Un entrepreneur expérimenté, Secteur des services aux entreprises

By 14 February 2014

2.4 Le secteur des services aux entreprises (EN)

2.4.1 Un entrepreneur expérimenté avec un bon niveau d’éducation

Le niveau d’éducation de l’entrepreneur se révèle très significatif sur la survie des jeunes entreprises de ce secteur. Ainsi, le fait pour l’entrepreneur de disposer d’un niveau d’éducation égale ou supérieure au baccalauréat, et le fait d’avoir été étudiant juste avant la création se révèle avoir un effet très fortement significatif sur la survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Ce résultat confirme donc l’importance pour l’entrepreneur de disposer de connaissances approfondies et relativement récentes, ce qui va dans le sens d’un autre résultat indiquant qu’une trop grande expérience professionnelle de l’entrepreneur (> 10 ans) grève les chances de survie de sa jeune entreprise.

Ce résultat se trouve dans la lignée de travaux comme ceux de Brüderl et al. (1992), Lussier (1995), Lussier et Pfeifer (2000), Kristiansen (2004) ou encore ceux de Teurlai (2004) qui avaient révélé des effets similaires du niveau d’éducation sur la survie, dans des secteurs multiples voire peu identifiables. Des recherches de l’INSEE (1998), de Lamontagne et Thirion (2000) ou de Béthune (2005) ont aussi mis en lumière l’importance de cette variable sur la survie dans le secteur des services aux personnes respectivement dans les régions PACA, Champagne Ardenne ou encore de Lorraine.

D’autres auteurs ont révélé des effets sensiblement identiques, notamment sur la profitabilité de la jeune entreprise, montrant ainsi qu’un haut niveau d’éducation de l’entrepreneur améliorait la profitabilité de la jeune entreprise (Bosma, Praag et Witt, 2000 ; Honjo, 2004). Cet effet ne fut toutefois pas mis en évidence dans les recherches d’auteurs tels que Lasch et al. (2005).

La thématique liée à l’entrepreneur dans le secteur des services aux entreprises fait également apparaître un second résultat très significatif relatif à l’expérience entrepreneuriale antérieure à la création observée. Il apparaît qu’un entrepreneur qui dispose d’une expérience entrepreneuriale antérieure conséquente (> à 2 créations) est un facteur de survie pour la nouvelle entreprise de services, ce qui est toutefois quelque peu en contradiction avec les résultats relevés auparavant concernant le statut d’étudiant de l’entrepreneur juste avant la création. Néanmoins, ce résultat pourrait être cohérent avec une formation à la création juste avant le lancement du projet ou une formation universitaire spécifique.

Ce résultat est appuyé par les recherches de Carter, Williams et Reynolds (1997) qui avaient mis en évidence l’importance de l’expérience entrepreneuriale antérieure dans le secteur du commerce, montrant que cette expérience était plus significative chez les entrepreneurs féminins que chez les entrepreneurs masculins.

Toutefois, ce facteur ne se trouve pas consistant avec les recherches d’autres auteurs tels que Brüderl et al. (1992) ou encore de Lasch et al. (2005), qui n’avaient pas vu apparaître d’effets significatifs de cette variable dans leurs recherches (études conduites sur des secteurs différents, respectivement le secteur du commerce de détail et des TIC).

De la même manière, dans le secteur des services aux entreprises, Fitouri (2007) n’avait pas relevé d’effet significatif de ce type d’expérience sur la survie, montrant la prédominance d’une expérience plus managériale sur la survie des jeunes entreprises de ce secteur. Lafontaine et Shaw (1998) avaient, quant à eux, identifié un effet significatif de l’expérience entrepreneuriale antérieure de l’entrepreneur sur la croissance de la jeune entreprise.

2.4.2 Pas ou peu de conseils et une faible sous-traitance comme facteurs de survie

La thématique des processus entrepreneuriaux mis en place se révèle prolifique en résultats limitant la survie, notamment relativement à la préparation à la création.

