Métier de prestataire de services logistique : 4e Partie Logistique

By 27 April 2014

– Partie 2 – La 4e Partie Logistique : solution optimale ?

Partie II – La 4è Partie Logistique : solution optimale ?
A) LE METIER DE PRESTATAIRE LOGISTIQUE 52
1) Le prestataire de services logistiques 52
2) Le 3 PL et son marché 53
Le concept de 3 PL 53
Le marché que recouvre le 3 PL 53
Une demande client de plus en plus sophistiquée 55
Les flux d’informations 55
3 PL et cœur de métier 56
Les 3 PL : vers une solution de plus en plus intégrée ? 57
Les limites du 3 PL ont favorisé l’apparit ion des 4 PL 57
Externalise-t-on une fonction ou un process ? 58
Externalise-t-on une tâche ou la gestion de cette activité? 59
Le fournisseur auquel l’entreprise externalisatrice fait appel pour satisfaire pleinement les besoins de son client est-il neutre dans sa gestion du process ? 59
3) Le concept de 4 PL 59
Le 4 PL… un nouvel acteur sur le marché 60
Deux visions s’opposent… 61
Après le « 4 PL théorique », le 4 PL « pratique »… 62
B) APPORTS ET LIMITES DU 4 PL
Le 4 PL comme unique point de contact 65
La mutualisation des coûts : une réponse à une pression sur les coûts ? 65
La performance du système d’informations… pour plus de « visibilité » 67
Au cœur des préoccupations du client : l’expertise 69
Un cas d’espèce : Lucent Technologie 70
La sensation de perte de contrôle : principale limite au recours des 4 PL 71
Nouvel acteur nécessaire ? 72
Un secteur privilégié : la vente à distance et Internet

A) LE METIER DE PRESTATAIRE LOGISTIQUE

1) Le prestataire de services logistiques

Nous avons vu que l’externalisation de la chaîne logistique faisait appel à des prestataires de plus en plus spécialisés. En effet, afin de répondre à une externalisation de plus en plus étendue et à une demande client de plus en plus exigeante, le métier de prestataire de services logistiques s’est adapté.

Un prestataire de services logistiques se définit comme étant une «entreprise assurant la réalisation d’activités logistiques pour le compte d’un industriel ou d’un distributeur. »17

Selon la complexité et le type d’opérations à valeur ajoutée réalisées par les prestataires logistiques, plusieurs catégories d’acteurs se dégagent :

* les prestataires logistiques classiques qui assurent l’exécution des opérations de logistique physique (transport et entreposage) et dont le système de gestion se limite au suivi de celle-ci pour le compte de l’entreprise cliente ;

* les prestataires logistiques à valeur ajoutée qui intègrent à l’offre du prestataire classique un certain nombre de servic es allant de la prise en charge d’opérations de manipulations complexes (co- manufacturing, co-packing), à la gestion d’opérations administratives (facturation, commandes) et de gestion de l’information (tracking- tracing …) ;

* les intégrateurs de services logistiques qui se caractérisent par la quasi-absence de moyens physiques propres et dont la spécificité est d’intégrer les prestations de différentes entreprises sous-traitantes (transport, entreposage, opérations à valeur ajoutée…) et d’en assurer la cohérence et la gestion par la maîtrise des flux d’informations qui s’y rapportent.

Il est à noter que différentes appellations anglo-saxonnes caractérisent ces trois catégories. La première et la seconde sont fréquemment regroupées sous le terme de Third Party

Logistics (3 PL). La troisième correspond à la terminologie déposée par Accenture de Fourth Party Logistics (4 PL). Enfin, même s’il reste assez rare et très proche du 4 PL, le nom de Fifth Party logistics (5 PL) est attribué à des prestataires de services logistiques qui conçoivent, organisent et réalisent pour le compte d’un donneur d’ordre, des solutions logistiques (notamment en matière de système d’information) en mobilisant les technologies adaptées (niveau conceptuel).

