Incidence de la crise financière sur le Niger

By 19 February 2011

Incidence de la crise sur le Niger
Comme le Maroc, le Niger ainsi que les autres pays de la zone franc n’ont pas été touchés directement par la crise financière mais indirectement.

En effet tous les pays de la Zone Franc sont protégés par le caractère plus « archaïque » de leur système bancaire. Car leurs économies sont  moins bancarisées que celles même du Nord et du Sud de l’Afrique et aussi le poids des grandes banques anglo-saxonnes  y est très faible[1].

Mais l’effet indirect s’est manifesté à travers deux axes principaux :

Ø  la baisse du prix des minerais : a eu des conséquences néfastes sur les recettes  d’exportations du Niger avec la baisse du prix de l’uranium dont la livre est passée de 140 à 53 dollar entre juin 2008 et janvier 2009 soit une baisse de 60%.  Malgré l’augmentation de la production avec la signature du  contrat d’exploitation du nouveau gisement, le Niger ne pourra   pas compenser les pertes de prix ;

Ø  ensuite il y’a la question de l’aide et les transferts des émigrants : L’aide représente environ 40 % du budget de l’État, et nous savons bien que les bailleurs s’emploieront à régler leurs propres problèmes plutôt que d’envoyer de l’aide à l’extérieur.

Ainsi cette crise a mis fin à la  croissance record de cette dernière décennie. Le FMI table sur une croissance du PIB de 3 % pour le Niger en 2009, loin des 9,5 % de 2008 et une probable croissance en fin 2010 et début 2011. (Voir le graphique suivant)

Taux de croissance de PIB en volume et PIB par habitant

Taux de croissance de PIB en volume et PIB par habitant

Source : données de la statistique nationale et du FMI

Cependant cette crise va déboucher à une crise alimentaire. Ceci s’explique par une large flambée des prix des denrées alimentaires de première nécessité (blé, maïs, riz, lait, pâtes…). Aussi les spéculation, les désorganisation des filières de production…, les raisons sont nombreuses. Elles aboutissent à une situation alimentaire de plus en plus critique pour de nombreuses populations défavorisées. Des émeutes de la faim, parfois violentes et mortelles, ont éclaté à travers le pays.

IIIVoie de sortie de crise

Notons  tout d’abord, en générale  les marges de manœuvre des pays africains sont très retreintes. C’est pourquoi les mesures prises pour endiguer la crise ont été aussi restreintes.

Néanmoins en vue de la sortie de la crise, le Niger a injecté des liquidités dans le système bancaire et dans les entreprises via sa Banque centrale. La BCEAO a en effet injecté les liquidités, sur une base hebdomadaire, sur le marché monétaire régional. Aussi le pays a pris des mesures spécifiques pour recapitaliser ses banques nationales.

Egalement le Niger a versé dans le budget l’intégralité des revenus miniers, soit 300 millions de dollars en 2009. Sur un budget de 735 milliards de F CFA, il a investi 475 milliards, notamment dans les mines et les infrastructures : Tous les revenus des mines sont réinvestis. Ensuite des subventions et des ventes à prix  modérés des produits alimentaires ont permis d’atténué les effets de la crise.

Toute fois Niger, ainsi que beaucoup d’autres pays africains espèrent que, les bailleurs de fonds tiendront à leurs promesses d’aide au développement, même si ceci n’est pas garanti. Car un  chercheur américain qui a fait une étude révélatrice à une situation similaire en se posant la question : qu’est-ce qui s’est passé avec les trois pays nordiques qui ont connu une crise financière pendant les années 1990, c’est-à-dire la Norvège, la Suède et la Finlande ? Ce sont ces 3 pays qui ont connu une crise financière très sérieuse pendant les années 1990. Alors l’aide au développement provenant de ces pays a diminué de 10% à 17% au lendemain de leur crise.

CONCLUSION GENERALE

La vérité sur le capitalisme financier est là, toute nue. Un système qui veut assurer 15 ou 20 % par an de rentabilité aux actionnaires est mortifère. Et un système qui prétend se passer de toute régulation publique, en confiant la planète à la loi du marché, est un système dément.

Cependant, La rationalité du capitalisme commence quand la crise est là : retour sur terre. Le capitalisme débridé et déconnecté des rentabilités de la sphère réelle, qui s’est distingué par l’importance du surendettement et par un retour sur les fonds propres dans le secteur financier, devrait laisser place à un capitalisme plus entrepreneurial.

D’où l’urgence à contrôler les mouvements de capitaux, les banques centrales et toutes les institutions financières, encadrer le crédit, taxer les transactions financières et réglementer sévèrement la titrisation et les produits dérivés.

Des mesures importantes sont alors pour la première fois à l’ordre du jour tels sur la surveillance plus sérieuse des banques, la régulation des agences de notations, des hedge funds et  des fonds d’investissements, l’encadrement des paradis fiscaux ou encore la régulation des modes de rémunération dans le secteur financier.

Les gouvernements et les banques centrales ont plus que jamais confiance que le « système bancaire est le cœur du réacteur et le dépositaire de la confiance publique » (Peyrelevade J) et qu’il faut le ramener à sa mission fondamentale de financement de l’économie. Il faut espérer que ces banques centrales ne cèderont pas à  «  la tentation inflationniste » des gouvernements qui chercheraient notamment à diminuer, par l’inflation le poids de la dette.

La crise actuelle pourrait donc inaugurer une nouvelle phase de croissance basée non pas par l’endettement mais par la richesse. Aussi, inaugurer une nouvelle phase d’innovation et de grande rupture technologique.

Reste quand même des questions que nous nous posons. Premièrement quel serait le devenir de la mondialisation? (continuité accéléré et repli protectionniste). Deuxièmement la capacité des USA et de l’occident en général à rétablir leur crédibilité et leur leadership en tant que pourvoyeur du modèle de fonctionnement de l’économie internationale et acteur décisif de l’ordre mondial. Troisièmement quelles places occuperont les pays émergents dans la décision mondiale ? Et enfin sur la permanence ou non de l’engagement mondial en faveur des pays en développement alors même que les objectifs du millénaire pour les développements (OMD) seront loin d’être atteint en 2015.

Chapitre IV : Impact sur l’économie des pays en voie de développement
Section 2 : L’impact de la crise économique sur le Niger

Lire le mémoire complet ==> (La crise financière et les défaillances réglementaires)
 

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[1] M. Lionel Zinsou, Membre du Comité exécutif de PAI paterners ( fond d’investissement francas)