Au lycée les normes vestimentaires sont plus tolérantes?

By 8 May 2012

4. Une plus grande tolérance au lycée ?

La présentation de soi, c’est aussi l’exposition de soi au regard des autres, à leur jugement et à leurs critiques. « Les nébuleuses, les cercles sociaux et les « relations fluides » sont reconnus comme jouant un rôle structurant dans la confrontation avec le monde social, dans la mesure où ils constituent des arènes sociales plus diversifiées et plus critiques que la sphère des amis, des espaces de lutte et d’ajustements identitaires plus aigus », pour C.Bidart . Or, la critique adolescente est virulente, le regard aiguisé et le poids des normes collectives du paraître important, davantage semble-t-il au collège qu’au lycée. De plus, au lycée, l’autonomie vis-à-vis des prescriptions parentales est plus homogène entre les élèves qu’au collège. Ils bénéficient d’une plus grande liberté dans le choix de leur pratique de loisir, de leurs vêtements, de leurs fréquentations, et même dans certaines limites, de leurs sorties. Aussi la mode semble être un moindre facteur d’intégration au lycée qu’au collège grâce à un gain en maturité. Les témoignages de Mathilde et Pierre confirment la baisse des critiques.

« Au lycée, il y a des groupes mais tout le monde se parle. Il n’y a pas d’élève exclu du groupe au lycée. Au lycée, c’est pas parce que la personne est mal habillée, qu’on ne va pas lui parler. Certains sont encore restés dans le modèle collège. ll n’y a plus de clan, on est plus ouvert au lycée, les groupes sont plus mixtes. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

« Au lycée, ils s’en foutent si tu te coupes les cheveux. La mentalité change, ils sont plus mûrs, ils ont une plus grande ouverture d’esprit, il y aune plus grande liberté. Les regroupements ne sont pas par look mais par affinité.» (Pierre, 2nde, 16 ans, 93 Gagny)

Même les collégiens comme Vincent, qui fréquente des amis lycéens, sont conscients du moindre conformisme, de la dimension personnelle dans la présentation de soi.

« Au lycée, c’est plus varié, ils ont plus leur propre style. Y a leur touche même s’ils sont fashion. » (Vincent, 3ème, 15 ans, Neuilly)

Ces témoignages, 20 ans après, questionnent la position de P.Juhem . En 1995, ce dernier a souligné l’importance entre les lycéens des jugements, parfois très sévères et en tout cas omniprésents : « les cours de lycée bruissent d’un échange incessant de commentaires croisés que chaque élève porte sur les autres. Les anecdotes circulent, les « cotes » s’établissent, les réputations se propagent…Les lycéens ne sont pas égaux, mais infiniment hiérarchisés par les jugements qu’ils portent sur eux-mêmes. Chaque particularité du physique, du comportement ou du caractère d’un élève est scrutée, soupesée, évaluée par ses pairs qui ajustent leur comportement à ce qu’ils perçoivent de lui. » Cette pratique semble être aujourd’hui l’apanage des collégiens.

A l’inverse, pour F. Dubet , les lycéens semblent guidés par le souci de construire des relations interpersonnelles beaucoup plus que par le fait de s’identifier à des « tribus » et à des styles marqués. Il existe une volonté de se désaffilier afin d’apparaître comme un individu. Certains ont l’air de personnages héroïques et sont admirés tant ils ont réussi, par leur look notamment, à mettre en scène cette subjectivité personnelle. La recherche d’individualité imprègne fortement le style des relations entre sexe et ce, semble-t-il, de façon plus pacifiée qu’au collège. Le témoignage de Laetitia réconcilie les points de vue de P. Juhem et F. Dubet car elle souligne la critique qui persiste au lycée, non plus sur le principe de singularité comme au collège, mais sur le manque de distinction. Au lycée, celui qui ne possède pas de style personnel risque d’être marginalisé, ridiculisé.

« On voit beaucoup qu’ils n’ont pas beaucoup de personnalité, qu’ils suivent les autres.» (Laetitia, 2nde, 16 ans, Paris 16)

Seul, le point de vue de la lycéenne de province, Laurence, souligne la persistance du conformisme au lycée et la prégnance de l’imitation. Peut-être existe-t-il un décalage entre la région parisienne et la province ?

« Il n’y a pas eu de changement entre le collège et le lycée. Nous sommes dans un lycée privé. L’imitation est la même au lycée qu’au collège ? C’est pas perçu de la même façon, mais dans les faits, c’est un code. Il faut respecter la mode pour être intégré. Dans un lycée privé, y en a pas mal qui ont de l’argent. Ceux qui ont peu de moyens veulent avoir les mêmes vêtements, ils imitent ceux qui ont beaucoup d’argent. » (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)

La perception semble également différente quant aux ressources économiques, dont la différence paraît mieux tolérée et acceptée en région parisienne qu’à Perpignan.

« Au lycée, y a beaucoup moins d’étiquettes qui sont données, c’est beaucoup plus libre qu’au collège, y a pas de regard, tout le monde fait ce qu’il veut. C’est bien, c’est la diversité. Y a plus de problème par rapport aux moyens financiers. » (Valentine, 2nde, 15 ans, Neuilly)

Enfin, la violence au sein de l’enceinte institutionnelle diminue avec le passage au lycée, comme aime à le souligner le frère de David qui en avait fait les frais au collège. Il semble subsister toutefois des violences entre filières techniques et générales, dans des banlieues dites « chaudes ».

« Il y a beaucoup moins de racket au lycée. Je n’ai plus eu de problème depuis la 3ème. Au lycée, y a beaucoup de monde, on est plus mûr. C’est plus les embrouilles, il y a moins de lutte de pouvoir. À côté, il y a un bac technique, c’est eux qui mettent la merde. Ils se permettent d’insulter les gens. Il y a eu un début de baston, c’était oral. » (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

Tables des matières :

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Bidart C., L’amitié, un lien social, La Découverte, Paris, 1997, p238

Juhem P., « Les relations amoureuses des lycéens », Sociétés contemporaines, n°21,1995, p30

Dubet F., Les lycéens, François Dubet. Points, 1991, p 253-254