Les enfants au travail et le choix de la filière de formation

By 5 July 2012

Les enfants au travail et le choix de la filière de formation – Deuxième chapitre :

Dans cette partie, nous allons tenter d’analyser la valeur accordée aux différentes filières de formation de base et les déterminants du choix de la filière suivie par les enfants au travail. A cet effet, nous allons tout d’abord présenter la position du ministère de l’Education en tant qu’acteur institutionnel qui prend la décision sur la structure du système éducatif; puis, la perception des enseignants, des parents et des enfants eux-mêmes sur l’offre de formation de base des établissements publics et sur la possibilité d’une formation professionnelle sous forme d’apprentissage dual.

I. L’Offre Educative officielle

La nouvelle structure du système éducatif et les programmes scolaires présentés en 1997, proposent une formation intégrale qui, d’après le gouvernement, permettrait le développement équitable des capacités individuelles des enfants et des jeunes et, ainsi l’amélioration de la qualité de vie de ceux-ci, et de leurs conditions de développement social.

Le système éducatif péruvien est organisé actuellement en 4 niveaux :
** niveau initial qui accueille les enfants de 5 ans;
** niveau de base obligatoire, d’une durée de dix ans dont 6 correspondent au niveau primaire et 4 au niveau secondaire;
** niveau moyen de deux ans dans des lycées avec deux options (scientifique et humaniste, de type général, et technique et professionnelle intégrant études générales et formation professionnelle);
** niveau supérieur, dans des universités et des instituts professionnels.

Les changements opérés se rapportent principalement à l’importance accordée à la formation humaniste et scientifique. La restructuration du système éducatif tend à revaloriser la formation générale, en inculquant des valeurs culturelles et des connaissances de base, pour que les jeunes soient capables de se former en permanence après la scolarité obligatoire. Le choix de la formation professionnelle se réalise uniquement à la fin du niveau secondaire et avant l’entrée au niveau supérieur, c’est la période qui correspond au baccalauréat (annexe n° 6). Les mesures adoptées tiennent à inverser la tendance à privilégier la formation technique au détriment de la formation générale qui, selon le gouvernement, a marqué la politique éducative des dernières décennies. De plus, pour eux, cette nouvelle structure permet de rejoindre les modèles éducatifs d’autres pays et cherche à atteindre les niveaux de qualité internationale en éducation.

En suivant la direction qu’impose la Nouvelle Loi Générale de l’Education, les cours et ateliers de formation pratiques, qui formaient d’une certaine façon pour la sortie au travail, disparaissent du programme scolaire au niveau primaire et de la branche générale du niveau secondaire. La variante technique de l’enseignement secondaire est encore en vigueur mais on lui accorde une importance bien moindre.

Le modèle éducatif adopté récemment par le gouvernement péruvien, basé dans le concept de formation permanente, répond au désir de suivre les nouveaux paradigmes éducatifs, mais semble oublier le principe de la permanence de l’éducation. Pour Schwartz (1974), le principe de permanence de l’éducation influe sur tous les niveaux de formation et exige la cohérence entre les différentes phases du système éducatif, et entre le système éducatif et l’environnement. Un des principes fondamentaux de l’éducation permanente est le principe d’égalité des chances ; cela veut dire que toute infériorité naturelle, économique, sociale ou culturelle doit être compensée – autant que possible – par le système éducatif lui-même. Pour atteindre cet objectif, l’offre éducative doit être diversifiée et suffisamment « ouverte » pour répondre aux différents besoins. Cela met en évidence le problème de « ressources » de la formation et de la « transformation de la vie en ressources », c’est-à-dire, la capacité de mobiliser les activités réelles de la vie non seulement économiques mais aussi sociales, culturelles et politiques pour les faire servir à l’étude, et plus largement à la formation (SCHWARTZ, 1974, p. 12).

En délaissant la formation technique et professionnelle, le modèle péruvien va à l’encontre de ce qui est l’objectif de l’éducation permanente. Non seulement il limite les possibilités éducatives surtout à ceux qui ont besoin d’une formation plus pratique, en l’occurrence les enfants au travail, mais aussi il néglige un grand potentiel formateur qui peut devenir l’expérience professionnelle de ces enfants.

II. Les enseignants

Sur une population de 20 enseignants, 14 considèrent que l’école générale transmet des valeurs et des connaissances nécessaires pour préparer les élèves à leur vie future. Toutefois, ils identifient quelques facteurs qui vont à l’encontre de cet objectif : 11 d’entre eux affirment que les programmes de formation ne s’adaptent pas à la réalité du pays et des différents groupes sociaux, 4 l’attribuent au manque d’une méthodologie adéquate et de matériel pédagogique, 3 dénoncent le manque de qualifications et de cours d’actualisation pour les enseignants, 1 pense que les OBE (cours d’orientation pour le bien-être de l’élève) ne remplissent pas leur fonction d’orientation, 1 dénonce l’assouplissement des règles de conduite et des exigences demandées à l’élève. Parmi les facteurs d’ordre administratifs : 2 accusent le manque d’appui du ministère, 1 le manque de collaboration entre l’administration et le corps enseignant, et 2 l’adoption de mesures palliatives qui ne corrigent pas les problèmes de fond de l’éducation.

Quant aux possibilités que la formation de base offre aux élèves de trouver un emploi à la sortie de la scolarité obligatoire, 16 affirment que l’école ne forme pas pour atteindre directement le monde du travail. Cependant, 10 soutiennent que les élèves sortant de la scolarité obligatoire ne trouvent pas de travail à cause de la saturation du marché. L’enseignement dispensé dans les écoles publiques n’est pas déficient, le réel problème est l’excès de personnes surqualifiées sur le marché de travail.

En ce qui concerne la variante technique, 18 enseignants pensent que les élèves qui suivent l’enseignement secondaire technique ont plus de chances de trouver un emploi car ils ont une qualification professionnelle précise à la sortie de l’école. Ils peuvent même monter de petites entreprises. Cependant, la DIRELL (Direction régionale de La Libertad), disent-ils, n’appuie pas la formation technique : réduction des heures d’ateliers, manque d’équipements, déphasage technologique. De ce fait, le niveau de qualification atteint pour les élèves de cette filière ne répond pas aux exigences du marché de travail.

En résumé, la majorité des enseignants pensent que malgré les déficiences du système scolaire (notamment son inadéquation aux différentes réalités et groupes sociaux), l’école, en tant qu’agent social chargé de la transmission des connaissances remplit sa fonction. Or, ils admettent que la formation dispensée à l’école ne suffit pas pour faciliter l’insertion dans le marché du travail : d’une part l’école générale ne forme pas pour travailler directement, et d’autre part l’école technique ne répond pas aux exigences du marché.

Tableau N°1 : Préférences entre la formation technique et professionnelle
Préférences entre la formation technique et professionnelle

Pour la totalité des enseignants interrogés de la branche technique (5/5), la formation technique est perçue comme la meilleure option éducative, autant pour les jeunes que pour le développement du pays. Par contre, 5 enseignants sur 10 du niveau primaire partagent cette opinion et seulement 1 sur 5 de la branche secondaire générale. Quant à la formation professionnelle, 8 enseignants sur 20 (dont 3 du niveau secondaire général et 2 du niveau primaire) accordent plus d’importance à la formation professionnelle qu’à la formation technique. Enfin, pour 4 les deux formations sont indispensables.

D’une manière générale, les enseignants affirment que la formation technique offre un meilleur niveau de qualification, de reconnaissance sociale et d’évolution socio-professionnelle que la formation professionnelle. Le choix entre l’une et l’autre des filières dépend fondamentalement de la nécessité économique des familles. La formation professionnelle convient mieux aux élèves qui disposent de ressources économiques limitées car elle est moins coûteuse et permet l’accès immédiat au monde du travail.

Quant à l’organisation de la formation, les opinions sont partagées : 6 enseignants pensent que la formation technique en école est la meilleure manière d’acquérir des connaissances solides sur la profession :

– « On apprend à l’école, et ensuite on s’actualise au travail ».

De plus, ils affirment que les enseignants sont plus qualifiés que les éventuels maîtres d’apprentissages. Pour 10 enseignants, la formation sur le tas permet le développement de savoir-faire chez les élèves, car ils sont confrontés directement aux problèmes et aux recours disponibles pour l’exercice de la profession. Enfin, 4 pensent que la formation théorique dispensée à l’école et la formation pratique acquise en entreprise sont complémentaires; pour eux, on apprend mieux en suivant parallèlement la théorie et la pratique.

Tableau N°2 : Niveau d’acceptation des enseignants du projet de formation duale pendant la scolarité obligatoire
Niveau d’acceptation des enseignants du projet de formation duale pendant la scolarité obligatoire

Pour 17 enseignants interrogés – dont 5/5 de la branche technique, 3/5 du secondaire général et 9/10 du niveau primaire -, la scolarité obligatoire sous forme d’apprentissage en entreprise, à condition qu’elle soit bien réglementée et contrôlée par le ministère, serait une bonne alternative de formation pour les enfants qui ont besoin de travailler et pour les jeunes en général. Les avantages identifiés sont nombreux :

– « Ce système va plus loin que la formation en alternance car il permettrait de travailler et d’étudier simultanément »;
– « Un tel système serait d’une importance capitale pour les écoles techniques car il faciliterait l’échange de connaissances entre les écoles et les entreprises, de ce fait, les écoles pourraient mieux suivre le développement technologique et mesurer les besoins de main d’œuvre des entreprises »;
– « Ce système donnerait une vision plus fine de la problématique des enfants au travail car celui-ci serait mieux contrôlé, et il permettrait aux enseignants de mieux évaluer les potentialités des enfants pour les orienter vers une branche professionnelle déterminée »;
– « La possibilité d’organiser le travail et la formation d’une manière qui ne surcharge pas l’enfant pourrait réduire le taux d’abandon et de redoublement chez les enfants, ils pourraient donc atteindre une meilleure qualification professionnelle qui leur donnerait de meilleures chances de trouver un emploi à la sortie de la scolarité obligatoire ».

Toutefois, deux facteurs importants soulevés par les enseignants sont à retenir : ce système devrait être accompagné du développement d’un marché d’offre de formation et de travail car, actuellement, le marché du travail est trop fragile. De plus, la pénurie des places d’apprentissage pourrait décourager les enfants et les parents d’opter pour cette filière de formation.

Quant à leur participation dans le projet de formation duale, tous les enseignants de la branche technique, 4 du secondaire général et 8 du niveau primaire manifestent leur accord pour intervenir dans ce type de projet. Ils affirment pouvoir participer en dictant des cours et des ateliers, en orientant et guidant les élèves et en établissant des liens entre les maîtres d’apprentissages et les enseignants de l’école générale. Cependant, respectivement 5/5, 2/5 et 9/10 des enseignants de la branche technique, du secondaire général et du niveau primaire estiment avoir besoin de suivre une formation sur la problématique des enfants qui travaillent ainsi que sur les objectifs et méthodologies des programmes de formation professionnelle duale.

Les enseignants qui ne désirent pas participer, ce qui correspond à 3 du total des enseignants interrogés, affirment que les enfants des familles pauvres ne peuvent pas suivre un programme de formation duale car ils sont en général mal nourris. Cela ne leur permettrait pas d’assumer le fait de travailler et d’étudier en même temps.

En résumé, la plupart des enseignant partagent l’idée d’introduire depuis l’école une formation en apprentissage, que ce soit professionnelle ou technique. Cependant il est curieux que ce soit en grande majorité des enseignants de l’école primaire qui appuient le plus l’initiative de création d’un programme de formation duale, alors que ceux de l’enseignement secondaire général, qui sont plus concernés, paraissent moins intéressés par le projet.

III. Les parents

Pour 21 parents l’école offre aux enfants non seulement la possibilité d’apprendre à lire, à écrire, mais aussi des connaissances générales essentielles, des comportements sociaux et des valeurs morales pour réussir dans la vie.

D’après le tableau n° 3, l’avis des parents des enfants qui travaillent sur la filière de formation offrant le plus de possibilités de réussite économique et sociale est partagé entre la formation supérieure universitaire et la formation technique (12 et 11 parents respectivement). Il faut cependant souligner que ce sont presque exclusivement les parents du secteur commerce et services, là où l’on trouve le niveau de formation le plus bas, qui opteraient pour la filière universitaire. Cette tendance est confirmée lors du choix du type et du niveau de formation souhaité pour leurs enfants.

Tableau N°3 : Filière qui donne des meilleures possibilités de réussite
Filière qui donne des meilleures possibilités de réussite

Tableau N° 4 : Type et niveau de formation souhaitée pour leurs enfants
Type et niveau de formation souhaitée pour leurs enfants

En comparant les tableaux 3 et 4, nous pouvons constater que même si les parents des secteurs industriels et techniques affirment que la formation technique offre des possibilités de réussite socio-professionnelle, leur désir profond est de voir leurs enfants suivre une formation universitaire. Ceci est le même cas des parents qui ne travaillent pas. Ainsi 17 parents sur 28 rêvent que leurs enfants deviennent médecins ou ingénieurs. En plus, ils se déclarent prêts à appuyer les initiatives de leurs enfants pour arriver au bout de leur formation. Toutefois, il y aussi ceux qui ont peu d’espoir d’avoir les moyens économiques pour offrir à leur enfants une quelconque formation supérieure.

Tableau N° 5 : Meilleur moyen de contribuer à l’avenir des enfants à travers l’école
Meilleur moyen de contribuer à l’avenir des enfants à travers l’école

Lorsque les parents ont été interrogés sur la meilleure manière dont l’école contribue à construire l’avenir des enfants, 15 sur 28 ont répondu que c’est en leurs transmettant des connaissances générales plutôt qu’en leur apprenant un métier. Là encore sont notamment les parents du secteur commerce et service qui privilégient la formation générale. Curieusement les deux parents du secteur technique rejoignent cette opinion.

Cependant, 18 sur 28 parents des enfants qui travaillent aimeraient que l’école puisse offrir autant des connaissances générales que professionnelles, les formations demandées sont : électronique, menuiserie, cosmétologie, cuisine, couture, mécanique, etc.

Tableau N°6 : Type de connaissances demandées à l’école
Type de connaissances demandées à l’école

Si l’on compare les tableaux 5 et 6, on peut constater que le type de connaissances demandé par les parents ne correspond pas au type de connaissances que les parents considèrent qu’assure aux enfants un meilleur avenir.

Tableau N° 7 : Préférence entre les filières de formation technique et professionnelle
Préférence entre les filières de formation technique et professionnelle

Pour 10 parents d’enfants qui travaillent, la formation professionnelle est considérée comme plus importante que la formation technique. Pour eux, la formation professionnelle permet l’accès immédiat au travail et, de ce fait, la possibilité d’avoir des revenus plus rapidement. Ce sont des formations de courte durée et moins chères que les formations techniques. Cependant, 12 parents admettent que ces deux formations sont importantes, et 6 affirment que la branche technique a une plus grande reconnaissance sociale et permet d’avoir de meilleurs salaires.

Interrogés sur la filière de formation scolaire obligatoire qui donne plus de possibilités de trouver un travail à la fin des études, 20 affirment que c’est la variante technique, et seulement 2 pensent que le secondaire général facilite l’insertion dans le marché de travail.

Pour 7 parents, l’école n’est pas indispensable, ils pensent qu’on peut très bien travailler sans se former. L’importance est accordée à la volonté de travailler et non à la formation.

Il y a aussi 2 des parents qui sont découragés par le coût et la qualité de l’enseignement public. Ils pensent que les écoles demandent de plus en plus d’argent et que les enfants n’apprennent rien de bon.

Tableau N° 8 : Choix entre scolarité traditionnelle et scolarité en apprentissage
Choix entre scolarité traditionnelle et scolarité en apprentissage

En ce qui concerne l’apprentissage dual, 26 parents des enfants au travail interrogés déclarent ne pas opter pour cette filière car ils ne connaissent pas d’écoles ayant ce type de programmes. Il y a cependant 19 parents qui souhaiteraient pour leurs enfants une formation avec les caractéristiques de l’apprentissage dual. Là encore, on constate que ce sont les parents du secteur commerce et services (8/9) qui manifestent leur préférence pour le système traditionnel, c’est-à-dire pour la filière de formation générale.

