Le marché français de la prestation logistique : pleine evolution

By 25 April 2014

B) UN SECTEUR EN PLEINE EVOLUTION : VERS UNE CONCENTRATION EN CASCADE

1) Un marché de 6 milliards d’euros en 2004

Selon Logistiques Magazine 12, l’estimation du marché français de la prestation logistique – « contract logistics » – a pu être réalisée grâce à une méthodologie qui consiste à additionner les chiffres d’affaires logistiques13 fournis pour les besoins de l’étude à Logistiques Magazine. Néanmoins, cette étude a également pris en compte les volumes d’affaires des prestataires absents ou hors classement.

Le résultat obtenu est édifiant : le marché atteint, en 2004, 6 milliards d’euros ! En 2003, il représentait 5,8 milliards contre 4,6 milliards en 1999.

Malgré cette croissance, depuis 2001, la progression du marché est plus lente qu’il n’y paraît. En effet, le chiffre d’affaires logistique des prestataires (hors croissance externe) n’a globalement que peu progressé, les plus dynamiques ayant connu une croissance de 3 voire 4 % par rapport à 2003.

Un milieu en pleine mutation

De profonds changements se sont opérés au niveau du marché des prestataires que ce soit au niveau mondial, européen et même français.

En effet, le phénomène de concentration change la donne sur le marché des prestataires. En à peine quelques mois sur l’année écoulée, STEF-TFE, Norbert Dentressangle, FM Logistics ont opéré des acquisitions significatives . Ainsi, ces changements ont bousculé le classement des prestataires : TNT en 4e position l’an dernier disparaît du top 10 et Norbert Dentressangle se voit propulsé en 3e position pas très loin derrière le leader. Ces successifs rachats sont soit la conséquence d’une tendance mondiale à la concentration (par exemple : rachat d’ACR Logistics et d’Exel), soit un phénomène européen qui de ce fait a plus d’impact sur le marché français.

12 Logistiques Magazine, « Concentrations en cascade », Antoine Artous, n°203, Décembre 2005, pp.54-58.
13 La manière d’obtenir ses estimations peut être critiquée de par son manque de fiabilité mais il n’existe pas à ce jour d’autres méthodes qui pourrait chiffrer au plus juste ce marché

Le marché français de la prestation logistique

Source : diagramme autogénéré à partir des données de Logistiques Magazine

Le marché français suit-il la tendance ?

Le marché des prestataires se caractérise également par une tendance, celle d’une extension de part de marché concentré sur les leaders . En effet, les cinq leaders du marché – Geodis, ACR Logistics, Norbert Dentressangle, TNT, STEF-TFE, FM Logistics – totalisent à eux seuls 35 % du marché. Les numéros 1 et 2, Geodis et Norbert Dentressangle représentent chacun 8 % du marché français de la logistique estimé à 6 milliards d’euros ! Quant à ACR (avec Kuehne et Nagel) il totalise 7 % et pour les deux derniers – DHL, Exel et Stef-TFE – 6 %.

La Grande-Bretagne : un marché en avance sur la France

Les cinq leaders de l’année 2004 – Geodis, ACR Logistics, Norbert Dentressangle, TNT, STEF-TFE, ne totalisaient que 26 % du marché. On peut donc constater que les leaders ont accru leur position sur le marché (soit une augmentation de 25 % en termes de présence14). Cette présence est la conséquence de la dynamique des concentrations . Ce phénomène est d’autant plus visible en Grande-Bretagne. En effet, le marché représente 10 milliards d’euros et les cinq leaders pèsent à eux seuls pour 60 % d’un marché à 60 % plus important que le marché français. Exel en détient 26 % suivi par Wincanton avec 15 %.

Viennent ensuite Christian Salvesen et TNT Logistics (6 % chacun) et ACR Logistics (5 %). On peut donc se demander si le marché français n’en est qu’à ses débuts en termes de concentration au vu de ce qui se passe par exemple au Royaume-Uni. D’ailleurs, ce phénomène est plus étendu sur le marché de la messagerie et de l’express car les cinq acteurs principaux contrôlent 62 % du marché.

Une vision plus globale : le marché européen

Le Top 100 (cf supra fiches prestataires) des prestataires logistiques français montre que les premiers prestataires nationaux sont Geodis (leader en France) qui avec Gefco et la Poste sont parmi le Top 20 des groupes européens de transport et de logistique. En ce qui concerne le leader, il ne figure pas en tant que tel dans le classement des groupes européens. Même en France son hégémonie dans la logistique est contestée !

Pour ce qui est de Norbert Dentressangle et Stef-TFE, leur dynamique de croissance est plus forte. Quant à FM Logistic, il se porte mieux qu’il y a cinq ans où il avait été question de son rachat par la poste allemande.

2) La présence des groupes étrangers en France

En ce qui concerne les groupes étrangers présents en France, le rachat d’ACR par Kuehne et Nagel (groupe Suisse) n’a pas eu d’effets sur sa présence sur le territoire. Néanmoins, son intégration à un ensemble plus vaste présent dans le fret international devrait lui permettre une. meilleure visibilité sur le marché français La poste allemande (Deutsche Post World Net) bien qu’ayant doublé son chiffre d’affaires grâce à DHL Solutions et Exel fera partie des futurs leaders mais avec un écart important (environ 100 M€) par rapport à Norbert Dentressangle et Geodis.

Un marché français de plus en plus fermé aux groupes étrangers

Globalement les filiales des groupes étrangers représentent autour de 24 % du marché français de la logistique . Cependant, le taux de pénétration est nettement moins fort que dans celui de la messagerie et de l’express où les filiales des groupes étrangers en contrôlent près de 45 %. De plus, la part des groupes étrangers a diminué , représentant 32% en 2002 et 2003. Cette baisse peut être expliquée par la disparition de TNT Logistics et du rachat d’une partie de son activité par Norbert Dentressangle, reprise de Cryologistics par Stef ainsi que la disparition d’ABX Logistics. Ces évènements peuvent donc être autant de freins à la pénétration du marché français par les groupes étrangers.

Les sociétés présentes dans la logistique qui sont des filiales de groupes étrangers de transport et de logistique que l’on retrouve dans le Top 100 sont les suivantes : ACR Logistics (Kuehne + Nagel), CAT, DHL Solutions et Exel, Ziegler, Christian Salvesen et Darfeuille, Arvato et NYK Logistics. Il faut y ajouter Caterpillar (hors classement) et UPS SCS. Si l’on prend la totalité de ces prestataires en y incorporant Wincanton avec son rachat de Premium Logistics, on estime leur présence à hauteur de 24 % sur le marché français de la logistique soit 24 % d’un marché estimé à 6 milliards d’euros. En 2002 et 2003, leur part était de 32 %. Ce sont les prestataires allemands qui sont le plus présents avec 7,7 % suivis par les britanniques avec 6,8 % avec un bémol cependant. En effet, parmi les groupes britanniques figure CAT, spécialisé dans la logistique automobile et si l’on ne prend en compte que Christian Salvesen et Wincanton, leur part est réduite et ne totalise que 3,5 % du marché logistique.

Cette présence « plus allemande » démontre notamment l’évolution des rapports de force en Europe a fortiori avec la prise de contrôle d’ACR par Kuehne et Nagel qui, bien que de nationalité suisse, entretient des rapports plus qu’étroits avec le marché allemand.

3) Les leaders du marché

Des rachats sans fin pour atteindre le haut du classement

Ces opérations d’achat d’envergure ont pour conséquence de creuser l’écart entre les cinq premiers avec les suivants. En effet, ils devancent les trois autres prestataires de plus de 150 millions d’euros : FM, Gefco et SDV.

A noter également pour le marché des prestataires logistiques : les opérateurs qui réalisent un chiffre d’affaires de plus de 15 millions d’euros représentent entre 85 et 90 % du marché de la logistique en France.

Les rachats modifient l’ordre national des entreprises qui est établi en fonction de leur chiffre d’affaires réalisé avec les activités sur le marché français (cf. Annexe 1 : « C hronologie des événements marquants »).

Pour commencer, nous avons eu l’annonce du rachat par DHL Solutions via Deutsche Post d’Exel. Pour l’heure, DHL se trouve n°9 du classement tandis qu’Exel 11e. On peut donc se poser la question si dans le classement de l’année prochaine Exel aura disparu et si DHL grimpera les échelons.

Ainsi, le magazine Stratégie Logistique s’est également interrogé sur ce sujet, celui des rachats. Il en a établi le tableau prospectif des futurs leaders suivant :

Position Prestataire CA (en M€)
1 Norbert Dentressangle 627
2 Stef-TFE 496
3 Geodis 432
4 Kuehne + Nagel 432 ex æquo
5 DHL Logistics 355
6 Gefco 250
7 FM Logistic 243
8 SDV et Saga 235
9 CAT 194
10 Wincanton 150

Source : Stratégie Logistique, n°82, Décembre 2005, p.42

Le second rachat s’est opéré dans le secteur du froid : reprise de Cryologistics par Stef- TFE. Cryologistics, 17e au classement de Stratégie logistique et aussi de celui de Logistiques Magazine, n’y apparaîtra plus l’an prochain. Stef, quant à lui, pourrait bien garder son rang (selon Stratégie Logistique car il est 4e au classement de Logistiques Magazine) grâce au rachat de Cryologistics) qui ferait un CA total de 496 millions d’euros. Ce chiffre d’affaires étant supérieur à celui de Geodis cette année. En effet, bien que ce dernier soit leader, il enregistre une baisse de ses activités logistiques de 6 % « due à l’arrêt de contrats ne correspondant pas aux critères de rentabilité du groupe » et à « la baisse de volume de certains grands clients qui ont modifié leurs schémas de flux ou de production, en particulier dans le domaine de la haute technologie ».15

Mais les regroupements ne se sont pas arrêtés là ! Premium a été repris par Wincanton qui le fait ainsi disparaître et fait monter Wincanton. Ce dernier espère réaliser un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros qui lui assurerait donc une présence au Top 10 du futur classement.

Quatrième rachat : ACR par Kuehne et Nagel. ACR, troisième cette année du classement (n°2 selon Logistiques Magazine), ne figurera plus dans le classement au profit de Kuehne qui se verra propulser du 30ème au 3e (ex æquo avec Geodis selon le tableau prospectif établi par Stratégie Logistique) avec un chiffre d’affaires proche des 432 millions d’euros. Quant à Norbert Dentressangle qui aurait bien voulu racheter ACR se contente de TNT Logistics (5e du classement) mais cela suffit pour occuper la première place avec un chiffre d’affaires de 627 millions d’euros distançant le second de plus de 100 millions d’euros !

Ces cinq rachats vont réellement bouleverser le classement des prestataires l’an prochain et ils traduisent une dynamique de concentration , amorcée dès 2004, et qui continue à faire son chemin.

Le virus de la diversité touc he aussi le milieu du classement

Force est de constater que ces rachats ont surtout changé la donne en ce qui concerne le classement des leaders, ceux du Top 10.

Selon Valentin Pisa-Burgos de Diagma «ce sont ceux qui tiennent le haut du pavé qui rachètent, ceux qui en ont les moyens ».

Il est à noter également que des rachats ont aussi eu lieu chez les prestataires de moyenne et petite taille. Ce fut le cas notamment pour BG, repris par Arvato Logistics Services (ALS) et du Centre de Services Logistiques (CLS) par GT Logistics.

Mais globalement le phénomène de rachat concerne plus particulièrement les plus « grands » du marché. Et cela n’est qu’un début…

Des gagnants inattendus : les prestataires de taille moyenne

Le but de ces rachats est une volonté des prestataires de compléter leur offre que ce soit en termes de métier (exemple de Kuehne et Nagel avec ACR), de couverture géographique (FM avec Premium) ou de dimension (Deutsche Post avec Exel).

En effet, la logique voudrait que les rachats se poursuivent en ne laissant de côté que des plus petits prestataires car jugés peu intéressants par les «gros ». Quant à ceux de taille moyenne, ils devraient « tirer leur épingle du jeu » en s’appropriant des niches de marché dans lesquelles les « gros » ne veulent pas s’aventurer (exemple de CEPL). Cette idée est renforcée par Marie Françoise Courtin, président délégué général de la Fedimag (Fédération Nationale des prestataires logistiques et des magasins généraux agréés par l’Etat). En effet, selon elle les PME régionales se voient renforcées car « elles sont favorisées par des chargeurs qui recherchent des prestataires à taille humaine , qui ne changent pas de main sans arrêt , et où il est possible de conserver un interlocuteur ! ».

Bien que l’année 2005 soit vue comme l’année de 5 mariages, la tendance s’est amorcée dès 2004 notamment par la disparition d’ABX Logistics France (14e l’an dernier avec un chiffre d’affaires 2003 de 113 millions d’euros) dont les activités ont été reprises par MGF (Magasins Généraux de France). Ce dernier se retrouvant au 15e rang cette année.

On a vu également disparaître Tibbett & Britten (17e avec un chiffre d’affaires de 84 millions d’euros) racheté par Exel, qui grâce à cela se place de 20e à 11e dans le classement cette année. En outre, deux autres rachats : celui de Geopost Logistics (groupe La Poste) par Logista (filiale d’Altadis) qui opère sous le nom de Logista France (20e rang avec un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros) ; et celui de Venditelli par Norbert Dentressangle. En 2005, le phénomène s’amplifie notamment

par un plus grand recours à l’externalisation logistique et à la mondialisation estime Hervé Cornède, délégué général de la fédération des entreprises de TLF (Transport et Logistique de France).

Pourquoi vouloir grossir à tout prix ?

En effet, le marché s’est complexifié en termes de flux car ils concernent des zones géographiques plus lointaines donc les acteurs pouvant répondre à ce genre d’appels d’offres sont ceux qui ont les moyens de pouvoir investir notamment en nouve lles technologies, recherche ou immobilier. A cela il faut ajouter également une recherche par les industriels de coûts toujours plus bas. Cette contrainte coût est largement prise en compte par les prestataires notamment les plus grands qui peuvent beaucoup plus les réduire grâce à une mutualisation de leurs activités (transport, stockage…) et à une plus grande multiplicité de la prestation proposée. « Quand on observe le classement, on constate qu’il y a moins en moins d’ « entreposeurs purs ». Ce sont des messagers, des transporteurs routiers et des acteurs de l’overseas qui les ont intégrés pour proposer la logistique au sein d’une prestation globale » (Hervé Cornède).

En conclusion, « le marché français de la logistique en 2004 progresse légèrement mais moins bien que les années précédentes » estime Hervé Cornède. En effet, nous pouvons constater que les chiffres d’affaires du Top 20 sont en baisse par rapport à 2003.

« Mais c’est à cause de la flambée des coûts et notamment ceux des coûts immobiliers et sociaux, revalorisation des postes oblige » comme l’explique Emmanuelle Bontemps, responsable overseas et Supply Chain de TLF.

La 4e Partie Logistique – Fourth Party logistics – est-elle une solution optimale ?
Mémoire de fin d’études- Master Sciences du management spécialité Logistique
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne