« Santé Canada » Projet de gestion de savoir

By 4 August 2012

Deuxième étude de cas : Santé Canada Projet de gestion de savoir lancé par le Ministère de la Santé du Canada

Parmi les organisations intéressantes à étudier dans le domaine de gestion du savoir, on peut citer le ministère de la santé au Canada. En faite, il est l’un des organismes pionniers qui ont saisi l’importance de la gestion des connaissances et son rôle dans l’innovation.

D’ailleurs, l’un des accomplissements du projet Knowledge Management ‘Santé Canada’ lancé par le ministère est l’apparition de plusieurs communautés de pratique dans le secteur de la santé au Canada (comme la communauté virtuelle des infirmières de Montréal) qui jouent un rôle important dans le développement du secteur.

I- Naissance du projet :

Conscient du potentiel inexploité de l’inforoute et désireux de satisfaire aux demandes du public qui souhaitait avoir plus facilement et plus rapidement accès à l’information, Santé Canada avait mis sur pied, à l’été 1998, un certain nombre d’initiatives axées sur le savoir et l’information.

En septembre 1998, le Comité directeur de la Stratégie d’information sur la santé (SIS), présidé par Alan Nymark, a demandé que l’on élabore une vision et une stratégie pour la gestion du savoir et la GI/TI, dans le but de travailler à la concrétisation d’une vision consensuelle, stratégiquement liée aux activités du Ministère.

II- Genèse du projet :
On a mis sur pied un « comité visionnaire », présidé par Marie Fortier et composé de hauts fonctionnaires du Ministère, qui a été chargé d’élaborer une vision et une stratégie d’orientation qui seraient soumises au Comité directeur de la SIS.

Les membres du comité ont été choisis de manière à représenter diverses directions générales et divers secteurs d’activités. Le groupe a exprimé l’opinion qu’en tant que ministère :
** Les occasions internes techniques : elles se donnent à l’entreprise par la R&D, spécialement quand il s’agit des résultats inattendus ou complémentaires de recherche répondant à des occasions externes.
** Les occasions externes : elles résultent des modifications du milieu environnemental.
** Les occasions externes économiques : essentiellement celles qui proviennent de l’apparition brusque ou progressive d’une démarche potentielle ou déclarée pour des biens nouveaux.
** Les occasions externes techniques : lorsque apparaissent des nouvelles informations scientifiques et techniques prometteuses.

Ainsi, dans un monde industriel caractérisé par un taux de natalité et de mortalité des entreprises très élevé, un problème de perception et de choix de ces occasions se présente à ces dernières, afin d’assurer leur pérennité.

Seule la firme qui perçoit, choisit et introduit des innovations, bénéficie d’une position dominante dans son milieu environnant (concurrents, demande, brevets…..) et d’une forte croissance dans une économie en perpétuelle évolution.

* « Nous ne savons pas ce que nous avons »
* « Nous ne savons pas ce que nous devrions savoir »
* « Nous ne savons pas quelle est l’information dont nous disposons (ou dont nous devrions disposer) ni où elle se trouve, ni comment la trouver»

Manifestement, il fallait adopter une approche plus stratégique en matière de gestion du savoir et de l’information pour appuyer les initiatives actuelles et futures.

On ne pouvait créer le savoir de manière improvisée, sans disposer de moyens précis pour le saisir, le classer et le rendre accessible.

III- Objectif du projet :

Selon le Comité visionnaire, il importe que le changement de culture au sein du Ministère – caractérisé par le passage d’un modèle traditionnel, plus industriel, à un modèle axé sur la valorisation du savoir et de l’innovation – soit reconnu par tous et appuyé stratégiquement par le direction, de façon à mettre le cap sur des objectifs communs.

