Un traitement factuel des événements de 2005 : Le Progrès

By 7 June 2014

III. UN TRAITEMENT FACTUEL DES EVENEMENTS : LE PROGRES

Le traitement du Progrès, seul quotidien régional de notre corpus, se démarque fortement des autres quotidiens. Et cela parce que contrairement aux autres journaux, Le Progrès a privilégié un traitement particulièrement abondant des violences et des nuits d’affrontements. Près de la moitié de son corpus est consacrée à cette dimension des événements. Or, nous l’avons vu, cette dimension, tout de même présente dans l’ensemble des corpus, n’est que peu développée par les quotidiens nationaux. En effet, si dans les premiers jours, ils fondent leurs articles sur le récit des premiers incidents, ils se détournent rapidement de cet unique angle de traitement et privilégient des traitements plus analytiques, moins factuels. Les violences ne sont pas totalement écartées du discours des quotidiens nationaux mais n’en constituent qu’un aspect mineur. Et cela même pour Le Figaro qui consacre un peu plus de 20% à cet aspect du traitement.

La nature du traitement du Progrès n’est pas la seule dissemblance observable. La morphologie de son traitement et l’importance qu’il accorde aux événements en terme d’espace est également différent. En effet, Le Progrès ne consacrera que 130 articles aux événements sur la période. Si cela peut paraître équivalent au nombre d’articles présents dans les pages de L’Humanité, il faut tout de même rappeler que le corpus de L’Humanité n’intègre pas les très nombreuses “tribunes” consacrées aux événements. Ainsi Le Progrès, qui ne publie aucune tribune, accorde véritablement moins d’articles et d’espace que ses confrères parisiens aux événements.

Il est également plus tardif dans le démarrage d’une couverture conséquente des événements. En effet, si l’on compte un article dans chacune des éditions du 29 et 30 octobre et si les événements apparaissent en une le 1er novembre, il faudra attendre le 3 novembre pour que les événements fassent la une principale du quotidien et que le nombre d’articles par éditions augmente (avant cette date, Le Progrès ne consacre qu’un article par jour aux événements). Le 5 novembre, la couverture “décolle” véritablement. On compte alors près de six articles qui ne sont plus exclusivement cantonnés aux pages « France » du quotidien. Aussi, on voit apparaître des articles dans les pages locales du quotidien. Principal sujet de ces articles : le risque de contagion des violences dans la région lyonnaise. Le quotidien titre alors un de ses articles « L’inquiétude devant un risque de généralisation »416. Le 6 novembre, alors que Le Progrès continue de couvrir les événements parisiens, c’est toujours la possible contagion qui est abordée dans les articles des pages locales, comme le montre ce titre : « Un calme anxieux règne à Vaulx-en-Velin »417.

Il faut attendre le 6 novembre, pour que l’”inquiétude” se confirme, date à laquelle les premiers incidents de la région lyonnaise se déclarent et le 7 novembre pour que le quotidien traite de ces événements et consacre un article de près de 3 000 signes au « feu qui gagne les banlieues lyonnaises »418. Au fil de l’extension des violences en province et donc dans l’agglomération lyonnaise, la couverture des événements prend de plus en plus d’importance dans les pages nationales mais surtout locales. Le quotidien leur consacrera jusqu’à vingt articles et plus de quatre pages pleines, le 9 novembre419. On compte encore douze articles le 12 novembre et trois pages complètes, avant que la couverture, en terme d’espace et de nombre d’articles se réduise sensiblement, jusqu’à disparaître quasi complètement de la une le 17 novembre – date à laquelle le retour à la normale est constaté dans la région lyonnaise – et des pages du journal aux alentours du 23 novembre420.

416 « L’inquiétude devant un risque de généralisation », 05/11/2005, Le Progrès, Michel Rivet-Paturel
417 « Un calme anxieux règne à Vaulx-en-Velin », 06/11/2005, Le Progrès, Richard Schittly
418 « Le feu qui gagne les banlieues lyonnaises », 06/11/2005, Le Progrès, Richard Schittly
419 Parmi ces 20 articles de tailles différentes, on trouve un éditorial, six articles dans la rubrique « France » et douze articles dans les pages locales (Rhône, Lyon et Lyon 8e-Bron)
420 Le Progrès consacre sa une et de nombreux articles aux événements le 26 novembre pour faire une sorte de bilan de violences dans la région lyonnaise.

a. Des violences particulièrement présentes dans le traitement du quotidien régional

Que ce soit dans sa couverture nationale ou dans sa couverture locale, Le Progrès privilégie donc un traitement des “événements” sous l’angle des violences. Bilan du nombre de voitures incendiées, récit des nuits de violence, interventions des pompiers, incendies de bâtiments publics, travail des forces de l’ordre, blessés, instauration du couvre-feu… le quotidien multiplie les articles sur l’évolution et la forme des violences sur le terrain. Et contrairement aux autres quotidiens, pour lesquels cet aspect est surtout visible au tout début des événements, Le Progrès maintient ce mode de traitement tout au long de la période. Des premiers incidents à Clichy-sous-Bois à ceux des communes de l’agglomération lyonnaise en passant par l’extension à toute la France, le quotidien régional privilégie constamment cette manière de traiter les événements. Par conséquent, la classe qui renvoie aux violences émeutières en général représente 49% du corpus, soit près de la moitié du discours produit sur les émeutes. On retrouve dans cette classe, un répertoire de termes relevant des actes émeutiers très développé. Sont abondamment évoqués les incendies de véhicules et de poubelles, les interventions des pompiers qui font suite, les jets de projectiles et de cocktails Molotov, les interventions des forces de l’ordre, les caillassages ou encore les destructions diverses menées à l’encontre de bâtiments ou des transports en commun421. Ainsi, le quotidien recense quotidiennement les exactions commises et les dégâts enregistrés, comme le montre ces extraits : « Il avait fait l’objet d’une tentative d’incendie en début de soirée. Au total, une quarantaine de véhicules ont été incendiés à Bobigny, Bondy, Aulnay-sous-Bois, Le Bourget, Villepinte, Blanc-Mesnil, La Courneuve, Clichy-sous-Bois et Sevran, et deux bus ont été incendiés dans le département. Deux écoles primaires ont été également endommagées. »422 ;

« Dans la nuit de samedi à dimanche, cinquante et un véhicules avaient été détruits entre 20 heures et 4 heures du matin dans l’ensemble de l’agglomération. Avec deux points plus sensibles : Vénissieux, qui a compté seize voitures brûlées, et Rillieux-la-Pape avec 12 voitures incendiées. Les autres feux de voitures se répartissent entre Saint-Fons, Meyzieu, Bron, Saint-Priest, la Duchère, et même le 1er arrondissement de Lyon. »423

Les lieux cités dans ces articles sont significatifs. Ils témoignent d’un double traitement concentré sur les événements parisiens d’une part, traités dans les pages nationales et d’autre part, sur les événements “lyonnais” au sens large, traités dans les pages locales. On retrouve donc des lieux parisiens (Seine-Saint-Denis, Clichy-sous-Bois, Bobigny, Grigny424) ainsi que des lieux évoquant la région lyonnaise (Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bron, Lyon, Saint-Priest, Caluire, Villeurbanne, Meyzieu, Villefranche, La Duchère425).

De nombreuses références aux interpellations et aux peines des émeutiers jugés sont également observables dans la classe. En effet, Le Progrès double son recensement des violences d’un recensement des interpellations et des peines prononcées. Et cela, aussi bien dans sa couverture nationale que dans sa couverture locale. En revanche, une spécificité apparaît dans le traitement local, celle de recenser les villes qui instaurent le couvre-feu. Ainsi à partir de la mi-novembre, le quotidien fait régulièrement le point sur les communes de l’agglomération lyonnaise qui mettent ou non en place le couvre-feu, qui le prolongent ou qui cessent de l’appliquer.

Ainsi, cette classe fait apparaître un traitement particulièrement factuel des émeutes de 2005 centré sur le recensement des épisodes de violences, de leurs dégâts, de l’instauration du couvre-feu et des condamnations des émeutiers.

b. Des problèmes sociaux tout de même abordés

Le traitement factuel des violences et de leurs répercussions occupe donc une grande place dans le traitement du quotidien, mais Le Progrès ne se cantonne pas à cet unique mode de traitement. Les problèmes sociaux que peuvent connaître les populations des banlieues françaises et plus particulièrement lyonnaises sont également abordés. Et même si cette dimension du traitement est secondaire, la classe à laquelle elle renvoie représente tout de même 21% du corpus. Sont évoqués les problèmes de chômage, de logement, le manque de moyens alloués aux associations mais surtout les problèmes d’intégration et de discrimination.

Aussi retrouve-t-on principalement dans la classe les verbes « discriminer » et ses dérivés, « stigmatiser », mais aussi les termes « français », « minorité » et « mixité » ou encore les verbes « immigrer » et « intégrer »426. A cet égard, le modèle français d’intégration est mentionné et discuté427. Les extraits suivants rendent comptent de la présence de cet aspect du traitement du Progrès : « “Aujourd’hui, la situation a empiré : chômage, discrimination à l’embauche, au logement. Et pourtant, nous sommes en plein basculement démographique.

D’ici 2010, beaucoup de gens seront partis en retraite. Mais l’État est trop lourd, c’est terrifiant. Il est incapable de dire aux jeunes confrontés à la réalité du chômage : “Dans 3 ans, il y aura tant de place de postiers, de plombiers” pour les orienter. Vu la situation, je suis même étonné que ça ne pète pas plus souvent.” »428 ; « Quel constat faites-vous sur les banlieues ? Elles sont devenues des zones de relégation souvent dégradées, où les seules visites sont celles du facteur, du “barbu” et de la police. Il faut donc veiller à une vraie mixité. La loi Gayssot est juste, qui propose que, dans chaque commune, on construise 20% de logements sociaux. Elle doit être appliquée. »429

c. Un focus particulier sur les problèmes d’éducation et d’emploi

Si les problèmes sociaux dans leur grande diversité sont traités par Le Progrès – nous venons de la voir – certains font l’objet d’un focus particulier et constituent une classe à part. C’est le cas des problèmes en matière d’éducation et d’emploi dont la classe représente 11% des u.c.e classées. On y retrouve classiquement des termes liés à l’éducation comme « éducation », « collège », « élève », « scolarité » « école » ou encore « apprentissage »430, mais aussi des termes liés à l’emploi comme « emploi », « travail », « professionnel » « embaucher » ou « entreprise »431. Et comme c’est le cas dans la majorité des corpus, l’idée de difficulté est particulièrement présente432. Le terme d’« apprentissage » et le thème de l’éducation sont présents notamment en raison de la couverture opérée par le quotidien de la mesure proposée par Dominique de Villepin d’instaurer l’entrée en apprentissage à 14 ans pour réduire l’échec scolaire.

Par ailleurs, si ces thèmes sont principalement abordés suite aux mesures gouvernementales. Ils sont également abordés lors des rares témoignages de jeunes ou de spécialistes de la banlieue que l’on trouve dans les pages du quotidien ou lors de papiers sur le profil des émeutiers. Ces extraits témoignent de la teneur du traitement de ces questions : « David se présente comme “SDF depuis une semaine”. Il n’a plus de contact avec son père depuis dix ans. “Ma mère m’a viré parce que je ne travaillais pas”, explique le jeune homme, qui a plus ou moins arrêté sa scolarité à 14 ans et vient de se faire exclure d’un centre de formation pour apprentis pour “injures” envers les professeurs. Mickaël est titulaire d’un CAP de cuisine. »433 ; « La volonté de traiter les difficultés dans le cadre du collège a effectivement toujours été clamée. Dans le même temps, on a empilé des classes réservées aux élèves en échec (Segpa, troisièmes d’insertion, classes à projets professionnels) qui conduisent presque systématiquement à l’apprentissage, ou au lycée professionnel. »434

d. Une dimension politique peu présente

Comme pour l’ensemble des corpus, Le Progrès fait référence aux acteurs politiques qui sont intervenus lors des émeutes, à leurs critiques et aux mesures qu’ils ont pu mettre en place. Pour autant, cette dimension est beaucoup moins développée, comparée aux autres quotidiens. En effet, cette classe ne représente que 18% du corpus et n’est donc en rien comparable, en terme de taille, aux autres corpus, même ceux dont l’aspect politique ne constitue pas le cœur du traitement. Cette classe est développée principalement dans les articles d’information nationale et cela parce qu’elle fait principalement référence aux acteurs politiques nationaux et aux actions gouvernementales, comme en témoignage la composition de la classe. En effet, sont évoqués Dominique de Villepin, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Azouz Begag principalement et l’on retrouve les termes « ministre », « gouvernement », « Matignon » et « président »435. Ces personnalités, membres du gouvernement ou de la majorité, sont principalement évoquées au prisme des mesures et des actions qu’elles mettent en place à l’époque. Aussi l’instauration de l’état d’urgence et sa prorogation sont abondamment évoqués, tout comme la proposition de Jacques Chirac d’instaurer un service civil ou encore celle visant à expulser les étrangers impliqués dans les émeutes436. Cet extrait en rend compte:

« Même s’il a reconnu un “retour progressif au calme” dans les banlieues, le ministre a fait valoir que la prorogation de l’état-d’urgence pour trois mois était “nécessaire” car “rien n’est encore définitivement acquis”. Mais il a affirmé que la loi de 1955 serait appliquée avec “mesure”, «seulement là où c’est nécessaire” et en “prévention”. Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs indiqué à l’Assemblée nationale que dix procédures d’expulsion d’étrangers ayant participé aux émeutes des banlieues avaient été “engagées” hier. »437

Quant aux personnalités de l’opposition, elles sont quasiment absentes de la classe, on ne trouve que les sigles « PS », « PC » et « Verts » ainsi que les termes dérivés de « socialisme » et « communisme ». Pour ce qui est des élus locaux, ils sont également peu présents dans cette classe. C’est davantage à l’occasion de l’instauration du couvre-feu dans les communes de l’agglomération lyonnaise qu’ils sont évoqués.

Conclusion

L’analyse des différents quotidiens et des articles qu’ils ont pu produire sur la période nous a principalement permis de dégager les spécificités des traitements des différents journaux qui composent notre corpus. Nous avons pu constater que Le Monde a principalement privilégié un traitement politique, axé sur les réactions et actions des hommes politiques membres du gouvernement et s’est également beaucoup intéressé aux questions d’intégration et d’identité, que sous entendaient les émeutes de 2005. Nous avons également pu observer que Le Figaro, tout en concentrant son traitement sur l’action gouvernementale, a également beaucoup investi la dimension sécuritaire en traitant abondamment des violences émeutières et des comparutions et condamnations des émeutiers. Pour ce qui est de Libération nous avons remarqué la prédominance d’un traitement axé sur la vie quotidienne des habitants des banlieues françaises, appuyé sur de nombreux récits de vie et de témoignages et une attention particulière portée aux problèmes d’éducation, d’emploi et de discrimination. Quant à L’Humanité, nous avons pu constater un discours presque uniquement centré sur les causes de ces émeutes. Les causes directes comme la mort des deux adolescents à Clichy-sous-Bois, la grenade lacrymogène ou encore les propos du ministre de l’Intérieur, mais aussi les causes sociales plus profondes comme les problèmes d’emploi, de logement ou de pauvreté. Et concernant le seul quotidien régional de notre corpus, Le Progrès, nous avons pu observer la prépondérance d’un traitement factuel des événements centré sur un récit important des nuits des violences, des dégâts causés et des condamnations des émeutiers.

Mais cette étude n’a pas seulement servi à mettre au jour les caractéristiques propres aux traitements de chaque quotidien, elle a également permis de dégager des registres de lecture plus généraux, en s’appuyant sur les similitudes et les dissemblances des traitements des quotidiens. Un premier registre, incarné par Le Monde et Le Figaro qui privilégie une lecture politique des événements dans leur sens large. Si ce ne sont pas les actes émeutiers qui sont traités comme des actes politiques, c’est la prégnance de la couverture des actions des hommes politiques sur la scène politique qui fonde cette lecture politique. Un second registre, incarné par Libération et L’Humanité, qui privilégie un traitement plus social des événements. Et enfin un dernier registre, uniquement incarné par Le Progrès, qui privilégie une lecture factuelle des événements.

Par ailleurs, l’analyse du corpus nous donne également des indications sur les différences de traitement en fonction des statuts des différents quotidiens. Car même si on distingue trois registres de lecture, une distinction peut être opérée entre quotidiens nationaux et quotidiens régionaux. En effet, si des différences notables sont visibles entre les quatre quotidiens nationaux, une constante apparaît tout de même : la présence importante de la dimension politique, quelle qu’en soit la forme, dans leur traitement des événements. Dimension qui n’est observable que dans des proportions bien inférieures dans le traitement du quotidien régional. Cette absence, de la part du Progrès, d’un véritable traitement politique des événements, doublée de cette forte lecture factuelle, paraît s’expliquer principalement par la nature même de la presse régionale. En effet, celle-ci, comme le rappellent Angélina Peralva et Éric Macé, essentiellement « centrée sur l’actualité locale et les informations pratiques »438, cherche avant tout « à rassembler la plus large audience possible (en dépit de l’hétérogénéité des membres de ce “grand public” virtuel) par un parti pris explicite de “factualité” neutre »439. Ce qui n’est pas le cas de la presse nationale qui cherche davantage « à constituer un “public” spécifique en affirmant, par son orientation éditoriale explicite, une distinction vis-à-vis des autres titres et des autres “publics”. »440

Et c’est d’ailleurs cette “orientation éditoriale explicite” qui semble pouvoir expliquer les différences de traitement entre les quatre quotidiens nationaux de notre corpus et plus encore les différences observées entre les deux grands registres qu’ils composent. En effet, même si on ne peut définir de manière précise la ligne éditoriale d’un média, certaines caractéristiques, certaines « spécificités éditoriales »441 des quotidiens étudiés peuvent en éclairer les contours d’ensemble. Pour Le Monde, c’est avant tout son statut de « journal de référence des acteurs dirigeants »442 qui peut expliquer son traitement des émeutes de 2005 particulièrement axé sur les acteurs politiques institutionnels, généralement membres du gouvernement ou de la majorité, bien plus que son lectorat qui se situe d’avantage à gauche (58%) qu’à droite (34%) de l’échiquier politique443. En ce qui concerne Le Figaro en revanche, c’est principalement la physionomie de son lectorat, constitué pour 73% d’électeurs de droite et pour 11% d’électeurs d’extrême droite, qui permet de comprendre son orientation éditoriale centrée également sur l’action gouvernementale et sur des problématiques sécuritaires.

Par ailleurs, la prépondérance des récits de vie et des témoignages dans le traitement de Libération, ainsi que l’évocation abondante des problèmes sociaux qu’il opère, paraissent s’expliquer d’une part par son lectorat, composé à 80% d’électeurs de gauche et écologistes, mais également par son positionnement à gauche de l’échiquier politique, résultant de « son héritage militant issu de Mai 68 »444. Et si pour L’Humanité, nous n’avons pu avoir accès aux chiffres concernant l’orientation politique de son lectorat, il paraît évident que c’est sa proximité avec le Parti communiste français mais surtout avec ses idées – car il reste un quotidien indépendant – qui semble expliquer son traitement centré notamment sur les causes sociales de ces émeutes.

La nature même des quotidiens ainsi que leurs orientations éditoriales semblent donc être des facteurs explicatifs des différences de traitement et de discours qu’ils ont produit sur les émeutes de 2005. Pour autant, nous considérons également, comme nous l’avons avancé dans l’introduction, que les conditions de travail des journalistes, ainsi que leurs représentations, ont également pu jouer un rôle. C’est ce que nous allons tenter d’analyser dans notre troisième et dernière partie.

Lire le mémoire complet ==> Les émeutes de l’automne 2005 dans les médias : étude comparée du traitement de cinq quotidiens français
Mémoire de recherche de Master 2 de Science politique
Institut d’Etudes Politiques de Lyon