IV. Les enfants

Pour 20 des enfants, l’école est la seule façon d’avoir un meilleur avenir. La filière de formation la plus désirée est la formation supérieure universitaire : 15 sur 28 enfants rêvent de suivre une formation (droit, médecine, dentaire) et 7 une formation supérieure non universitaire (pédagogie, infirmerie, police). D’après le tableau N° 9, ce sont les enfants du secteur des services et du commerce qui sont les plus attirés par les études supérieures, surtout les formations universitaires. Nous pouvons aussi observer qu’aucun enfant n’a choisi l’option technique et 6 ont opté par la formation professionnelle. Cela met en évidence que les enfants ne font pas de distinction entre la formation technique et professionnelle.

Ils déclarent qu’ils y arriveront à la force de leur travail (pour avoir l’argent nécessaire pour le financement de ces études) et de volonté pour continuer leurs études.

Tableau N° 9 : Type et niveau de formation souhaitée
Type et niveau de formation souhaitée

Les rêves des enfants contrastent avec leur réalité : 13 des enfants ont redoublé une ou plusieurs fois et présentent des retards scolaires, 4 ne fréquentent plus l’école et 1 ne sait même pas lire et écrire. De plus, 2 ont déjà fini l’école secondaire et sont mécontents de leur formation générale : « ça ne me sert à rien ».

Quant à leur niveau de formation, 19 sont à l’école primaire et 9 se trouvent dans le niveau correspondant à leur âge. Les filles réussissent davantage (8/12) tandis que pour les garçons la tendance est inverse, (10/16). Ils montrent un grand retard dans leur formation et 2 affirment qu’ils ne parviendront jamais à faire des études car ils n’ont pas le niveau ou simplement car ils n’aiment pas l’école. En outre, plus on avance dans la formation, plus le retard s’accumule.

Tableau N° 10 : Les connaissances acquises à l’école sont utilisées au travail
Les connaissances acquises à l’école sont utilisées au travail

Lorsqu’on demande aux enfants si les enseignements reçus à l’école contribuent à faciliter leurs tâches au travail, 16 sur 28 ont répondu d’une manière affirmative, notamment ceux du secteur du commerce et des services. Ces enfants accordent de l’importance presque exclusivement au cours de mathématique mais aussi aux valeurs et comportement sociaux :
– «On apprend à calculer, à écrire»,
– «J’aime bien l’école car j’apprends le respect des autres, à ne pas avoir honte pour vendre et à communiquer avec les autres personnes»,
– « L’école m’apprend à être plus responsable ».

Toutefois 16 déclarent vouloir suivre des cours tels que : tricotage, cuisine, ateliers de réparations, travaux manuels, langues, etc.

Tableau N° 11 : Type de connaissances demande à l’école
Type de connaissances demande à l’école

Lorsque les enfants ont été interrogés sur les types de connaissances qu’ils aimeraient acquérir à l’école, 11 ont manifesté leur désir de suivre des cours de connaissances générales et de formation professionnelle, et 6 des cours de formation professionnelle. Les 11 restant, tous du secteur commerce et services, ont indiqué des cours se rapportant à leur activité professionnelle comme par exemple apprendre à communiquer avec les autres personnes (ceci est considéré dans la rubrique « autres ».du tableau N° 11). Aucun des enfants a opté uniquement pour les connaissances générales.

La grande majorité des enfants ne fait pas la différence entre la formation générale et la formation technique ou professionnelle, même ceux qui travaillent dans le secteur industriel. Ainsi, 7 enfants sur 8 provenant des secteurs industriels et des services techniques, affirment ne pas connaître la filière de formation technique à l’école. Seulement 1 sur 8, celui travaillant dans le service technique, considère l’école secondaire à variante technique comme la meilleure option. Or, 3 enfants sur 8 déclarent vouloir suivre une formation technique, sachant qu’ils ne pourront pas le faire à cause de son coût élevé et des difficultés d’admission.

Tableau N° 12 : Choix entre formation traditionnelle et en apprentissage selon groupe d’âge et secteur d’activité
Choix entre formation traditionnelle et en apprentissage selon groupe d’âge et secteur d’activité

Etant donné que le système de formation duale n’existe pas au Pérou, il est difficile pour les enfants de comprendre l’offre éducative de ce type de formation. Cependant 20 enfants sur 28 ont montré un grand intérêt pour un système qui leur permettrait de suivre une formation professionnelle, de travailler et de continuer à étudier en même temps. Les 8 restant déclarent vouloir se consacrer seulement aux études.

Les enfants ayant choisi l’option de l’apprentissage se trouvent dans les tranches d’âge correspondant à l’école primaire (7-11 ans) : 4/4 de 8 à 9 ans, 2/4 de 10 ans, et 5/5 de 11 ans. Pour les tranches d’âge correspondant au niveau secondaire (ce qui n’est pas nécessairement le cas pour tous, puisque certains présentent un retard scolaire), la proportion d’enfant en faveur de l’apprentissage se réduit à 8 sur 13.

V. Conclusions

Les déclarations des enfants au sujet de l’école et de la formation en général démontrent qu’ils ne sont capables que de se représenter le modèle unique qu’ils connaissent. Ils répètent aussi le plus souvent des désirs ou opinions qui ne sont de toute évidence pas en relation avec leur réalité. En tout cas, la formation technique depuis l’école, duale ou pas, n’existe pas dans la représentation des schémas d’éducation que connaissent les enfants.

Malgré les retards scolaires et la difficulté de travailler et d’étudier en même temps, la majorité des enfants manifeste son désir de continuer à étudier. Pourtant, au sortir de l’école, ils se rendent compte que ce qu’ils ont appris ne leur sert pas beaucoup pour trouver du travail.

Les parents, qui influencent les décisions des enfants en matière d’études, entrent dans le même schéma. Malgré la conscience que le titre universitaire ne garantit pas un travail, la majorité préfère que leurs enfants suivent une formation universitaire, même ceux qui savent pertinemment qu’ils ne disposent pas des ressources nécessaires pour la financer.

Cependant, en choisissant l’option de l’apprentissage, parents et enfants expriment le désir de pouvoir combiner le travail et les études en même temps, ainsi que la possibilité d’acquérir une qualification professionnelle à l’école, pour en cas de nécessité, avoir de meilleures chances sur le marché du travail à la fin de la scolarité obligatoire. Or, ce sont les enfants d’âge correspondant au niveau primaire qui sont les plus intéressés par le projet.

Quant aux professeurs, la majorité manifeste le souhait d’offrir une formation plus adaptée aux nécessités des familles aux revenus faibles, et aussi aux besoins du pays en général. Pourtant, il est curieux que ce soit en grande majorité les enseignants de l’école primaire (du même que les enfants) qui appuient le plus l’initiative de vouloir créer un programme de formation duale, alors que ceux de l’enseignement secondaire général, qui sont plus concernés, paraissent moins intéressés par le projet. Au sujet du système éducatif, le nouveau programme considère qu’il est nécessaire de préparer les enfants à apprendre en permanence pendant leur vie, ce qui est un objectif très louable, mais ne pense pas aux nécessités immédiates des enfants qui ont besoin de travailler le plus tôt possible. L’objectif d’atteindre les niveaux d’enseignement internationaux fait oublier qu’il existe certains secteurs de la population qui ont besoin d’une éducation beaucoup plus pratique.

Ainsi, nous avons vu qu’il existe une nécessité au Pérou pour l’instauration d’un programme de formation professionnelle sous forme d’apprentissage, car il correspondrait aux besoins des acteurs directement impliqués. Mais ce type de formation, complètement inconnu par les acteurs directement concernés (parents et enfants), ne correspond ni aux attentes de ces derniers ni aux attentes des acteurs institutionnels. Ceci confirme notre première sous-hypothèse.

Lire le mémoire complet ==> (La formation professionnelle duale comme alternative éducative pour les enfants péruviens qui travaillent )
Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education