Relevé comparatif (publicité professionnelle du médecin-dentiste)

By 25 September 2012

3.4 Relevé comparatif et discussion

Suite à un relevé des infractions déontologiques 147 il est étonnant de constater que la publicité tient presque le haut du pavé.

Ce tableau, ci-après, nous montre que la publicité est cause d’infractions multiples au niveau déontologique. Il ne serait surprenant que d’ici peu ce soit le facteur dominant et que ces infractions dépassent en nombre toute autre catégorie d’infractions.

Nous sommes en droit, tout au moins, de poser la question : Pourquoi tant d’infractions dans ce domaine particulier de la publicité?

Nous convenons qu’en soi la quantité des infractions n’est pas une question de droit. C’est un élément statistique important qui par sa fréquence peut signifier qu’il y a un malaise relié à la réglementation déontologique, ou dans son application, ou dans son interprétation, ce qui peut devenir une question de droit. Ce relevé, à mon avis, devrait faire partie de la question dominante de la publicité à l’intérieur de la profession dentaire québécoise; d’autant plus que cette statistique s’en rapporte directement au professionnalisme souligné dans la conclusion de la juge McLachli.

Le peu de jurisprudence au niveau du T.P. peut nous porter à croire que la publicité au sein de la profession dentaire n’est pas problématique. Par contre les nombreuses infractions qui surgissent au niveau du comité de discipline font preuve d’un problème réel qui ne dépasse pas cet échelon judiciaire. Que devons nous en conclure? Les médecins – dentistes auraient-ils tendance à plaider coupables et payer l’amende comme nous le constatons dans la plupart des infractions de ce genre. Les bénéfices retirés en seraient supérieurs aux sanctions énoncées. Si oui et si la tendance se maintient ce n’est pas la véritable solution.

3.4.1 Tableau graphique voir power point
Tableau graphique voir power point
Source : voir Infrapage 147

** Élaboration sur le professionnalisme

Le professionnalisme sine qua non

Le Guide du dentiste dans son introduction sur la publicité s’empresse de signaler que la réglementation s’inspire des principes énoncés dans l’affaire Rocket par la juge McLachlin et couvre essentiellement 2 points :
* La promotion des services
* La publicité sur les honoraires

On sait, cependant, que l’honorable juge, dans son arrêt148, attachait prime importance sur la promotion du professionnalisme. Il suffit d’en citer quelques extraits :
« Le maintien du professionnalisme est une condition sine qua non à la qualité de l’exercice de l’art dentaire […]
[…] les provinces ont un intérêt légitime dans le règlement de la publicité professionnelle pour ce qui est de maintenir une norme élevée de professionnalisme […]
[…] compte tenu de l’importance de promouvoir le professionnalisme […] il incombe aux corps professionnels à titre de devoir impératif d’adopter des règlements appropriés qui réalisent cette fin […] […] les objectifs de la promotion du professionnalisme […] seraient clairement favorisés par le règlement
[…] (Rocket, loc. cit. page 250)

On a l’impression que l’énoncé des principes émis au Guide du dentiste a quelque peu escamoté cet aspect du professionnalisme au cœur de la publicité, pour ne voir que la protection du public et l’esprit de la loi sur la protection du consommateur.

En bout de ligne on constate que le professionnalisme, qui est plus difficile à jauger que les infractions publicitaires, n’est pas la préoccupation de l’Ordre et de nos universités.

Si le professionnalisme était bien compris et pratiqué, nul doute qu’il se refléterait sur la publicité des professionnels. La valeur du médecin-dentiste n’est pas nécessairement liée au degré de publicité qu’il affiche, mais beaucoup plus au caractère professionnel de ses services, par son humanisme et sa chaleur humaine, par son charisme, c’est ça que le patient recherche et qu’il appréciera, c’est ça qu’est le professionnalisme.

La doctrine, les obstacles

Il serait sans doute indiqué à ce stade d’en définir le terme en puisant dans la doctrine actuelle.

Nous puiserons chez divers auteurs pour en extraire le sens.

Nous pouvons à juste titre présumer que le terme professionnalisme s’entendait comme étant un contrat entre le professionnel et le public. Sullivan149 le définit plus en détail de la façon suivante : C’est une entente morale entre les professionnels qui cristallise ce contrat social.

« […] Cette entente repose sur la confiance mutuelle.
En contrepartie du pouvoir qui leur est accordé. […] on s’attend à ce que les professionnels maintiennent des normes élevées de compétence et de responsabilité morale.
[…] on a toujours pensé que l’on devait retrouver un sens de l’engagement moral plus fort que pour la plupart des autres occupations.
[…] on n’attend pas d’un professionnel qu’il ignore les considérations matérielles mais, on s’attend à ce qu’il subordonne le gain financier aux valeurs plus élevées de responsabilité envers le client et l’intérêt public»

Jos Welie dans un récent article du JADC150 s’inspire des mêmes principes pour définir le professionnalisme en établissant que les besoins des patients doivent passer avant ceux des praticiens selon le principe déontologique qui se lit pour le médecin-dentiste du Québec en 3.05.01151

Cependant, il s’empressera de citer les propos de quelques sommités du monde professionnel admettant carrément que les médecins-dentistes ne placent pas le bien-être du patient avant le leur par manque de professionnalisme.

En vue d’apporter quelques éléments additionnels, Contandriopoulos152 nous dit que la confiance que le malade a dans les compétences et la conscience de son médecin est le fondement du professionnalisme. Cette confiance s’établit sur la qualité de la formation médicale et l’éthique des médecins. Il s’empresse de signaler que cette formation a besoin d’être repensée. Le médecin ultra spécialisé devra faire place au médecin humaniste.

Le Conseil médical du Québec153, d’autre part, dans une récente publication abordait cette problématique, soulignant que l’ouverture de la publicité professionnelle aurait fort tendance de générer le commercialisme (mercantilisme) au détriment du professionnalisme et que la montée du consommateurisme ayant corrigé depuis les derniers décades le paternalisme médical, peut par ailleurs entraîner des excès.

Cette étude laissait entendre que la relation patient – médecin aurait tendance à évoluer vers une relation de type commercial.
Il en résulte un consommateur plus exigeant. En un mot la publicité professionnelle est un atout à deux (2) tranchants.
Elle informe, mais elle est aussi sujette à créer des besoins ou désirs chez le consommateur fragile et accentue le commercialisme.Cette même étude du Conseil médical du Québec attire l’attention sur la spécialisation 154, résultant en une fragmentation de la pratique et qui est sujet à entraîner une dé – professionnalisation. Cette problématique avait déjà été souligné par le professeur Contandriopoulos et déjà, bien avant, par le renommé Galbraith.

Etant moins polyvalent le professionnel répond plus difficilement aux besoins du patient. Il est bien évident qu’en médecine dentaire, déjà spécialité de la médecine, cette situation est présentement vécue. (Le tableau ci-après, nous fait voir à quel point la médecine dentaire est fragmentée)

Cette fragmentation recèle des pièges pour le professionnel de la santé.

Il est étonnant et intéressant, à la fois, de relever les dires de Galbraith155 dans un de ses textes d’il y a près de 40ans. Traitant du spécialiste, il osait dire «Il s’enfonce dans l’ignorance à force d’accumuler toujours plus de connaissance sur des sujets toujours plus étroits» et de continuer en ces termes : «Les frontières ont été tracées d’abord par des doyens et des commissions universitaires pour l’organisation des cours et le recrutement des professeurs»

Il reste le danger que le spécialiste, en se concentrant sur sa spécialité, se prive de connaissance qu’on ne saurait acquérir que de l’extérieur.

Une simple énumération de plusieurs facteurs, soulevés précédemment, nous démontre donc qu’il existe plusieurs obstacles au professionnalisme.

Il suffira de mentionner le mercantilisme, le consommateurisme, l’ultra spécialisation. On pourra de plus soulever l’économie de marché dont l’éthique s’identifie à l’intérêt personnel. Enfin même le mode de rémunération, basé sur l’acte médical, peut jusqu’à un certain point entrer en conflit avec cette notion de professionnalisme.

Relevé comparatif (publicité professionnelle du médecin-dentiste)

Note : Ces deux professions ont leur propre Ordre, mais il y a chevauchements sur certains actes avec le médecin-dentiste

Appréciation de la politique actuelle

Avec un recul de près de 14 ans de cette publicité professionnelle au Québec, nous étions soucieux de connaître les résultats d’une telle politique.

Nous avons donc communiqué avec l’Office de la protection du consommateur, l ‘Office des professions et le Conseil interprofessionnel en vue d’obtenir leurs commentaires.
Au dire des conversations que nous avons eues avec les responsables de ces divers organismes aucune étude n’a été réalisée auprès des consommateurs concernant les effets de la publicité.

