Les conséquences des MGF sur la santé des femmes

By 27 April 2014

10. Les conséquences des MGF sur la santé des femmes

Quelque soit le degré de mutilation pratiqué, les conséquences ou complications sont toujours néfastes pour la santé des femmes. Nous retrouvons les complications les plus sévères chez nos sœurs qui ont été infibulées, ce qui n’a rien d’étonnant, vu la violence de l’acte.

Nous allons développer les principales conséquences des différents types de MGF, à court et long terme, en nous basant principalement sur l’étude de l’OMS déjà citée (1998). A noter que nous parlons là de conséquences sur un plan global et pas seulement malien (par manque de données concernant ce pays).

a. Conséquences immédiates après l’excision (court terme)

** Le décès

Il est très difficile, voire impossible de chiffrer le nombre de décès dus aux MGF, aucune étude n’ayant été menée sur ce point. De nos jours, vu la lutte qui s’instaure contre les MGF, il est probable que les données seraient compliquées à obtenir, la pratique tendant à être faite de manière cachée ; du moins, nous pouvons le supposer.

« La mort peut résulter d’une hémorragie massive (choc hémorragique), de la douleur et du traumatisme subi (choc neurogène) ou d’une infection grave généralisée (septicémie) » (p.26).

** L’hémorragie

Le clitoris étant une zone très vascularisée des organes génitaux externes, la complication la plus fréquente est le saignement abondant, surtout quand l’incision touche l’artère nourricière dans laquelle la pression sanguine est élevée (p. 27).

« Une hémorragie secondaire est également possible à la fin de la première semaine, à la suite d’une infection provoquant le décollement du caillot qui bouche l’artère. Une hémorragie aiguë ou prolongée peut provoquer une anémie ou même entraîner la mort si elle est massive » (p. 27).

** Le choc

L’excision peut s’accompagner d’un état de choc, à cause des intenses douleurs, du traumatisme psychologique et physique ou de l’épuisement. Pour les fillettes qui ont un souvenir du moment où elles ont été excisées, nous pouvons imaginer en effet un état de grande anxiété avant l’opération, comme l’a décrit Khady (cf. point 10a précédent), ne sachant pas exactement ce qui les attend. Beaucoup d’entre elles restent marquées à vie et ne peuvent oublier le traumatisme et la douleur de l’excision.

** La lésion des organes de voisinage

D’une manière générale, ces opérations sont faites sans anesthésie ou sous anesthésie locale. Ainsi, l’enfant opérée se débat sous l’effet conjugué de la douleur et de la peur bien qu’elle soit immobilisée par trois ou quatre femmes adultes. En conséquence, la praticienne, si elle n’est pas tout à fait expérimentée, peut toucher d’autres tissus voisins, tels que l’urètre, le vagin ou le rectum (p. 27).

** La rétention urinaire

« La douleur, un œdème et une inflammation autour de la plaie opératoire peuvent déterminer une infection et, par voie de conséquence, une rétention d’urine ». Cette dernière peut durer quelques heures à quelques jours mais elle est généralement réversible.

La persistance de la douleur peut avoir des répercussions sur les jeunes excisées en provoquant un arrêt conscient de la miction car elles savent par expérience que les déchets éliminatoires sont acides. Cela peut aboutir à une rétention urinaire si cet arrêt est prolongé.

** L’infection

Les infections sont fréquentes et souvent dues à la non stérilisation, ou stérilisation inadéquate, des instruments utilisés. L’infection peut aussi survenir quelques jours post intervention, surtout si la cicatrice de la partie enlevée macère dans l’urine ou les matières fécales. Dans la plupart des excisions, la praticienne recommande de mettre du beurre de karité, substance grasse et nourrissante mais sans qualité antiseptique. De plus, « les instruments mal stérilisés et les matières fécales peuvent véhiculer des spores ou des bactéries responsables du tétanos ou de la gangrène » (p. 28).

** Le tétanos

Un témoignage nous indique : « Nous avons hérité cette pratique de nos parents ». Agée de 57 ans, Bila Dimzouré a été initiée à cette pratique par sa grand-mère. Elle témoigne : «A sa mort, elle me légua sa lame et je lui succédai pour devenir à mon tour l’experte du quartier.

