Réforme du fonds monétaire international FMI : Banques centrales

By 17 March 2011

3. L’impulsion par le changement institutionnel

L’ambition de cette partie est d’établir le besoin de gouvernance du Système Financier International, qui doit être approfondie et couplée à une transformation du rôle et du statut des institutions financières.

La récurrence des crises financières, en des temps et des espaces variés, oblige à dresser un double constat: d’une part l’inefficacité partielle des instances chargées de la stabilité financière, et d’autre part la difficulté à comprendre et donc prévoir les crises financières. La multitude d’acteurs et de pays impliqués dans le Système Financier International établit, selon Aglietta & Berrebi (2007, p.386), une « coresponsabilité » dans les failles de la finance internationale, mais également du Système Monétaire International (comme nous le verrons dans la Partie II). Il n’en reste pas moins que les grandes institutions financières ont leur part de responsabilité ; nous avons déjà observé comment réformer les acteurs non-institutionnels, voyons maintenant comment impulser un changement institutionnel. Nous verrons en premier lieu pourquoi et comment réformer le FMI (1), puis la nécessité de revoir le rôle des banques centrales (2).

A. Réformer le fonds monétaire international (FMI)

L’efficacité du FMI (institution provenant de Bretton-Woods) a été mise en doute avec les crises financières à répétition des années 1980 et 1990. Le G7 (relayé depuis par le G20), s’est donc donné l’objectif de construire une NAFI. Or selon Aglietta & Berrebi (2007), ce projet s’est révélé être un échec, sur les quatre points d’action collective du départ: « renforcer la robustesse de l’endettement, munir les marchés des capitaux d’un prêteur en dernier ressort international (PDRI), promouvoir des dispositifs de résolution des crises de solvabilité, rendre plus efficaces les actions spécifiques en faveur des pays les moins avancés ».

Au delà de la remise en cause de l’action du FMI (dont le bilan peut être positivé), c’est la gouvernance globale face au Système Financier International qui est en jeu. En effet, la crise relance le débat de la coopération internationale en vue de trouver des solutions coordonnées. La question du leadership est également cruciale: la fin du « semi étalon-dollar » (le SMI actuel) suppose l’émergence d’une puissance monétaire, ou d’un ensemble cohérent de puissances (polycentrisme monétaire): nous développerons cela dans la Partie II. L’échec de l’adaptation du FMI aux changements de l’économie mondiale indique un échec de facto de la construction d’une NAFI, et plus largement une faille dans la gouvernance globale24. Dès lors, quelles sont les pistes de réforme possibles pour le FMI ?

24 Pour approfondir le concept de NAFI, et plus généralement l’Economie Politique Internationale (EPI), voir Kébabdjian (2002) et Berthaud & Kébabdjian (2006).

Le rôle principal du FMI est la prévention des déséquilibres macroéconomiques. Pour cela, le FMI doit entamer des transformations dans sa gouvernance. Selon Aglietta (2010, p. 79), malgré le poids économique de la zone euro, celle-ci n’a pas de représentant unique au FMI: chaque État membre de la zone parle en son nom, de manière désordonnée. Ainsi, les États européens disposent de droit de votes obsolètes et l’Euro, lui, n’a pas de porte-parole. Il est impératif qu’un leadership politique émerge de la zone euro, c’est même une « condition sine qua non » de la nouvelle gouvernance du FMI, notamment pour la collaboration avec la Banque Centrale Européenne (BCE), afin d’assurer la stabilité financière internationale. Une fusion des droits de vote européens en augmenterait la poids politique et permettrait de dégager des quotas disponibles pour les pays émergents. Il convient également d’abroger le droit de veto de chaque membre. Selon l’auteur, « le Comité exécutif devrait être transformé en un Conseil politique, comptant des représentants mandatés par leur gouvernement ». Plus anecdotique, le directeur du FMI devrait être choisi de manière démocratique, et pas uniquement par les Etats-Unis et l’UE à tour de rôle.

Au delà des questions de représentation, les actions du FMI doivent innover. Ainsi le rôle des Droits de Tirages Spéciaux (DTS) doit être renforcé afin de remplir la fonction de PDRI, et d’assurer la stabilité financière et monétaire internationale. L’ action du FMI est remise en cause, notamment par les gouvernements: celle-ci serait l’« expression brutale des intérêts financiers du monde occidental » (Mistral J., 2009). Pour l’auteur, la cause serait le manque de mesure discrétionnaire, car la majorité des actions sont décidées unilatéralement: « one size fits all ». Le FMI doit donc réformer ses analyses et adapter son action et ses recommandations aux situations et aux pays en question. Par ailleurs, une étude de l’organisation « Bretton Woods Project »25 démontre également la nécessaire réforme du FMI et préconise, dans une lettre ouverte, de « mettre un terme aux inégalités dans le processus décisionnel,[…] d’ouvrir le processus de sélection des dirigeants, […][et de] rendre les instances de sélection transparentes ». (BWP, 2006).

25 Le Bretton Woods Project regroupe 7000 ONG, journalistes, écrivains, économistes et parlementaires du monde entier.

Le FMI, nous l’avons vu, doit subir des changements afin de mener à bien ses missions principales (stabilité financière, stabilité macroéconomique internationale), mais également en vue de s’adapter aux changements structurels qui pourront advenir dans le Système Monétaire et Financier International. En dehors du FMI, il est envisageable de réformer le cadre institutionnel, notamment par une révision du rôle des banques centrales.

B. Rôle des banques centrales: comment le réformer ?

Les banques centrales ont joué un rôle important lors de la crise financière, en particulier la BCE et la Fed (Federal Reserve System). Celles-ci ont permis d’éviter la pénurie en injectant des liquidités et en achetant des actifs toxiques afin d’épurer le marché. Cette fonction de prêteur en dernier ressort (PDR) est essentielle mais insuffisante. Plus largement, les banques centrales ont intérêt à revoir leur mode de fonctionnement, et notamment la hiérarchie de leurs objectifs et le risque d’amplification des phases de bulle spéculative.

Selon Castel & Plihon (2009, p. 236), les banques centrales ne doivent pas se contenter de la surveillance de l’inflation, mais également surveiller le prix des actifs financiers, afin de détecter les phases d’euphorie. Les autorités monétaires négligent trop souvent cet aspect, arguant qu’elles ne maitrisent pas aussi bien l’information que le marché, supposé efficient. Or la crise a montré que le refus des banquiers centraux ne tient pas face aux pertes considérables induites par la crise financière. Ainsi, les auteurs démontrent qu’il ne faut plus cloisonner politique monétaire et politique prudentielle. Les banques centrales doivent coordonner leurs pratiques avec les autorités de régulation. Ainsi, un ancien gouverneur de la Banque de France (BdF) préconisait récemment un système prudentiel coordonné au niveau européen, mais également des mécanismes de surveillance et d’alerte gérés conjointement par la BdF et la BCE (Castel & Plihon, 2009, p. 237). Les institutions financières sont tenus de s’adapter aux contextes sans cesse changeant ; les banquiers centraux « conservateurs » doivent se transformer en banquiers centraux dont la priorité serait la stabilité financière.

Banques centralesPar ailleurs, le rôle du PDR est discutable. L’interventionnisme des banques centrales lors des situations d’illiquidité est justifiée, mais elle comporte trois principaux biais:

Un premier biais est celui de l’aléa moral, puisque l’injection in fine de liquidités par les banques centrales incite à la prise de risque. Cela peut amener des spéculateurs à être moins vigilants sur leurs prises de positions financières. Par ailleurs, la fonction d’acheteur d’actifs en dernier ressort, lors de la dernière crise, peut introduire un certain laxisme (puisque les toxiques sont rachetés par la banque centrale, en dernier recourt). Deux réformes sont possibles: d’une part « un refinancement individualisé par groupe bancaire », afin de rendre moins anonyme le refinancement des banques auprès de la BCE, et d’autre part une obligation de réserves obligatoires plus exigeante, notamment par une diversification des contreparties.