Le Comité recommande l’adoption de la vision parce que la perception suivante est celle qu’on voudrait avoir de Santé Canada dans trois à cinq ans :
« Santé Canada analyse, crée, partage et utilise le savoir de manière stratégique afin de maintenir et d’améliorer la santé des Canadiens et des Canadiennes de la façon suivante : par le biais de ses processus et de ses stratégies de gestion du savoir, qui visent à faire progresser les secteurs d’activités du Ministère; à titre d’organisation modèle axée sur le savoir; à titre de chef de file, de facilitateur et de partenaire associé à l’élaboration d’une infos – structure canadienne de la santé. »

Santé Canada propose la définition suivante de la gestion du savoir : une stratégie ministérielle ayant pour objet de veiller à l’identification, à la saisie, à la création, au partage, à l’analyse, à l’utilisation et à la diffusion du savoir et de l’information en matière de santé dans le but de maintenir et d’améliorer la santé des Canadiens et des Canadiennes.

Cette stratégie reconnaît et fait ressortir la nécessité, pour Santé Canada, d’appuyer l’amélioration du système de santé – et d’interagir en tant que partenaire important à cet égard -, par son influence et son rayonnement, par des produits et une capacité d’analyse et de recherche de niveau international, par la mise en liaison et l’habilitation de ses employés au moye n de l’infrastructure, des outils et des services de la GI et de la TI.

IV- Principes du projet :

Mise en œuvre dans un contexte politique et législatif complexe, la stratégie doit appuyer les priorités et les secteurs d’activités du Ministère et reconnaître le fait que, d’une façon ou d’une autre, toutes les directions générales et l’ensemble du Ministère sont engagés dans le secteur du savoir en matière de santé.

La stratégie doit aussi s’appuyer et miser sur les valeurs professionnelles et sociétales pour inspirer et soutenir une culture de l’apprentissage et du savoir. Le Comité recommande d’adopter les principes suivants, qui constitueront l’assise de la stratégie :
* Il faut exercer un leadership énergique dans la valorisation, l’analyse, la création, le partage et l’utilisation du savoir.
* Le savoir en matière de santé doit être : créé, analysé et saisi judicieusement; facile d’accès; partagé avec discernement; bien géré.

La stratégie visant à instaurer une culture du savoir et de l’apprentissage à Santé Canada doit, dans un premier temps, établir la capacité, les compétences et les outils nécessaires créer, saisir et partager le savoir issu de recherches et d’analyse ciblées et améliorées en matière de santé.

Une approche plus stratégique et plus concertée de l’analyse et de la recherche permet d’évaluer la demande en matière de savoir, d’information et de données.

Les résultats de l’analyse et de la recherche seront partagés, diffusés et communiqués à divers destinataires, par le biais d’une gamme de modes de présentation et de médias.

V- Phases du projet :

Pour concrétiser cette vision, plusieurs initiatives stratégiques ont été proposées. Elles visent à :
1- Créer une culture du savoir, notamment nommer un gestionnaire principal du savoir, instaurer une capacité permettant d’améliorer et de mettre en œuvre la stratégie du savoir (cadres, priorités, plans) et de prendre les rênes des initiatives inspirées par la culture du savoir (communautés de pratique, cartes du savoir, partage du savoir).On recommande en outre le recrutement de spécialistes au savoir, qui veilleraient à la création, la découverte ou l’acquisition du savoir, de l’information et des données, et à l’identification et l’instauration des outils technologiques (base de données de discussions, intranet) pour répondre aux besoins de l’entreprise.

2- Effectuer de l’analyse et de la recherche et, à cette fin, créer une capacité interne (personnel, cadres d’analyse, méthodes, publications, rapports, notes d’information, séminaires, conférences), exercer une influence sur le plan national de recherche en matière de santé et perfectionner les compétences (tous les membres du personnel) et créer une capacité d’absorption ».

3- Mettre en place une info – structure de la santé et, à cette fin, identifier et appuyer des projets, investir et nouer des partenariats à cet égard, consulter les divers intéressés (Conseil consultatif du Ministre sur l’info structure de la santé, Forum des chefs de l’information sur la santé (CIS) etc.), élaborer des politiques et des normes et exercer une influence sur celles-ci, (protection des renseignements personnels, sécurité, connectivité).

4- Offrir des services de GI/TI à l’entreprise et, à cette fin, mettre en place et maintenir des architectures, des infrastructures et des outils.