Entre-temps, j’ai excisé ma propre fille qui malheureusement a eu le tétanos. Grâce à Dieu, elle a survécu, mais elle n’a pas encore eu d’enfants. J’ai réalisé aujourd’hui avec les sensibilisations que c’est à cause de l’excision que ma fille ne pourra peut- être jamais enfanter. J’ai juré devant Dieu de ne plus répéter cette erreur sur un enfant » (Morija, 2007, 4 septembre).

b. Complications à long terme liées aux types I & II

** Chéloïdes (développement excessif de tissu cicatriciel)

« Il existe une prédisposition génétique à la formation de chéloïdes (bourrelets cicatriciels) chez un grand nombre de tribus où l’on pratique les MGF. D’aspect très inesthétique, les chéloïdes vulvaires provoquent une grande détresse psychologique. On peut rarement s’en débarrasser, car leur ablation est en général suivie d’une nouvelle prolifération tissulaire » (p. 29).

** Kyste dermoïde

Complication la plus courante à long terme des MGF, ce kyste « résulte de l’inclusion de tissu cutané dans la cicatrice » (p.28). Les glandes sudoripares normales de la peau vont ainsi continuer de sécréter et le kyste se remplit peu à peu. La grandeur des kystes dermoïdes est très variable, allant de la taille d’un petit pois à celle d’un pamplemousse ou même d’un ballon de football. S’ils ne sont guère dangereux, ces kystes sont très douloureux. Si le kyste est petit, l’attitude thérapeutique est de « voir venir » ; s’il est gros, il faut l’enlever chirurgicalement car il devient vraiment gênant ou peut s’infecter (pp. 28-29).

** Névrome cicatriciel (tumeur constituée de tissu nerveux)

Suite à la fermeture totale de la plaie, le nerf clitoridien, qui a pu être enfermé dans un point de suture ou dans du tissu cicatriciel, provoque la formation d’un névrome. La vulve peut alors, par conséquent, être très sensible au contact (rapports sexuels, toilette, par exemple) (p.29).

** Dyspareunie

Quelles que soient les complications énumérées ci-dessus, elles peuvent rendre les rapports sexuels extrêmement douloureux et insupportables psychologiquement (p.29).

** VIH/SIDA (virus de l’immunodéficience humaine ou syndrome d’immunodéficience acquise), hépatite B et autres maladies hématogènes (qui se transmettent par voie sanguine)

Personne ne sait exactement ce que les exciseuses font avec leurs instruments. Nous pouvons émettre l’hypothèse qu’au cas où les instruments sont utilisés pour plusieurs personnes, le risque de contamination des virus VIH/SIDA et de l’hépatite B est augmenté (p.30).

** Pseudo-infibulation

En cas de MGF de type II, une excision excessive peut provoquer, lors de la cicatrisation, la formation d’adhérences vulvaires et créer ainsi une pseudo- infibulation, même lorsque les lèvres n’ont pas été suturées (p. 30).

c. Complications à long terme en cas de type III

** Infections de l’appareil reproducteur

Les infections partant de la vulve, en cas d’accumulations de sécrétions ou de sang, peuvent se propager et remonter à un niveau supérieur de l’appareil reproducteur. Ce type d’infection est trois fois plus élevé chez les femmes infibulées que chez les femmes qui ont subi une clitoridectomie. Les causes de ces infections génitales hautes sont plurielles : infection post opératoire, obstacle à l’évacuation normale des urines, sécrétions vaginales, infection de la plaie post accouchement. Douloureuses, ces infections peuvent aussi entraîner la stérilité par formation de tissu cicatriciel au niveau des trompes de Fallope (cf. schéma de l’anatomie de la femme, au point 1 de ce chapitre).

** Obstruction chronique des voies urinaires

En cas d’infibulation avec suture des lèvres, la miction se fait très difficilement, en petites quantités à la fois, voire en miction « goutte à goutte ». Cela peut être la source d’infections urinaires à répétition ainsi que la formation de calculs vésicaux (p. 31).

** Incontinence urinaire

« Les fuites urinaires sont très fréquentes chez les femmes infibulées, la vidange vésicale est incomplète et une infection chronique sous le capuchon de tissu cicatriciel peut rendre difficile le contrôle du sphincter » (p.31).

Selon un reportage du Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS) sur le Mali, une jeune fille explique son vécu : « J’avais cinq ans lorsqu’on m’a excisée. Au cours de l’intervention, mon urètre a été endommagé et par la suite je suis devenue incontinente. J’ai dû arrêter l’école à cause des moqueries de mes camarades de classe qui ne supportaient plus mon odeur. J’avoue que je sentais l’urine partout sur mon corps » (Source : Reportage suivi au GAMS non diffusé à la télévision : pour une loi interdisant les MGF au Mali 2007, 9 avril).

** VIH/SIDA, hépatite B et autres maladies hématogènes

Les incisions et sutures à répétition après les accouchements, les plaies micro ou macroscopiques dues aux rapports sexuels et le recours aux pénétrations anales, lorsque la pénétration vaginale est rendue difficile ou impossible par l’infibulation, tendent à faire augmenter le risque de transmission de l’infection à VIH, de l’hépatite B et de maladies hématogènes. Aucune recherche n’a encore confirmé ces faits (p. 31).

** Sténose de l’orifice vaginal

Chez la femme infibulée, l’orifice vaginal peut être si petit qu’il finit presque par se refermer, au bout d’un certain temps. Cela peut évidemment provoquer une évacuation imparfaite des urines, voire aussi une rétention du sang menstruel (hématocolpos). Dans ce genre de situations, les rapports sexuels sont impossibles. (p.31)

** Lésions des organes voisins

Chez une femme infibulée, le risque d’avoir des lésions est assez grand lors des rapports sexuels forcés ou par désinfibulation brutale (rapports sexuels ou accouchement). Selon un reportage de la chaîne de télévision ARTE, en février 2007, un Soudanais a expliqué avoir pris un couteau pour déchirer la cicatrice de sa femme, n’ayant pas eu une pénétration aisée.

** Complications lors du travail et de l’accouchement

« Lors d’un accouchement, la femme doit être désinfibulée pour permettre à la tête du nouveau-né de sortir du vagin. Cela augmente le risque d’hémorragie et d’infection de la plaie » (pp. 31-32). Si aucune personne expérimentée n’est présente pour effectuer la désinfibulation, le travail peut être prolongé, avec des risques de complications modérées à graves pour la mère et pour l’enfant. Aucune étude à ce jour ne peut nous renseigner sur les conséquences périnatales liées à l’infibulation. Néanmoins, différents cas ont été rapportés : ouverture de la cicatrice vulvaire, déchirures du périnée, souffrance du fœtus, création de fistules entre la vessie et le vagin ou entre la vessie et le rectum, lacérations graves des muscles anaux, traumatisme de l’appareil urinaire (l’urètre peut même être arraché de la vessie).

La présidente de l’Association Malienne pour le Suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles (AMSOPT), dans sa lutte contre l’excision, raconte :[…]« J’ai pris conscience de ce problème à 26 ans quand j’étais enseignante : j’ai vu une jeune fille du lycée rejetée par sa famille car soupçonnée d’avoir « fauté » et d’être enceinte. En fait, elle était excisée et infibulée, elle avait une infection terrible car le sang menstruel ne pouvait pas s’écouler. Elle n’osait pas en parler, son ventre était énorme, prêt à éclater. On l’a amenée d’urgence à l’hôpital, trop tard. Ils n’ont rien pu faire pour elle, elle est morte d’une septicémie » (Sidibé, 2002, p. 20).

Dans un autre exemple est rapporté le cas d’une femme nigériane multipare de 23 ans, excisée la veille de son accouchement. Elle mit au monde une petite fille vivante, mais la plaie de l’excision s’étant infectée, elle tomba dans le coma et mourut quatre jours plus tard (OMS, p.26-27).

En résumé, « la pratique de l’excision entraîne de graves complications pour les femmes lors de l’accouchement et un taux de mortalité plus élevé pour les nouveaux- nés. Risques de césarienne et d’épisiotomie (incision volontaire faite lors de l’accouchement pour prévenir une déchirure du périnée) pendant l’accouchement, fortes hémorragies et hospitalisations prolongés après la naissance, figurent parmi les principales complications pour les femmes qui ont subi des mutilations génitales, indique un communiqué de l’OMS à Genève. […] Le risque de césarienne est de 30% supérieur à celles qui n’ont subi aucune mutilation. De même, le risque d’hémorragie après la naissance est 70% fois plus élevé » (Genre action, 2007, 28 septembre).

La même étude montre que les bébés dont la mère a subi une mutilation ont plus souvent besoin d’être réanimés. Le taux est de 66% plus élevé chez les femmes ayant subi une mutilation de type III.

De même, le taux de mortalité des bébés pendant et immédiatement après l’accouchement est beaucoup plus élevé lorsque la mère a subi une mutilation.

La surmortalité est de 15% dans le cas des mutilations de type I, de 32% dans le cas des mutilations de type II et de 55% dans le cas des mutilations de type III (Genre action, 2007, 28 septembre).

** Effet des MGF sur la sexualité de la femme

Encore peu d’études ont été effectuées pour évaluer les répercussions des MGF sur la sexualité féminine adulte. En résumé, nous pouvons identifier les points essentiels suivants :

– Il n’y a apparemment pas de lien entre mutilation et âge du premier rapport sexuel, ni sur les relations sexuelles extraconjugales. Autrement dit, pour les tenants des mutilations qui pensent ainsi « rafraîchir » les ardeurs féminines, cela tombe à côté.

– Les femmes ayant subi une mutilation de type III semblent en grande majorité (80%) ne pas connaître l’orgasme, voire en ignorent l’existence, contre 10% des femmes ayant subi une mutilation de type I.

– Dans une étude menée au Caire, 29% des femmes ont dit n’éprouver aucun plaisir lors des rapports sexuels, 30% éprouvent du plaisir sans toutefois parvenir à l’orgasme et 41% en éprouvent et ont un orgasme fréquent. Aucune conclusion claire n’a pu être établie entre mutilation subie et vie sexuelle ; il s’agit d’être très prudent avec les données recueillies car le conditionnement social et les relations matrimoniales font effet de facteurs parasites.

– Il semble aussi que les femmes ayant eu des expériences sexuelles avant leur mutilation répondent de manière positive aux avances de leurs partenaires sexuels.

« Il ressort de toutes ces observations que les mutilations sexuelles, quelles qu’elles soient, ont une certaine incidence sur la réponse sexuelle de la femme sans toutefois exclure forcément le plaisir sexuel, voire même un orgasme. ». (pp. 36-37) D’une part, certains tissus sensibles de la région du clitoris, région richement innervée, rappelons-le, peuvent être épargnés lors de la mutilation et, d’autre part, la sensibilité générale des zones érogènes autres que les organes génitaux proprement dits augmenterait suite à la mutilation, particulièrement chez les femmes ayant un partenaire attentionné.

Il est évident que des études mieux conçues sont indispensables pour comprendre davantage l’influence des mutilations sur la vie sexuelle de la femme adulte. (p. 37)

** Effet des MGF sur la sexualité de l’homme

Il est certainement utile et intéressant d’avoir des informations sur la sexualité des hommes ayant des partenaires sexuelles mutilées, dans le cadre de ce mémoire puisqu’un des intérêts se porte sur la vie du couple.

Les hommes rapportent que les rapports sexuels avec une femme ayant subi une mutilation sexuelle génitale, peuvent être déplaisants en ce sens qu’en tant qu’hommes, ils ne peuvent se laisser aller car ils doivent constamment faire avec la douleur de leur épouse ; ils doivent ainsi continuellement se contrôler, ce qui rend les rapports sexuels peu faciles et peu libres.

Il convient de noter cependant que la notion de plaisir sexuel est variable selon la culture, le contexte général et la personne elle-même. Par exemple, « en Somalie et au Soudan, forcer pour pénétrer une femme ayant une infibulation serrée est considéré comme un signe de masculinité et de virilité ». (p. 38)

Pour d’autres hommes, la douleur et la souffrance morale engendrées par des rapports sexuels de ce genre peuvent finir par mener à l’impuissance.

Les hommes peuvent aussi chercher des relations extraconjugales avec des femmes non mutilées, qualifiées de « chaudes » ou « d’entières ». En conséquence, les MGF peuvent être la source, au sein du foyer, de tensions plus ou moins graves, menant parfois au divorce.

Selon une étude avec des hommes polygames (ayant une épouse mutilée et les autres non) 88,7% préféraient avoir des rapports sexuels avec leurs épouses non mutilées ou celles ayant une mutilation de type I car « ils en avaient assez du calvaire que représente une pénétration rendue de plus en plus difficile par le développement de la zone cicatricielle indurée après chaque accouchement ». (p. 38). Seule une petite minorité, 12%, préfère les femmes infibulées.

d. Révision du questionnement

En arrivant à la fin de ce long chapitre constitué par le cadre de référence de ce travail, il nous faut faire un arrêt sur le questionnement qui nous occupe. En effet, après avoir compilé de nombreuses informations, la question de recherche s’est précisée. Notre mémoire s’axe maintenant véritablement autour du vécu des femmes ayant subi une mutilation génitale. La question centrale de recherche peut se formuler de la manière suivante :

** Quel est le vécu des femmes maliennes, entre 20 et 50 ans, appartenant à différentes ethnies, ayant subi une mutilation génitale ? Que peuvent–elles en dire ? Que parviennent-elles à raconter à ce sujet ?

Dans le but de détailler cette question très large et, après avoir « revisité » notre questionnement initial, nous ajouterons les questions secondaires suivantes :

– Quel est le vécu sur les plans physique et psychologique des femmes maliennes entre 20 et 50 ans ayant subi une MGF ?

– Quel est le vécu des femmes maliennes, ayant subi une MGF, plus particulièrement dans le cadre de leur relation de couple ?

– Quelles sont les représentations des femmes maliennes à propos des MGF ?

Que disent-elles des complications qui peuvent survenir ?

– Les femmes maliennes partagent-elles leur vécu de femmes, d’épouses, de mères ? Autrement dit, parlent-elles librement de leur sexualité entre elles, au sein de leur famille ou entre amies, ou évitent-elles ce sujet ?

– Comment se situent-elles face à la polygamie ? Qu’en disent-elles ?

– Quelles sont les relations des épouses vis-à-vis de leur belle-famille ?

– Comment se situent les femmes maliennes vis-à-vis de l’excision de leurs filles, si elles en ont ?

– Comment considèrent-elles l’avenir, en lien avec les mutilations sexuelles féminines ?

Ces questions vont être abordées dans des entretiens semi dirigés de recherche auprès de femmes du Mali. La partie méthodologique de cette étude, c’est-à-dire le chapitre suivant, va nous renseigner sur ce sujet.

VI. Conclusion

Il est à noter que, alors que je m’exprimais en «nous » dès le cadre de référence de ce travail, je vais désormais repasser au « je » car je suis la responsable de cette recherche et que je désire l’assumer en tant que telle, dans une conclusion qui laissera également place à mon vécu et à mon avis.

Arrivée au terme de ma recherche, je peux dire que la tâche n’a pas été facile dans le sens où j’ai dû réaliser que l’impact de cette étude était double. D’une part, en tant que victime, j’ai eu à me démarquer de mon objet de recherche et à « m’arracher » véritablement à mes pré connaissances (travail de conquête de l’objet de recherche). La genèse de mon travail avait été provoquée par une discussion que j’avais eue avec un gynécologue lors d’une consultation de routine, juste avant l’entrée à l’école d’infirmière. Cette consultation m’a fait « travailler la tête » ; ainsi, j’ai décidé d’approfondir mes connaissances sur les mutilations génitales féminines dans mon mémoire de fin d’études. J’ai donc du faire tout un travail intérieur.

Bien sûr, cela m’a permis de faire mon propre deuil, tant dans le domaine psychoaffectif qu’émotionnel ; ce fut un long et laborieux travail qui m’a bloquée et empêchée de continuer mon mémoire plusieurs mois d’affilée, mettant presque en péril son aboutissement. Je n’avais pas imaginé en commençant devoir faire face à moi-même et à ma culture traditionnelle d’origine avec autant d’intensité…

D’autre part, en tant que « chercheuse débutante », les connaissances accumulées, qu’elles soient d’ordre scientifique ou non (témoignages, films, par exemple), m’ont aussi beaucoup remise en question dans mon identité de femme et de citoyenne du Mali.

Enfin, en tant que future soignante, je voulais me lancer un peu « tête baissée » dans mon projet professionnel futur, c’est-à-dire le travail que j’avais envie d’entreprendre après mon diplôme, auprès des femmes de mon pays. Je comprends maintenant l’importance de prendre du recul, d’avoir des connaissances scientifiquement fondées, bien qu’elles ne soient pas nombreuses dans ce domaine, et de bâtir un projet d’action qui ne repose pas sur une révolte ou une tristesse uniquement personnelles. Malgré toutes ces difficultés, j’ai su mener à terme mon travail de fin d’études.

Mon rôle propre de future infirmière vis à vis des femmes excisées est d’être à leur écoute afin de créer un climat de confiance et d’établir une relation d’aide pour leur permettre d’avancer sur le chemin de l’acceptation et, ensuite, du dépassement de cet événement. Je pense en effet que de bonnes choses peuvent sortir de malheurs, si on prend « soin » de l’épisode malheureux, même si l’on le porte encore dans sa chair. « Soigner » veut dire alors, pour moi, partager, parler, dire les mots et les sentiments et, peu à peu, aider à reconstruire une identité nouvelle, sans doute plus réaliste et, surtout, qui n’a plus à supporter le poids du « tabou », du non dit.

Il est intéressant de noter qu’à Genève, par exemple, un bon nombre de jeunes filles africaines ne vont jamais consulter de gynécologue, non parce qu’elles ne veulent pas mais par crainte que les professionnels s’étonnent de la modification de leurs parties génitales.

En plus de l’accompagnement de ces femmes, les soignants jouent un rôle prépondérant dans la prévention et la sensibilisation de ces pratiques néfastes. En ce sens, tout jugement ou toute manifestation d’étonnement à la vue d’une cicatrice des différents types de MGF devrait être évité(e), que ce soit dans un milieu occidental ou africain.

Toutes les victimes de MGF doivent encore savoir qu’il y a une possibilité de retrouver une sensation physique au niveau du clitoris grâce à une chirurgie esthétique et reconstructrice.

En octobre dernier, il y a eu un colloque à l’Hôpital Universitaire de Genève sur la prise en charge des femmes mutilées. Au cours de la discussion, il est ressorti que la méconnaissance des MGF est un grand défi pour les gynécologues et tout le corps médical et soignant.

A l’avenir, comme on l’a certainement compris, je souhaiterais vivement intervenir dans la sensibilisation et la prévention des MGF, dans le but d’aider les femmes à s’émanciper, c’est-à-dire dans le but de les aider à choisir le plus librement possible ce qu’elles souhaitent pour leurs filles (pour elles, l’étape de la prévention est déjà dépassée).

Je reste convaincue que la lutte ne sera pas facile vis-à-vis de la société malienne car s’attaquer à l’excision signifie s’attaquer à la culture et à la tradition, comme déjà un peu décrit.

Au terme de ce travail, il me reste à exposer les perspectives que je pourrais envisager en lien avec ce sujet des MGF. Il serait nécessaire évidemment, avant toute entreprise de sensibilisation, de prévention ou d’action de recueillir des informations plus substantielles que celles qui existent actuellement, aussi bien dans le domaine des représentations des mutilations que dans celui, très important pour ensuite faire une prévention adéquate, des justifications utilisées pour la continuation des différentes pratiques. Ce travail l’a bien montré, le sujet est complexe, il met en jeu de multiples éléments : culture, tradition, modernité, rejet, religion, transgression d’une norme très établie…

Il faudrait également parvenir à préciser les données sur les conséquences des MGF, physiques et psychiques. Le fait même de donner la parole aux femmes, de leur permettre de partager leur vécu, leurs expériences, de les sortir de leur isolement sera un grand pas en avant.

Pour terminer sur une note réaliste et néanmoins optimiste, je laisserai à deux femmes, l’une occidentale et l’autre africaine, le soin de conclure :

« On ne naît pas femme : on le devient » affirmait Simone de Beauvoir. […]

En effet, il ne suffit pas de naître de sexe féminin pour accéder à sa pleine maturité de femme. Celle-ci s’acquiert avec le temps, comme un bon vin dont le vieillissement révèle toutes les saveurs.

Ce processus de maturation est présent de la tendre enfance à l’automne de la vie, et chaque étape de la vie d’une femme est soumise à de nombreuxbouleversements (physiologiques, psychologiques ou sociaux), dont dépend l’évolution de son vécu sexuel (Baccigalupo, 2006, p. 245).

Notre devoir est de dire non, stop à toutes les formes de violence et de mutilation. Il est inacceptable de laisser mutiler des petites filles au nom de traditions ou de cultures, quelles qu’elles soient. Chaque femme africaine en a maintenant de devoir. A chacune son chemin. Nul n’a le droit de cacher la vérité sur le sexe des femmes africaines. Il n’est ni diabolique ni impur.

Depuis la nuit des temps, c’est lui qui donne la vie (Khady, 2005, p 210).

La pratique de l’excision au Mali
Mémoire de Fin d’études – Filière de formation – Infirmière HES, Infirmier HES
HEDS Haute Ecole de Santé Genève – Hes.so Haute Ecole Spécialre de Suisse Occidentale