Les facteurs et les mesures favorables à l’amortissement de la crise

By 17 February 2011

Les facteurs et les mesures favorables à l’amortissement de la crise (III)
Dans ce contexte de crise, le Maroc bénéficie des conditions favorables lui permettant d’amortir en 2009 les impacts de la crise mondiale.

Ce qui permet d’avancer que l’économie marocaine a fait preuve d’une résilience avérée qui démontre l’importance des progrès réalisés au cours des dernières années. Ceux-ci permettront de maintenir en 2009 un rythme de croissance au tour de 5% alors que la plupart des pays émergents perdraient de 3 à 5% de croissance. Reste à noter que la croissance du PIB hors secteur primaire se limitera à 3.9%  (le taux le plus faibles des six dernières années) .
Parmi les amortisseurs figure en premier lieu la bonne campagne agricole dont les résultats contribueront de façon notable à sécuriser le revenu et à stabiliser l’emploi en milieu rural. Ce qui aurait également un effet d’entrainement sur les autres activités non agricoles, de l’ordre d’un point de croissance.

Deuxièmement, la tendance à la modération des prix des matières premières et de l’énergie offre des marges importantes, non seulement pour réduire les tensions inflationnistes, soulagé le pouvoir d’achat des ménages et baisser les coûts de production industrielle, mais aussi pour atténuer les pressions sur les finances publiques.
Enfin la demande a continué à être soutenu par le crédit car les conditions de financement demeuraient favorables et que la relation de confiance entre l’économie réelle et financière n’a pas été altérée .
Par ailleurs, deux dispositions importantes prises par les pouvoirs publiques ont contribuées au soutient du revenu et du pouvoir d’achat : d’une part la baisse de l’IR appliquée depuis janvier 2009 et d’autre part la hausse du SMIG.
Ces éléments ont contribués de façon significative à soutenir la demande intérieure et à compenser, au moins en partie l’affaiblissement de la demande externe. Toutefois, l’économie marocaine demeure fragilisée par un certain nombre de facteurs structurels à surveiller.

IV-    Les développements potentiels futurs de la crise au Maroc et les risques à surveiller
1.    Les canaux de transmissions toujours opérants
La persistance d’une conjoncture déprimée au niveau international laisse présager que les canaux initiaux de transmission de la crise au Maroc demeureront opérants à cour terme car les perspectives de croissance des partenaires économiques du Maroc demeurent moroses. La France, l’Espagne et l’Italie anticipent un recul de 3% de leur PIB et une augmentation sensible de leur taux de chômage en 2009 et une probable hausse en 2010 (voir graphiques 10 et 11) :

Les canaux de transmissions toujours opérants

L’OMC anticipe aussi une baisse de 9% des exportations mondiales même si le G20 lors de ses réunions du 2 avril 2009 a alloué 250 milliards de dollars pour financer le commerce international et appelé  à rejeter le protectionnisme.
Dans ce contexte, les transferts MRE vont diminuer jusqu’à 10% d’après un scénario moyen de Standard and Poor’s .
Pour ce qui est du tourisme, l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) souligne des modifications probables des comportements des touristes qui privilégieraient les destinations proches, les cours séjours et les hébergements au meilleur rapport qualité/prix. Ceci laisse qu’au Maroc, malgré le probable maintien du nombre d’arrivées, le nombre de nuitées et les recettes du tourisme poursuivront leur baisse.

En ce qui concerne les IDE à destination des pays émergents, ils devraient baisser respectivement de 459,312 et 303 milliards en 2008, 2009 et 2010.Plus particulièrement pour l’Afrique, les IDE on baissés de 15% en 2009 par rapport à 2008 (FMI, Avril 2008).

2.    Les risques encourus
L’économie marocaine continue de faire face à des contraintes internes et externes. Des développements critiques pourraient concerner les réserves en devises, la dynamique économique intérieure, le marché de l’emploi et les acquis sociaux ainsi que les finances publiques :

  • risque d’assèchement des réserves en devises : les différentes prévisions, qu’elles concernent la conjoncture économique des pays partenaires, le commerce international ou encore le tourisme, concourent à l’aggravation de la détérioration de la balance des paiements et à la réduction des réserves en devises. La baisse des prix des matières premières ne permettra de limiter cette tendance qu’en partie. Aussi les réserves de change ont régressée de 11,5 milliards de Dirhams en 2008 ramenant la couverture à 6,6 mois d’importations. Donc la détérioration des réserves de change deviendrait critique si les marchés de matières premières et de l’énergie anticipaient la sortie de crise. C’est d’ailleurs le cas ces derniers temps ;
  • essoufflement probable de la dynamique intérieure : le tourisme et le transfert MRE ayant un fort effet d’entrainement, sur les différentes industries domestiques, alors une poursuite de la déprime de ces activités aurait pour conséquence l’extension du ralentissement économique au delà de ces secteurs d’activités directement liés à la conjoncture internationale. Une telle évolution freinera la dynamique de croissance interne. En particulier, le secteur des BTP et de la promotion immobilière, pourraient être touché par une baisse de la demande. C’est pourquoi la croissance de ces secteurs soutenus par les crédits bancaires à l’immobilier, se maintien à des niveaux positifs tout en enregistrant une inflexion ;
  • risque de progression du chômage et de la pauvreté : l’extension progressive du ralentissement économique à l’ensemble des secteurs d’activité accentuera les difficultés sur le marché de l’emploi. Ces difficultés pourraient être alors aggravées par de nombreux facteurs tel qu’un phénomène de retour de migrants en cas de prolongement de la crise dans les pays européens ou encore une accélération de l’exode rurale en cas de mauvaise campagne agricole en 2010 ;
  • risque de fragilisation du secteur financier : les difficultés sur le marché de l’emploi et la baisse de l’activité économique feront peser les risques importants sur la sphère financière. Des défauts de payement voire une insolvabilité, des ménages et des entreprises, pourraient conduire à une fragilisation du système bancaire  ;
  • Des finances publiques mises à l’épreuve : face aux effets de la crise, l’Etat aurait à accroitre ses dépenses pour atténuer les impacts sur le plan intérieur alors même que ses recettes fiscales seraient affectées. En fin Mars 2009, les recettes fiscales ont déjà accusé une baisse de 13,2% globalement et de 17,5% au niveau de l’IS par rapport au premier trimestre 2008 ce qui accentuera le déficit.

Nous constatons que le Maroc n’a pas été principalement touché par la crise à travers son secteur financier mais plutôt sur les autres secteurs d’activités. Les amortisseurs et les mesures ont permis  au Maroc  d’éviter le prolongement de la crise comme le cas de la Grèce, le Niger…
D’ailleurs au Niger la crise économique a entrainé une crise alimentaire en 2010.

Chapitre IV : Impact sur l’économie des pays en voie de développement
Section 1 : Le Maroc face à la crise mondiale
I- Le Maroc avant la crise
II- Epargné de la crise financière, le Maroc doit faire face à la crise économique

Lire le mémoire complet ==> (La crise financière et les défaillances réglementaires)

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1 Rapport de Bank Al-Maghrib 2009
2 Abdellatif JOUAHRI « Le Maroc face à la crise et à l’après-crise »
3 Rapport du comité des ministres des finances africains et des gouverneurs des banques centrales (impact de la crise sur les économies africaines perspectives et recommandations de l’Afrique au G20 mars 2009.
4 Au plan prudentiel et afin de renforcer les fonds propres des banques, Bank Al-Maghrib a relevé le niveau minimum du ratio de solvabilité de 8 à 10% en 2009.