Le taux d’intérêt directeur des banques centrales a une double fonction, ce qui peut être ambivalent. Selon Adda (2010), le taux d’intérêt régule à la fois le niveau d’activité et le coût du refinancement et donc des actifs financiers. Or les objectifs sont contraires: s’il est nécessaire de maintenir des taux d’intérêts faibles afin de relancer l’activité, cela provoque une inflation des prix des actifs sans rapport avec les fondamentaux de l’économie. La réduction des taux directeurs en vue de soutenir l’activité a donc un « biais expansionniste ». Une solution serait d’intégrer la maitrise de l’inflation financière dans les objectifs des banques centrales. Une autre consisterait en un dédoublement de la politique monétaire, en ajoutant à la gestion du taux directeur l’utilisation de la « détente quantitative »26, qui assurent la liquidité par un rachat des titres: le taux directeur à la politique monétaire, et la détente quantitative à la politique prudentielle.

26 La détente quantitative se décline en une version active, qui consiste en un rachat par la BCE des titres sur le marché obligataire, et une version passive, qui propose des prêts aux banques à taux fixe sur longue période (1 ans).

Enfin, la fonction de PDR peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives, par la fourniture trop facile et trop importante de liquidités. Adda précise qu’il peut y avoir un lien entre la rapide reprise des bourses occidentales (et en particulier l’inflation des principaux cours, et les indices boursiers qui ont retrouvé leur niveau d’avant-crise) et les apports de liquidités de la BCE. La réforme consiste à réguler les apports de liquidités, à et inciter les banques centrales à évaluer le risque en permanence, afin de ne pas se laisser prendre de court.

De ces analyses, il ressort que les banques centrales ont un rôle primordial dans la stabilité du Système Financier International. Cela étant, elles doivent apprendre à mieux comprendre et gérer le risque, réguler et évaluer les apports de liquidités dans leur fonction de PDR, et veiller à coordonner politique monétaire et politique prudentielle.

Ces changements institutionnels complètent les autres pistes de réforme établies au cours de cette Partie I. Nous avons vu les réformes nécessaires dans le secteur bancaire (et notamment la réglementation prudentielle), qui sont un premier pas vers la stabilisation du Système Financier International (1). A cela s’ajoute les règles nouvelles qu’ils convient d’instaurer, comme les bonus des traders, les agences de notation… Ensuite, la sous-partie 2 a montré comment construire la stabilité du Système Financier International. Cela passe par un encadrement de la titrisation, par une incitation au long-termisme, par une réglementation des hedge funds, et enfin par une remise en question de la libre-circulation des capitaux (Taxe Tobin) tout en régulant les paradis fiscaux. Au cours de ce 3, nous avons vu qu’elles étaient les évolutions nécessaires afin d’impulser un changement institutionnel. La stabilité du Système Financier International nécessite un cadre strict et évolutif, afin de rendre les réformes possibles et pérennes. En effet, aucune tentative de régulation ne pourra se faire sans l’aide et la coordination des grandes institutions de la finance internationale (FMI, banques centrales).

Il convient désormais d’établir, dans la partie II de ce mémoire, quelles sont les pistes de réforme du Système Monétaire International (même si la dichotomie entre Monétaire et Financier est parfois floue puisque les réformes sont complémentaires). Les réformes portent sur les monnaies et leurs interrelations, et notamment les déséquilibres macroéconomiques liés aux statuts des monnaies, ainsi que l’ensemble des problématiques liées au dollar.

I. REFORMER LE SYSTEME FINANCIER INTERNATIONAL

Lire le mémoire complet ==> (Réforme du système monétaire et financier depuis la crise financière)
Mémoire de Master 1 Economie internationale et globalisation (EIG)
Université Pierre – Mendès-France Grenoble – Master 1