Contraintes inhérentes au travail journalistique : bouclage et rubricage

By 7 June 2014

B. Des contraintes inhérentes au travail journalistique

Au-delà des contraintes liées à la couverture du phénomène émeutier, le fonctionnement des quotidiens et la manière de travailler des rédactions et des journalistes – nous l’avons dit – doivent également être pris en compte, pour comprendre le travail journalistique produit lors des émeutes de 2005. L’étude des entretiens réalisés permet tout d’abord, de mettre au jour, une contrainte de temps liée aux horaires de bouclage des quotidiens, de voir ensuite que le rubricage et le morcellement des services peuvent limiter le traitement de l’information et enfin de saisir en quoi la hiérarchie et la ligne éditoriale d’un quotidien peuvent orienter et contraindre le travail des journalistes. Nous allons donc aborder successivement ces trois éléments.

a. Le bouclage : une contrainte de temps

De manière générale, de nombreuses contraintes temporelles pèsent sur le fonctionnement des rédactions des quotidiens : les différentes conférences de rédactions et notamment celle du matin qui signe le départ de la journée, mais surtout – ce qui nous intéresse ici – le bouclage, heure fatidique où l’ensemble des papiers doit être rédigé, corrigé et mis en page. Les journalistes ont donc pour obligation de rendre leur papier à une heure précise et quasiment inamovible, définie par chaque quotidien. Si certaines entorses peuvent être opérées et l’horaire habituel de bouclage décalé, dans le cas d’une forte actualité ou d’un événement jugé majeur, les journalistes sont tout de même soumis à cet impératif de temps indubitable. En effet, comme le rappelle Érik Neveu dans Sociologie du journalisme, « les contraintes temporelles qui pèsent sur la rédaction sont inséparables d’un aval de la production de l’information : horaire de tirage à l’imprimerie, expédition des exemplaires par messageries ou camions de l’entreprise, remise des exemplaires dès cinq heures du matin pour la diffusion aux abonnés effectuée par “portage” dans les boîtes aux lettres. »459 Aussi les journalistes sont tenus de rendre leurs papiers dans les délais fixés par chaque rédaction, sous peine de bousculer et de retarder la chaîne de production du quotidien.

Lors du traitement des émeutes de 2005, même si celles-ci ont constitué un événement important et fait l’objet d’une couverture intense, les journalistes n’ont pu, bien évidemment, échapper à cette contrainte de temps, comme l’explique Luc Bronner (Le Monde) :

« Des contraintes de temps y en a forcément parce que tous les jours on fait un journal et qu’il faut boucler. Donc la contrainte de temps est inhérente au travail journalistique dans un quotidien. »460

Par ailleurs, le fait que les violences se déroulaient, pour la plupart, en début de soirée et jusque tard dans la nuit, a contribué à accentuer cette contrainte. Cela parce que la plupart des quotidiens ont un bouclage en fin de soirée, voire même pour certains en début de soirée461. Il était donc difficile pour les journalistes de couvrir les événements et de rédiger leurs articles avant l’heure du bouclage.

459 Neveu Érik, Sociologie du journalisme, op. cit., pp. 45-47.
460 Entretien Luc Bronner, 08/07/2008
461 Le bouclage de Libération se situe aux alentours de 22h30, celui du Figaro était à l’époque, aux alentours de 19-20h pour la province et de 23h pour la région Parisienne, celui de L’Humanité est à 19h et celui du Progrès est vers minuit pour l’édition du Rhône. Seul Le Monde, du fait qu’il paraît en fin d’après-midi, a son bouclage le matin, à 10h30 précises. A noter que ces horaires sont ceux où l’ensemble du journal doit être envoyé à l’imprimerie. Aussi, les journalistes doivent, dans la majorité des cas, avoir rendu leurs papiers quelques heures auparavant.

« […] c’est des événements qui se déroulaient pour la plupart tard le soir, or notre bouclage il est pour le premier vers 19h, après il y en a d’autres plus tard dans la soirée, mais ça veut dire qu’on finissait, on bouclait un journal alors qu’il ne s’était encore rien passé le journée. […] Donc pour nous c’était un peu effectivement la course contre la montre parce qu’on rafraîchissait en permanence à partir de 21h-22h les papiers, en téléphonant à des gens qui étaient à la rédaction pour centraliser et collecter les informations. Il y avait cette difficulté d’essayer de raconter en très peu de temps et avec une visibilité limitée, comme je vous l’ai expliqué, ce qui se passait le soir même pour nos lecteurs du lendemain. C’est vrai que c’est un exercice qui était pas simple. »462

« Avec le journal, on était pris dans des horaires aussi, parce que nous on boucle très tôt. On boucle très tôt et on est peu nombreux, donc il faut quand tu travailles, que tu rentres à telle heure, à 16h et il faut que tu sois là pour écrire ton papier. Et le soir tu as guère le temps d’aller faire du reportage la nuit, pour faire de la production pour le lendemain, parce qu’on a besoin de toi le lendemain matin pour la réunion etc. Tu es sans cesse pris dans ce tourbillon là. Moi j’ai pas été assez dégagé pour aller suivre sur le terrain tranquillement. En même temps j’étais pas tout seul à suivre. J’ai des collègues à la politique qui ont fait des soirées. »463

Seul Le Monde, qui paraît en début de soirée et non le matin comme les autres quotidiens, était peu contraint par le fait que les événements se passaient la nuit. Le bouclage définitif étant aux alentours de 10h30, les journalistes avaient jusqu’à tôt dans la matinée pour écrire leurs papiers. Ils pouvaient donc passer la nuit sur le terrain et n’étaient pas contraints de rentrer tôt dans la soirée ou de différer au lendemain leur publication.

« Alors l’avantage quand on est au Monde, sur des événements de ce type-là qui sont des événements souvent nocturnes, c’est que j’ai pas de bouclage le soir, donc j’ai toute la nuit pour rester sur place et pour écrire mon article. Ce qui nous a donné, à contrario, alors qu’on a eu un démarrage difficile, un gros avantage par rapport à d’autres notamment pour rendre compte de l’extension du conflit. C’est-à-dire qu’on a été… je ne sais pas si on peut dire les premiers, mais en tout cas très en pointe pour capter le moment où ça sortait de Clichy-Montfermeil et où ça devenait infra-régional, puis régional. Justement à cause de ce décalage de bouclage. »464

Ainsi, même si une grande partie des journalistes ne considère pas le bouclage comme une véritable contrainte, parce qu’il fait partie du fonctionnement habituel de leur quotidien qu’ils ont parfaitement intégré dans leur manière de travailler465, la couverture des émeutes de 2005 a sûrement souffert de cette contrainte de temps.

465 « Bah, c’est classique ça, on a l’habitude […] Moi je savais, j’avais l’heure, j’avais un ordinateur portable, ça fait partie de la base du métier, ça c’est pas parce que c’est des émeutes que ça change trop, je sais quand j’ai un événement tard, il va falloir anticiper, se régler au départ des pages, etc. Mais ça c’est la base du métier. Donc, j’avais ces contraintes, mais je faisais avec. » (Entretien Richard Schitlly, 11/07/2008) ; « Non ben ça pas plus que… c’est le truc habituel. Enfin pour nous le bouclage n’est pas une contrainte. […] c’est pas grave on passe le reportage le lendemain. Voilà, c’est pas… y a pas eu de contraintes particulières par rapport à ça. » (Entretien Karl Laske, 08/07/2008)

b. Le rubricage : une information morcelée

Une autre caractéristique organisationnelle des quotidiens est à prendre en compte pour comprendre le travail journalistique : le rubricage. En effet, avec le développement depuis la professionnalisation du journalisme de nombreuses rubriques et services spécialisés dans les rédactions, l’actualité a été amenée à être traitée en fonction de rubriques, en fonction de thèmes. Le nombre de ces rubriques s’est d’ailleurs particulièrement accru depuis une quarantaine d’année, comme le souligne Érik Neveu : « aux spécialisations traditionnelles (journalistes parlementaires, social, sportif, judiciaire) sont venus s’ajouter depuis les années soixante-dix de nouvelles rubriques (santé, éducation, communication), tandis que d’autres (comme l’économie) se démultipliaient en sous-spécialités. »466 Loin d’être un mal en ce sens que ces rubriques et la spécialisation qui en découle permettent une lecture avertie de certains sujets d’actualité par des journalistes spécialisés, elle contribue tout de même à une forme de morcellement de l’information et limite ainsi la perception globale des événements.

