Système de santé et l’allaitement maternel

By 20 April 2011

E) FACTEURS LIÉS AU SYSTÈME DE SANTÉ :

La majorité des mères ne reçoivent pas d’informations au sujet de l’allaitement maternel en premier lieu de la part du système de santé, ni ne recourent en premier lieu au système de santé en cas de problème d’allaitement (Kuan 1999).

Certaines mères interrogées dans le cadre d’une enquête visant à explorer leur comportement d’allaitement 4 à 5 mois après la naissance (Peters 2005) ont rapporté qu’à l’hôpital, lorsque les tentatives d’allaitement n’avaient pas été positives endéans une courte période de temps, il était arrivé que des médicaments pour arrêter l’allaitement aient été donnés trop rapidement, qu’on leur avait conseillé de donner des compléments nutritionnels, ou encore que l’enfant avait reçu du glucose sans qu’elles aient reçu aucune explication.

Ces observations interrogent à la fois les pratiques en maternité et le soutien des professionnels de santé.

Pratique des soins mère-enfant

Il est encore fréquent que des nouveau-nés même bien portants soient séparés de leur mère à la naissance pour des soins de routine ou une surveillance (Anaes 2002).

Les études portant sur l’efficacité du contact précoce sur la durée de l’allaitement montrent des résultats hétérogènes. Il ne semble pas facile de séparer les effets du contact précoce avec la mère et ceux de la mise au sein précoce. Guise et al., dans une méta-analyse, ont trouvé qu’il n’y avait pas d’association entre le contact maternel précoce et l’initiation de l’allaitement (Guise 2003).
La mise au sein précoce après l’accouchement a été soulignée comme bénéfique sur la durée d’allaitement (Branger 1998, Peters 2005). Il n’y a cependant pas de preuve permettant d’affirmer que l’allaitement sera compromis si la mise au sein n’a pas lieu immédiatement après l’accouchement, d’autant plus qu’il a été montré que les bébés présentent une variété de comportements et ne sont pas tous prêts à téter au même moment (Anaes 2002). L’étude prospective de Labarère, menée auprès de 353 femmes, a toutefois identifié la mise au sein différée comme un des facteurs de risque de sevrage plus précoce.
Le fait de recommander certaines pratiques comme l’allaitement à horaires fixes et l’utilisation d’une tétine ou d’une sucette est non favorable à la poursuite de l’allaitement. En effet, ces facteurs sont associés à une réduction de la durée de l’allaitement maternel. Par contre promouvoir un allaitement fréquent a une influence positive sur la durée de l’allaitement (Peters 2005).

Connaissances et pratiques des médecins

Les recommandations des experts concernant l’allaitement maternel semblent méconnues de bon nombre de soignants responsables du suivi médical des futures ou jeunes mères et des nourrissons. De même, les connaissances médicales des médecins sur le sujet sont insuffisantes.

L’efficacité du soutien des professionnels sur les taux d’allaitement est claire au moins durant les 2 premiers mois (Sikorski 2003).

soins mère-enfant Les mères rapportent un manque d’encouragements individualisés de la part de leur médecin dans la période qui suit directement la sortie de l’hôpital (Labarère 2005), ou bien elles reçoivent un soutien qui n’est pas toujours positif étant donné les connaissances obsolètes des soignants et leur manque d’intérêt concernant l’allaitement maternel (Ekström 2003). De plus les propres expériences des soignants peuvent être à l’origine de messages et d’informations contradictoires, notamment s’il s’agit de femmes ayant allaité dans les années 60’-70’ et en fonction de l’aide qu’elles auraient ou n’auraient pas reçue.

Une enquête menée en Allemagne (Peters 2005) a montré que parmi les mères interviewées (n=52), toutes à l’exception d’une avaient été suivies par un gynécologue dès le premier trimestre de grossesse. Elles avaient eu, en moyenne, 12 consultations de suivi. 83% des gynécologues n’avaient jamais abordé le thème de l’allaitement et 81% n’avaient jamais examiné leurs seins. Il n’y avait cependant pas d’association significative avec la durée de l’allaitement.

Les cliniciens (obstétriciens et pédiatres) manquent de confiance en leurs compétences à soutenir l’allaitement maternel. Ils ont peu de pratique et sont sceptiques quant aux bénéfices de l’allaitement maternel par rapport au lait artificiel (Taveras 2004).

Le manque de temps durant les consultations préventives pour aborder les problèmes liés à l’allaitement est selon les soignants une barrière très importante à la promotion de l’allaitement (67% des obstétriciens et 48% des pédiatres) (Taveras 2004). Concernant leur pratique, les obstétriciens n’ont pas confiance dans leur capacité à résoudre les problèmes avec les mères qui ne produisent pas suffisamment de lait (55%) tandis que les soignants en pédiatrie ne sont pas confiants dans leur capacité à résoudre les difficultés liées à la douleur, la tension mammaire ou les crevasses (67%).
Les mères dont le pédiatre avait recommandé une supplémentation pour raison de prise de poids trop faible du bébé ou considérait les conseils aux mères au sujet de la durée de l’allaitement comme n’étant pas très importants, étaient plus enclines à avoir arrêté l’allaitement exclusif à 12 semaines.

Taveras et al. (2004), dans une étude de cohorte prospective (n=288), ont également identifié la recommandation de suppléments par les soignants comme un prédicteur significatif de ne pas allaiter le bébé exclusivement à 12 semaines.

Lire le mémoire complet ==> (Facteurs de l’abandon de l’allaitement maternel)
Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’Etat (INFIRMIERS POLYVALENTS)
Ministère de la santé – Maroc – IFCS Beni Mellal