La même constatation a été relevée quant aux répercussions sur la pratique des professionnels. Il est pour le moins inquiétant de constater entre autre que l’OPQ qui a étudié minutieusement et orchestré pendant plusieurs années l’ouverture de la publicité, ait trouvé inutile d’en faire le suivi, tant pour les consommateurs que pour les professionnels. L’objectif fixé a-t-il été atteint ?
Ces changements ont-ils bénéficié aux consommateurs ?
Ont-ils affecté les pratiques des professionnels et dans quel sens ?

Il serait grandement temps qu’une étude puisse nous démontrer dans quelle direction va le professionnalisme suite à cette politique de libéralisation de la publicité.156

En ignorant totalement d’établir le suivi de la publicité professionnelle nous y voyons un obstacle additionnel en vue de promouvoir le professionnalisme.

* La publicité en déroute

La médecine dentaire cosmétique présente une plus-value psychologique157 propice à la publicité et présente un attrait très commercialisant, Il en résulte une dé-professionnalisation au détriment des soins de santé réels.

La publicité trop orientée vers une médecine dentaire cosmétique, à notre avis, fait fausse route. Elle doit jouer un rôle informatif en même temps qu’éducatif. La priorité incitative de la publicité vis à vis le consommateur, doit être axée vers la santé dentaire et l’aspect fonctionnel à des prix abordables, plutôt que vers les artifices de la beauté dentaire à des prix exorbitants.

A l’exemple des États-Unis, la publicité directe des médicaments d’ordonnance au consommateur (PDMOC) fait son entrée au Canada. Nous faisons face présentement à cette même tactique de promotion. Cette publicité commanditée par des grandes compagnies pharmaceutiques et parapharmaceutiques s’additionne déjà à la publicité professionnelle avec une différence importante : c’est que l’Ordre n’a aucun contrôle et aucune emprise à ce niveau.

Quant au consommateur, il n’est pas en mesure de différencier la subtilité entre publicité professionnelle et commerciale.

Un exemple des plus marquant de ce genre de publicité, démontré en annexe 5.13, est à notre avis imprégné d’une grossière fausseté au détriment de la profession dentaire tout entière.
Il ne faut pas se surprendre de lire que Procter & Gamble a engagé près de 90 millions de dollars dans cette seule campagne publicitaire.

Il suffira de s’en remettre aux commentaires de Roger Levin158 pour constater à quel point on tente de développer l’aspect mercantile de la profession dentaire dans ce dernier paragraphe :
« Our role as dentist […] is to continue to educate our patients and motivate them toward esthetic dentistry, making it as much of a standard as hair care, make-up and fashion » (notre soulignement) Malheureusement la profession dentaire, tant canadienne que québécoise, a établi depuis plusieurs années une dépendance étroite envers plusieurs compagnies de haut calibre touchant au domaine dentaire qui l’oblige au silence. Une publicité de même acabit voit le jour, entre autre, dans le domaine des implants où la cible de la technostructure de

Galbraith touche directement le public consommateur en évitant les embûches professionnelles.

On créera alors le désir sinon le besoin et le professionnel suivra la demande du consommateur, pas toujours dans son véritable intérêt […] à moins d’un professionnalisme émérite.

* La pré – approbation

Certaines corporations, afin d’éviter toute complication, exigent de leurs membres de faire sanctionner l’annonce avant d’être publiée.

C’est là une suggestion que Hunter159 soulevait au cours d’un colloque organisée par l’OPQ.
Advenant que la publicité soit jugée inadmissible, il ajoutait que le professionnel devrait avoir la possibilité d’en appeler de la décision au TP selon l’article 158 du Code des professions.

Une procédure analogue est aussi existante au niveau des Normes canadiennes de publicité.160

Tout en reconnaissant le droit fondamental d’annoncer d’une façon équitable des produits et services en observant les règles de la concurrence, ce service de pré- approbation de la publicité est offert sur base volontaire. L’Ordre pourrait donc établir des balises plus rationnelles pour le consommateur au niveau de la publicité. L’ODQ endossé par l’OPQ doit être aux aguets et s’assurer que la publicité atteint ces objectifs.

L’exemple des annuaires téléphonique (pages jaunes) peut nous laisser perplexe.
Nous croyons qu’une telle suggestion est raisonnable et pourrait servir mieux toutes les parties en cause.

* La pré-approbation des annonces publicitaires, tel que précédemment mentionnée par Hunter et apparaissant au NCP, nous parait une idée fort acceptable qui permettrait à l’ODQ de garder un certain contrôle quant à la qualité professionnelle de la publicité.

Nul doute qu’avec un tel contrôle nous éviterions beaucoup d’infractions déontologiques puisqu’il y aurait approbation avant même la parution de la publicité. C’est une suggestion sur laquelle il faudrait se pencher.

4 Conclusion
4.1 Objectifs primordiaux de la publicité professionnelle
4.2 Eléments de bonification : le néo – professionnalisme4 Conclusion

«Altruism is the essence of professionalism.
The best interest of the patient, not self- interest is the rule (ABIM) American Board of Internal Medicine, 1994

4.1 Objectifs primordiaux de la publicité

Les médecins-dentistes fonctionnent à l’intérieur d’un cadre juridique professionnel québécois.

Dans ce cadre nous avons examiné les grands principes de la déontologie et quelques notions du droit disciplinaire régissant le professionnel.
La publicité, et surtout la publicité professionnelle, a été notre principal point d’intérêt au cours de ce bref exposé.

Avant d’aborder ce sujet comme tel, il fallait comprendre que la publicité professionnelle a été taxée dans le passé de restrictions majeures. En un premier temps, nous avons quelque peu investigué le point de vue de certaines autorités sur la publicité dans son sens le plus large.

Puis partant du fait que les professionnels étaient soumis à des restrictions sévères sur la publicité, nous avons cherché les raisons profondes du changement de politique.

Les professions libérales jouissant d’un marché monopolistique au détriment du consommateur, les économistes prônaient d’utiliser la publicité comme facteur de concurrence. C’est donc à la suite de pression en provenance des grands organismes, tel que la FTC et l’OCDE, que la publicité professionnelle a pris son envol.

Cette affirmation a été consolidée par une jurisprudence s’appuyant sur les Chartes canadienne et québécoise et s’est finalement imposée au Québec au début des années 1990.

Cette politique de la publicité professionnelle a eu, bien sûr, des échos au niveau de la médecine dentaire québécoise. L’affaire Bernstein est probablement le seul qui typiquement dentaire mérite d’être citée; la plupart des autres décisions disciplinaires se rattachant à la publicité trouvent règlement, sans plus, au comité de discipline.

Il suffit de feuilleter l’annuaire téléphonique (pages jaunes) pour constater l’envergure de l’a publicité professionnelle dans ce domaine spécifique de la médecine dentaire. Remplit-elle bien son rôle?

À la lumière de ce qui a été vu préalablement nous retenons les principaux objectifs qui ont été soulevés en regard de la publicité professionnelle.

Ils peuvent être énumérés assez facilement puisque ces termes réapparaissent au texte fréquemment. Il s’agit donc de la concurrence, des restrictions justifiables et du professionnalisme.

A) La concurrence – au profit du consommateur

En un premier temps il a été reconnu que l’état monopolistique des professions libérales ne pouvait plus continuer et qu’il fallait encourager un marché concurrentiel. La publicité étant un élément clef au niveau de l’information devenait essentielle vis-à-vis du consommateur, afin qu’il puisse faire un choix selon ses capacités et ses besoins. C’était en fait d’inclure un élément important de concurrence parfaite dans un marché monopolistique. Ceci reflétait le point de vue des économistes.

L’ouverture de la publicité a permis d’introduire un élément important pour favoriser la concurrence.

B) Les restrictions pour protéger le public.

Cette restriction devant être levée suscitait immédiatement un débat juridique en rapport avec les Chartes canadiennes et québécoise au sujet de la libre expression comme droit fondamental. Ce débat avait déjà eu cours chez nos voisins du Sud une dizaine d’années auparavant.

Tandis que la publicité professionnelle appelle quelques distinctions en comparaison avec la publicité commerciale, certaines restrictions s’imposaient et devaient être justifiables et raisonnables selon des critères bien définis que nous avons exposés par le biais d’éléments jurisprudentiels en provenance de la

Common Law et du droit québécois.

Les restrictions sur la publicité professionnelle sont édictées clairement au Code de déontologie sous contrôle du droit professionnel québécois et il nous semble que l’ODQ maîtrise assez bien la situation.

C) Professionnalisme pour assurer la qualité des services.

Tout en énonçant comme primordial de protéger le public, l’arrêt Rocket de la juge McLachlin162, attachait une très grande importance au professionnalisme et c’est notre intention de conclure cet exposé, non pas en nous éloignant du droit, mais en mettant l’emphase sur cette perspective que l’honorable juge a souligné à maintes reprises dans son arrêt et qui nous semble avoir été diluée au cours des années d’application de la publicité professionnelle.

Quant aux deux premiers objectifs concernant la concurrence et les restrictions, nous croyons qu’ils ont été bien débattus et bien compris de la part des parties en cause. Quant au professionnalisme, tant de la part du public, du professionnel et même de l’Ordre, nous avons la conviction qu’il a été mal compris ou du moins mal expliqué en relation avec la publicité professionnelle. Il y a donc lieu de s’attarder sur cet aspect et de développer, dans la mesure du possible, l’idée maîtresse et l’importance de ce sine qua non que le magistrat attache au terme professionnalisme.

À notre avis, le professionnalisme fait parent pauvre dans cette rubrique; il faut dire que c’est un aspect beaucoup plus difficile à identifier et à codifier.

Il mérite que nous nous y attardions afin de combler cette lacune.

À la lumière de ce que nous avons exposé et du mouvement enclenché aux États-Unis nous pourrions conclure avec quelques suggestions.

publicité professionnelle du médecin-dentiste

4.2 ÉLÉMENTS DE BONIFICATION : LE NÉO – PROFESSIONNALISME

La publicité professionnelle tout en ayant comme tâche principale de renseigner les consommateurs sur les services de médecine dentaire accessibles ne doit pas jouer au détriment du professionnalisme et c’est bien ce qui est à craindre présentement.

Le droit québécois est en mesure présentement de gérer cette situation à condition que les responsables soient sensibilisés à cette problématique.

Il appert que l’étude récente du conseil médical du Québec 2003163, est très appropriée et devrait sans délai être prise au sérieux et capter l’attitude de nos dirigeants à tous les niveaux et à priori ceux responsables de la formation académique des professionnels de la santé.

Il faut se rendre à l’évidence qu’il y a un aspect commercial rattaché à la pratique de la médecine dentaire comme à toute autre profession libérale.

Ce mercantilisme, depuis l’ouverture de la publicité en faveur de l’économie de marché, a eu tendance à s’accentuer au détriment du professionnalisme.

Il devient donc nécessaire de revitaliser par tous les moyens possibles, l’idéalisme professionnel et de promouvoir le renouvellement du professionnalisme afin de conserver ses valeurs fondamentales qui reposent sur l’intérêt du public et l’éthique du service.

L’étude récente du Conseil médical du Québec s’attarde sur cette problématique qui s’applique dans une très large mesure tout autant à la médecine dentaire.

Certains points devraient être réévalués afin de regagner la crédibilité et la confiance nécessaire à tout guérisseur. Il faut s’efforcer à régénérer le respect et le néo-professionnalisme.

Il est clair que cela va plus loin que la publicité et c’est toute la culture organisationnelle sur laquelle il faut déployer nos efforts. En somme c’est un changement réel dans la façon de voir et faire les choses et c’est à notre avis en rétablissant un tel professionnalisme que nous réussirons à maintenir une publicité respectueuse.

S’inspirant de la théorie de Mintzberg164 sur l’organisation professionnelle, le Conseil énonce :

la théorie de Mintzberg« Avec l’intérêt accordé actuellement au professionnalisme, il va de soi qu’il faut encourager les universités à revoir leur enseignement à ce sujet. […] la formation est un des moyens efficaces pour faire évoluer les idéologies professionnelles. Il s’agit donc de mettre en place un programme structuré d’enseignement du professionnalisme à tous les niveaux de formation : pré-doctorale, post-doctorale et formation continue, accordant une attention particulière à son intégration dans les activités cliniques»

On souligne de plus,

« […] l’importance d’enseigner comment se mériter la confiance du patient, la confiance de la société et de développer la nature du rôle de fiduciaire dans la relation patient-médecin»

Il existe déjà en milieu universitaire des expériences permettant d’évaluer des comportements professionnels (traits de professionnalisme) mises sur pied par l’American Board of Internal Medecine165

Cet ouvrage de l’ABIM dépasse largement le cadre de notre présentation, mais mérite d’être consulté pour constater toute l’importance qu’on attache au professionnalisme.

Retenons qu’un des objectifs de l’ABIM se décrit :

« Provide a measure for program directors to inculcate the concepts of professionalism within their training programs»

Dans le même ordre d’idées paraissait récemment dans le journal de l’ADC un article du D r Schwartz166 qui concluait :

« […] Je crois que lorsque nous accorderons à l’éthique la même priorité qu’à d’autres éléments de la dentisterie clinique, nous pourrons donner à nos étudiants les directives et les bases dont ils auront besoin pour préserver la confiance du public envers les dentistes»

Les docteurs S. et R. Cruess de McGill167 souligne que la plupart des professionnels de la santé souhaitent faire face à leurs obligations.

Pour supporter cette affirmation ils citeront Kultgen168

« Entry into the profession is a voluntary act, and most people who perform it are disposed to learn its ways and take its ideology seriously. They need only to be told how»

C’est pourquoi ils avaient intitulé leur article «Professionalism must be taught»

Souhaitons que nos universités s’en inspirent le plus rapidement possible.

Nul doute que les décisions judiciaires de la Cour suprême et les applications du droit québécois sont en mesure de favoriser le maintien d’un véritable professionnalisme.

Le droit professionnel offre des ressources suffisantes pour contenir l’ambition déraisonnable de certains médecins – dentistes. C’est cependant au niveau de la formation universitaire qu’on pourra inculquer aux gradués de véritables notions de professionnalisme dans la ligne de pensée de l’honorable juge McLachlin.

C’est d’ailleurs à ce niveau qu’est le véritable espoir pour afficher, par la publicité professionnelle, le respect et la dignité de la profession.

Lire le mémoire complet ==> (La publicité professionnelle
Problématique soulevée dans le cadre de la déontologie du médecin-dentiste
)

Essai en vue de l’obtention du grade de « Maître en droit»
Faculté de droit – Université de Sherbrooke
______________________________
147 Chiffres fournis par Monsieur le Syndic de l’ODQ en regard des 10 dernières années (1993 à 2003)
148 Précité, note 119
149 W. L. Sullivan, «Medicine under threat: professionalism and professional identity» Canadian Medical Association Journal (CMAJ), Vol. 162, no 5, 2000, page 673-675. La traduction provient d’un document de l’association médicale canadienne, Le professionnalisme en médecine, 2001, page 2
150 J.V.M. Welie M.med.S, J.D., Ph.D. «La dentisterie est-elle une profession?» JADC, Vol. 70 No 8 sept. 2004
151Article 3.05.01 du Code de déontologie du médecin-dentiste québécois se lit : «en cas de conflit d’intérêts, le dentiste subordonne son intérêt personnel à celui de son patient» R.R.Q. 1981, c. D-3, r.4, a.3,05.01
152A. P. Contandriopoulos, «Réformer le système de santé : Une utopie pour sortir d’un statu quo impossible», Université de Montréal, Ruptures, revue transdisciplinaire en santé, Vol.1 No 1, 1994, pages 8 à 26
153 Conseil médical du Québec, Avis 2003-1 «Le professionnalisme et l’engagement des médecins envers la société»avril 2003, page 14
154 Ibidem, page 29
155 Précité, note 72, pages 406-08
156 Note : Suite à notre approche infructueuse auprès des organismes en cause, nous gardons la forte impression que personne ne semble se soucier de la question. Cette indifférence des principaux intéressés est déconcertante.
157 Précité, note 64, page 25
158 Roger Levin, d.d.s. Mba, «Taking advantage of the information age» Compendium, Vol.22.No 10, octobre 2001, pages 816 à 817
159 Précité, note 28
160 Code canadien des normes de la publicité (NCP) pré approbation, voir annexe 5.3
161Certains exemples de la publicité apparaissant dans les pages jaunes de l’annuaire téléphonique, nous donne un aperçu de ce genre de publicité. Vous devrez vous référer à l’annexe 5.3, page 102
162Précité, note 119
163Précité, note 153
164H.Mintzberg, «L’organisation professionnelle» Le management : voyage au centre des organisations, Paris Éditions d’Organisations, 1990, page 255
165American Board of International Medicine (ABIM) project professionalism, Philadelphia, 1995
166B. Schwartz, d.d.s. président adjoint, Université Western Ontario et Université de Toronto, «L’Éthique dentaire : notre venir repose sur des comités d’éducation et de déontologie» Journal de l’ADC, février 2004, Vol. 70 No 2., page 85
167S.R. Cruess et R. Cruess, professeurs BMJ 1997, 315 : 1674-1677 (20 décembre) Center for Medical Education McGill University «Professionalism must be taught» http://bmj.bmjjournals.com/cgi/content/full/315/7123/1674
168J. Kultgen est l’auteur de «Ethics and professionalism» Philadelphia University of Pennsylvania Press, 1988