Aussi, lors d’événements complexes, en ce sens qu’ils recouvrent plusieurs problématiques, comme ce fut le cas des émeutes de 2005, l’information n’est pas traitée dans sa globalité mais chacune des dimensions identifiées par la rédaction sont prise en charge par un service spécifique. Ainsi, l’information est fragmentée et est traitée par les quotidiens de façon parcellaire. Et si pour les émeutes de 2005, les quotidiens ont créé, dans leur pages, des rubriques spécifiques pour regrouper l’ensemble des articles relevant des événements, il n’en reste pas moins que le traitement en lui même reste le fait de plusieurs services.

Au moment des émeutes, les services « Société » et « Politique » sont principalement intervenus mais également, plus sporadiquement et pour des sujets plus ciblés les services

« Économie », « Sport » ou « International ». Et cela parce que, comme l’explique Laurent Mouloud, « tu traites de la banlieue, tu traites de mille sujets. La banlieue c’est un lieu. Ban- lieue : c’est un lieu au ban. C’est un lieu, c’est pas une problématique en soit. Transport, éducation… c’est des journalistes différents qui traitent de ces questions. »467

Aussi, même si les différentes dimensions des émeutes ont été traitées par la plupart des rédactions, elles ne l’ont pas été par des acteurs qui avaient une perception globale de la situation. Et cela, parce que chaque service a une vision parcellaire et n’a pas accès à la compréhension de l’ensemble des événements.

« […] les contraintes qu’on peut avoir, c’est que précisément le poste est divisé en deux. Il y a ceux qui sont sur le terrain et qui voient les jeunes et y a ceux qui font de la politique là- dessus. Donc la contrainte qu’on peut avoir, c’est que finalement on a jamais rencontré les parents de ces deux jeunes ou … Mais c’est pas une contrainte, c’est une limite. Mais c’est une limite que tous les journalistes ont par rapport à leur rubrique. C’est-à-dire qu’on est obligé de prendre le sujet que sous un certain angle. Quand on traite de sujets de société comme ça, c’est une vision un peu parcellaire. Mais on est payé pour ça, c’est-à-dire qu’on est censé dans le journal être équilibré avec les autres qui font des interviews de jeunes, qui font des enquêtes dans les familles. »468

Ainsi, pour remédier à cette vision trop restreinte des choses et pour limiter une spécialisation toujours plus poussée des journalistes, certains quotidiens, comme Le Progrès, ont décidé de faire éclater leurs rubriques, jugées trop rigides, et de revenir à une rédaction générale. Les journalistes n’en ont pas perdu pour autant leur spécialisation et ont continué à traiter leurs sujets de prédilection, mais cela a permis de décloisonner la rédaction ainsi que sa perception.

« […] le problème c’est que c’est allé trop loin, avant il y avait vraiment des rubriques, quoi. Il y avait la rubrique santé, la rubrique environnement, mais les gens étaient devenus tellement spécialisés que c’est vrai que les papiers devenaient trop… ils ne s’adressaient pas forcément à tout le monde. On est allé un peu trop loin. Donc du coup, l’idée maintenant, ça a été de casser un peu les rubriques, de faire une rédaction générale, mais quand même avec des gens qui ont des spécialités, forcément. »469

Pour autant, ce rubricage qui impose aux journalistes une vision fragmentée des événements est tout de même contrebalancé par l’action du rédacteur en chef qui est censé détenir cette vision globale qui échappe aux journalistes. C’est à lui que revient la tache d’articuler les différentes dimensions du traitement, de les équilibrer, d’en favoriser une plutôt qu’une autre, selon la ligne éditoriale du quotidien. Aussi, il a en charge l’arbitrage entre les différentes dimensions du traitement, donc entre les différentes rubriques du quotidien.

