La situation des conflits sociaux en France 2004 (statistiques)

By 17 October 2012

4.2 La situation des conflits sociaux en 2004

En 2004, l’inspection du travail a recensé en France métropolitaine 193 000 journées individuelles non travaillées dans le secteur privé, hors transports et agriculture. Le nombre de journées de grève a baissé de 14 % en un an et de près de 50 % depuis 1996 (graphique 1). Le nombre de conflits diminue de 11 % par rapport à 2003.

La situation des conflits sociaux en France 2004

La durée moyenne des conflits a régulièrement diminué depuis trois ans. Elle est désormais légèrement supérieure à trois jours par gréviste, contre près de quatre en 2001. Bien que moins nombreuses et moins longues, les grèves sont en revanche plus mobilisatrices. La participation progresse depuis deux ans. En 2004, 36 % des salariés dans les établissements en grève ont été recensés comme grévistes. Au final, avec des arrêts de travail moins nombreux mais plus mobilisateurs, le nombre de grévistes en 2004 reste proche de celui de 2003.
Après une poussée sur la RTT, Les accords d’entreprise déposés dans les directions départementales du travail concernent de nouveau prioritairement les salaires, thème de revendication qui progresse également dans les conflits sociaux.

En 2004, les salaires et les primes restent le premier motif de déclenchement d’un conflit. Ce thème de revendication est à l’origine de 39 % des arrêts de travail, soit une progression de deux points par rapport à 2003. Néanmoins, certains conflits sur les salaires peuvent également recouvrir des revendications sur les conditions de travail, thème par ailleurs en faible recul, les salariés cherchant par exemple à obtenir des primes compensant la pénibilité des conditions de travail. La part des conflits portant sur le respect du droit du travail demeure stable, tout comme celle relative au temps de travail.

La conflictualité recule dans tous les secteurs en 2004, sauf dans les services (graphique 2). L’industrie demeure le secteur le plus conflictuel, mais le nombre de jours de grève pour 1000 salariés baisse de cinq jours. Principale raison : la forte décrue de la conflictualité dans la métallurgie, après une année 2003 marquée par de nombreux mouvements sociaux. Dans la construction, la conflictualité baisse fortement, de huit à trois jours de grève pour 1000 salariés. Le dynamisme économique de ce secteur pourrait expliquer cette chute. C’est dans cette branche que la croissance de l’emploi et des salaires a été la plus forte.

Graphique 2
La situation des conflits sociaux en France 2004 (statistiques)

Dans le commerce, le nombre de jours de grève pour 1000 salariés diminue peu en 2004. Là encore, les revendications portent le plus souvent sur les salaires, notamment dans la grande distribution et ses centres logistiques. Dans le secteur des services, en revanche, le nombre de jours de grève a sensiblement progressé : huit jours pour 1000 salariés en 2004, contre cinq jours en 2003. Les conflits longs et très suivis dans l’audiovisuel public expliquent en partie cette augmentation.

Entre 2003 et 2004, le nombre de jours de grève a chuté de plus des deux tiers dans les transports : 157 000 en 2004, contre 505 000 l’année précédente (graphique 3). Comme pour les autres secteurs, la faible conflictualité de l’année 2004 prolonge la forte baisse de 2002 et contraste avec la période 1998-2001. L’année 2003 avait été exceptionnelle car la réforme des retraites avait engendré de fortes contestations. L’essentiel des conflits a été recensé dans les transports ferroviaires et urbains. Cependant, les journées de grève y sont proportionnellement moins nombreuses que l’année précédente: 73 % de l’ensemble des journées perdues en 2004, contre 93 % en 2003. Dans ces entreprises, les grèves ont été plus nombreuses mais beaucoup moins suivies qu’en 2003. À l’opposé, le nombre de jours non travaillés a augmenté dans les entreprises de transports routiers.

Graphique 3
La situation des conflits sociaux en France 2004

Dans la fonction publique d’État, le reflux est également important après la forte mobilisation des agents publics en 2003 sur les questions de la réforme des retraites et de la décentralisation (graphique 4). En 2004, 374 000 journées de grève ont été comptabilisées dans l’ensemble des ministères et des établissements qui en dépendent, soit dix fois moins qu’en 2003. C’est le niveau le plus bas depuis 1997. La réforme de l’assurance maladie n’a, de fait, pas entraîné de mouvement analogue à celui de 2003 sur les retraites.

Graphique 4
La situation des conflits sociaux en France 2004

4.3 Historique en France et comparatif France/Europe et pays industrialisés

Le chapitre précédent offre une photographie de la conflictualité limitée à la France et dans le temps. Pour mieux contextualiser le phénomène des grèves dans notre pays il convient de le mettre en perspective avec d’autres pays mais aussi dans le temps. Des études, réparties sur trois périodes, vont nous permettre d’examiner sur plus d’un siècle l’évolutions de la conflictualité en France en la comparant à d’autres pays Européens et industrialisés.

4.3.1 1900 – 1970

Les différents travaux ont été classés par ordre chronologique. La première étude 13(Sirot, 1998) porte sur 6 pays européens entre 1900 et 1970. Le graphique 1 met en évidence que, durant cette longue période, la France ne s’est jamais distinguée par une activité conflictuelle particulièrement élevée. Selon ces données, seul le Royaume-Uni aurait pu se voir attribuer le titre de « champion de la grève » pour la période 1910-1930, et l’Italie pour les décennies 1950 et 1960.

Graphique 1 : Nombre de journées individuelles non travaillées pour 1 000 salariés (1900-1970)
Nombre de journées individuelles non travaillées pour 1 000 salariés (1900-1970)

A supposer qu’il soit pertinent d’établir un classement général sur une si longue période (sept décennies), on trouve que c’est l’Italie qui est la plus conflictuelle (graphique 1bis). Elle est suivie du Royaume-Uni. La France, quant à elle, se place en troisième position avec un « taux de grève » est inférieur à la moyenne des six pays.

Graphique 1bis : Classement de 6 pays par conflictualité décroissante (1900-1970)
Classement de 6 pays par conflictualité décroissante (1900-1970)

4.3.2 1970 – 1993

La deuxième étude a été menée par Maximos Aligisakis14 (1997). Elle porte sur la période

1970-1993 (graphique 2). Selon le classement, la France est en 10e position sur 18. Son nombre de journées individuelles non travaillées pour 1 000 salariés est de 121 contre 317 pour l’ensemble des pays. Signalons qu’Aligisakis construit un indicateur plus complexe combinant le « taux de grévistes », le « taux de journées perdues », la « mobilisation des grévistes » et la « détermination des grévistes ». Il lui donne le nom d’« indice général de conflictualité ». Selon cet indice, la France se retrouve en queue de peloton (au 16e rang sur 18), parmi les « pays à très faible conflictualité », aux côtés du Portugal, de la Suisse et du Luxembourg.

Graphique 2 : Classement de 18 pays par conflictualité décroissante (1970-1993)
Classement de 18 pays par conflictualité décroissante (1970-1993)

4.3.3 1998 – 2004

Le dernier classement (graphique 3) compile les données de deux sources 15 (Lecou, 2003 et Carley,

2005). Il concerne la période la plus récente (1998-2004). Pour la première fois, de nombreux pays de l’Europe de l’Est ont été étudiés : la Hongrie, la Roumanie, la Slovénie, l’Estonie, la Pologne, la Lituanie et la Slovaquie. Ce sont des pays dans lesquels la conflictualité est particulièrement faible. Cela explique que la France remonte dans le classement : elle est en 10e position sur 25 (donc dans la moitié qui fait le plus grève). Elle conserve malgré tout une conflictualité inférieure à la moyenne européenne (37 JINT pour 1 000 salariés contre 43).

Graphique 3 : Classement de 25 pays par conflictualité décroissante (1998-2004)
Classement de 25 pays par conflictualité décroissante (1998-2004)

4.4 Les enseignements

En premier lieu il est frappant de constater que les statistiques fournies par le Ministère du Travail n’offre pas une vision fidèle de la conflictualité en France. En outre, aucun élément n’est disponible sur les nouvelles formes de conflit notamment lorsqu’ils sont larvés. Ainsi une étude purement quantitative du phénomène serait sans valeur. Sans offrir une vérité les statistiques nous donnent néanmoins un éclairage. Les moins mauvaises informations dont nous disposons portent sur les grandes entreprises car elles disposent de structures Ressources humaines dédiées aux relations sociales dont les attributions sont notamment le recensement des mouvements sociaux. La remonté d’information vers l’inspection du travail s’en trouve fiabilisée.

L’industrie demeure le secteur d’activité le plus conflictuelle. Sa part diminuant régulièrement dans l’emploi des français : le nombre de jours de grève diminue de puis plusieurs années, hors épiphénomène. Les services ne génèrent pas autant de conflits ouverts. La question des salaires est une constante dans les motifs de grève affichés. Le secteur public et parapublic suit la même tendance, sa conflictualité décroît, malgré quelques crises, sur le long terme. Enfin, il convient de relativiser la conflictualité sociale en France. Pour peu que les chiffres des autres pays soient aussi fiable que les notre, la France n’est pas, et n’a jamais été, le « pays des grèves ». Par ailleurs, il est à noter que les pays du nord (culture de consensus) et les pays du sud (culture de confrontation) semblent également touchés par les conflits sociaux. De ce constat il pourrait être posée une question pour un mémoire : « La culture d’une entité géographique et le style de management qui en découle ont il une influence sur la qualité de la prévention des conflits sociaux ? »

Lire le mémoire complet ==> (Comment les grandes entreprises d’aujourd’hui préviennent-elles les conflits sociaux ? )
Mémoire – MBA Management Des Ressources Humaines
Université Paris Dauphine
________________________________
13 « Emploi ouvrier, syndicalisation et grèves en Europe occidentale de 1880 à 1970 : entre rapprochements et creusement des singularités », Sirot Stéphane, in Cahiers d’histoire, n°72, « Industrialisation et sociétés. 1880/1970 », 1998, pp. 23-47 (p. 37, notamment)
14 « Typologie et évolution des conflits du travail en Europe occidentale », Aligisakis Maximos, Revue internationale du travail, Vol. 136, n°1, printemps 1997, pp. 79-101
15 « Évolution de la situation en matière d’actions syndicales – 2000-2004 », Carley Mark, site internet de l’OERI (Observatoire européen des relations industrielles), 2005