VI- Finalité du projet :

Si la stratégie porte fruit, elle permettra de :
A. renforcer le rôle joué par Santé Canada dans le domaine de la santé à l’échelon fédéral, par le biais d’information et d’analyses stratégiques à valeur ajoutée correspondant aux politiques produites par une masse critique d’experts internes de niveau international;
B. améliorer les produits de la recherche et du développement stratégiques, ainsi que les conseils et les capacités à cet égard;
C. améliorer de façon continue les services offerts aux clients de Santé Canada;
D. renforcer l’appui apporté par Santé Canada aux priorités du Greffier du Conseil privé.

La création, en novembre 1998, de la Direction générale de l’analyse, de l’information et de la connectivité témoigne de l’intérêt du Ministère pour cette vision et cette stratégie.

Exemple de communautés de pratique créées dans le secteur de la santé au Canada : Le CVP du OIIQ :
La Communauté virtuelle de pratique en santé du coeur (CVP) est un projet de recherche des plus novateurs. D’une durée de six mois, il s’est officiellement terminé en septembre 2002 et constitue la première communauté de pratique scientifique francophone en soins infirmiers ayant une portée pancanadienne.

La CVP regroupait 33 infirmières du Québec, de l’Ontario et du Nouveau- Brunswick oeuvrant dans le domaine de la cardiologie. Celles-ci ont échangé des idées sur des problématiques liées à leur pratique pour s’entraider et proposer des pistes de solutions.

De plus, elles ont ciblé l’information à transmettre aux patients s qui présentent un problème cardiaque afin de les soutenir dans la prise en charge de leur santé.

Les infirmières ont également ciblé l’information portant sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires pour favoriser l’adoption de comportement s de santé. Par conséquent, elles ont uni leurs expertises afin de répondre aux besoins des patients et du grand public.

Au terme du projet, l’information partagée par les participantes de la CVP a été recueillie et a fait l’objet d’un travail de transformation et d’adaptation à des fins de diffusion sur le site Web de L’infirmière virtuelle dans la section « Mon cœur, j’en prends soin».

L’existence d’une communauté virtuelle de pratique repose sur l’utilisation des technologies de l’information. Le logiciel utilisé par la CVP était le Knowledge Forum, 3.41 version client.

Ce forum de discussion, à accès sécurisé, offrait aux infirmières participantes un environnement virtuel propice à la résolution collective de problèmes d’ordre professionnel et au partage de connaissances.

La mise en place de la CVP a été soutenue financièrement par CANARIE, organisme sans but lucratif voué à accélérer l’utilisation d’Internet au Canada et à favoriser la création d’applications novatrices, de même que par le Fonds de l’autoroute de l’information, du ministère de la Culture et des Communications du Québec, particulièrement pour le volet « Appui à la création et au rayonnement d’un contenu québécois en français sur l’Internet ».

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est le maître d’oeuvre du projet. De plus, des partenaires associatifs et du réseau de la santé s’y sont joints pour sa réalisation et la formation du Comité directeur du projet : Le Centre cardiaque du Nouveau-Brunswick, le Conseil canadien des infirmières et infirmiers en nursing cardiovasculaire, L’Hôpital d’Ottawa, l’Hôpital Laval, l’Institut de Cardiologie de Montréal et l’Association canadienne des écoles universitaires de nursing.

La CVP s’inscrit dans un projet de recherche -action, en collaboration avec le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO), visant à étudier ce nouveau mode de collaboration professionnelle à l’ère d’Internet.

Le CEFRIO, dans le cadre du projet « Nouveaux modes de travail et de collaboration à l’ère d’Internet », évaluait la CVP selon quatre dimensions, soit : Dimension individuelle (ou humaine), Dimension organisationnelle, Dimension technologique et Dimension apprentissage. L’OIIQ évaluait davantage l’impact de ce nouveau mode de collaboration professionnelle sur la pratique infirmière.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion des connaissances et Innovation)
Projet de fin d’études
Institut des Hautes Etudes Commerciales – Carthage