Les praticiens des MGF, coûts de l’opération et raisons invoquées

By 26 April 2014

7. Raisons invoquées le plus souvent pour la pratique des MGF au Mali

Malgré les moyens mis en place par le biais de l’OMS, de l’United Nations Children’s Fund (UNICEF) et de centaines d’organisations non gouvernementales (ONG) pour la sensibilisation du peuple malien, la pratique continue à être perpétuée. Voyons les principales raisons du maintien de cette pratique.

a) Préservation de l’identité féminine et culturelle

Diallo indique que, pour les Bambara, l’excision permettrait de débarrasser la femme d’un esprit prétendument maléfique, le « wanzo » qui l’habiterait au niveau du clitoris à sa naissance et serait la cause des malheurs des humains (p. 7). Sangho (1984), citée par Diallo (1997) nous rapporte que « chez les Sonraï pratiquants, les MGF auraient été instaurées depuis les temps reculés de la découverte du feu : les femmes furent choisies comme gardiennes du feu et elles ont dû être excisées pour rester pures (c’est à dire pour les empêcher de se souiller avec les rapports sexuels) afin d’éviter que le feu ne s’éteigne » (p. 7).

La pratique des MGF paraîtrait donc avoir été initiée pour protéger la femme du mauvais sort et pour assurer son identité féminine.

Parfois encore, les excisées sont initiées à leur rôle d’épouse, au cours du processus, qui est caché aux non excisées, laissées en dehors des confidences. Cela tend à renforcer l’identité des excisées par l’apprentissage de leurs futurs rôles d’épouse et de mère. Quelquefois même, on leur enseigne des notions de médecine traditionnelle et d’éducation sexuelle.

b) L’exigence religieuse

Selon un article du centre Djoliba, un accent particulier est mis sur le rôle de la religion à propos de l’excision. Trois principales pensées résulteraient de l’analyse du rôle entre religion et pratique de l’excision (Centre Djoliba de Bamako avec la collaboration des Drs Koné & Touré, 2000, p 24).

« L’excision n’est pas obligatoire en islam »

C’est la position des adeptes du rite malikite, c’est-à-dire qui observent l’enseignement de l’Imam Malik. Ces adeptes du rite malikite reconnaissent que c’est une « sunna Makrama », c’est dire qui reste recommandable, sans plus. C’est ce qui explique que la pratique n’est pas répandue dans le monde arabe. On ne la retrouve qu’en Egypte et au Soudan (Centre Djoliba de Bamako avec la collaboration des Drs Koné & Touré, 2000, p 24).

L’excision est une « sunna », c’est-à-dire qu’elle fait partie des pratiques du Prophète Mahomet qu’il serait bon de maintenir. La pratique de l’excision ne serait pas une obligation, elle est facultative, comme, par exemple, les prières surérogatoires, celles qui se font en plus des cinq prières journalières obligatoires et qui peuvent apporter une récompense supplémentaire. Toutefois, elles ne sont pas une condition pour être musulman comme les cinq prières coraniques qui sont obligatoires (référence citée ci-dessus).

L’excision est « wajib » (obligatoire) , en tant que recommandation du Prophète. Au Mali, on retrouve les défenseurs de cette position parmi les étudiants de l’Arabie Saoudite et surtout, précise Dramé, parmi les Ulémas (les assistants de l’imam) de l’ethnie Soninké.

Pour Dramé, ceux-ci défendent, en réalité, beaucoup plus les pratiques de leur ethnie que les principes religieux globaux et ce d’autant plus qu’ils savent bien que cette pratique n’est pas connue en Arabie Saoudite ou en Iran, pays où s’exerce la loi islamique.

Les découvertes médicales ne semblent pas influencer les Ulémas qui veulent respecter une recommandation du Prophète : « si la science découvre que l’excision est dangereuse, il appartient aux scientifiques d’apprendre aux musulmans à la faire de façon moins dangereuse » dit Idrissa Diarra (référence citée ci-dessus).

Il est aisé de constater que l’unanimité ne règne pas au sein du monde islamique concernant la pratique des MGF.

Par ailleurs, il est important de signaler la teneur de différents articles provenant de la déclaration du « monde Fatwa » de l’Université Al-Azhar du Caire (Egypte) et rapporté dans la Tribune de Genève (6 décembre 2006) qui condamne les MGF. « C’est une première, l’Université Al-Azhar du Caire, plus haute référence religieuse du monde musulman sunnite, a lancé une « fatwa » contre les mutilations génitales féminines, qualifiées de « crime contre l’espèce humaine ». […] Pour la première fois, l’Islam officiel déclare la guerre à l’abominable tradition de la mutilation génitale féminine, qui selon les estimations des Organisations Non Gouvernementales (ONG) touche 90 millions de victimes dans le monde » (Allemand, 2006).

Selon Diallo (1997), les différentes argumentations religieuses démontrent que la pratique des MGF était antérieure à l’Islam et que ces argumentations constituent davantage des spéculations ou des interprétations.

Les chrétiens qui pratiquent l’excision invoquent la tradition plutôt que la religion. Quant aux animistes, les MGF semblent faire partie d’un ensemble de rites qui s’accordent bien avec des sacrifices de sang. Cela incite certaines personnes à dire que les MGF seraient ainsi d’origine animiste et démontrerait l’origine très ancienne de la pratique, nettement antérieure aux religions monothéistes.

c) Le contrôle de la sexualité

Au Mali, le « sexe » reste encore un sujet tabou et le fait qu’une jeune fille garde sa virginité jusqu’au mariage est un signe de bonne moralité. Ainsi, la sexualité reste un grand défi pour la femme dans cette société. Dans la société traditionnelle malienne, c’est seulement à la veille du mariage que les parents apprenaient aux futures épouses leur rôle de femme dans leur foyer conjugal. Les mariages précoces se faisaient d’ailleurs autour de 14-16 ans dans le but de sauvegarder la virginité des futures épouses.

Pour Diallo (1997), l’excision est considérée comme un moyen privilégié de contenir l’ardeur des jeunes filles et des femmes. Dans cette visée, les jeunes filles éviteront de « courir derrière les garçons » et les femmes, dont le rôle de mère reproductrice est mis au premier plan, se centreront sur les soins au mari et aux enfants. Les MGF, en diminuant le plaisir sexuel, les aideraient dans ce sens (p. 9).

d) La conformité sociale

Elle s’exprime de manières diverses : « suivre la tradition des ancêtres ; éviter de marginaliser mes filles ; par respect des normes sociales, etc, … » (p. 9). En 1997, lors de l’étude de Diallo, le 89% des femmes maliennes justifient les MGF par la coutume et les traditions auxquelles elles tiennent à se conformer » (p.9).

8. Les praticiens des MGF et les coûts de l’opération

a) Les exciseuses traditionnelles

Le métier d’exciseuse, car cette pratique est considérée comme un métier, se transmet de mère en fille de la caste des forgerons, de l’aînée à la cadette. N’accède pas à cette fonction d’exciseuse qui veut : « l’exciseuse devrait être une personne habile, alerte, attentive et dotée de connaissances occultes » (Kanté, 1993, citée par Diallo, 1997, p. 10). Actuellement, des femmes d’autres castes pratiquent, souvent des femmes de plus en plus jeunes, ce qui s’avère contraire à la tradition qui voulait que seules des femmes ménopausées, c’est-à-dire expérimentées et mûres, prétendent exercer ce métier.

En cas d’accidents, même s’ils sont mortels, la responsabilité de l’exciseuse est dégagée car les causes du « malheur » sont attribuées à des mauvais esprits ou à la malchance.

Les instruments utilisés pour l’excision (chez les exciseuses) sont généralement un couteau tranchant spécifique à cette pratique appelé « sirifè » ou des lames de rasoir. A noter que la pratique étant tellement valorisée, même le couteau servant d’instrument porte un nom spécifique.

De nos jours, le lieu de l’excision est une arrière cour ou les toilettes des habitations dans les villes. Dans les zones rurales, les fillettes sont encore excisées en groupe, alors que l’acte est individuel en zone urbaine.

Un mélange d’extraits de plantes est appliqué dans certains cas pour contrôler l’hémorragie post excision.

Le beurre de karité est parfois utilisé au niveau de la plaie pour favoriser sa cicatrisation.

Les frais de l’opération ne sont pas chers avec les exciseuses, soit environ 1000 à 2000 F CFA, ce qui équivaut à peu près 5 CHF. On peut aussi donner des petits cadeaux, tels que du savon, du sucre ou les céréales. Ces pratiques sont répandues dans les communautés sans pour autant que le prix ne soit exigé, à cause des liens de parenté ou des liens sociaux (Diallo, 1997, p. 10).

b) Les praticiens modernes

Diallo affirme que l’excision est pratiquée dans les hôpitaux par des agents de santé tels que les sages-femmes et les infirmiers. Les médecins semblent rarement impliqués. Cela se fait davantage en zone urbaine que rurale.

De nos jours, les hommes peuvent aussi exciser alors que, traditionnellement, seules les femmes pouvaient le faire.

Les frais sont bien sûr plus élevés avec les praticiens modernes et le montant de l’acte est laissé à la discrétion de la personne qui l’exécute.

Les antiseptiques et cicatrisants de la médecine occidentale sont utilisés lorsque l’excision se fait dans des locaux sanitaires, y compris le vaccin contre le tétanos (Diallo, 1997, p. 11).

La pratique de l’excision au Mali
Mémoire de Fin d’études – Filière de formation – Infirmière HES, Infirmier HES
HEDS Haute Ecole de Santé Genève – Hes.so Haute Ecole Spécialre de Suisse Occidentale