Nous allons nous intéresser plus particulièrement aux intégrateurs de services logistiques que sont les 4 PL mais pour comprendre l’évolution de l’offre et du marché, il convient de nous intéresser d’abord aux prestataires classiques que sont les 3 PL.

2) Le 3 PL et son marché

Le concept de 3 PL

Nous pouvons définir le 3 PL ou Tierce partie logistique (terme français) de la manière suivante : « Logisticien qui est l’intermédiaire entre le fournisseur (chargeur) et le client final. Il s’agit souvent de transporteurs classiques qui ont développé à partir de leurs propres systèmes des offres de services à valeur ajoutée les conduisant à devenir de véritables prestataires logistiques. »18

Le marché que recouvre le 3 PL

Le marché du 3 PL sur les trois continents que sont les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie est estimé à 128 milliards de dollars répartis à raison de 43 % pour les US, 38 % en Europe et le reste en Asie. Ce marché continue d’évoluer sur les trois principaux continents avec une progression moyenne de 8 % par an.

En Europe, la libéralisation des échanges et du commerce, la globalisation, le fort développement des TIC (informatique et Internet), et les nouvelles méthodes de production (flux tirés) ont provoqué d’importants changements dans l’organisation de la logistique. Sans trop caricaturer, la logistique avait un rôle de support ; elle a aujourd’hui un rôle stratégique. Dans un premier temps l’externalisation des services logistiques ne concernait que des tâches basiques, dites non stratégiques (stockage et transport). Peu à peu, à la demande des producteurs, le prestataire logistique a assumé de nouvelles missions à valeur ajoutée : conditionnements spécifiques des produits, adaptation différenciée selon la destination ou l’usage, contrôle qualité, préparation des produits en vue de leur utilisation directe en bord de chaîne … etc.

Le concept de Third Party Logistics ou 3 PL s’est progressivement imposé dès le début des années 90. Cette progression est fonction de la complexité de la chaîne logistique, des réseaux plus ou moins sophistiqués de chaque marché qui développe autour des producteurs et plus récemment des distributeurs.

Malgré ces changements, les attentes des clients comme des prestataires industriels tendent à se rapprocher en terme de performance opérationnelle. La maîtrise des coûts et l’amélioration des taux de service sont les deux leviers d’évolution de ce métier.

Ceci étant, le fossé entre les attentes clients et le service délivré est toujours sensible et les 3 PL Américains comme Européens sont amenés à se concentrer sur des objectifs bien précis qui sont :

* l’implémentation des dernières technologies et l’évolution de leur système de pilotage.
* l’évolution du management et l’aménagement des organisations en rapport avec les processus nécessaires.
* l’intégration globale des systèmes et services.
* l’étude et la fourniture de solutions adaptées aux attentes clients et de leur supply chain.

Si on considère que la demande client s’accélère actuellement en Europe et aux USA en terme de performance et de sophistication, l’amélioration de ces points est un facteur de succès pour les 3 PL.

Une demande client de plus en plus sophistiquée

Les résultats de la 10ème édition de l’étude faite par Capgemini19 révèle que le taux d’utilisation des prestataires logistiques est très élevé :

– 80 % des personnes interviewées en Amérique du Nord,
– 77 % en Europe Occidentale,
– 70 % en France.

Quant à la satisfaction apportée aux clients, ces derniers sont 88 % à mettre en avant leur politique d’externalisation (82 % en France).

Ce recours très répandu à l’utilisation des 3 PL se traduit par une volonté des clients pour une collaboration de plus en plus forte avec leurs prestataires dans le but de les aider à réduire les coûts de leur supply chain.

Ce que nous indique cette étude est le fait d’une part que les clients souhaitent des propositions d’offres stratégiques et non pas une prestation tactique, ce qui leur est offert actuellement par les prestataires. Ce souhait modifie largement le métier du prestataire. Cette étude révèle donc que les 3 PL se doivent de repenser leurs offres avec des offres correspondant aux réelles attentes des clients, des solutions plus intégrées. Pour la première fois en 10 ans, le prix devance le service pour devenir le premier critère de sélection d’un prestataire. Une pression est donc mise sur une recherche de coûts bas… mais dans le même temps, les prestataires doivent s’adapter aux besoins pour y répondre au plus près d’où un véritable challenge en ce qui concerne leur positionnement, et surtout leur organisation et innovations associées !

Les flux d’informations

En outre, cette étude a souligné l’importance technologique, révélée par 90 % des personnes interrogées. Elle doit donc faire partie des compétences apportées par un prestataire logistique global. Cependant, seuls 38 % d’entre eux sont satisfaits de leur prestataire dans ce domaine d’activité. De plus, cet aspect devient de plus en plus critique si l’entreprise souhaite progresser dans son externalisation. Selon les sondés, les technologies qui sont le plus appréciées sont : la RFID, gestion logistique (exécution/planning) via Internet, et systèmes de gestion des fournisseurs.

19 Source : Etude publiée le 9janvier dernier par Capgemini et le Georgia Institut de Technologie, en collaboration avec l’éditeur SAP et le transporteur express international DHL, et réalisée auprès de 1 091 directeurs logistiques et supply chain à travers le monde. http://www.fr.capgemini.com/m/fr/n/pdf_10__me___dition_de_l___tude_Prestataires_Logistiques.pdf

Erik van Dort, leader du secteur global Distribution chez Capgemini, explique : « dans le secteur actuel des 3PL, on observe une trop grande diversité quand on parle processus et systèmes d’information. Il y a de bonnes raisons à cela mais avec la consolidation croissante du marché, l’obligation d’avoir une couverture internationale et la pression pour pérenniser la profitabilité, la transformation des acteurs est inévitable et essentielle. C’est maintenant que les prestataires logistiques doivent investir pour rationaliser leurs opérations et réduire leurs coûts globaux de fonctionnement pour devenir plus compétitifs et ce, de manière plus agressive, afin de gagner des parts de marché. Considérant la performance actuelle d’un certain nombre de 3PL, réussir à être profitable et s’assurer une position de leader nécessiteront des mesures en rupture de la part du management. »

3 PL et cœur de métier

Un 3 PL doit être un spécialiste de son cœur de métier pour pouvoir répondre efficacement au client et lui apporter ainsi une compétence accrue en vue de son choix d’externalisation. En effet, une attention particulière est portée sur les compétences et les expertises fondamentales du prestataire d’autant plus par le changement radical au niveau du marché des prestataires logistiques de par, notamment, les mouvements de rachat évoqués dans la partie I. Ces évolutions ont pu être perçues par les clients comme une fragilisation des services de base. Il faut donc que le prestataire se focalise sur ses fondamentaux en termes de prestation pour confirmer sa capacité à accompagner son client sur un niveau stratégique et ainsi le conforter dans une relation qui pourra être de long terme.

« Les prestataires 3PL ne savent pas tout faire, pour tout le monde ; ils doivent clairement définir leur stratégie en terme de satisfaction client,” déclare C. John Langley Jr., Ph.D., Professeur en Supply Chain Management et responsable de l’étude au Georgia Institut de Technologie. « Il est essentiel pour les 3PL de se focaliser sur le développement d’une offre globale de services fondamentaux, au juste prix, pour pouvoir ensuite construire une relation étroite avec le client et lui offrir des services de niveau plus stratégique en adéquation avec ses besoins business en constante évolution : cela signifie transformer leurs portefeuilles d’offres pour intégrer des services plus avancés de management stratégique.

L’enquête menée confirme une tendance à la croissance et à l’évolution du marché des 3PL (plus de 10 % de taux de croissance annuel). En effet, les prestataires et leur savoir- faire se modifient ainsi que les attentes du client.

Les 3 PL : vers une solution de plus en plus intégrée ?

« A court terme, nous pensons que la plupart des 3PL vont suivre cette tendance et proposer un modèle de relation globale qui combine des éléments à la fois tactiques et stratégiques,” ajoute Alec Ang, Directeur de la Supply Chain Logistics chez DHL Asie- Pacifique Global Customer Solutions. “Les 3PL doivent aussi remonter dans la chaîne de valeur pour fournir une expertise en supply chain management, au-delà des traditionnelles compétences orientées sur la gestion des actifs de l’entreprise. Ces améliorations vont permettre aux 3 PL de se positionner plus efficacement comme Lead Logistics Providers qui aident leurs clients à réduire la complexité de management de leur supply chain. »

Scott Sykes, employé chez SAP America, conclut : “Il y a une belle opportunité pour les 3PL de gagner des parts de marché en utilisant les Systèmes d’Informations pour offrir des solutions technologiques standardisées à moindre prix. Une fois que les services fondamentaux sont rationalisés au niveau global, les prestataires logistiques peuvent proposer de nouveaux services à base technologique pour se différencier et, plus important encore, effectivement fournir les services à valeur ajoutée, ce que leurs clients recherchent de plus en plus.”

Le s limites du 3 PL ont favorisé l’ apparition des 4 PL

Les 3 PL ont déblayé le terrain en ce qui concerne l’externalisation de la logistique. Ancré dans son cœur de métier, que ce soit l’expédition, le transport routier ou l’entreposage, ils sont entrés dans un processus d’élargissement de services fournis aux clients. La création d’un 3 PL a montré une voie, celle de « produit-service » pour un fournisseur de logistique dans un mouvement d’accroissement de marge brute, et de services tout compris.

Le potentiel de ce marché au niveau national, international et/ou global car les clients – impatients de réduire leurs coûts – ont tout de suite adhéré à ce concept.

Malgré ce potentiel, le marché des 3 PL n’a pas essuyé le succès escompté. En effet, bien que les raisons soient diverses, elles conduisent au même résultat : de nombreux prestataires ont échoué à leur capacité d’intégrer de nouvelles activités. Certains d’entre eux n’ont pas réussi à aller au-delà de leur compétences « cœur de métier » pour devenir de véritables fournisseurs multiservices. Soit les 3 PL internationaux n’ont pas compris comment fournir des services nationaux, soit ils n’ont pas réussi à intégrer le marché national dans un service plus global, celui de services logistiques internationaux. D’autres encore ont échoué dans leur différenciation par rapport à leurs concurrents en se focalisant uniquement sur la réduction des coûts comme valeur de base sans définir au préalable les besoins en termes de services et leur mise en place au sein de leur entreprise.

Certains d’entre eux ne se sont pas positionnés correctement sur le marché ou bien encore la maison mère ne leur a pas donné les ressources spécialement celle issues des ventes pour pénétrer le marché de leur propre client.

En conséquence de quoi les 3 PL n’ont pas réussi à conserver certains de leurs clients et n’ont même pas pu en obtenir de nouveaux !

La fragmentation du secteur 3PL reflète à la fois l’incertitude de la façon dont se voient les 3PLs eux- mêmes et la diversité des besoins des clients.

Le 3 PL ainsi « dépassés », donne nt naissance à ce que l’on appelle le 4 PL. Pour mieux comprendre le processus qui a conduit à cette alternative, trois questions fondamentales sont à prendre en considération :

Externalise-t-on une fo nction ou un process ?

Le 3 PL choisira la fonction car il veut se charger des containers, des expéditions, du fret mais pas gérer le processus de gestion du transport par exemple. Le véritable besoin est le processus de gestion, ce qu’offre un 4 PL. En effet, plusieurs autres questions sont relatives à ce « processus de gestion ».

A cette question, s’ajoute d’autres questions : Y a-t-il vraiment un processus en place ou une série de transactions autonomes ? Quel est le processus actuel ? Comment fonctionne- t-il ? Où échoue-t-il ? Où y a-t- il des lacunes ? Où y a-t-il des redondances ?

Le processus d’une chaîne d’approvisionnements fait appel non seulement à l’organisation verticale mais aussi horizontale de l’entreprise, c’est une fonction transverse.

Externalise-t-on une tâche ou la gestion de cette activité ?

De nombreuses externalisations ne sont liées qu’à la tâche en elle-même comme l’entreposage, l’expédition… mais pas à la gestion de ces activités. Cette gestion fait partie de la prochaine évolutio n de l’externalisation et où les 3 PL doivent tendre mais où les 4 PL sont déjà positionnés.