c. Le poids de la hiérarchie et de la ligne éditoriale

Le travail du rédacteur en chef et les différents choix qu’il opère sont donc primordiaux dans le traitement opéré par le quotidien et peuvent même contraindre ou limiter le travail des journalistes de sa rédaction. En effet, comme le rappelle Érik Neveu, le rédacteur en chef exerce « une direction que l’on peut qualifier de politique, au sens où il définit (sous le contrôle des actionnaires, d’un directoire ou d’une société de rédacteurs) la ligne éditoriale du titre. Elle peut résider dans un positionnement politique au sens large, au choix du type d’information et de traitement de celle-ci que le titre privilégie. Elle se traduit dans chaque édition par des choix quant aux événements à valoriser, à l’angle sous lequel les couvrir »470.

Aussi, ces choix, même s’ils ne sont pas pris unilatéralement, orientent et peuvent contraindre le journaliste dans sa manière de traiter des événements.

Pour autant, la plupart des journalistes rencontrés pour cette étude, ne considère pas l’existence du rédacteur en chef et sa fonction comme une véritable contrainte pour leur travail. Certains expliquent notamment que les décisions sont davantage prises collectivement et qu’elles ne font pas l’objet d’une véritable imposition de la part de la rédaction en chef.

« Y a pas de consigne qu’est donnée, y a un espèce de collectif qui existe, qui se fait et qui produit ce qu’il produit. […] Mais nous y a pas d’ordre, si vous voulez. »471

« Alors après sur la définition des angles, c’est collégial si tu veux. Enfin, c’est le journaliste qui va sur le terrain, en général revient avec des idées. Et plus tu vas sur le terrain, plus tu as des idées. A cette époque-là, c’était effectivement tu vas sur le terrain, tu entends des réflexions des habitants et tu essayes d’en retirer des concepts, des idées, en te disant « là, y a un vrai truc qui se passe sur cette question-là ». […] après c’est le journaliste qui vient répercuter ça, il en discute avec le chef de rubrique Enfin ici, ça se passe comme ça. On en discute avec le chef de rubrique et à partir de là on échafaude un angle en disant « ben tiens, on va peut-être traiter cet aspect-là ou pas », après sous une forme journalistique ou sous une autre. »472

« Comme toujours c’est le résultat d’un compromis entre ce que nous, à la base, sur le terrain on propose, on fait remonter, on suggère et puis ce qu’attend la direction. Donc on discute, on ajuste… »473

« Alors il y a une partie qui est décidée en réunion de rédaction où on lance des idées et puis y a une autre partie qui se fait sur le terrain. C’est-à-dire quand on va faire un reportage à Clichy, à Aulnay, à Grigny, à Bobigny, n’importe où, on fait une rencontre, on voit des interlocuteurs et là peut naître une idée d’un angle particulier de traitement. Donc il y a les deux. »474

Pour d’autres, c’est surtout parce que les sujets et les angles de traitement, au moment des émeutes, s’imposaient d’eux-mêmes, que le poids de la ligne éditoriale ou le poids hiérarchique étaient minimes. Selon eux, c’était l’actualité qui définissait naturellement les sujets à aborder.

« Donc la définition des angles sur ces terrains-là, elle est naturelle quand vous avez un fait qui s’est produit et après on laisse aussi énormément remonter ce qu’on voit sur le terrain. Les sujets viennent naturellement. On se dit “mais attendez, ils brûlent des voitures, mais pourquoi ils brûlent des voitures ?” Et puis je crois que chacun arrive avec son expertise. Moi qui travaillais pas mal sur les questions de maintien de l’ordre je suis arrivé en disant “faudrait peut-être faire un papier pour savoir comment les policiers travaillent” etc. »475

Mais les différences entre les différents quotidiens – que nous avons analysées dans la seconde partie de notre étude – montrent bien évidemment que des choix dans le traitement et dans les angles d’approche des événements sont opérés. Les sujets et la manière de les aborder ne sont pas imposés d’eux-mêmes, sinon nous aurions retrouvé les mêmes discours pour l’ensemble des quotidiens et dans les mêmes proportions. Cette apparente “imposition naturelle” des sujets vient peut-être du fait que les journalistes partagent totalement l’orientation prise par leur quotidien pour traiter des événements et ainsi ne se rendent pas compte que des choix sont opérés.

