Sciences arabes, emprunts linguistiques ( arabe – français)

By 13 April 2012

6 – Les sciences arabes
Au Moyen Âge, la médecine et l’alchimie arabes dominent le monde occidental. Les emprunts les plus nombreux viennent de cette époque grâce à un Anglais, Adélard de Bath, qui traduisit les textes arabes en latin. Ces traductions datent du XIe siècle.

Des centres de traduction ont été fondés après la reconquête de Tolède en 1085, ensuite aussi dans les villes en Italie (Salerne, Crémone ou Tivoli). À cause de ces traductions, le monde occidental peut connaître les mots arabes.

Les Arabes, les précurseurs de la science moderne, excellent en mathématiques, en médecine, en alchimie, en botanique et en zoologie. Beaucoup de relations intellectuelles et économiques se traduisent par de nombreux apports linguistiques parmi trois langues : le latin médiéval, l’italien pratiqué dans les ports de Gênes et de Venise de commerce et l’espagnol. Avec le déclin de l’Empire Arabe au XIVe siècle, les contributions linguistiques se diminuent.

6.1 Flore et faune
Abricot, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt direct (XVIe siècle) à l’arabe – ‘al barqûq.

Les Grecs ont appelé ce fruit armeniakon « fruit d’Arménie », parce que l’Arménie était sa provenance immédiate. Les Latins ont appelé la pruna armeniana (« prune d’Aménie ») aussi par praecoquum – « le fruit précoce », ensuite ce mot a été adopté en grec tardif. Ce mot passé en arabe al barqûq ; al est l’article et barqûq signifie le grec praikokion, qui a été adapté dans la péninsule Ibérique (le mot espagnol albaricoque).

Artichaut, nom masculin
Ce mot est un emprunt de la Rennaissance (1538) à l’italien, transmettant en l’occurence un mot d’origine arabe, al-kharshōf. La forme parlée lombarde articcioco qui se diffère du toscan carciofo venant de l’espagnol alcarchofa, emprunt à l’arabe al haršūf, où le toscan a éliminé l’article et conservé le f final.

Azerole, nom féminin
C’est un emprunt à l’ancien espagnol azarolla (1365), en espagnol acerola, cerola empruntant à l’arabe ‘az-za’rŵa.

Le mot désigne un fruit jaune ou rouge, ressemblant à une petite pomme.

Baobab, nom masculin
Les formes bahobab (1592), puis baobab (1762) sont les emprunts à l’arabe būhībāb « fruit aux nombreuses graines ».

Bardot, nom masculin
Le mot est emprunté de même que le mot italien bardotto « mulet » et l’espagnol albarda « bât » à l’arabe barda’a (→barda) par l’intermédiaire du provençal bardo.

Le mot désigne un petit moulet, produit de l’accouplement du cheval et de l’ânesse.

Bourrache, nom féminin
Ce mot vient du latin médiéval borago, borrago, attesté depuis le XIe siècle. Il est probablement emprunté à l’arabe ‘abû ‘araq « père de la sueur ».

Le mot désigne « plante des lieux incultes, à fleurs bleues et dont les feuilles sont utilisées en tisane sudorifique et diurétique ».

Cubèbe, nom masculin
Il vient du mot arabe kebâba. C’est un arbuste voisin du poivrier, dont les fruits contiennent un principe médicinal.

Épinard, nom masculin
C’est un emprunt, sous les formes espinace, espinarde, espinar, épinart, par l’intermédiaire du latin médiéval spinarchia, spinargia, à l’arabe d’Andalousie ïsbināh, arabe orientale ‘asfanāh, ïsfināh, îsfanāh, lui-même emprunté au persan ispanāg.

Épinard désigne une plante potagère aux feuilles vertes, introduite en Espagne par les Arabes qui l’utilisaient comme médicament.

Estragon, nom masculin
Le mot est emprunté à l’arabe tarkhoun.

Gazelle, nom féminin
C’est un emprunt, sous plusiers formes : gacele, puis gasele (1298) et gazel, à l’arabe classique ģazāl.

Le mot désigne un mammifère d’Afrique et d’Asie.

Gerboise, nom masculin
Il est emprunté d’abord sous les formes ierbuah (1655), gerbo (1712), au latin des naturalistes gerboa, lui-même emprunté à l’arabe ğarbū.

Le mot désigne un petit mammifère rongeur, vivant dans les déserts d’Afrique, d’Amérique et d’Asie.

Girafe, nom féminin
Le mot est emprunté à l’italien giraffa, lui-même emprunté à l’arabe zarāfa qui a passé à l’ancien français sous les formes giras et orafle (fin XIIIe siècle).

Ha(s)chi(s)ch, nom masculin
Il vient de l’arabe hašiš « herbe, foin » et « chanvre indien ». La graphie haschīsch est attestée en 1773.

Henné, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe hinna’ « henné », par l’intermédiaire du latin médiéval henne (XIIIe siècle).

Le mot désigne une plante nommée par les botanistes lawsonia.

Ketmie, nom féminin
Il s’agit de l’emprunt à l’arabe hatmi « arbre d’Afrique ».

Lilas, nom masculin
C’est un emprunt, sous plusieurs formes : lilac (espagnol), lilaz (portugais) au mot arabo-persan lilāk.

Méharie,nom masculin

Il s’agit d’un emprunt à l’arabe d’Afrique du Nord mahrī, au pluriel mahārā. Le mot désigne « la tribu de Mahra, dans le sud de l’Arabie ». En français, le mot s’est écrit différemment : el mahri (1637), meihari (1753), meherry (1822) avant de se stabiliser en méhari (1849).

Le mot désigne un dromadaire très rapide, utilisé par l’armée coloniale

Nafé, nom masculin (1844)
Il est emprunté à l’arabe nafi’ « fruit de ketmie qui entre dans la composition de certains remèdes ».

Pastèque, nom féminin
Il s’agit d’une altération d’abord graphique, puis phonétique. Le mot est emprunté avec altération à l’arabe battiha ou bottiha « melon d’eau ».

Safran, nom masculin
Il est emprunté au latin médiéval safranum, lui-même pris à l’arabe zafarān.

Safran désigne, comme son étymon, une plante dont les stigmates sont utilisés pour leurs propriétés aromatiques et colorantes.

Séné, nom masculin
Le mot est emprunté au latin médiéval sene, qui reprend l’arabe sanā’. Le mot désigne un arbrisseau du Moyen-Orient dont les feuilles étaient utilisées en médecine pour leur purgative.

Soude, nom féminin
Il est emprunté à l’arabe suwayd, suwwād « soude », nom d’une plante utilisée en médecine pour combattre la migraine et dont les cendres produisent la soude, mot de la racine s-w-d « noir ». Cette plante fut exportée en grandes quantités vers la Sicile ; c’est par cette voie que le nom fut introduit dans toutes les langues européennes : italien, espagnol, portugais.

Sumac, nom masculin
Il est emprunté à l’arabe summāq, nom d’une plante connue depuis l’Antiquité pour ses propriétés médicinales.

6.2 – Chimie et médecine
Alambic, nom masculin
Le mot arabe ‘al ‘anbïq fournissant l’espagnol alambique et l’italien lambisco, a été emprunté au grec tardif ambix.

Ce mot témoigne de la diffusion de l’alchimie arabe en Europe.

Alcali, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt du moyen français à l’arabe ‘al qaly – « la soude ». Ensuite, il passe en latin médiéval comme alkali (1215).

Alchimie, nom féminin
L’origine du mot vient du mot arabe ‘al kīmiyā’ désignant la pierre philosophale et passé au XIIIe siècle à l’espagnol et au catalan (1296). Les formes françaises alkimie(1275), alchimie, arkemie, archimie ont été procédées par le latin médiéval alcheimia. (→ chimie)

Alcool, nom masculin
Sous la forme alcohol, le mot a été attesté au XVIe siècle. Il a été emprunté au latin moderne alcohol, lui-même emprunté à l’arabe ‘al kuhl « la poudre d’antimoine ». Kuhl devient kohl et ensuite khōl. Le mot devient usuel au début du XVIe siècle avec beaucoup de dérivés (alcooholique, alcoolisé, alcoolisme). Il s’emploie pour « boisson alcoolisée ». Nous pouvons suivre deux directions de l’évolution : en chimie et en technique.

Amalgame, nom masculin
Ce mot vient de l’arabe ‘aman « sécurité », d’où « pardon octroi de la vie sauve ».

Antimoine, nom masculin
Il est emprunté au latin médiéval antimonium à l’origine arabe ‘iţmid, peut-être lié au grec stimmi, stibi « antimoine en poudre ». Antimonium désignait un produit utilisé en alchimie ; soit le sulfure d’antimoine, soit d’autres composés du corps simple définis beaucoup plus tard par la chimie moderne.

Benjoin, nom masculin
Les formes benjuym (1479) et benioin (1538) sont empruntées au catalan benjuī. Ce dernier emprunt vient de l’arabe lubān-gāwi « encens de Java ». Il existe aussi la forme bengin de même origine arabe venant en France par l’intermédiaire du portugais et de l’italien.

Camphre, nom masculin
Il est emprunté au latin médiéval camphora, attesté depuis le IX e siècle sous la forme non nasalisée cafora. Le mot est emprunté à l’arabe kāfūr, avec un déplacement de l’accent sur la première syllabe.

Le mot désigne la substance extraite du camphrier, utilisée notamment comme antimie et en médecine comme antispasmodique et énergétique. Par extension, il est employé à propos d’une substance extraite de divers végétaux, ayant des propriétés analogues, et il a servi en argot à désigner l’eau-de-vie (1876).

Dourine, nom féminin
Le mot est un emprunt à l’arabe darin « croûteux ».

Goudron, nom masculin
Le mot est emprunté à l’arabe d’Égypte qatrān. Le mot désigne d’abord une substance visqueuse obtenue par distillation. Par extension, il désigne un revêtement routier (XXe siècle).

Kalium, nom masculin (1842)
Il est venu de l’arabe qali.

Mazout, nom masculin
D’abord mazou (1899), puis mazout (1902), il est venu de la langue russe de même sens mazut. Il est emprunté à l’arabe mahzūlāt « restes, résidus, déchets ». Cependant, il existe en russe dialectal mazutina « tache, tache de graisse », issu du russe mazajt « graisser, enduire ». Ce mot russe est passé en anglais (1924, mazout et mazut).

Nuque, nom féminin
Le mot est emprunté, sous la forme nuche (1314), puis nuque (1377), au latin médiéval nucha « moelle épinière », emprunté à l’arabe nuhh « moelle » par le médecin Constantin l’Africain qui enseigna à la fameuse école de Salerne.

Réalgar, nom masculin
D’abord riagal (1300), puis realgar (fin XVe siècle) en outre réalgal au XVIIe siècle, est une adaptation avec déformation de l’arabe rahģ al-ġar, littéralement « poudre de caverne », employé chez les Arabes du Magreb pour désigner l’arsenic, parce que cette matière était tirée des mines d’argent. Le mot rahģ al-ġar est une erreur de lecture pour rahģ al-far « poudre des rats ». Il est difficile de déterminer quelle langue est servie d’intermédiaire vers le français. Peut être il s’agit de l’espagnol, l’ancien provençal ou l’italien.

Le mot est l’ancien nom du sulfure rouge d’arsenic.

Talc, nom masculin
Il est emprunté à l’arabe talq, nom d’un silicate naturel de magnésium. Le mot arabe a été emprunté par l’espagnol talco, l’italien talco (1544), le portugais talco.

6.3 – Mathématiques
Algèbre arabeAlgèbre, nom masculin

L’origine du mot est venue de l’arabe ‘al ğabr « la réduction ». Elle a été utilisée d’abord à la technique chirurgicale propre à remettre les membres démis, puis à la réduction des calculs, à une forme « contrainte », utilisant les chiffres aujourd’hui appelé arabes.

Algorithme, nom masculin
Le mot d’abord désigne l’arithmétique élémentaire et ses règles. Il s’est spécialisé au XIXe siècle au sens de « suite de règles opératoires explicites ».

Les formes augorisme puis algorisme (XIIIe siècle) viennent de l’ancien espagnol algorismo, alors que la forme moderne calque le latin médiéval algorithmus, altération sous l’influence de arithmetica du nom du mathématicien arabe.

Alidade, nom féminin
L’expression est empruntée à l’arabe ‘al ‘idāda’ « compteur ».

Chiffre, nom masculin
D’abord écrit chiffre (1220), il est un emprunt, par le latin médiéval cifra « zéro », à l’arabe sifr « vide », puis « zéro », calque du sanskrit sūnya de même sens. Le mot fait partie de la série de grandes notions mathématiques qui sont passées par l’arabe. Le passage de l’initiale latine c- à ch- s’expliquerait (plutôt que par l’influence de l’italien cifra) par le picard, les villes industrielles du Nord ayant été les premières à adopter le système numérique arabe.

Zéro, nom masculin
Il a été emprunté à l’italien zero, contraction de zefiro qui représente une transcription de l’arabe sifr « vide ».

6.4 – Cadre naturel et artificiel
Bled, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt des troupes françaises en Afrique du Nord à l’arabe d’Alger bald correspondant l’arabe classique bilād « terrain, contrée, pays ».

Chergui, nom masculin
Il est emprunté à l’arabe marocain chargī « vent d’est ». Il désigne le vent chaud et sec qui souffle du sud-est.

Djébel, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe jbel « montagne, chaîne de montagne ».

Erg, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt d’abord au pluriel areg puis au singulier erg, à l’arabe ‘irg, au pluriel a’rāq « dune mouvante ».

Gour, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe gara qui indique des fragments de plateau isolé par l’érosion éolienne, formant butte.

Hamada, nom féminin (1880)
Le mot est d’origine arabe qui signifie rocheux des régions désertiques.

Mousson, nom féminin
Elle vient par emprunt du portugais monçāo ou mouçāo (début du XVIe siècle), emprunt à l’arabe mawsim « saison », d’où « fête qui a lieu à époque fixe », « saison de pèlerinage à La Mecque ». Le nom est tiré du verbe wasama « marquer, désigner ». Chez les marins arabes « saison des vents favorables à la navigation vers l’Inde sur l’océan Indien ».

Aujourd’hui, le mot désigne un vent saisonnier soufflant six mois dans une direction, six mois dans l’autre, responsable d’importants changements climatiques.

Oued, nom masculin (1874)
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe wād. Le mot désigne une rivière d’Afrique du Nord, cours d’eau temporaire dans les régions arides.

Reg, nom masculin
Il est emprunté à l’arabe (1923) ruqq « désert rocheux d’où les parties fines ont été enlevées par les vent ». Le mot n’a rien à voir avec erg.

Sebka ou sebkha, nom féminin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe sabkah. Le mot désigne un lac d’eau salée.

Simoun, nom masculin
C’est un emprunt, d’abord écrit simoon (1791), puis francisé d’après la prononciation anglaise en simoun (1842), lui-même emprunté à l’arabe samūn, dérivé de samma « empoisonner ». Le français avait samun (1777) par emprunt direct à l’arabe.

Le mot désigne un vent violent, très chaud et sec, qui souffle sur les régions désertiques du Sahara, de l’Arabie.

Siroco, nom masculin
Il est attesté au XVIe siècle sous sa forme actuelle (1599), est connu depuis le XIIIe siècle, écrit soloc, scilocque (1474), siroc, siroch, enfin siroco. Les dernières formes sont empruntées à l’italien scirocco, lui-même pris à l’arabe sārūq « lever du soleil », de l’arabe classique sārqi « de l’est, oriental ».

Zénith, nom masculin
Le mot vient d’une mauvaise lecture de zemī, transcription dans l’alphabet latin de l’arabe samī « chemin », surtout employé dans l’expression samī ra’s « chemin (au-dessus) de la tête ».

Le mot désigne le point de la sphère céleste situé sur la verticale ascendante d’un observateur.

Lire le mémoire complet ==> (Emprunts arabes en français : Arabe et Langues arabes)