Physiologie des organes sexuels féminins et sexualité féminine

By 26 April 2014

III. Cadre de référence : développement des concepts

Il est à noter que dès maintenant, alors que je m’exprimais en « je » dans l’introduction de ce travail, je vais désormais passer au « nous » de modestie car cette étude est en étroite relation avec d’autres chercheurs qui ont déjà étudié en partie ce thème, sous un ou plusieurs de ses aspects.

Ce chapitre va donner, après un aperçu de la sexualité féminine, un tableau global des mutilations génitales féminines (MGF), en particulier les types de mutilations, les raisons de ces pratiques et les principales atteintes possibles à la santé des femmes. Afin d’introduire au mieux ce chapitre, il est sans doute utile de rappeler brièvement l’anatomie et la physiologie de l’appareil génital féminin ou, du moins, les aspects en lien avec les mutilations, dans le but de comprendre les conséquences de ces pratiques sur la sexualité des femmes et leur santé.

1. Rappel de l’anatomie et de la physiologie des organes sexuels féminins

Les organes génitaux de la femme sont à la fois internes et externes. Les organes génitaux internes comprennent : le vagin, l’utérus, les trompes de Fallope et les ovaires.

Les schémas ci-dessous illustrent les parties génitales de la femme.

les parties génitales de la femme

les parties génitales de la femme - excision
(Tiré de : Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, 2006, 15 septembre).

La source essentielle servant de base à ce chapitre est le livre de Marieb, Anatomie et physiologie humaines, dans sa dernière édition (2005), au chapitre 27. Les autres références seront mises en évidence spécifiquement.

La vulve comprend les organes génitaux externes de la femme : le mont du pubis ou mont de Vénus, les grandes lèvres, les petites lèvres, le clitoris, le vestibule, l’orifice vaginal, le méat urétral et les glandes de Bartholin.

« Le mont du pubis ou mont de Vénus est une région adipeuse arrondie qui recouvre la symphyse pubienne. Après la puberté, elle est recouverte de poils. Deux replis de peau adipeuse portant également des poils s’étendent vers l’arrière à partir du mont du pubis : ce sont les grandes lèvres » (p.1118).

« Les grandes lèvres sont les homologues féminins du scrotum de l’homme » : elles dérivent du même tissu embryonnaire. Elles contiennent essentiellement du tissu adipeux et des glandes sébacées et sudoripares. Leurs faces supérieures et extérieures sont recouvertes de poils « Les grandes lèvres entourent les petites lèvres, deux replis de peau mince, délicate et dépourvue de poils. Homologues de la face antérieure du pénis, les petites lèvres délimitent une fossette appelée vestibule, qui contient le méat urétral à l’avant et l’orifice vaginal vers l’arrière » (p.1118).

Le clitoris est situé juste devant le vestibule. Il s’agit d’une « petite structure saillante, composée essentiellement de tissu érectile et homologue du pénis de l’homme. Sa partie exposée est appelée gland du clitoris. Il est recouvert du prépuce du clitoris, formé par l’union des petites lèvres. Le clitoris, en particulier le gland, est richement innervé par des terminaisons sensitives sensibles au toucher, et la stimulation tactile le fait gonfler de sang et entrer en érection ; ce phénomène contribue à l’excitation sexuelle chez la femme » (p.1118). Autrement dit, « Du fait de son anatomie, de sa vascularisation abondante qui le rend érectile et de sa très riche innervation, la stimulation du clitoris, le faisant gonfler et le rendant très sensible, peut être source de plaisir et peut mener à l’orgasme » (Wikipedia encyclopédie libre, 2007, 30 mai).

Le clitoris a donc une fonction très importante pour la vie intime et sexuelle de la femme, tout comme les seins, ou le pénis, pour l’homme.

La fente située entre les petites lèvres s’appelle le vestibule . Dans cet espace se trouve l’hymen, l’orifice vaginal, le méat urétral (orifice externe de l’urètre, conduit permettant l’excrétion de l’urine) et les ouvertures de divers canaux glandulaires. L’hymen est une cloison incomplète, mince repli de membrane muqueuse vaginale, qui obture incomplètement l’orifice vaginal. Il se rompt lors du premier rapport sexuel et correspond à la virginité féminine. Néanmoins, « la résistance de l’hymen varie : il se rompt parfois durant la pratique d’un sport, lors de l’insertion d’un tampon périodique » (p.1117) ou durant un examen médical des organes féminins. De chaque côté de l’orifice vaginal se trouvent les ouvertures des canaux des glandes de Bartholin qui produisent un mucus permettant l’humidification et la lubrification lors des rapports sexuels.

« Le vagin, partie inférieure du canal génital, est un conduit mesurant 8 à 10 cm de long. Il est localisé entre la vessie et le rectum, et s’étend du col de l’utérus jusqu’à l’extérieur du corps au niveau de la vulve » (p.1117). Il permet d’une part l’écoulement du sang menstruel et reçoit, d’autre part, le pénis lors des rapports sexuels. Sur le plan histologique, la muqueuse vaginale est composée d’un épithélium stratifié et de tissu conjonctif. « Les cellules épithéliales vaginales libèrent de grandes quantités de glycogène, que les bactéries résidentes du vagin transforment en acide lactique au cours d’un métabolisme anaérobie » (p.1117). Le pH vaginal est ainsi acide, ce qui le protège des infections.

La musculeuse vaginale est composée, quant à elle, de muscles longitudinaux qui ont la propriété de pouvoir s’étirer considérablement, ce qui permet au vagin de « s’adapter » en quelque sorte au pénis qu’il accueille lors des relations sexuelles.

2. La sexualité féminine

Dans le cadre de cette étude, il est bien sûr primordial d’aborder la sexualité de la femme, dans la même visée que la partie précédente. Nous imaginons qu’il y a eu des moments aussi en Europe où la sexualité était considérée comme sujet délicat à aborder.

En effet, les femmes occidentales se battent depuis plusieurs siècles pour l’égalité des sexes et le non assujettissement de la femme, y compris de sa sexualité, à l’homme. Ainsi, dans les années 1970 (1971, 1973, 1976), un collectif de femmes américain revendique le droit à une sexualité des femmes revisitée par les femmes. Son ouvrage s’intitule d’ailleurs de manière significative : « Notre corps, nous- mêmes ». Ces femmes affirmaient : « Nous avons compris que notre sexualité est complexe, car elle fait intervenir des facteurs physiques, psychologiques, affectifs et politiques » (p. 32). Ce collectif voulait également dénoncer

les mythes qui nous ont détruites. Nous voulons en sortir et nous solidariser pour devenir capables de relations amoureuses ouvertes. […] On se trouve prise entre deux feux : le message qui vient des parents, de l’Eglise et de l’Ecole – le sexe, c’est sale et c’est à nous de sauvegarder notre pureté pour l’amour de notre vie -, l’autre, contradictoire, issus des magazines tels que Play Boy, Lui, etc., de presque tous les journaux féminins et de la publicité, à la télévision ou ailleurs… nous demandant d’être de « chouettes nanas libérées ».

Il s’agit de refuser ce modèle et de s’attaquer au profond préjugé de l’inégalité sexuelle entre les hommes et les femmes (p.32).

Même si l’égalité entre les sexes a fait de grands progrès en Occident depuis ces années-là, Nissim, intitulait un article récent « la liberté sexuelle : un grand leurre » (Soins infirmiers, 2007, 9, p. 42). Elle argumente de cette manière : « le constat est rude : la sexualité féminine, épanouie et librement vécue, n’est bien souvent qu’un idéal. Cystites, vaginites, kystes – c’est ainsi que le corps se met à parler lorsque les femmes subissent d’anciens mécanismes d’oppression » (ibidem).

On le constate, beaucoup de travail reste encore à faire. Nous avons entendu dire qu’en Suisse, par exemple, les femmes ont acquis le droit de vote dans certains cantons, comme Appenzell, depuis relativement peu de temps, une décennie environ. D’ailleurs, il existe à Genève un Bureau de l’Egalité et ce n’est sans doute pas un hasard.

Les paragraphes introductifs de cette partie du travail ont pour but de montrer que le chemin vers la libération des femmes est long, quelque soit le pays où elles habitent. Dans un pays où des mutilations génitales sont pratiquées, ce chemin sera long également.

Après ces quelques lignes, il nous faut aborder maintenant la sexualité féminine et ses caractéristiques.

Dans cette étude, nous laisserons de côté le développement de la sexualité féminine de l’enfance à l’âge adulte. Ce serait sans doute intéressant à indiquer mais nous préférons nous centrer sur la sexualité de la femme dans sa plénitude car, comme déjà cité, nous voulons aborder essentiellement la vie de couple, c’est-à-dire les femmes ayant une expérience sexuelle régulière et qui ont peut-être eu un ou plusieurs enfants. Il nous semble en effet que ce sont ces femmes là qui auront le plus d’expérience et qui auront ainsi le plus d’éléments à nous raconter dans les entretiens.

Pour Baccigalupo (2006), sexologue clinicienne française, « les comportements sexuels de la femme évoluent avec le temps » (p.49), c’est-à-dire tout au long de sa vie. Elle intitule son chapitre sur la sexualité de la femme adulte « le temps des amours sereines » et indique que « l’âge adulte est celui de l’affirmation de la sexualité et de l’investissement amoureux dans la durée » (p.49). Elle indique encore : « La femme découvre, puis comprend de mieux en mieux ses réactions sexuelles ; son plaisir à faire l’amour est plus grand ; elle investit la pénétration. L’orgasme devient plus accessible, que ce soit par le biais des caresses sexuelles ou lors du coït » (p.49).

Il s’agit cependant de nuancer cette description. Toujours selon Baccigalupo (2006), « certaines femmes n’accèdent pourtant pas à cette maturité sexuelle, elles font l’amour essentiellement pour répondre au désir de leur partenaire, et ignorent ce qu’elles apprécient ; elles sont alors incapables de guider leur compagnon sur ce chemin. […] D’autres redoutent l’acte sexuel ; des peurs se développent et un cercle vicieux s’installe » (p. 50).

Ainsi, l’aptitude à accéder à la sérénité sexuelle dépend étroitement du niveau de maturité de chaque personne et, également, du degré de confiance qui se construit dans le temps, au sein du couple, aussi bien au niveau des échanges quotidiens que sexuels.

Pour mieux comprendre la maturité sexuelle de la femme, il nous faut à présent décrire l’orgasme, c’est-à-dire la capacité d’atteindre le comble du plaisir sexuel. Il convient toutefois de rester très prudent sur une définition « standard » de l’orgasme car « à chaque femme son orgasme » (Baccigalupo, 2006, p. 130). Les sexologues définissent d’ailleurs scientifiquement l’orgasme comme « une réaction psychophysiologique de courte durée, consistant en un brusque relâchement des tensions érotiques » (Crépault, cité par Baccigalupo, 2006, p. 130). Et Baccigalupo ajoute, suite à cette définition scientifique un peu sèche, que « si les mots manquent pour décrire le plaisir, les phénomènes physiologiques qui accompagnent l’orgasme sont, eux, bien tangibles » (p. 130). Nous laissons donc à Baccigalupo (2006), qui est sexologue, le soin de décrire l’orgasme.

L’orgasme est précédé de la phase d’excitation, pendant laquelle se produit une vasodilatation (dilatation des vaisseaux) de certaines parties du corps. Cette vasodilatation est à l’origine de l’érection du clitoris, du gonflement des seins, des petites et grandes lèvres, et elle s’accompagne de la lubrification du vagin.

Puis, lorsque la tension sexuelle accumulée lors de stimulation arrive à son paroxysme, c’est l’orgasme. De courte durée (de 10 à 15 secondes au maximum), l’orgasme se traduit physiologiquement par un brusque relâchement de l’engorgement vasculaire et de la tension musculaire. La femme ressent, d’abord dans le tiers inférieur du vagin puis jusqu’à l’utérus, des contractions spasmodiques qui se succèdent toutes les 0,8 secondes au début, puis s’espacent progressivement […]Les muscles de la région pelvienne, du périnée, de la vessie et du rectum se contractent également. Le rythme cardiaque atteint 180 battements à la minute, la tension artérielle augmente, les pupilles et les narines se dilatent, des rougeurs apparaissent sur le visage et le cou. Enfin, l’appareil génital revient progressivement à un état de détente : c’est la phase de résolution, qui met un terme aux réactions des étapes précédentes. Les organes qui ont été le siège d’une vasodilatation retrouvent leur taille et leur couleur, les muscles se détendent. La plupart des modifications qui surviennent pendant la phase de résolution prennent fin en moins de cinq minutes (p.131).

Les manifestations de l’orgasme peuvent être très différentes d’une personne à l’autre : certaines femmes gémissent, d’autres crient ou griffent les draps ou leur partenaire et certaines restent silencieuses, « sans pour autant y trouver moins de plaisir. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises attitudes. L’orgasme varie d’une femme à l’autre, et d’un rapport à l’autre » (Baccigalupo, 2006, p.132).

Une grande question, non résolue, agite encore les esprits, essentiellement depuis Freud : l’orgasme féminin est-il clitoridien ou vaginal ? Cette question, avec le thème qui nous occupe, n’est bien sûr pas anodine. Selon Baccigalupo (2006), pour Freud, lorsque la femme atteint sa maturité sexuelle, l’orgasme clitoridien doit faire place à un orgasme vaginal (p. 133). Pour le collectif de femmes déjà cité, « les tissus [c’est- à-dire l’ensemble de la zone génitale] sont tellement liés qu’il est juste de dire, comme Masters et Johnson, que nous n’avons pas d’orgasmes vaginaux ou d’orgasmes clitoridiens, mais des orgasmes sexuels » (p.41).

Il n’est guère intéressant pour nous de discourir sur ce point mais il est important de mettre en évidence que, même en Occident, les avis sont partagés sur la sexualité féminine. Notre questionnement est évidemment différent : les femmes excisées connaissent-elles l’orgasme ? Est-ce possible pour elles en fonction de la mutilation subie ? Quel type de plaisir peuvent-elles éprouver ? Nous allons voir dans la suite de ce chapitre qu’il existe plusieurs types de mutilation, certains relativement légers et d’autres beaucoup plus importants.

La pratique de l’excision au Mali
Mémoire de Fin d’études – Filière de formation – Infirmière HES, Infirmier HES
HEDS Haute Ecole de Santé Genève – Hes.so Haute Ecole Spécialre de Suisse Occidentale