La pratique de l’excision au Mali

By 25 April 2014

“…L’excision est une pratique extrêmement ancienne et son origine remonte vraisemblablement au temps de l’Egypte pharaonique, selon ce qui se dit couramment, par exemple au Mali. Cette pratique s’est progressivement étendue de l’Egypte à la corne de l’Afrique, puis à toute l’Afrique sub-saharienne, pour toucher aujourd’hui près de la moitié des pays africains.

Selon une étude réalisée par le Centre Djoliba de Bamako, avec la collaboration des Drs Touré et Koné, « L’excision est une pratique qui plonge ses racines dans la nuit des temps… ”

HEDS Haute Ecole de Santé Genève
Hes.so Haute Ecole Spécialre de Suisse Occidentale

Filière de formation
Infirmière HES, Infirmier HES

Mémoire de Fin d’études

La pratique de l’excision au Mali

l’excision au Mali

KONTE Assa

Directrice : BARBEY Camille, chargée d’enseignement

Membres du jury : FAVRE Sandrine, chargée d’enseignement
OKSALAMPI Anja, assistante sociale

Genève, novembre 2007

Résumé

Pour ce travail de fin d’études, j’ai choisi de m’interroger sur différents aspects de la pratique de l’excision au Mali. Pourquoi ce thème ? Tout simplement, étant malienne et ayant subi en bas âge cette pratique, elle me révolte depuis plusieurs années. Ayant entrepris des études d’infirmière en Suisse, j’ai été confrontée au rôle de la femme, très différent de celui que je connaissais, les femmes occidentales menant couramment de front plusieurs rôles (épouse, mère, travailleuse, par exemple). Cette confrontation a suscité en moi un processus de remise en question, particulièrement en lien avec mon rôle de femme en général.

Ce mémoire se propose donc d’explorer de manière large le thème de l’excision au Mali en approfondissant mes connaissances sur cette pratique, même si le sujet est tabou en Afrique et, par conséquent, extrêmement délicat à aborder. Ce travail cherche également à identifier, au moins en partie, l’impact de l’excision sur les femmes maliennes par le biais d’entretiens compréhensifs de recherche, c’est-à-dire en tentant de comprendre le « monde » des femmes excisées de façon la plus large et approfondie possible, sans émettre de jugements, ni sur la société malienne, ni sur les femmes excisées. L’accent est porté sur la compréhension générale de l’excision et son impact.

Pour mener à bien mes objectifs, le cadre de référence aborde les thèmes principaux suivants : sexualité de la femme normale, c’est-à-dire dans ce mémoire, non mutilée, les types de mutilations génitales féminines, leurs conséquences sur la santé des femmes et dans leur vie, ainsi que les raisons essentielles invoquées pour justifier les pratiques de mutilation.

La question de recherche principale s’articule surtout autour du vécu global des femmes excisées, leur vécu au sein du couple, leurs représentations de l’excision, leurs relations vis-à-vis de leur belle famille.

Il est à relever qu’il existe peu de données actuelles sur l’excision au Mali ; les informations datent de 10 à 15 ans et elles sont peu nombreuses. Ce mémoire peut apporter ainsi une modeste contribution par les informations recueillies auprès de 4 femmes en entretien individuel et de 5 personnes dans un entretien de groupe.

Les entretiens se sont révélés difficiles à conduire, car le sujet de l’excision est encore très tabou au Mali ; personne n’en parle, même pas les femmes entre elles, ou seulement en de rares occasions.

Les données recueillies ont essentiellement corroboré les études précédentes et les données scientifiques du cadre de référence. Soulignons que l’échantillon de population interviewé est beaucoup trop restreint pour faire l’objet d’une généralisation. Néanmoins et malgré les difficultés, certaines femmes ont apporté des témoignages engagés et illustratifs des pratiques de mutilation sexuelle. L’infirmière, en Occident et en Afrique, face à une personne ayant subi une mutilation sexuelle se doit d’être complètement à son écoute et de l’aider à verbaliser son vécu et ses sentiments. Elle mettra ainsi en œuvre ses habiletés relationnelles pour instaurer un climat de confiance afin d’accompagner au mieux la femme vers ce que cette dernière souhaite pour elle-même et sa ou ses fille(s).

A mon avis, l’infirmière doit aussi participer à des campagnes de sensibilisation et de prévention vis-à-vis des pratiques de mutilation sexuelle, néfastes et dommageables pour la santé des femmes.

Remerciements

Arrivée au terme de ma formation, je tiens à remercier particulièrement Camille Barbey, ma directrice de mémoire qui a bien voulu diriger ce travail en effectuant plusieurs relectures avec une attention particulière. Sa disponibilité et son soutien m’ont beaucoup apporté dans la réalisation de ce travail.

Mes remerciements vont aussi à toutes les femmes maliennes qui ont voulu m’apporter leur aide pour l’élaboration du recueil des données en me faisant part de leur propre expérience et de leur vécu.

Mes remerciements s’adressent également à :

– Sandrine Favre : Tes conseils tout au long de la formation m’ont été d’un apport précieux. Trouves ici l’expression de ma sincère reconnaissance.

– Anja Oksalampi : ton accompagnement et tes conseils ne m’ont pas fait défaut

– l’Association du Bon Secours dont le soutien financier, pour effectuer mon stage à l’étranger, m’a permis d’élaborer mes entretiens.

– Dr Keïta Mamby et son équipe, à l’hôpital Gabriel Touré de Bamako pour m’avoir accepté dans votre établissement.

– Dr Varadi qui m’a autorisé à assister à une intervention de chirurgie réparatrice des organes génitaux, à la clinique Vert-Pré.

– Saligui Coulibaly, Dominique Bidet-Dazin, Annick James, Boukary Barry, pour l’apport documentaire.

– Tous mes frères et toutes mes sœurs.

– Françoise Bonvallat, Françoise Cinter, Gabrielle Blumer, Marie–Christine Corsain, Marianne Kuffer, Josiane Hernandez, Michèle Pichon, Rosemarie Stettler et Gabrielle Hiestand pour leur écoute et leur soutien moral tout au long de ma formation.

– Tous mes amis et amies qui m’ont beaucoup soutenu dans des moments difficiles.

Signification des abréviations

— AMSOPT : Association Malienne pour le Suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles.

— GAMS : Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles

— MFE : Mémoire de Fin d’Etudes

— MGF : Mutilations Génitales Féminines

— MSF : Mutilations Sexuelles Féminines

— MST : Maladies sexuelles transmissibles

— OIM : Organisation Internationale des Migrations

— OMS : Organisation Mondiale de la Santé

— ONG : Organisation Non Gouvernementale

— PNLE : Programme National pour la Lutte contre l’Excision

— UNICEF : United Nations Children’s Fund (Fond des Nations Unies pour les Enfants)

— VIH : Virus de l’Immunodéficience Humaine

— SIDA : Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise

I. Introduction

a. Préambule

Nul ne doute de l’importance de la culture dans une société qui tient à ses traditions. La persistance de certaines coutumes, telle la pratique de l’excision sur le continent africain, par exemple, peut parfois amener une remise en question de l’avenir des jeunes filles ou des futures mamans.

L’excision est une pratique extrêmement ancienne et son origine remonte vraisemblablement au temps de l’Egypte pharaonique, selon ce qui se dit couramment, par exemple au Mali. Cette pratique s’est progressivement étendue de l’Egypte à la corne de l’Afrique, puis à toute l’Afrique sub-saharienne, pour toucher aujourd’hui près de la moitié des pays africains.

Selon une étude réalisée par le Centre Djoliba de Bamako, avec la collaboration des Drs Touré et Koné, « L’excision est une pratique qui plonge ses racines dans la nuit des temps. On pense généralement, que la pratique de l’excision remonte à Sara, l’épouse d’Abraham, qui, prise d’une crise de jalousie, aurait excisé sa servante, devenue sa co-épouse, pour atténuer ses ardeurs sexuelles ».

Au temps des ancêtres, les hommes partaient à l’aventure ou émigraient pour chercher du travail afin de subvenir aux besoins de leur famille, en laissant leurs épouses dans leur belle famille. La pratique de l’excision était perçue alors comme un moyen d’éviter les relations extraconjugales, les absences des époux pouvant durer longtemps.

L’excision est pratiquée sur des milliers de jeunes femmes africaines depuis plusieurs siècles. Aujourd’hui, de par les flux migratoires, la pratique de l’excision est diffusée largement en Occident. Elle devient ainsi une sérieuse préoccupation de santé publique, aussi bien pour le corps médical que pour les infirmières, comme le montrent des articles de presse et demande un positionnement clair du pays accueillant les femmes excisées. Par exemple, Roth-Bernasconi, dans la Tribune de Genève des 9-10 décembre 2006 affirme : « Les mutilations sexuelles féminines accentuent les inégalités dont sont victimes les jeunes filles et les femmes dans les communautés où elles sont pratiquées.

[ ] De plus, et étant donné le large consensus qui règne dans notre société au sujet des mutilations génitales féminines (MGF) qui sont considérées comme non autorisées et ne devant être pratiquées nulle part, il est utile que figure dans le Code pénal suisse une disposition interdisant explicitement les MGF en Suisse, mais également celles commises à l’étranger sur des filles ou femmes vivant en Suisse » (p.13).

b. Motivations pour le sujet

Pour ce travail de fin d’études, j’ai choisi de m’interroger sur différents aspects de la pratique de l’excision au Mali. Pourquoi ce thème ? Tout simplement, étant malienne et ayant subi en bas âge cette pratique, elle me révolte depuis plusieurs années. En tant que femme, je me sens ainsi prioritairement concernée par l’excision, d’autant plus que je désire avoir des enfants à l’avenir.

Après mes études secondaires, j’ai entrepris des études d’infirmière en Suisse. Au cours de mon séjour en Europe, j’ai été confrontée au rôle de la femme, très différent de celui que je connaissais. Les femmes occidentales, en effet, mènent couramment de front plusieurs rôles : épouse, mère, travailleuse, etc. Cette confrontation a suscité en moi un processus de remise en question, particulièrement en lien avec mon rôle de femme en général.

Voici deux petites anecdotes qui illustrent davantage mes motivations.

Quand j’avais 13 ans, je me souviens que ma nièce de 7 ans a été excisée. La décision avait été prise par sa grand-mère paternelle.

Le père de la petite était contre la pratique ; malheureusement il est tombé malade. Profitant de cette circonstance, la grand-maman a mené sa petite fille chez l’exciseuse et ma nièce a subi cette « opération » contre l’avis de son propre père. Après cela, la petite fille a eu des hémorragies et présentait des douleurs au moment d’uriner.

La télévision malienne a produit un film sur la pratique de l’excision. Ce film montre un homme marié sous le régime polygamique dont la future épouse n’était pas excisée. Il y avait une bonne entente entre les deux femmes jusqu’au moment où la future avoue son secret à sa co-épouse et lui dit clairement qu’elle n’est pas excisée. Compte tenu de la valeur socioculturelle accordée à l’excision par la société malienne, cela a engendré de sérieux problèmes dans cette famille entre les épouses.

Le futur époux a été le premier à dénigrer la femme non excisée. Ensuite, tout le village s’y est mis. La famille de la jeune femme a donc décidé de la faire exciser mais son père était contre. Malgré tous les efforts fournis par le père, elle est tombée dans un piège, en essayant de gagner un autre village.

C’est ainsi qu’elle s’est trouvée immobilisée par plusieurs personnes et a été excisée. Elle a perdu énormément de sang. Lorsque son père a été mis au courant, il a essayé d’aller sauver sa fille mais c’était trop tard. Il a amené sa fille à l’hôpital, à la fin du film, afin d’illustrer le risque d’hémorragie et /ou de décès, dû à cette pratique.

C’est à partir de ces évènements que je me suis intéressée à vouloir comprendre la pratique de l’excision dans le but de mener des campagnes de sensibilisation auprès de la population malienne, après l’obtention de mon diplôme en soins infirmiers. J’estime en effet que la construction d’une nation moderne dépend de l’éradication de certaines reliques du passé. En tant que femme, citoyenne malienne, victime et future soignante, je me sens ainsi quadruplement concernée par ce sujet.

c. Questionnement initial

Les questions en vrac ci-dessous montrent mes divers niveaux d’interrogation au début de ce travail.

– Quel peut être le vécu sur les plans physique et psychologique des femmes ayant subi la pratique de l’excision ?

– Quel est le vécu des femmes excisées, plus particulièrement dans le cadre de leur relation de couple ?

– Quel est le vécu des hommes ayant comme partenaire une ou des femmes excisées ?

– Au Mali, quelles sont les valeurs de la société par rapport à l’excision, du point de vue des femmes elles-mêmes et de leur entourage familial, notamment leur belle famille ?

– Quel rôle joue l’excision dans la société malienne, en lien avec la polygamie ?

– La pratique de l’excision est-elle un moyen de sauvegarder la virginité des jeunes filles ?

– Est- il possible d’éradiquer cette pratique de mutilation, qui semble nécessaire à l’acceptation des femmes maliennes dans leur société, mais qui peut se révéler néfaste pour leur santé ?

Etant malienne, ces questions sont mises en perspective avec la société globale de mon pays.

d. Objectifs du mémoire

Par ce travail, je vise à acquérir des connaissances globales sur les mutilations génitales féminines, particulièrement la pratique de l’excision dans le contexte africain et plus spécifiquement au Mali, mon pays d’origine.

De plus, ce mémoire vise à :

* Approfondir mes connaissances sur cette pratique, même si le sujet est tabou en Afrique et, par conséquent, délicat à aborder ;

* Identifier globalement l’impact de cette pratique sur les femmes de mon pays ;

* Aborder ce sujet complexe de manière compréhensive, c’est-à-dire en cherchant à comprendre le « monde » des femmes excisées de façon la plus large et approfondie possible. Il est évident que je ne vais pas chercher à émettre des jugements ni sur la société malienne, ni sur les femmes excisées mais que l’accent est porté sur la compréhension générale de l’excision et son impact.

Etant malienne, je sais par expérience que ce sujet est très difficile à aborder, même avec des femmes. Il me faudra d’autant plus de patience, d’attention et de compréhension pour recueillir les données pour mon travail.

e. Constat de départ

Cette partie du travail est basée sur mes expériences personnelles, mes lectures, des échanges divers, les différents colloques auxquels j’ai assisté dans le cadre de mes recherches concernant l’excision et ses conséquences. Je n’ai jamais reçu de cours théoriques sur l’excision pendant ma formation d’infirmière ; en revanche, mon vécu et celui de mes proches font entièrement partie de moi et je ne peux et ne veux ni les oublier, ni les nier.

Depuis des siècles, dans beaucoup de pays, particulièrement en Afrique, la mutilation des organes génitaux des jeunes filles et des femmes est une pratique courante au nom de la tradition, souvent sous couvert d’un rituel religieux. Elle continue à démontrer l’inégalité évidente entre les hommes et les femmes dans une société patriarcale.

Au Mali, la pratique de l’excision est un acte qui se transmet de mère en fille parmi les femmes de la caste des forgerons. La quasi-totalité des femmes mutilées l’a été par une femme de cette caste. Traditionnellement, n’importe qui ne peut accéder à cette fonction.

Généralement, le rôle d’excision est attribué aux femmes qui ont dépassé la ménopause. Les préparations des rituels sont effectuées par la grand-mère. L’excision est habituellement faite sans anesthésie et sans désinfectant, d’où la persistance de la douleur.

Au Mali, la plupart des petites filles subissent cette pratique à différents âges selon les ethnies1. A Bamako, la capitale et plus grande ville du pays, l’excision est faite après le baptême, c’est à dire une semaine juste après la naissance. La mère craint de s’opposer à l’avis de sa belle-mère et veut ainsi éviter des problèmes dans la famille ; c’est la raison essentielle de l’excision des petites filles nouvelles-nées, encore de nos jours.

Une fois l’opération terminée, les jeunes filles (lorsque l’excision n’est pas pratiquée à la naissance) se mettent en tenue traditionnelle, pendant une semaine, comme le montre l’image ci-dessous. A l’extérieur de la sphère familiale, les gens les reconnaissent grâce à ces tenues et elles sont appelées « Soloma den ».

excision - Constat de départ
(Tiré de : USAID, Centres locaux d’information et communication, 2007, 30 septembre)

1 Le chapitre II donnera des informations générales sur le Mali et sa population.

f. Exploration de la littérature

Ma première phase d’exploration de la littérature s’est centrée sur des recherches de documents électroniques à l’aide de moteurs de recherche. Ceux-ci m’ont permis de trouver des pistes plus générales sur mon thème. Dans cette continuité et par différentes lectures, j’ai été amenée à rencontrer des personnes intéressées à mon sujet de mémoire qui m’ont fourni des pistes de réflexion ainsi que des aides bibliographiques.

Lors de la deuxième phase, j’ai réalisé une recherche bibliographique, en effectuant des requêtes avec plusieurs mots-clés différents, comme excision-origine, excision- culture, excision-conséquences, excision etc…

Il est à noter qu’en inscrivant le mot « excision » seul, je n’ai pas eu des résultats qui correspondaient à mes attentes véritables.

Afin de pouvoir effectuer un réel choix pour mes lectures, j’ai imprimé et lu les résumés obtenus des articles et recherches centrés sur mon thème. Puis, j’ai répertorié ceux et celles qui me semblaient les plus utiles et opportuns pour mon travail.

De plus, plusieurs personnes connaissant le sujet de ma recherche ont dirigé mon attention sur différents articles et ceci tout au long du travail.

Les ouvrages, articles, recherches, documents électroniques et audio-visuels (DVD) que j’ai sélectionnés selon des critères de clarté et de lisibilité aisée en français, pour moi qui ne suis pas francophone, constituent une base documentaire large, fondement de la partie théorique de mon travail, soit le chapitre III, le cadre de référence.

g. Limites

Ce travail me paraît utile et nécessaire pour connaître le vécu des femmes excisées de 20 à 50 ans environ. En effet, je n’ai pas l’intention d’interviewer des jeunes filles mineures sur ce sujet déjà très difficile que représente l’excision car je ne désire pas demander des autorisations parentales. De plus, des jeunes filles ne pourraient répondre à l’ensemble de mes attentes, notamment en ce qui concerne le retentissement de l’excision sur la vie de couple.

Pour les femmes de plus de 30 ans qui ont déjà vécu grossesses et accouchements, elles pourront me parler de ces aspects, qui m’intéressent énormément. Peut -être se sentiront-elles également plus libres d’aborder ce sujet, vu qu’elles ont une expérience de vie plus importante que les jeunes.

Mon intention est d’interviewer 6 à 7 femmes qui ont vécu l’excision. Je ferai ces entretiens lors de ma période de stage à l’étranger (mai à juillet 2006).

Je me suis limitée à la population malienne car je suis originaire de ce pays ; par contre, je suis intéressée à en savoir plus au sujet d’autres pays africains dans le but d’élaborer des liens.

h. Intérêt pour les soins infirmiers

En tant que future infirmière, ce travail pourrait être une modeste contribution à la compréhension du vécu des femmes excisées au Mali. Il n’existe que très peu, voire aucune littérature de recherche à ce sujet car il est encore actuellement extrêmement malaisé d’aborder ce thème avec les femmes africaines.

A long terme, ce mémoire s’inscrit dans le cadre de mon projet professionnel. De retour dans mon pays, j’ai en effet l’intention de travailler au niveau de la prévention et des soins liés à cette pratique, lorsque j’aurai obtenu mon diplôme d’infirmière. Je souhaite vivement travailler à l’émancipation des femmes maliennes.

Selon la théorie de Leininger, citée par Popia &. Moreau (2004), « le caring dans le respect des valeurs culturelles et traditionnelles des clients demeure l’essence des soins infirmiers et assure un niveau élevé de bien-être chez les soignés. Dans le contexte des MGF, la priorité des soins se situe sur le plan de la recherche de la signification des MGF pour la femme et pour son groupe d’appartenance culturelle » (p.34). Dans ce sens, j’apporterai un petit « plus » grâce aux témoignages des femmes qui voudront bien partager leur expérience avec moi.

II. Le contexte de la recherche : le Mali

Comme je l’ai déjà évoqué, je suis d’origine malienne et il me paraît important de faire un travail sur mon pays dans le but d’approfondir mes connaissances à propos d’un de ses aspects. Etant citoyenne d’un pays, il est aussi plus facile de recueillir certaines informations, notamment à travers la langue maternelle, que dans un pays étranger.

Afin de situer le Mali, contexte de ce travail, quelques informations de base vont être décrites.

Le contexte de la recherche - excision : le Mali

(Tiré de : Wikipedia, 2006, 13 mars.)

Ancienne colonie française, la République du Mali a obtenu son indépendance le 22 septembre 1960. Elle partage ses frontières, comme le montre la carte ci-dessus, sur une longueur de 7000 Km, avec 7 autres états : l’Algérie au nord, le Niger et le Burkina-Faso à l’est, la Guinée et la Côte d’Ivoire au sud, le Sénégal et la Mauritanie à l’ouest.

Le Mali est un pays relativement grand, puisque sa superficie est de 1.241.000 km2. Pour en donner une idée concrète, sa superficie correspond à peu près à 30 fois la Suisse, autrement dit, les superficies de l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays Bas réunis ensemble2.

Le Mali est un état enclavé, sans débouché sur la mer, dont 65 % du territoire est occupé par le désert au nord. Il demeure l’un des pays les plus pauvres du monde.

Le Mali compte une population de 12 millions d’habitants répartis dans 8 régions : Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et le district de Bamako, la capitale administrative et économique du pays.

Dans le cadre de la décentralisation administrative, le Mali compte 108 communes rurales et urbaines.

Sa population est essentiellement musulmane (90 %) ; il y a aussi des chrétiens (2 %) et des animistes (8 %).

Près de 40% des habitants du pays appartiennent à l’ethnie mandingue ; ce sont majoritairement des Bambaras vivant principalement dans le district de Bamako. Les autres ethnies principales sont : les Dogons, les Sénoufos, les Bozos, les Sarakolés, les Malinkés, les Touaregs, les Peuls et les Berbères.

Ces découpages ethniques se retrouvent dans la répartition du travail. Les Bambaras, les Dogons et les Sénoufos sont généralement des paysans ; les Bozos, des pêcheurs, les Markas (Sarakolés) et les Malinkés, traditionnellement des commerçants, constituent l’essentiel de la population urbaine ; les Touaregs, les Peuls et les Berbères sont des nomades, essentiellement des éleveurs.

En lien avec les diverses ethnies, le pays compte une trentaine de langues. Cependant, 13 langues nationales sont reconnues officiellement dont le bambara, le bobo, le bozo, le dogon, le peul, le soninké, le songoy, le sénoufo-minianka et le tamasheq. Il y a encore d’autres langues minoritaires.

2 La source des informations données ici se trouve dans le document électronique suivant : Ciral Université Laval, Trésor de la langue fraçaise au Québec, République du Mali, 2007, 19 septembre.

Le français bénéficie du statut de langue officielle, mais le bambara sert dans plusieurs régions comme langue de communication entre les différentes ethnies.

« Avec un taux d’alphabétisation de 23 %, un nombre moyen de 6.7 enfants par femme, une mortalité infantile de 152 ‰, le Mali est classé au 171ème rang de l’Indexe du Développement Humain (IDH). Il présente une gamme d’indicateurs de développement très inquiétante » (source citée en note de bas de page de la page précédente).

TABLE DES MATIERES

I. Introduction p. 9

a. Préambule p. 9

b. Motivations pour le sujet p. 10

c. Questionnement initial p. 12

d. Objectifs du mémoire p. 12

e. Constat de départ p. 13

f. Exploration de la littérature p. 15

g. Limites p. 16

h. Intérêts pour les soins infirmiers p. 16

II. LE CONTEXTE GENERAL DE LA RECHERCHE : LE MALI p. 18

III. CADRE DE REFERENCE : DEVELOPPEMENT DES CONCEPTS p. 21

1. Rappel de l’anatomie et de la physiologie des organes sexuels féminins p. 21

2. La sexualité féminine p. 24

3. La typologie des MGF p. 28

4. La prévalence des MGF au Mali : données générales p. 31

5. La prévalence des MGF au Mali par groupes socioculturels p. 34

6. Le niveau d’instruction et les MGF p. 34

7. L’âge au moment de l’excision p. 34

8. Raisons invoquées le plus souvent pour la pratique des MGF au Mali p. 35

a. Préservation de l’identité féminine et culturelle p. 35

b. L’exigence religieuse p. 36

c. Le contrôle de la sexualité p. 37

d. La conformité sociale p. 38

9. Les praticiens des MGF et les coûts de l’opération p. 38

a. Les exciseuses traditionnelles p. 38

b. Les praticiens modernes p. 39

10. Mise en évidence des raisons principales justifiant les MGF p. 40

a. Le passage du statut de fillette à celui de femme adulte p. 40

b. L’intégration dans la société malienne p. 41

c. La purification p. 41

d. La virginité p. 42

e. La fidélité envers l’époux et le contrôle de la sexualité p. 42

f. Les points obscurs de la persistance p. 43

11. Les conséquences des MGF sur la santé des femmes p. 43

a. Conséquences immédiates après l’excision (court terme) p. 43

b. Conséquences à long terme liées aux types I & II p. 46

c. Conséquences à long terme en cas de type III p. 47

d. Révision du questionnement p. 52

VI. Conclusion