La mise en évidence des raisons principales justifiant les MGF

By 26 April 2014

9. Mise en évidence des raisons principales justifiant les MGF

Nous l’avons vu, de nombreuses raisons poussent à poursuivre, au sein de la population malienne, les mutilations génitales féminines. Ainsi, il nous semble important de relever les éléments principaux qui continuent de légitimer cette pratique.

En préambule, nous pouvons dire que la valeur accordée à l’excision au Mali est essentiellement d’ordre culturelle et très importante pour la population. « Chacun se définit par l’appartenance à une ou plusieurs cultures. Chacun appartient à un faisceau d’identités qui inclut le culturel. L’individu ne se trouve pas dans une identité monolithique, définie par un nombre de traits donnés comme définis immuables » (James, 2004). En général, les MGF sont déterminées sur la base de critères définis et justifiés socialement.

a) Le passage du statut de fillette à celui de femme adulte

Par ce rite de l’excision, il s’agirait, entre autre, d’initier les jeunes filles à devenir des femmes, d’assurer leur insertion sociale et de maintenir la cohésion sociale (UNICEF, 2007, 3 février). Traditionnellement, l’excision permettait le passage de la jeune fille à la femme adulte, de l’impubère à la femme pubère. Toutefois, de nos jours, la pratique se fait également sur les nouveaux-nés. Ainsi Diallo, dans l’Humanité Hebdo (1999), nous affirme :

Quelque soit l’origine de ce geste, l’immense majorité de ceux qui le perpétuent ignorent l’interprétation qu’en donnaient leur ancêtres. Non seulement plus personne ne se souvient des mythes originels, mais la pratique est de plus en plus vidée de sa raison d’être socioculturelle.

Traditionnellement, l’excision constituait un rite de passage entre l’enfance et l’âge adulte ; or aujourd’hui, en milieu urbain, on va jusqu’à exciser les nourrissons tandis que l’âge moyen dans les campagnes est tombé à douze ans. La période de retraite et les chants initiatiques qui transmettaient les principes moraux et les interdits de la communauté aux jeunes filles ont pratiquement disparu. Ce qui donnait lieu à une fête collective devient, en ville surtout, une pratique individualisée, voire médicalisée.

A Bamako, plus de 8% des excisions serait le fait de personnel de santé ; la même tendance quoique plus timide, s’observe en milieu rural. Apparaissent des exciseurs, figures franchement incompatibles avec la tradition. Cette évolution s’explique par la volonté accrue des mères de ne pas faire souffrir leur fille, alors que la douleur ou plutôt son dépassement faisait justement partie intégrante de l’initiation (p.55).

b) L’intégration dans la société malienne

Au Mali, l’excision des jeunes mariées apparaît généralement comme un facteur d’acceptation dans la belle famille. En effet, l’entourage et surtout la belle famille disposent d’une force importante dans la communauté malienne. Le régime polygamique étant accepté et répandu au Mali, ce critère, l’excision, est d’autant plus important.

Du point de vue social, pour éviter le rejet de la communauté, l’excision confère une marque d’honorabilité aux femmes. Une fille ne peut être considérée comme membre de la communauté que si elle a subi l’excision ; sinon, elle sera très mal vue au sein de sa propre famille et de sa belle-famille. Elle aura de la peine à trouver un mari, comme l’a montré une des anecdotes dans l’introduction de ce travail.

La plupart des parents, en continuant ces pratiques, n’agissent pas en pensant faire du mal à leurs enfants ; bien au contraire, ils souhaitent avant tout faciliter l’intégration sociale de leur petite fille (Welcome akwaba, Bienvenue Karibu dans l’univers des belles lettres africaines, 2007, 4 avril)

Soulignons encore que la société malienne est patrilinéaire et, dans ce sens, l’enfant est « un bien collectif (au moins apparemment) mais il est en réalité une possession de la famille paternelle, et jamais un bien de la mère » (Diallo, 1997, p. 17).

c) La purification

L’excision est aussi justifiée comme étant un élément de purification (en bambara : selidji), ce qui signifie les « ablutions nécessaires à l’acceptation de la prière ». En effet, la présence du clitoris est sujette à des jugements qui argumentent la pratique de l’excision. D’une part, le clitoris serait considéré comme un organe sale, une source de problème au moment de l’accouchement en lien avec la sortie du nouveau-né et un handicap lors des rapports sexuels ; d’autre part, le clitoris peut être porteur de malheur pour la jeune fille.

Khady (2005), une femme sénégalaise, relate son excision de cette manière :

Dans la langue soninké, la grand-mère nous annonce que nous allons être salindé pour « pouvoir prier », ce qui veut dire, dans notre langue, « être purifiées pour accéder à la prière ». En français : « excisées ». On dit aussi : « coupées ».

Le choc est brutal. Je sais maintenant ce qui m’attend : cette chose dont les mamans parlent de temps en temps à la maison comme s’il s’agissait d’une accession à une dignité mystérieuse.

[…] Les mères sont parties. Un abandon étrange sur le moment, mais je sais maintenant qu’aucune mère, même ayant le cœur solide, ne peut supporter la vision de ce que l’on va faire à sa fille, et surtout ses cris. Elle sait de quoi il s’agit, puisqu’elle l’a subi, et, lorsqu’on touche à son enfant, c’est sa chair qui saigne de nouveau. Pourtant elle l’accepte, parce que c’est ainsi, et qu’elle n’a pas d’autre voie de réflexion que ce rituel barbare prétendument « purificateur pour pouvoir prier », arriver vierge au mariage et rester fidèle (pp.14-15).

d) La virginité

Pour les femmes qui ont reçu une éducation religieuse, la perte de la virginité avant le mariage est considérée aussi comme un pêché.

Nous pouvons supposer que l’accent est mis sur la virginité dans le but de faciliter l’intégration sociale dans la communauté ethnique d’appartenance. Néanmoins, il est important de souligner que l’excision n’est en aucun cas une garantie pour sauvegarder la virginité des jeunes filles car elle n’empêche pas les rapports sexuels. De plus, on sait que l’hymen, « preuve » physique de la virginité, peut être déchiré dans différentes circonstances, par exemple les sports pratiqués de façon intensive (vélo, natation, saut à la corde ou élastique pour jouer entre filles), par le fait que sa membrane est génétiquement plus ou moins épaisse.

Enfin, si la jeune mariée de perd pas de sang lors de sa nuit de noces, sa famille sera symboliquement déshonorée car elle n’était plus vierge.

e) La fidélité envers l’époux et le contrôle de la sexualité

Dans les communautés d’ethnies Sarakolé, dans lesquelles les hommes voyagent beaucoup, l’excision est un prétexte pour contrôler la sexualité des jeunes femmes mariées et, en même temps, leur éviter d’avoir des relations extraconjugales.

Notons que, pendant l’absence des l’époux, les femmes sont obligées de rester dans leur belle-famille ; de ce fait, elles sont sous la responsabilité des belles-mères.

f) Les points obscurs de la persistance

– La non perception des MGF comme problème de santé parce que, même en cas de décès, la responsabilité est plutôt rejetée sur le mauvais œil.

– L’influence profonde des préjugés qui bloque tout esprit critique et logique.

– La pratique relève d’une décision familiale et communautaire.

En lien avec cette complexité, la recherche sur les MGF et la lutte contre ces pratiques demande une grande prudence, de la patience et un travail de fond de longue haleine afin de pouvoir impliquer l’ensemble des acteurs concernés (Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, 2007, 24 janvier).

La pratique de l’excision au Mali
Mémoire de Fin d’études – Filière de formation – Infirmière HES, Infirmier HES
HEDS Haute Ecole de Santé Genève – Hes.so Haute Ecole Spécialre de Suisse Occidentale