« Y a trop de copies, trop de faits, trop d’actualité pour que ça soit vraiment… on ne peut pas diriger comme ça une idéologie sur un truc qui part … y a trop d’entrées, y a trop de choses. Alors peut-être que chacun est très idéologiquement porté à droite et se rend plus compte qu’il fait … Mais je crois que c’est plutôt dans les unes, dans les titres et dans les éditos que ça pèse, mais ça c’est plus notre soupe à nous. »476

A l’inverse, d’autres journalistes mettent en avant la prépondérance des décisions du rédacteur en chef sur les journalistes et parfois même l’existence de choix politiques manifestes. Si l’importance d’un sujet, l’angle à adopter et le format de l’article est décidé en concertation lors des réunions de rédaction, il n’en reste pas moins que, la décision et l’arbitrage reviennent au rédacteur en chef qui peut même imposer une ligne politique au traitement d’un événement.

« […] le matin il y a des calages de sujets, des angles qui sont prévus, avec des chefs d’informations, des rédacteurs en chef, c’est plutôt eux qui calent les angles des sujets et nous, en tant que journalistes, on propose. On dit “ben voilà, moi j’ai tel témoignage, j’ai tel secteur que je connais, ça vaudrait le coup”. En général, c’est un échange comme ça, donc le calage, il est quand même fait le matin. »477

« Ce qui s’est produit, c’est qu’au début, nous, service “Société”, on a eu une assez grande liberté dans le traitement de l’événement tant que ça restait un gros fait divers, quelque chose de sociétal. Donc pendant les premiers jours on a pu traiter à peu près comme on voulait et puis à partir d’un certain moment, le monde politique et la direction du journal ont pris conscience que c’était un événement qui était en train de devenir un événement politique très fort susceptible de mettre en difficulté le ministre de l’Intérieur, le gouvernement, le président de la République et comme Le Figaro est plutôt le journal de cette tendance politique-là, la direction de la rédaction a probablement cherché à mieux contrôler ce qu’on publiait sur ce thème qu’elle ne l’avait fait dans les premiers jours où c’était un sujet de société. »478

Aussi, nous venons de le voir, le fonctionnement d’un quotidien, ses caractéristiques et les conditions de travail des journalistes peuvent avoir une influence directe sur le travail journalistique et sur le discours produit. Aussi, les conditions de travail lors de la couverture d’émeutes contraignent et bousculent fortement la bonne marche du travail des journalistes et le fonctionnement temporel et organisationnel des rédactions, limitent le journaliste dans son travail. Et au-delà de la pure description de ces contraintes, il apparaît que certaines peuvent expliquer les différences de traitement entre les quotidiens qui composent notre corpus. La principale étant bien évidemment, la ligne éditoriale et politique des rédactions car c’est de cette ligne éditoriale et des orientations prises par le rédacteur en chef que découlent les principales orientations quant au traitement et à l’angle de traitement à adopter pour couvrir les événements et notamment les émeutes de 2005. Nous l’avons vu lors de l’étude des discours des différents quotidiens de notre corpus : la plupart des journalistes expliquent l’orientation du traitement de leur quotidien par son identité et sa ligne éditoriale. Pour autant, le journaliste n’a pas non plus une part négligeable dans cette orientation. En effet – nous l’avons abordé – c’est principalement le journaliste qui fait remonter les informations du terrain, qui participe au moment des réunions de rédaction à la promotion de tel sujet, de tel angle ainsi qu’à l’appréciation et la définition de l’importance d’un sujet, de tel propos ou de tel fait. Son propre jugement et la manière dont il analyse les faits et l’actualité ne sont donc pas à mettre de côté. Le rédacteur en chef oriente et tranche parfois, mais c’est le journaliste, sur le terrain, qui détient principalement l’information. Aussi, ses propres représentations, ses propres interprétations des événements peuvent sûrement peser sur le discours produit et le type de traitement adopté.

Lire le mémoire complet ==> Les émeutes de l’automne 2005 dans les médias : étude comparée du traitement de cinq quotidiens français
Mémoire de recherche de Master 2 de Science politique
Institut d’Etudes Politiques de Lyon