 sur la prévention de la délinquance, avec une mise en place de soixante et une missions locales pour les jeunes et les premières «opérations programmées été », rapport «Dubedout » sur les problèmes des grands ensembles et le lancement d’une politique de réhabilitation des quartiers, rapport «Hurstel » sur les jeunes et l’action culturelle. Ce dernier marque la fin d’une période.

L’été 1981 lance deux défis aux pouvoirs publics, avec la nécessité d’une paix sociale dans les banlieues difficiles et la montée du chômage chez les jeunes. La réponse se traduit par une série de dispositifs, montrant une nouvelle façon d’appréhender la jeunesse.
Les années quatre vingt voient donc une montée du chômage des jeunes plutôt urbain, ce qui entraîne une confusion avec le problème de la dégradation des quartiers. « Touche pas à mon pote » entre sur le devant de la scène publique, alors que l’extrême-droite prend une place importante. De plus en plus l’opinion publique assimile le chômage, les banlieues et les jeunes à un danger pour l’ordre public. L’insertion professionnelle et sociale des jeunes devient alors un véritable problème, rejoignant l’insertion en général.

En 1977, le gouvernement de Raymond Barre prend les premières mesures d’une longue série sur le chômage des jeunes, en s’attaquant à l’orientation-formation. Se succèdent alors des stages ou des emplois à temps partiels, prenant différentes appellations, en fonction des gouvernements (opérations «seize-dix huit ans », puis «dix-huit – vingt-cinq ans », «jeunes volontaires », «TUC », etc). Parallèlement, apparaissent les premières entreprises d’insertion censées aider les jeunes en difficulté à accéder à la vie active.
On installe dans les principales agglomérations des «missions locales pour l’emploi des jeunes », destinées à accueillir et orienter les jeunes. Dans les petites villes, on retrouve des Permanences d’accueil d’information et d’orientation (PAIO). Ceci représente un nouveau style de dispositif, placé sous la responsabilité des élus locaux, supposant une certaine décentralisation administrative et recelant une nouvelle façon de traiter les problèmes sociaux 55.

Apparaissent aussi, les ZEP, zones d’éducation prioritaire, dès 1981 pour lutter contre l’échec scolaire dans les quartiers «défavorisés », les OPE, opérations programmées été ou opérations anti-été chaud, mises en place dans les départements très urbanisés, en collaboration avec les ministères de la Jeunesse et des Sports, de la Solidarité et de la Justice.

Lire le mémoire complet ==> (La jeunesse et le rap _ Socio-ethnographie d’un espace intermédiaire)
Mémoire – Département des Sciences de l’Education
Université Paris X – UFR SPSE