Le fournisseur auquel l’entrepr ise externalisatrice fait appel pour satisfaire pleinement les besoins de son client est-il neutre dans sa gestion du process ?

Un 3 PL – et particulièrement cette catégorie qui a des moyens propres – a bien du mal à l’être. En effet, un 3 PL cherche à obtenir le maximum de contrats de transport pour rentabiliser sa flotte de camions et ses entrepôts. Il n’est donc pas neutre ce qui peut poser problème au client.

Pour conclure, certains 3 PL ne sont pas à même de répondre aux besoins précis des clients. Certains se sont trop concentrés à gérer les activités et non les processus. Ainsi trop préoccupés par les activités « cœur de métier » de leur maison mère, les 3 PL ont raté l’opportunité d’accroître leur valeur ajoutée.

Un échec pour certains mais une opportunité pour d’autres : les 4 PL. En effet, leur apparition est due au fait que les 3 PL ont échoué dans leur offre client à atteindre et satisfaire les besoins clients en termes de logistique et de supply chain. Il n’y a donc pas de « best practices » à suivre mais ce n’est pas un problème pour le 4 PL qui a la capacité de s’adapter pour répondre aux besoins de chaque client.

3) Le concept de 4 PL

Lors de ma recherche sur les 4 PL, j’ai trouvé de nombreuses définitions du 4 PL et il m’a été difficile de choisir l’une d’entre elles car elles reflètent toutes une vérité. En effet, le concept de 4 PL n’est pas évident à définir pour la simple et bonne raison qu’il est novateur et que le marché qu’il représente est « tout neuf ».

Il s’agira donc dans cette partie de s’intéresser à différentes acceptions de cette terminologie particulière et notamment celle donnée par les deux entreprises que j’ai eu la chance d’interviewer, une définition non négligeable car elle mêle à mon étude un aspect pratique aux notions théoriques.

Le 4 PL… un nouvel acteur sur le marché

Le 4 PL (« Fourth Party Logistics ») représente une formule d’externalisation plus poussée, dans laquelle le prestataire n’a plus en charge la distribution d’un produit sur une région donnée, mais l’optimisation d’une chaîne intégrant son client, les clients du client et les fournisseurs. Le prestataire 4 PL exerce une activité de planification et de coordination de flux d’informations . Il conçoit à la fois l’architecture logistique et le système d’informations s’appliquant à ces processus intégrés. Par contre, il n’exécute pas les flux physiques correspondants, qui sont confiés à des opérateurs physiques distincts ou des prestataires.

Ce terme a été inventé par Accenture20 pour définir un intégrateur qui rassemble les ressources, les capacités et la technologie de sa propre organisation mais aussi celle d’autres sociétés pour construir e une solution cohérente à la chaîne d’approvisionnement.

C’est une amélioration de l’idée du 3 PL. En effet, un 4 PL n’a pas de moyens propres contrairement à un 3 PL et il peut utiliser ce dernier pour fournir des services à ses clients. Un 4 PL ne possède qu’un capital intellectuel et son propre système informatique. Il est neutre et par cela gère le process logistique sans être lié à aucun des prestataires auquel il fait appel que ce soit des transporteurs, des logisticiens ou des entrepôts.

Ce mana ger de la complexité – qu’on appelle indifféremment 4 PL, intégrateur logistique, Lead Logistic Provider voire même « supermanager » – serait, selon Moore21, une « entité qui a pour but de partager les risques et les récompenses et aurait la responsabilité multifonctionnelle de gestion, y compris la planification de la supply chain, quelques compétences en termes de technologie de l’information, des moyens de transport et de distribution simples, et une gestion multi fournisseurs. »

20 Définition de l’encyclopédie wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Fourth-party_logistics
21 Source : Global Logistics & Supply Chain Strategies , “Just What Is a 4PL Anyway? ”, Kurt C. Hoffman, August 2000.

Deux visions s’opposent…

« De nombreuses choses ont été dites à propos du développement du concept de 4 PL, mais il y a une théorie selon laquelle les sociétés de conseil ont vraiment voulu créer une manière d’augmenter leurs revenus en complétant leur projet. Elles ont donc inventé l’expression 4 PL, qui signifie fondamentalement qu’elles allaient gérer les 3PL de façon continue pour un client tel qu’un fabricant ou une compagnie de distribution, » selon Todd Charretier de GATX.

Jim Fields, directeur de Menlo Logistics, rejoint Todd Charretier en précisant que «le concept 4 PL s’est développé hors de la sphère du conseil dans le sens où cela a été une tentative de créer un marché et de placer la société de conseil comme un intermédiaire logique entre le client et le 3 PL. En tant que cet intermédiaire, le 4PL serait en position de gérer ce que beaucoup considèrent comme l’aspect le plus important de l’opération – la relation client. »

On est donc en droit de se demander si Todd Charretier n’a pas mis « dans le mille » lorsqu’il parle de création du marché par les sociétés de conseil si l’on considère que ce concept est non seulement dérivé de cette « communauté » mais aussi une marque inventée et déposée par Accenture. Le 4 PL serait- il donc uniquement un produit de la pure créatio n des sociétés de conseil ou se réfère-t- il à une autre réalité ?

Bien que les consultants aient créé ce terme, il reflète aujourd’hui une autre vérité, celle d’un nouveau prestataire (et non pas une société de conseil comme Accenture) qui pourrait se positionner plus en termes de Lead Logistics Providers. Cette vision est partagée par les 3 PL eux-même : « Le 4 PL pour moi n’est rien d’autre qu’un Lead Logistic Provider » selon Rodger Mullen, vice-président et directeur général de Schneider Logistics. »

Une vision que partage à la fois ces derniers mais aussi Carter en y ajoutant l’explication suivante : « un 4 PL ou intégrateur logistique pourrait être un conseiller ou un « Lead Logistic Provider », tout dépend du client et de ses besoins les plus urgents. « Le rôle du Lead Logistic Provider est d’assurer le « maillage » pour un fabricant ou une société de distribution et ce avec les services des divers transporteurs, des sociétés d’entreposage et des 3 PL. »

Après le « 4 PL théorique », le 4 PL « pratique »…

Ici, il s’agit uniquement de reprendre les éléments donnés par les deux interlocuteurs que j’ai interviewé pour pouvoir comprendre si leur vision se rapproche de la théorie.

* Jean-Marie Le Bizec, Programm Manager, Geodis

Jean-Marie Le Bizec a porté une attention particulière à définir le concept de 4 PL. Pour l’heure, il ne connaît pas de 4 PL car – à sa connaissance – aucun prestataire ne travaille en France sans moyens propres.

Geodis se positionne non pas en tant que 4 PL mais comme un transporteur ave c un réseau express, un manager, voire un «Lead Logistic Provider » car il réalise la majorité de son chiffre d’affaires avec des moyens propres.

Pour lui, le 4 PL « pur » n’existe pas sur le marché en tant qu’opérateur sans « assets ». En effet, il est nécessaire d’avoir un certain poids dans la négociation ainsi qu’un volume de fret important.

Le concept de 4 PL a du sens selon lui si l’on prend en compte l’industriel spécialisé qui souhaite renforcer son cœur de métier (concevoir, produire, recherche clients) en déléguant sa supply chain et sa logistique.

Selon Jean-Marie Le Bizec, l’avènement du 4 PL s’est déroulé comme suit :

– 2 PL : externalisation simple
– 3 PL : externalisation du transport et de la logistique , sous-traitance du stockage, de la préparation de commandes (douane, chargeurs compris).

– 4 PL : externalisation de plus en plus complète : opérer l’optimisation logistique et l’ensemble des opérations logistiques administratives et autres concept moins communs. Les avantages que peuvent représenter une externalisation de plus en plus complètes pour l’industriel :

* Concentration de ses ressources sur son cœur de métier.
* Le 4 PL est en mesure de bien connaître toutes les offres présentes sur le marché, il peut donc « aiguiller » au mieux son client.
* Le 4 PL a donc la capacité d’analyser non seulement les offres mais aussi les risques, les «lead time » et peut de ce fait offrir une qualité de service comme un broker.

Le 4 PL doit également connaître la problématique client :

* ses flux,
* le volume de commandes,
* le délai souhaité,
* les moyens spécifiques à apporter (livraison spécialisée, en express…)
* aide au client pour la mise en place de sa reverse logistique.

L’idée fondamentale est celle de centraliser la connaissance et cela représente pour l’entreprise externalisatrice une vraie expertise et une réelle valeur ajoutée. Le 4 PL doit donc se positionner comme «catalyseur des flux ». Il doit aussi avoir une puissance de négociation et d’achat car cela est intéressant uniquement dans la me sure où le volume est représentatif (quantité importante).

Le 4 PL existe au niveau européen voire mondial car il faut avoir une puissance d’achat et de négociation. En effet, des moyens crédibles sont nécessaires pour une globalisation complète des flux (flux Asie / Europe, Amérique).

Geodis se positionne plus comme un LLP’s soit « Lead Logistic Provider ». Il engage sa responsabilité auprès de ses clients pour opérer en logistique c’est-à-dire s’occuper de leurs flux dans le monde pour le meilleur coût et service sans pour autant en perdre la maîtrise (le client ne devient donc pas prisonnier du fournisseur).

Pour tout ce qui n’est pas du ressort de Geodis en termes de moyens propres, il pilote les sous-traitants. En effet, 80 % des opérations menées sont sous-traitées car les prestataires auxquels Geodis fait appel sont meilleurs sur certaines rotations.

Selon Jean-Marie Le Bizec, le 4 PL ne peut pas être neutre. Il se doit d’être le meilleur en localisant les flux, il a une obligation de résultat qui est négocié. De plus, il doit progresser chaque année (réduction de coûts) avec son propre réseau ou autres (appel notamment à la sous-traitance) pour certains pays.

L’industriel a tendance a avoir une supply chain pilotée par un prestataire et de moins en moins une équipe opérationnelle administrative.

Enfin, il est difficile de monter un 4 PL car il n’y a pas de marché.

Le 4 PL présente un avantage certain, il connaît très bien le marché en tant que commissionnaire de flux mais il doit avoir des fonds propres qui peuvent couvrir le risque que l’on pilote. Il est donc nécessaire de mobiliser des moyens et des ressources.

M. Luc de MurardM. Luc de Murard, Pdg de Crosslog , 4 PL

« Le 4 PL est quelqu’un qui facilite la relation entre trois acteurs que sont le chargeur, le logisticien et le client. Il apporte une expertise et a une indépendance vis-à-vis des prestataires. L’expertise apportée se fait au niveau de l’informatique, du métier des équipes (pilotage) et d’une meilleure connaissance de la vente à distance. De plus, un 4 PL n’est pas obligé de travailler en direct avec un seul prestataire et il peut en changer en toute liberté. Ce qui induit pour le client un réel intérêt : la mutualisation des ressources. »

L’intérêt d’avoir pu discuter avec ces deux interlocuteurs m’a fait comprendre que la théorie est plus intéressante lorsqu’elle se « voit » en pratique.

En effet, Geodis m’a parlé de neutralité du 4 PL et du fait de ne pas avoir de moyens propres pour gérer la supply chain d’un client ce qui sont deux aspects de la définition que j’ai apporté au préalable.

En outre, Crosslog a ajouté à cette équation, l’indépendance ce qui sous-tend donc une fois de plus la neutralité que doit avoir un 4 PL mais aussi sa capacité à relier tous les acteurs de la chaîne en tant qu’intégrateur de moyens logistiques. D’ailleurs M. de Murard m’a confié que le terme de 4 PL était plus une notion «à la mode » et que le terme correct serait celui d’intégrateur.

La 4e Partie Logistique – Fourth Party logistics – est-elle une solution optimale ?
Mémoire de fin d’études- Master Sciences du management spécialité Logistique
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne