Le capital-risque ou capital-investissement

By 9 February 2012

Capital-risque ou capital-investissement – Chapitre III :
Les petites et moyennes entreprises sont devenues une composante essentielle de notre tissu économique. Mais celles-ci ont toujours eu du mal à s’insérer dans le système financier classique, ce qui les conduit souvent à souffrir d’une sous-capitalisation qui a été mise en relief à plusieurs reprises.

Afin d’assurer le développement de ces entreprises, de nouvelles formes de financement ont été progressivement mises en place. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’apparition et la croissance du capital-risque qui se voudrait une réponse aux besoins de financement en fonds propres des PME, renforcés depuis 1981 par la hausse des taux d’intérêt réels.

Dans un contexte où le discours sur le capital-risque tend à laisser penser qu’il existe une offre large, on s’attachera notamment à étudier l’adéquation de celle-ci à la demande en termes quantitatifs et qualitatifs. On s’interrogera aussi sur le niveau de risque pris par les intervenants en matière de sélection des entreprises et de modalités financières d’investissement.

Dans un premier temps, nous nous attacherons à resituer historiquement le capital-risque contemporain, en rappelant les grandes lignes du modèle Américain et ses caractéristiques d’une manière générale.

Ensuite, nous présenterons le capital-risque Marocain, nous exposerons les organismes et les caractéristiques de celui-ci et ses structures juridiques et fiscales.

Enfin nous analyserons l’activité de financement de capital-risque Marocain, au niveau de leur mode de fonctionnement et à celui de leur action.

Section 1 : capital-risque :
A- Evolution du capital-risque :
Le capital-risque, tel qu’il appliqué aujourd’hui, est né aux Etats-Unis vers les années quarante (1945) avec la création de l’américain Research et développement corporation (ARD) à Boston et dont la réussite va stimuler la création d autres organismes du capital-risque au cours des années 60 et 70.le point de départ réside dans la nécessité pour les innovateurs de réunir des fonds nécessaires pour financer le lancement de nouveaux produits, fruits de leurs recherches.

Le capital-risque a révélé le potentiel des PME et leur capacité à innover, à se développer et à s’imposer face à des grandes firmes surtout pendant la période antérieure à 1969.Mais entre les deux crises pétrolières, le capital-risque a connu un recul  sensible qu’il faut attribuer, d’abord aux problèmes économiques dus à la récession et ensuite, à un changement défavorable de la fiscalité qui est un facteur essentiel dans le développement de cette technique.

Il faut cependant attendre le train de mesures fiscales libérales de 1978, comme la réduction de l’imposition des plus-values et l’assouplissement des règles de gestion des caisses de retraite, pour assister au vrai décollage du capital-risque de 1979 à 1983, le développement a été multiplié par six pour dépasser les deux milliards de dollars, c’est à partir de cette date que les milieux d’affaires dans le monde se sont tournés vers le modèle américain.

Aujourd’hui, le capital-risque se développe avec une grande vitesse et son marché commence à s’internationaliser, sa pratique se propage de plus en plus dans d’autre pays, son rôle aujourd’hui n’est pas à ignorer en plus de ses rendements financiers, il joue un rôle important dans le renouvellement des tissus industriels et dans leur développements pour les rendre plus compétitifs par la création, le développement et la sauvegarde des entreprises, et par là il joue aussi un grand rôle dans la création de l’emploi.

B- Définition et caractéristiques du capital-risque :
1/ Qu’est-ce qu’un capital-risque ?
On peut trouver différentes définitions qui proviennent de différents auteurs qui essaient d’adapter le capital-risque aux besoins en capital des PME de leur économie. Mais dans un sens large, le capital-risque désigne un mode de financement, à long ou moyen terme, qui repose sur des apports en fonds propres ou quasi-fonds propres et des compétences techniques et stratégiques à des PME/PMI non cotées, performantes et disposant de perspectives de développement certaines, mais handicapées par l’insuffisance de leur capitaux.

Le capital-risque est une activité financière consistant pour un investisseur à entrer au capital des sociétés qui ont besoin de capitaux propres, c’est un mécanisme de financement qui consiste à participer dans le capital d’une entreprise pour financer son cycle de croissance, il joue un rôle majeur dans l’économie et il représente un soutien fondamental de l’entreprise non cotée tout au long de son existence en contribuant directement à sa création, à la promotion de l’innovation et de nouvelles technologies, à sa croissance, à l’emploi et au renouvellement du tissu économique.

Le but de ce mode de financement est de procurer aux PME non cotées des ressources stables et durables afin de réaliser leurs stratégies au cours des différents stades de leur vie, sans alourdir leur compte d’exploitation en charges financières, ni hypothéquer leur avenir. Contrairement aux crédits bancaires traditionnels, le capital risque ne nécessite pas de garanties réelles, ni de la part des promoteurs, ni de la part de leurs entreprises. La seule garantie est la « mise » sur les compétences des promoteurs et de leurs équipes. Les risques encourus sont compensés par des perspectives de plus-values, plus ou moins élevées, réalisées à terme, lors de la cession des titres de participations.

2/ Les caractéristiques du capital-risque : 
Le capital-risque a des particularités spécifiques le distinguent de tout autre mode de financement des entreprises et qui peuvent être résumées comme suit :

–         le capital-risque s’adresse à des PME, en création, en développement, en transmission ou en redressement et qui ne sont pas cotées en bourse. Mais qui ont de fortes perspectives pour l’être ou qui peuvent avoir d’autres possibilités de cession aussi importantes.

–         Au départ, l’investissement au capital-risque se fait en fonds propres, c’est-à-dire par des prises de participation dans le capital social des entreprises en cours de création ou dans l’augmentation du capital social des entreprises déjà existantes. Mais aujourd’hui ces interventions peuvent aussi avoir d’autres  formes en quasi-fonds propres ou par des apports en compte courant des associes (CCA).

–         Absence de garantie : aucune garantie n’est exigée (ni du chef de l’entreprise, ni de  l’entreprise elle-même). Le capital-risque vise généralement les projets qui ont de bonnes perspectives de profit, une valorisation du capital, une mobilisation du dit capital, un esprit de partenariat et d’association et enfin un professionnalisme des promoteurs. « toutes ces condition représentent pour les organismes du capital-risque les principales garanties ».

–         L’allégement de la charge financière des entreprises : dans l’investissement en capital-risque, il s’agit d’un apport en fonds propres ou quasi-fonds-propres et non d’un emprunt normal. L’entreprise ne supporte donc aucune charge du remboursement ce qui lui permet d’utiliser la totalité de son autofinancement pour réaliser sa

stratégie de développement et lors d’un financement par quasi-fonds- propres  même en cas des prêts  participatifs, la charge financière est moins coûteuse et le remboursement est moins élevé.

–         L’investissement en capital-risque ne consiste pas uniquement en une injection des ressources financières dans une PME mais dans un apport de compétences nécessaires à son établissement ou à son développement dans tous les stades de sa vie.

–         L’importance de l’élément humain : pour PRATT, les cinq facteurs de réussite de « venture capitalist » sont : « du management, du management, encore, du management, un créneau et un produit ».

Dans un investissement en capital-risque, l’évaluation des projets est centrée d’abord sur la qualité, l’expérience et la compétence des dirigeants des entreprises et non sur l’évaluation classique basée sur les structures financières et la disponibilité des garanties.

–    L’engagement limité des investisseurs : les investisseurs en capital-risque sont généralement minoritaires surtout en France ou les interventions sont toujours inférieurs à 50 % et sont limitées dans le temps (entre 3 à 12 ans).

–   Comme dernière caractéristique, il faut remarquer que ce qui est plus important dans la pratique du capital-risque, c’est son adaptation et sa souplesse. Il utilise des techniques qui conviennent à chaque type de cas : les instruments utilisées peuvent être et selon les cas des actions ordinaires, des actions à dividendes prioritaires, des obligations convertibles, des prêts participatifs…etc.

Le capital-risque au Maroc C- Le capital-risque au Maroc : organismes et caractéristiques :
1/ Les organismes du capital-risque au Maroc :
L’activité du capital-risque n’est qu’à ses débuts au Maroc. La première expérience à 1988 avec la création du Maghreb Développement Investissement (MADI) dont l’objectif est défavoriser la création et l’extension des PME, notamment celle des micro-projets au MAROC.

Une année plus tard (1989) et dans le cadre du troisième protocole financier Maroc-UE , la banque Européenne d’investissement (BEI) amis en place une ligne (BEI) de capital-risque au Maroc, dont la mise en œuvre est confiée à l’ensemble du système bancaire et financier marocain. Dans le cadre du quatrième protocole, une deuxième ligne (BEI) de financement sur capitaux-risques a été mise en place depuis avril 1994.

A noter que dans le but de développer le capital-risque au Maroc, la SPPP (société de participation et de promotion du partenariat) baptisée “MOUSSAHAMA” a été créée en 1990 avec l’assistance de la (BEI), cinq banques Marocaines et des investisseurs privés.

Depuis 1999, les sociétés de capital-risque se sont multipliées et on en dénombre aujourd’hui une quinzaine. Ces professionnels se sont réunis en 2000 autour d’une association : L’AMIC (association marocaine des capital risqueurs) parmi les principaux intervenants du secteur, on peut citer MOUSSAHAMA, CFG, group capital, Invest (groupe BMCE BANK).

A noter que tous ces fonds investissent essentiellement dans des sociétés existant déjà et voulant se développer. Ils ont donc principalement des activités de capital-développement, l’activité de capital-risque restant vraiment marginale.

D’autres organismes du capital-risque sont crées par des organismes étrangers, c’est le cas de la société de promotion et de participation pour la coopération économique (PROPARCO), société financière et filiale de la caisse française de développement qui est autorisée à intervenir en capital-risque au Maroc. Et dernièrement un fonds de capital-risque, baptisé Euratlas a été crée et localisé dans la zone off-shore de tanger.

2- Les caractéristiques du capital-risque au Maroc :

  • Au niveau du cadre institutionnel et structurel :

A l’exception des crédits à certains promoteurs on peut remarquer les caractéristiques suivantes liées au capital-risque marocain :

-L’absence d’un cadre juridique et fiscal spécifique à l’activité du capital-risque. Or, une incitation fiscale par une réduction de l’imposition sur les plus-values et sur les dividendes peut jouer un rôle important dans le développement de cette activité au Maroc.

-La non intervention des pouvoirs publics, pourtant l’aide publique est nécessaire pour une jeune activité comme celle du capital-risque.

-La prédominance des banques-en effet, dans le capital de tous les organismes du capital-risque on trouve la présence d’où moins d’une banque. C’est le cas par exemple de la BCP qui a des participations dans MADI, ou celui de la BMCE, la BCP, crédit du Maroc.

-On remarque aussi la présence du capital-étranger à travers les différentes lignes du capital-risque de la BEI, PROPAPCO, MADI et dernièrement l’intervention de SIPAREX (l’un des plus important organismes du capital-risque en France) dans la création d’un fonds du capital-risque EURATLAS situé dans la zone OFF SHORE de Tanger, avec la participation de WAFA investissement.

  • Au niveau de l’activité :

– Pour la collecte des dossiers, on remarque que les organismes du capital-risque au Maroc ne pratiquent ni la stratégie dite « PUSH » ni la stratégie « PULL » ni celle dite « prospecte ». Se sont les  quelques promoteurs, informés de l’existence de cette technique au Maroc, qui font les premiers contacts. Ainsi on remarque  chez les organismes du capital-risque l’absence d’une stratégie d’information et de vulgarisation concernant leur activité, ignorée jusqu’à nos jours par la plupart des entreprises et des porteurs de projets Marocains.

– Quelque soit la stratégie adaptée, pour entrer en contacte avec les promoteurs un organisme du capital-risque au Maroc ne reçoit qu’une faible quantité de dossiers avec une faible moyenne annuelle de quarante dossiers, (aux USA ou en France cette moyenne varie entre 450 et 500 dossiers par an) et sur ces dossiers se sont seulement deux à trois projets qui passent le dernier filtrage pour être financés.

– Contrairement à ce qui passe aux USA ou en France, au Maroc, le choix du secteur d’activité n’a pas d’importance et les organismes du capital-risque peuvent intervenir dans tous les secteurs à condition que le projet soit viable et l’équipe porteuse du projet soit compétente.

– En ce qui concerne la répartition spatiale de l’activité du capital-risque au Maroc, on remarque une concentration géographique dans la zone de Rabat et celle de Casablanca.

– Pour l’évaluation des dossiers, l’étude se fait cas par cas, du fait de l’absence d’un modèle général spécifique à l’activité du capital-risque.

– Les prises de participations sont en général minoritaires avec des taux inférieurs à 50% du capital de l’entreprise, et ceux pour sauvegarder d’autonomie de l’entreprise et encourager les entrepreneurs à ouvrir leur capital.

– Les montants investis varient d’un organisme du capital-risque à un autre, d’un projet à l’autre et d’une phase d’intervention  à l’autre.

– Après investissement, le venture capitalist au Maroc suit la réalisation du programme d’investissement à partir des « tableaux de bord » fournis par l’entreprise, donc la stratégie de suivie est limitée à une stratégie dite « hands off ».

– En ce qui concerne l’étape d’intervention, on remarque une domination, jusqu’ici, du capital création (START UP), la plupart des interventions des organismes du capital-risque sont des créations et un faible pourcentage des interventions dans le capital développement.

Malgré les limites actuelles, la faiblesse des interventions des organismes capital-risque et l’absence d’une diversification des interventions du capital-risque, ce dernier présente de bonnes perspectives d’avenir et répond à un grand besoin.
Chapitre III : capital-risque ou capital-investissement
PARTIE II : Relation Banque – Entreprise

Lire le mémoire complet ==> (Banque – entreprise : pour quels types de relations ?)
Mémoire de fin d’études – Relations Banque-Entreprise
– Structure et organisation du système bancaire Marocain