Un entrepreneur âgé et expérimenté – Secteur de la construction

By 14 February 2014

2.2 Le secteur de la construction (EH)

2.2.1 Un entrepreneur âgé et expérimenté

Les analyses de données relatives au secteur de la construction ont révélé quelques résultats significatifs concernant l’entrepreneur. Il s’avère ainsi, que l’entrepreneur dans le secteur de la construction voit les chances de survie de son entreprise augmenter si celui-ci dispose d’une expérience professionnelle acquise dans une entreprise de moyenne dimension .

Ce résultat s’avère cohérent avec les travaux de Lasch, Le Roy et Yami (2005), qui bien qu’ayant travaillé sur le secteur assez singulier des TIC, ont montré que si l’entrepreneur disposait d’une expérience acquise dans une entreprise de petite ou moyenne dimension, les chances de survie s’en trouvaient augmentées.

Ce résultat nous amène ainsi à considérer pour ce secteur-ci, et de la même manière que les auteurs cités précédemment, que l’expérience acquise dans une petite ou moyenne entreprise conduit l’entrepreneur à développer des compétences plus variées puisqu’ayant la possibilité de s’exercer dans des domaines plus nombreux du fait du nombre restreint de salariés dans ces entreprises.

La thématique du capital humain a également révélé d’autres résultats relevant cette fois-ci de l’âge et du genre de l’entrepreneur.

Relativement au genre, l’analyse des résultats fait ainsi apparaître comme facteur de survie qu’un entrepreneur masculin est un élément favorisant la survie à trois ans de la jeune entreprise. Ce résultat va ainsi dans le sens des travaux d’auteurs comme Honjo (2004), Perry (2002) ou encore Bosma, Praag et Wit (2000) qui avaient relevé dans leurs analyses multisectorielles un effet significatif du genre sur la survie des entreprises analysées. Carter, Williams et Reynolds (1997) avaient réussi à mettre en évidence, dans le secteur de la vente au détail, un effet de genre, montrant que les attitudes face à la croissance, voire face aux processus entrepreneuriaux étaient différentes selon que l’entrepreneur se trouvait être un homme ou une femme.

Toutefois, il nous semble que cet effet de genre revient plus à la nature même des tâches à effectuer dans le cadre du cœur de métier de la jeune entreprise de construction. En revanche, une étude récente Scotto, Sape et Boyer (2008) a montré que le genre devenait une préoccupation de plus en plus importante dans les entreprises de ce secteur, pouvant arriver à procurer un certain bénéfice en termes d’image lorsqu’une politique de féminisation était inscrite dans une démarche de développement de l’égalité professionnelle homme / femme dans ce secteur, les amenant à penser, que cela pourrait grandement améliorer l’image du secteur tout entier.

Ce résultat ne vient toutefois pas confirmer les travaux de Bates (1995), Bosma et al. (2000) ou encore ceux de Kalleberg et Leicht (1991) qui n’avaient pas relevé d’effet du genre sur la survie venant même infirmer la recherche conduite par Perry en 2002 ou Persson (2004) sur un échantillon multisectoriel, et qui avait révélé un effet négatif du genre de l’entrepreneur sur la survie des jeunes entreprises analysées .

La nationalité française ou européenne de l’entrepreneur s’avère également un atout pour la jeune entreprise de construction au regard de nos résultats. Il apparaît, en effet, qu’un entrepreneur français ou européen a plus de chance de voir sa jeune entreprise survivre à son troisième anniversaire qu’un entrepreneur disposant d’une origine autre.

Toutefois, bien que venant appuyer une recherche conduite par Persson en 2002 où il avait relevé un effet similaire au résultat que nous venons de présenter, il apparaît difficile de confronter les deux études, étant donné que le secteur de la construction se trouvait exclu de l’échantillon analysé par cet auteur.

Enfin, l’âge de l’entrepreneur est également apparu comme un facteur de survie. Un entrepreneur âgé de plus de 50 ans se révèle améliorer de manière significative la survie des jeunes entreprises, résultat confirmé par l’apparition d’un facteur d’échec très significatif montrant, qu’un entrepreneur moins âgé (entre 30 et 40 ans) nous amenait à réduire le pronostic vital de la jeune entreprise.

Il est assez rare de rencontrer des recherches qui se focalisent spécifiquement sur le secteur de la construction. Toutefois, une étude de Maes, J. Sels, L. Roodhooft, F. (2003) a montré l’importance du capital humain sur la profitabilité de la jeune entreprise dans le secteur de la construction. Ils ont également montré, en rapport avec nos résultats, que l’effet des caractéristiques du capital humain de l’entrepreneur dans le secteur de la construction avait aussi bien un effet direct sur la profitabilité, qu’un effet indirect renforcé par des éléments de management, ce qui s’avère renforcer les résultats obtenus dans ce travail de recherche.

Cette remarque se trouve ainsi dans la lignée des travaux de Enhassi & Liska (1999) ou encore de ceux de Sandivo, Coyle et al. (1992) qui spécifiaient, pour ce même secteur de la construction, que l’efficacité managériale du leader a un impact direct sur la productivité de l’équipe et stimule la motivation de la force de travail, constat qui vient renforcer les résultats relatifs à l’expérience spécifique préalable de l’entrepreneur, mais aussi le résultat lié à son âge, qui lui confèrerait dans ce cadre-là, une légitimité supérieure par rapport aux salariés qu’il doit manager au quotidien.

2.2.2 Sous-traitance et stratégie d’embauches sont les mots clés

La réalisation de travaux de sous-traitance apparaît comme un axe majeur de développement pour les jeunes entreprises de ce secteur. En effet, nos résultats montrent que le fait de réaliser des activités de sous-traitance, en tant qu’activité principale au démarrage, puis en tant qu’activité annexe trois ans après se révèle être un facteur de survie fortement significatif . La trajectoire de l’activité de sous-traitance ne nous parait également pas anodine, puisque celle-ci apparaît comme une activité principale lors de la création de la jeune entreprise, puis trois ans après comme une activité annexe au chiffre d’affaires.

Cet élément nous amène ainsi à considérer, que la sous-traitance est un facteur favorisant le démarrage grâce à l’obtention de nouveaux marchés pour la jeune entreprise, l’amenant ensuite à développer ses marchés vers des projets plus importants et lui permettant de s’affranchir de la sous- traitance comme activité principale, remarque qui vient confirmer les travaux de Cardoso (1996) sur ce sujet.

Pupier (1992) révèle des éléments qui pourraient également nous amener à considérer ce résultat sous un angle quelque peu différent. Selon cet auteur, le secteur de la construction nécessite une certaine flexibilité de sa main-d’œuvre. La possibilité de sous-traitance amène donc une plus grande flexibilité à l’entrepreneur, lui permettant ainsi de pouvoir gérer de manière plus optimale la main-d’œuvre dont il a besoin.

Dans ce cas, l’entrepreneur chercherait donc à réduire l’impact des contraintes salariales sur sa jeune entreprise, notamment par des pratiques peu légales d’emplois clandestins, mais pas seulement.

Il apparaît, en effet, que la sous-traitance dans le secteur de la construction permet également de pouvoir limiter la responsabilité de l’entreprise lors de la remise des chantiers, permettant à l’entreprise donneuse d’ordres de pouvoir s’abriter derrière la sous-traitance pour limiter l’engagement de sa responsabilité lors de problèmes éventuels avec les clients. Ce constat nous amène ainsi à envisager que cela pourraient permettre à ces entreprises de pouvoir survivre un peu plus longtemps que les autres, compte tenu de ces pratiques aux limites de la légalité voire frauduleuses. Enfin, Cardoso (1996, p.432) a montré, dans le cadre de ce secteur, que la pratique de la sous-traitance peut procurer un certain nombre d’avantages non négligeables relevant de l’amélioration des processus de production, notamment en termes de baisse des coûts, de diminution des délais, de gains en qualité ou encore de valorisation de l’innovation.

La stratégie d’embauche à un an dans la phase post création se trouve également avoir un impact très significatif sur la survie à trois ans des jeunes entreprises analysées. Il apparaît ainsi qu’un projet d’embauche dans les 12 mois après la création de l’entreprise est un indicateur significativement positif concernant la survie à trois ans de la jeune entreprise dans le secteur de la construction. Cependant, cet élément ne peut être, selon nous, considéré comme un « facteur de survie » à proprement parlé, mais devrait plus être considéré comme un indicateur de la bonne santé des affaires de la jeune entreprise.

L’hypothèse H2a révèle des résultats significativement négatifs sur la survie des jeunes entreprises de ce secteur. Ils font ainsi apparaître que la conception du projet durant la phase de préparation à la création ne doit pas être prise à la légère par l’entrepreneur et son équipe éventuelle.

Les résultats font ainsi ressortir l’importance de la connaissance de la concurrence en place dans la zone d’installation, montrant la nécessité de la réalisation d’une étude de marché préalable à la création. La nécessité de la réalisation de ce type d’études lors de la phase de préparation à la création est soulignée par les travaux de Duchesneau et Gartner (1990) sur le secteur des jus de fruits frais, ceux de Lussier (1995) ou de Delmar et Shane (2004) dans un axe plus intersectoriel ou encore ceux Gelderen, Thurik et Bosma (2005) au niveau cette fois de la phase du projet.

D’autres éléments négatifs sont également apparus au cours des analyses qui ont été menées et concernent cette fois-ci la mise en place du projet et, notamment, les personnes qui ont pu aider l’entrepreneur à définir plus clairement son intention de création au cours de la phase de préparation à la création.

Il est ainsi apparu qu’un projet dans le secteur de la construction avait plus de chance d’aboutir à une création d’entreprise viable (à 3 ans) si l’entrepreneur faisait le choix de mettre en place son projet avec un membre de l’entreprise dans laquelle il travaillait auparavant, montrant l’importance des relations dont peut disposer l’entrepreneur au moment de la création .

La mise en place du projet avec une autre personne telle que le conjoint ou avec un organisme spécialisé dans le soutien à la création, ne semble pas montrer des résultats très positifs, pires, il apparaît que ces éléments pourraient constituer des facteurs d’échec à trois ans, ce qui va dans le sens des travaux Lasch, Le Roy et Yami (2005) qui avaient révélé dans une recherche sur le secteur TIC qu’une équipe entrepreneuriale pouvait représenter un facteur d’échec qui concernait la croissance de la jeune entreprise et pourrait, donc, à terme, limiter sa survie à trois ans.

Enfin, il est apparu que le recours à des conseils provenant de l’entourage professionnel de l’entrepreneur ou le non-recours à des conseils lors de la phase de préparation à la création et de formalisation du projet pouvaient grever significativement les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur. Ce résultat nous amène à penser que seul le recours à des experts spécialisés pourrait avoir un impact positif sur la survie à trois ans de ces entreprises, ce qui s’avère cohérent avec les travaux d’auteurs tels que Vesper (1990), Lussier (1995), Perry (2002), Cooper (1991) ou encore Lasch, Le Roy et Yami (2005).

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion