Discours et position de l’Amucss, arène Remesas et développement 

By 9 April 2012

1.2 – Discours et position de l’Amucss dans l’arène « Remesas et développement »

Pour nous aider à cerner la position de l’Amucss, nous nous appuierons principalement sur les travaux de Annabelle Sulmont, anthropologue et salariée de l’Amucss depuis 2007.

A l’heure actuelle les transferts de fonds sont surtout une manne financière pour les opérateurs privés qui réalisent ces transactions. Jusqu’à ce que le débat arrive sur la scène internationale, des situations de quasi monopole permettaient à des sociétés tels que Western Union, de réaliser des marges importantes au détriment des émigrés et de leurs familles. C’est sur ce constat que les acteurs de la microfinance et notamment l’Amucss ont commencé à réfléchir sur les manières de se positionner à ce niveau de la transaction. Sa volonté était de proposer un service de proximité aux familles rurales et à moindre coût. C’est en 2002, que l’Amucss met en place son premier service de réception d’argent dans deux microbanques de l’Etat de Oaxaca.

Avec la mise en lumière de l’enjeu des remesas sur la scène internationale, les organisations de développement ont rapidement orienté leurs lignes de subventions. Les remesas ont eu le vent en poupe et des projets d’expérimentation ou d’études ont pu trouver des financements grâce à l’intérêt qu’ils y ont porté. En tant qu’ONG, l’Amucss recherche moins le profit que les subventions et le thème de la migration est apparu comme un nouveau positionnement pour capter des aides. Pour l’Amucss, il est nécessaire de conserver son rôle d’acteur clé de la microfinance. Son expérience lui permet aujourd’hui d’être reconnue dans son action par le gouvernement mexicain et peut ainsi influencer les décisions politiques. Lorsque les remesas questionnent et intéressent les politiques, c’est donc naturellement que l’Amucss va orienter son action dans cette direction.

Pourtant, avec la migration, des communautés, comme Totolapa, ont pu augmenter considérablement leurs richesses. Ainsi, s’adresser à des communautés transnationales correspond-il toujours au projet social de l’Amucss qui est de s’adresser aux communautés rurales vulnérables et marginalisées ?

Les deux communautés étudiées présentent des taux de migration très différents. A San Agustín Loxicha, l’IMF touche essentiellement les familles paysannes nécessiteuses de solutions de crédit. La migration présente un tel degré d’incertitude que les populations sont toujours confrontées à une grande vulnérabilité. A Totolapa, par contre, l’agence ne trouve sa justification que dans l’épargne. Elle peine à trouver une place et la population semble se passer des services financiers de l’IMF. De plus, les « pratiques financières des foyers de migrants se différencient totalement des logiques financières des foyers non migrants. En travaillant à l’adaptation des services financiers pour cette population, AMUCSS court le risque de perdre de vue sa population cible première, la population rurale la plus marginalisée. » (Sulmont, 2008) En s’intéressant aux communautés transnationales, l’Amucss a pris place dans l’arène « Remesas et développement ». Dans cette arène, les représentants des migrants sont rarement les migrants issus des communautés rurales, au contraire, « Il s’agit de migrants légaux, installés depuis des années aux Etats-Unis et organisés en HTA (*). » (Sulmont, 2008) Leur représentation de la migration correspond à une autre réalité que celle des migrants illégaux vus dans les communautés étudiées. « Ainsi, malgré le fait qu’à AMUCSS, on soit parfaitement conscient de ce décalage, il est difficile de lutter contre. Il s’agit pour l’institution d’interagir avec les interlocuteurs de la scène publique sur laquelle elle se trouve. Les projets de collaboration avec les HTA sont dirigés vers les zones rurales marginalisées. Cependant, les HTA ont une forme de mobilisation traditionnelle et auxquelles elles sont particulièrement attachées : l’investissement dans des projets locaux communautaires ou productifs. Or, la question déterminante est la suivante : comment investir l’argent des migrants de façon intelligente ? Autrement dit, quelque soit la forme d’aide dont aient besoin les zones d’attention des Microbanques, si AMUCSS désire travailler avec les partenaires du champ remesas et développement, elle devra élaborer des actions basées sur l’investissement productif.» (Sulmont, 2008)

C’est à ce niveau d’implication de l’Amucss a commandité l’étude anthropologique sur les besoins et les pratiques des populations migrantes. Dans le dossier de subventions concernant la demande de financement d’une étude pluridisciplinaire sur les populations migrantes des communautés rurales, l’Amucss explique :

« Dans la dernière décennie, le sujet des flux monétaires entre les migrants et leur communauté d’origine a été un point central dans les discussions. En 2000, la Banque InterAméricaine de développement (BID) a reconnu les remesas comme un facteur économique de développement et a pointé leur potentiel pour le financement de projets (Manuel Orozco, 2007 ; Canales y Montiel Armas, 2004 ; Reyes Morales er al. 2005 ; Lozano Ascencio, 2003 ; Moctezuma Longoria, 2002) Le « rêve d’un développement payé par les remesas » a été relayé par les principaux acteurs du développement, et aujourd’hui les remesas sont devenus le principal challenge de la migration. A un niveau institutionnel, l’importance de cette problématique traverse les unions de migrants, le gouvernement national, la société civile, les ONG, les organisations communautaires et les gouvernements municipaux et locaux. Le secteur privé a également une participation active concernant les banques commerciales, les petites entreprises de transfert d’argent… »

L’étude visait à évaluer quel était le « meilleur usage » des remesas. Pour cela, elle basait son analyse sur deux axes :
– Le développement individuel versus le développement communautaire
– Les types d’investissements réalisés et leurs impacts

Le premier s’appuie sur le constat que « les remesas ont été identifiées comme un facteur économique de développement, mais aussi comme un accroissement des inégalités sociales et politiques (Morvant, 2005) ». Le développement individuel n’entraîne pas nécessairement un développement communautaire. Par développement communautaire, on entend également l’usage collectif des transferts des migrants. Pour cela, la diaspora doit avoir un certain degré d’organisation qui dépend de facteurs historiques traditionnel de chaque région.

Le deuxième cherche à alimenter le débat sur l’impact des remesas. Le discours dominant est de considérer que les impacts passent par tout un ensemble de profits indirects, dont la consommation, l’éducation, la santé, la rénovation sont les principaux « acteurs ». Bien que l’investissement dans les projets productifs représente une part infime de ces impacts, il est considéré que les potentialités des activités productives sont importantes. Cette position justifie l’intérêt de l’étude qui se concentre sur l’utilisation des remesas, autant que sur les capacités économiques de chaque région.

L’Amucss en est encore à une phase d’étude et d’expérimentation au niveau du rôle de la microfinance pour les communautés transnationales. Elle s’interroge sur les populations migrantes autant que sur le rôle de la microfinance. L’étude anthropologique menée devait pouvoir aider à se positionner au sein du débat actuel.

(*) HTA (Home Town Association) est le nom donné aux associations de migrants constituées aux Etats-Unis et qui entreprennent des actions, des collectes envers leurs lieux d’origine au Mexique.

Après avoir vu les enjeux, au niveau institutionnel des remesas, pour l’Amucss, il est intéressant de revenir sur le « terrain » et d’apporter certaines pistes au débat. Pour cela, nous reprendrons les principaux thèmes de la discussion à savoir :

La migration peut-elle contribuer à un développement communautaire ?

L’investissement dans des projets productifs à travers les remesas est-il réalisable ? Les Institutions de microfinance ont-ils les moyens d’agir sur le développement de ces communautés ?

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée