Facteurs démographiques de l’obésité chez les jeunes canadiens

By 29 October 2012

Les déterminants de l’obésité chez les jeunes – Chapitre II

L’obésité est causée par un débalancement énergétique. Autrement dit, l’individu ne dépense pas suffisamment de calories dans une journée, par rapport à la quantité qu’il consomme sous forme de nourriture, ce qui résulte en un gain de poids dû à une accumulation calorique. Mais, au-delà de cette définition, y a-t-il des facteurs pouvant expliquer pourquoi cette tendance au débalancement a augmenté exponentiellement au cours des dernières années? Ce déséquilibre est-il réparti uniformément à travers la population canadienne, faisant fi des différences socio-économiques entre les individus? Quels sont les principaux déterminants pouvant causer l’obésité chez les jeunes? Nous croyons que l’obésité est partiellement causée par des facteurs exogènes, dont le bagage héréditaire de l’individu, mais nous pensons qu’elle est également causée par plusieurs facteurs endogènes, tel le temps passé à faire des activités sédentaires par rapport au temps physiquement actif. Ceci étant dit, il y a également plusieurs facteurs difficiles à observer pouvant également la causer, par exemple, une dépression. Regardons tout d’abord nos chiffres provenant de l’ESCC Cycle 2.2 ainsi que la littérature scientifique provenant d’économistes et d’experts du milieu médical pour nous éclairer à ce sujet. L’observation de ces données nous permettra de mieux catégoriser certains types de relation pouvant causer l’obésité et d’expliquer nos résultats.

2.1 Facteurs démographiques et génétiques
2.1.1 Les facteurs démographiques

Le ratio d’obésité est différent selon la localisation géographique au Canada. Il semble que plus on se déplace vers l’ouest canadien et plus le ratio d’obésité diminue, les plus haut taux étant enregistrés à l’est du pays (voir Shields, 2005). Par exemple, il y a davantage d’obèses et de gens ayant un surplus de poids à Terre-Neuve qu’en Colombie-Britannique. La seule exception à la tendance est le Québec qui a le plus faible taux d’obésité au Canada.

Par exemple, d’après les chiffres de Leiter (1999) chez les adultes, 42 % des Québécois étaient considérés en surplus de poids ou obèses. Ceci est inférieur à la moyenne canadienne qui était de 48 %.

En ce qui concerne les jeunes de 2 à 17 ans, voici les chiffres que nous obtenons à partir d’un tableau de données croisées tirés de l’ESCC:
Tableau 2.1
Taux de poids normal, d’embonpoint et d’obésité par province (ou groupe de provinces), selon le pourcentage total occupé dans l’échantillon canadien, population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, territoires non compris, 2004

Poids normal Maritimes12,64 % Québec11,64 % Ontario17,69 % Prairies13,89 % Alberta Colo Brita6,37 % 8,0 mbie- Total nnique 5 % 70,28 %
Embonpoint 4,45 % 2,62 % 5,08 % 4,26 % 1,52 % 2,0 4 % 19,99 %
Obèse 2,57 % 1 % 2,45 % 2,16 % 0,66 % 0,8 9 % 9,73 %
Total
Source : ESCC
19,66 % 15,26 % 25,22 % 20,31 % 8,55 % 10, 98 % 100 %

Tableau 2.2
Taux de poids normal, d’embonpoint et d’obésité selon la province (ou le groupement de provinces), population à domicile de 2 à 17 ans, Canada, territoires non compris, 2004
Taux de poids normal, d’embonpoint et d’obésité selon la province
Source : ESCC

C’est dans les Maritimes où l’on retrouve les plus hauts taux d’embonpoint (22,63 %) et d’obésité (13,07 %) au Canada. Le Québec se distingue à l’inverse car c’est dans cette province où l’on retrouve les plus bas taux d’embonpoint (17,17 %) et d’obésité (6,55 %) au Canada. On peut donc conclure que les données pour les enfants ont la même tendance est- ouest que chez les adultes, où le Québec demeure une exception. Ici, la province d’origine ne peut-être un déterminant de l’obésité en soi. En revanche, nous supposons que les conditions que l’on retrouve dans les provinces peuvent être différentes et cela expliquerait les différences observées dans les taux d’obésité. Certaines de ces conditions seront prises en compte par les autres variables retenues. Cependant, il se peut que d’autres facteurs ne soient pas pris en compte. On peut penser au bagage génétique hérité des vagues d’immigration qui diffèrent selon les provinces et au pourcentage de la population d’origine autochtone.

Un autre déterminant est le type de milieu selon qu’il soit rural ou urbain. Leiter (1999) affirme que les individus qui habitaient dans des milieux ruraux au Canada étaient plus susceptibles d’être obèses que ceux habitant en milieu urbain. En définissant l’obésité comme une personne ayant un IMC supérieur ou égal à 27, il a constaté que 37 % des hommes habitant en zone rurale étaient obèses par rapport à 34 % de ceux habitant en milieu urbain. Chez les femmes, les chiffres passent d’un taux d’obésité de 30 % en milieu rural à 28 % en milieu urbain. Mais les écarts dans les chiffres sont encore plus impressionnants dans l’ouest canadien. À l’ouest, le taux d’obésité était de 41 % chez les hommes et de 35 % chez les femmes en milieu rural. En comparaison, il était de 34 % chez les hommes et de 25 % chez les femmes en milieu urbain. L’écart est donc de 7 % pour les hommes et de 10 % pour les femmes, ce qui est considérable.

Comment les experts expliquent-ils les résultats précédents? Pour résumer la pensée de Leiter (1999) qui a consulté plusieurs spécialistes de la question, ceux-ci ont constaté que le mode de vie (incluant la diète et l’activité physique) est différent dépendamment de si l’on habite en milieu urbain ou rural au Canada. Dans le centre-est du Canada, les milieux ruraux sont davantage rapprochés géographiquement (donc aussi culturellement) des zones urbaines, à cause notamment de la densité de la population, ceci peut expliquer les plus petits écarts dans les résultats. Mais, dans l’ouest canadien, les communautés rurales sont beaucoup plus éloignées des communautés urbaines, donc on pourrait soumettre comme théorie que les habitudes de diète et d’activité physique de ces zones rurales sont plus distinctes de celle des villes.

Toujours selon Leiter (1999), des analyses de données provenant de sondages provinciaux sur la nutrition permettent d’affirmer qu’effectivement, la diète dans les zones rurales est plus élevée en calories et en gras que celle dans les zones urbaines. Une hypothèse soulevée est que l’on a davantage gardé le mode de préparation de nourriture traditionnelle de l’époque ancestrale à la campagne qu’en ville. À l’époque, des repas à haute teneur calorique étaient requis pour fournir l’énergie nécessaire à la réalisation des travaux des champs. Le problème est que le niveau d’effort en dépense énergétique nécessaire à ces travaux a considérablement diminué au cours des 30-40 dernières années. En revanche, la quantité de nourriture consommée (en énergie) n’a pas diminué au même rythme. De plus, le niveau d’activité physique sous forme de loisir n’a pas augmenté à la campagne de façon aussi significative qu’en ville. Donc, l’on constate qu’il n’y a pas eu une adaptation assez rapide dans le changement du mode de vie des gens dans les zones rurales canadiennes en réponse à la baisse d’activité physique reliée à leur travail.

Leiter fournit d’autres hypothèses pour expliquer l’écart. Par exemple, les habitants de la campagne prendraient davantage leur voiture que les gens des villes. Les gens des grandes villes utiliseraient donc davantage les modes de transport alternatif comme : le transport en commun (plus accessible qu’à la campagne), le vélo ou la marche. De plus, le fait de résider à la campagne éloigne encore davantage ses résidants des gymnases et autres endroits pour faire de l’activité physique, que l’on retrouve surtout dans les villes. Ces données ayant été prises auprès d’adultes, il serait intéressant de connaître si la densité de la population a les mêmes impacts pour les enfants.

Lire le mémoire complet ==> (Les déterminants de l’obésité et du surpoids chez les jeunes au canada)
Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en économique
Université Du Québec À Montréal

Sommaire :

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1 http://en.wikipedia.org/wiki/Super_Size_Me.