Les principes d’économie internationale : les différents courants

By 16 April 2012

DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE DURABLE -SECONDE PARTIE :

Au vu de tout ce qui précède, on comprend que ce n’est pas le fruit du hasard si une grande majorité des îles et autres territoires restreints plus ou moins coupés du reste du monde attachent une grande importance à l’activité touristique. La nécessité pour un petit pays de s’ouvrir autant que faire se peut sur ses voisins, ne serait-ce que pour élargir son marché et bénéficier ainsi d’une plus forte économie d’échelle, semble effectivement une politique incontournable (sous peine de stagnation). Les avantages non négligeables en termes de ressources naturelles, culturelles et environnementales dont disposent souvent ces régions viennent un peu plus encourager cette logique d’ouverture en la rendant aisément réalisable par le biais du tourisme.

Partagées entre le besoin d’exporter ces richesses pour aller de l’avant et le désir de les protéger pour sauvegarder leur identité, ces petites économies isolées devront trouver un compromis entre ces deux principes que la théorie économique semble mettre en opposition, au vu des quelques éléments d’économie régionale brièvement exposés précédemment (théorie de la base – développement endogène). Les deux derniers principes de développement que nous avancions en fin de second chapitre, identitaire et coopération, laissent entrevoir de réelles possibilités dans cette quête.

C’est une combinaison de ces différentes théories que nous chercherons à mettre au point tout au long de cette seconde partie. La stratégie à proposer à ces milieux bien spécifiques ne peut être, elle aussi, que bien spécifique. C’est à dire qu’elle devra à la fois être adaptée aux besoins en devises étrangères dont nous parlions plus haut et au maintien d’une certaine « intégrité régionale » ; ce que l’on pourrait traduire grossièrement par : augmenter le niveau de vie sans toucher au mode de vie des résidents.

Notre recherche s’effectuera en deux temps. Il faudra d’abord trouver une stratégie susceptible de répondre à nos attentes (qui sont évidemment celles des petites économies isolées) en nous appuyant sur des phénomènes et théories économiques reconnus et indiscutables, avant de nous assurer de sa possible mise en oeuvre « sur le terrain ».

La première étape, qui constituera le troisième chapitre de notre travail, a déjà été quelque peu orientée par les théories citées jusqu’ici, d’autres éléments, cette fois d’économie internationale, viendront renforcer la structure des idées que l’on se fait déjà de la stratégie à faire naître. Il sera ensuite nécessaire d’étudier les répercussions de la politique choisie d’une part sur la demande et, d’autre part sur l’offre. Le système d’exploitation mis en place devra être acceptable et accepté par le consommateur et les décideurs locaux. Cette étude du « contentement externe » et de « l’adhésion interne » donnera lieu à une analyse méticuleuse de l’offre et de la demande issues du style de développement choisi.

Le cas échéant, nous nous attacherons à vérifier la réelle possibilité d’appliquer cette stratégie « sur le terrain ». Le passage de la théorie à la pratique est en effet trop souvent éludé des études réalisées en économie comme dans de nombreux autres domaines. Le « modèle » de développement proposé ici tenant compte des nombreux facteurs que nous avons soulevés dans la première partie de notre travail, rend son application délicate ou du moins implique un raisonnement méthodique se déroulant par étapes successives jusqu’à une décision finale optimale (nous l’espérons). Nous mettrons donc un point d’honneur à faciliter cette éventuelle application de la « théorie » en fournissant des éléments, en grande partie issus des sciences économiques, pouvant faciliter cette entreprise. Ce sera là le principal objectif de notre quatrième et dernier chapitre.

CHAPITRE III : LA SPECIALISATION : UNE FORME DE COOPERATION

Nous allons à présent exposer une proposition de développement des petites économies isolées qui serait basée sur le tourisme. Il faudra donc tenir compte à la fois des particularités du tourisme, des différents types de produits touristiques, mais aussi des spécificités liées aux petites économies isolées mises en évidence jusqu’ici comme des implications économiques qui en découlent.

Ayant démontré que pour de telles économies le commerce international est un passage obligé sinon pour leur développement tout du moins pour une éventuelle croissance, sous peine d’aboutir plus ou moins rapidement à un état stationnaire:

Nous entamerons ce chapitre en rappelant des principes connus d’économie internationale. Nous insisterons tout particulièrement sur la notion de spécialisation puisque le modèle proposé dans cette deuxième partie repose sur une forme de coopération régionale (et même micro-régionale) par la spécialisation.

Outre l’intérêt purement financier que devrait procurer cette stratégie de développement à la zone qui la mettrait en oeuvre, que l’on démontrera facilement, nous monterons dans le détail tous les autres avantages que la dite zone pourrait également en tirer, notamment en termes de protection de l’environnement et mise en valeur des ressources naturelles.

Nous verrons par ailleurs qu’une telle organisation du développement, particulièrement adaptée à la demande, peut dans le même temps se révéler très fructueuse pour les décideurs et l’offre en générale sous réserve que ses fondements soient respectés.

Section 1 : Principes d’économie internationale.

La stratégie que l’on se propose de mettre en place au niveau régional repose sur un principe connu de l’économie internationale : la spécialisation. Nous ne reprendons donc pas systématiquement les démonstrations et modèlisations des éléments puisés dans les enseignements de la théorie du commerce international et renverons à quelques ouvrages de références ( Bye & De Bernis, 1977 ; Caves & Jones, 1981 ; Grjebine, 1986 ; Guillochon, 1993 ; Kindleberger & Lindert, 1981 ; Marcy, 1976 ; Mucchielli, 1990 ; Vellas, 1985), ou à quelques développements présentés en annexes.

Il semble au contraire intéressant de se pencher plus attentivement sur les répercussions et les applications possibles de ces phénomènes économiques sur l’activité particulière étudiée ici : le tourisme.

L’étroitesse du marché liée à la taille des petites économies isolées implique, nous l’avons vu, des difficultés importantes pour celles-ci en termes de développement économique. Même si l’isolement implique, lui, des difficultés à élargir la demande en allant « prospecter » sur les continents voisins, nous avons constaté qu’il s’agissait pourtant là de la seule échappatoire à une économie stagnante. Si le commerce extérieur, et donc le marché international, est généralement plus accessible aux grandes et riches nations qu’aux plus faibles, certains principes d’économie internationale montrent qu’à une échelle différente, celles-ci peuvent tout de même y avoir accès de manière tout à fait régulière.

Ce sont ces principes de l’échange international que l’on se propose de rappeler et d’appliquer dans les paragraphes suivants.

1. Les différents courants.

Pourquoi les pays échangent-ils entre eux ? La principale base de l’échange réside en la différence de prix des biens entre les pays. Un pays peut se procurer moins cher des produits en provenance de l’étranger et vendre d’autres produits plus cher à destination de l’étranger. Comme chaque pays peut en faire autant, il y a gain mutuel à l’échange. Ces différences de prix sont principalement liées aux coûts de production des biens échangés, c’est d’ailleurs le point de départ de la théorie de la spécialisation internationale sur laquelle nous reviendrons dans le détail. L’analyse de la structure des coûts montre pourquoi il est parfois plus intéressant d’importer que de produire certains biens.

Le premier modèle qui s’intéresse à ce phénomène est le modèle des avantages comparatifs de Ricardo. Ce dernier remarque notamment qu’il existe des différences de productivité du travail entre plusieurs pays. D’autres fonderont leurs recherches en prenant en considération le fait que les dotations en facteurs de production varient également entre les pays : c’est le modèle d’Heckscher-Ohlin.

Il faut toutefois préciser qu’en fait les premiers ouvrages traitant d’économie internationale datent du seizième siècle, avec le courant des Mercantilistes qui s’intéressent déjà au commerce étranger. Pour les Mercantilistes, l’échange international est un moyen de s’enrichir. Il est profitable aux pays obtenant un surplus d’exportations. Cette vision implique que ce que gagne un pays est forcément perdu par l’autre, ce qui équivaut en termes économique à un jeu à somme nulle. En effet, on considère durant cette période que la puissance d’un Etat est fonction de sa richesse, le plus puissant étant par conséquent celui qui dispose d’un stock de métaux précieux plus important que celui de ses Etats voisins. On prend alors principalement en compte les stocks d’or et d’argent car n’étant pas périssables. Il s’agira donc pour un pays de vendre cher et d’acheter bon marché. En ce sens, le commerce étranger constitue pour un Etat le meilleur moyen de se procurer des biens et de s’enrichir en vendant plus qu’il n’achète à des pays producteurs de métaux précieux. On favorise les exportations tout en limitant les importations aux matières premières à bas prix. Les échanges sont donc réduits, ce qui permet de dire que cette optique va complètement à l’encontre de l’économie mondiale dynamique. Le monde ne dispose que d’une quantité limitée de ressources ce qui implique qu’un Etat ne peut s’enrichir qu’au détriment des autres. Une pensée de J. Locke, mercantiliste anglais du dix-septième siècle résume assez bien cette façon de voir :

« La richesse ne consiste pas à avoir plus d’or et d’argent mais à en avoir plus que le reste du monde ». Cette conception à duré plus de deux siècles.

La conception Classique est ensuite apparue avec comme idée générale que la prospérité d’un Etat peut aller de pair avec celles des autres Etats. On doit la première théorie du commerce international à Adam Smith et David Ricardo. A la base de cette théorie, le commerce international peut accroître la satisfaction des individus. Si l’on fait en sorte que les exportations soient égales aux importations, il n’y a pas accroissement des valeurs d’échange ce qui implique un enrichissement mutuel des deux parties en relation. Ici, la finalité du commerce international n’est donc pas l’accumulation d’or et d’argent puisqu’ils ne sont, pour les classiques, que des moyens d’échange (une monnaie). Toujours selon les classiques, le commerce international n’est que l’extension du commerce régional. Le seul but réside en la satisfaction des agents. La différence entre commerce international et national, c’est qu’il y a, au niveau national, une mobilité parfaite des produits et facteurs de production (le capital et le travail) au sein du pays, alors que le marché international se caractérise par la mobilité des produits à l’extérieur des frontières mais pas des facteurs de production. Pour les classiques,

« La nation est un espace défini par une frontière que les facteurs de production ne peuvent franchir ».

Un courant qui se baptisera Néoclassique sera alors en désaccord avec les classiques sur ce dernier point puisque ces néoclassiques, s’ils constatent la mobilité des facteurs de production sur le marché intérieur, la contestent et l’estiment imparfaite. Ils constatent d’autre part, une mobilité des facteurs de production d’un pays à l’autre donc sur le marché international. Selon eux, la différence entre relations nationales et internationales réside essentiellement dans le fait que la monnaie est différente d’un pays à l’autre.

Les néoclassiques sont toutefois en accord avec les classiques quand ils disent que le commerce international est avantageux pour un pays si ses exportations lui permettent d’importer des biens qui auraient exigés, s’il les avait produits lui-même, une plus grande dépense en facteurs de production que n’en ont exigés les produits exportés. On favorise ici les importations car elles permettent d’augmenter les capacités d’exportation. Comme, dans ces conditions, on ne peut importer qu’en exportant, on débouche sur la théorie fondamentale qu’un pays doit se spécialiser dans la production d’un bien pour lequel il possède un avantage à la production. Apparaît ainsi la politique de libre échange qui consiste à dire que tout pays doit se spécialiser et participer à l’échange international en exportant ses produits et en important ceux qu’il a renoncés à produire.

C’est cette philosophie générale qui constitue la clef de voûte de la théorie de l’échange international. Cependant, cette théorie de la spécialisation remodèle toute l’économie d’un pays, elle dynamise le secteur exportateur bien souvent au détriment des autres secteurs. Ces échanges peuvent être à l’origine de tensions intérieures car certains agents vont subir l’ouverture à l’échange alors que d’autres vont en profiter. Apparaissent alors des problèmes tels que la concurrence internationale pouvant amener un Etat à intervenir pour préserver la production nationale dans certains pays (ce qui va à l’encontre de la pensée néoclassique pure). Les politiques commerciales sont alors à mettre en oeuvre, la nécessité de structurer les échanges donne naissance à la création d’instances internationales (F.M.I., O.C.D.E.) pour harmoniser la croissance nationale au sein de l’économie mondiale. Le champ d’analyse de l’économie internationale s’élargit dorénavant par l’introduction des phénomènes de croissance et de développement, de structure des échanges mondiaux.

Lire le mémoire complet ==> (Tourisme et Développement Régional)
Proposition d’une stratégie de spécialisation infra-régionale adaptée aux spécificités des petites économies isolées.