Il apparaît ainsi, contrairement aux travaux de Fitouri (2007), que le recours à des conseillers professionnels (coachs) ou encore la mise en place du projet avec des membres de la famille (hors conjoint), seul ou avec un organisme de soutien à la création ne donnait pas de bons résultats concernant la survie de ces jeunes entreprises à trois ans. Les éléments qui ont été mis en lumière montrent aussi que le non-recours à des conseillers lors de la phase de préparation à la création améliore les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur. Ce résultat se trouve cohérent avec les précédents relatifs au niveau d’éducation de l’entrepreneur ainsi que de son statut post création, et vient donc les confirmer.

Ce résultat vient infirmer les résultats de travaux précédents relevés dans la littérature. En effet, Lussier (1995), Lussier et Pfeifer (2000), Perry (2002) et sur des échantillons multisectoriels,

ou encore Lasch et al. (2005), avaient révélé l’importance sur la survie du recours à des conseillers professionnels lors de la phase de préparation à la création, nous amenant à penser, dans le cas de Lasch et al. (2005), que le recours à ce type de conseils pourrait avoir un impact plus significatif dans le cadre d’activités plus innovantes, nécessitant donc des connaissances plus spécifiques.

L’activité de sous-traitance se révèle également une activité à double tranchant. En effet, il est avéré que certaines entreprises de services sous-traitent une partie de leurs activités auprès d’autres entreprises, notamment dans le cadre de la sous-traitance offshore.

Selon Di Gregorio, Musteen et Thomas (2009) « Offshore outsourcing enhances international competitiveness by enabling SMEs to reduce costs, expand relational ties, serve customers more effectively, free up scarce resources, and leverage capabilities of foreign partners”.

Dans cette optique, certaines entreprises de services pourraient faire ainsi le choix de sous- traiter une partie de leur activité non essentielle, afin de se concentrer sur leur cœur de métier pour réduire leurs coûts et augmenter leur compétitivité sur les marchés visés. Néanmoins, il apparaît également qu’une activité composée en grande partie de sous-traitance limite les chances de survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Cette remarque nous amène à suggérer l’importance que revêt le cœur de métier des entreprises dans ce secteur, montrant donc la primordialité de conserver celui-ci en interne. L’entreprise qui voudra ainsi améliorer ses chances de survie, se verra donc conseiller de ne sous-traiter que certaines activités annexes à la prestation centrale de la jeune entreprise de service.

2.4.3 Structure financière et personnalité morale

Au même titre que dans les secteurs du commerce et de la réparation ou encore de la construction, la personnalité juridique de la jeune entreprise de services aux entreprises a un impact fortement significatif sur la survie à trois ans. Les résultats font ainsi apparaître que la personnalité morale de ces jeunes entreprises est un atout pour leur développement futur . Harhoff, Stahl et Woywode (1998) indiquent, dans une recherche intersectorielle conduite en Allemagne, que: « The entrepreneur’s choice of legal form reflects her assessment of the riskiness of the projects undertaken, and thus the firm’s growth and survival chances. The choice of liability rules also affects the mode of ownership transfer and, indeed, the mode of the firm’s exit ».

Ils montrent que les entreprises de services qui disposent d’une forme juridique de type « limited liability » (que l’on pourrait rapprocher de la forme juridique française « personne morale ») ont un taux d’échec inférieur à celles qui disposent d’une forme juridique que l’on pourrait qualifier de personnalité physique (« sole proprietorship »). Ce résultat se trouve en concordance avec celui relevé par Teurlai (2004), dans le cadre d’une étude multisectorielle, qui avait montré que la personnalité morale de la jeune entreprise avait un impact positif sur sa survie à trois ans.

Concernant la dimension financière, l’analyse des résultats met également en lumière des éléments relatifs, aux capitaux engagés lors de la création, ainsi qu’aux sources de financements des investissements. Il apparaît que les moyens financiers nécessaires pour la création de la jeune entreprise se situent entre 16 000 et 40 000 €, pour voir un effet significativement positif sur la survie à trois ans dans ce secteur. Ce résultat est confirmé par l’apparition d’un facteur limitant la survie relatif à des moyens supérieurs à 40 000 €.

Fitouri (2007) avait relevé un résultat similaire, montrant que la survie des jeunes entreprises de services en Tunisie était impactée de manière négative lorsque celles-ci disposaient d’un financement de leur création inférieur à 30 000 dinars (soit environ 15 800 €). Le montant de capital reste assez faible et nous amène à considérer ce résultat comme un élément singulier au secteur des services aux entreprises.

Les sources de financement des investissements, lors de la création, se révèlent également avoir un impact fortement significatif sur la survie de ces entreprises. Il apparaît que les jeunes entreprises de ce secteur qui financent leurs investissements lors de la création par des apports en capitaux (en provenance d’organismes de fonds propres), mais aussi par d’autres formes d’emprunts (autres que bancaires) ou encore par l’obtention de dispositifs publics comme le PCE ou l’EDEN ont plus de chances de survivre à leur troisième anniversaire que leurs consœurs qui avaient choisi d’autres sources de financements.

Toutefois, les analyses menées montrent aussi que l’obtention des dispositifs publics (PCE ou EDEN) peut également relever des facteurs limitant la survie si ceux-ci ne sont pas utilisés à bon escient. Ce constat va également dans le sens des travaux de Teurlai (2004) qui avait montré dans son analyse que les aides publiques pouvaient être à double tranchant, dépendant certainement de leurs emplois, soit comme source de financement des investissements, soit comme source de financement du projet lui-même.

Ce constat reste assez singulier, et nous amène à penser que l’usage des aides publiques a finalement un impact singulier sur la survie à trois ans de ces jeunes entreprises, impact que nous ne soupçonnions pas à l’origine. Il paraît ainsi cohérent d’envisager que cet usage soit encadré par les organismes qui les délivrent, afin justement de limiter cet effet à double tranchant.

2.4.4 Le département de la Lorraine comme facteur limitant la survie

La dimension environnementale, bien que peu représentée, laisse apparaître dans ce secteur, que la région Lorraine a eu un impact négatif sur la survie à trois ans des entreprises de ce secteur. Ce résultat pourrait être expliqué par une différence de volumes de marchés dans le secteur des services aux entreprises , mais aussi par le fait que la frontière allemande se trouve proche, amenant les entreprises à avoir plus de choix dans les prestataires disponibles, donc une concurrence accrue dans ce secteur et dans cette région.

Il apparaît tout de même difficile d’expliciter de manière plus pertinente ce résultat compte tenu du peu d’informations disponibles sur l’environnement des entreprises qui ont été analysées dans cette recherche.

Cependant, ce résultat pourrait tout de même se trouver dans la lignée des travaux de Fotopoulos et Louri (2000) qui bien qu’ayant travaillé sur le secteur industriel en Grèce, avaient montré l’importance pour ces entreprises de se localiser dans des grands centres urbains plutôt que dans des zones plus rurales. Persson (2002) avait, lui aussi, montré, dans le cadre d’une analyse multisectorielle en Suède, l’impact positif de la localisation des jeunes entreprises sur leur survie.

Toutefois, il apparaît que la localisation pourrait avoir un impact sur la croissance de la jeune entreprise, eu égard aux travaux de Honjo (2004) sur ce sujet, qui avait confirmé quelque peu les travaux de Fotopoulos et al. (2000), dans le cadre d’une recherche menée au Japon dans le même secteur d’activité, montrant que la localisation dans une zone urbaine impactait plus la croissance de la jeune entreprise.

Enfin, ce résultat ne vient pas appuyer ceux relevés par Teurlai (2004) qui n’avait pas mis en évidence d’effet significatif de la localisation sur la survie des jeunes entreprises françaises qu’il avait analysé.

Figure 27 Modélisation de la survie dans le secteur des services aux entreprises
Modélisation de la survie dans le secteur des services aux entreprises

Modélisation de la survie dans le secteur des services aux entreprises

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion