Taux de survie et mortalités sectoriels des jeunes entreprises

By 13 February 2014

Résultats des secteurs différents, mais pas trop – Chapitre 3

« Le succès n’est pas définitif, L’échec n’est pas fatal,
Ce qu’il faut c’est le courage de continuer »
Winston Churchill

Section 1. Caractéristiques sectorielles

Les secteurs choisis comme il a été vu auparavant sont :

Figure 17 Répartition Sectorielle des données Tableau 15 Échantillon total
Répartition Sectorielle des données EC Industrie hors IAA 3 637
EH Construction 13 186
EJ Commerce et réparation 14 472
EN Services aux entreprises 12 609
EP Services aux particuliers 6 585
total 50 489

Dans un premier temps, dans l’objectif d’obtenir une meilleure compréhension des résultats qui seront présentés ici, il sera exposé une synthèse par secteur des caractéristiques des entreprises qui forment l’échantillon sur lequel l’analyse a porté. Des données de synthèses sectorielles concernant les taux de survie, ainsi que la répartition géographique des entreprises par secteur seront présentées.

Dans un second temps, les caractéristiques moyennes des entrepreneurs de chaque secteur seront abordées pour ensuite s’intéresser aux caractéristiques organisationnelles.

1.1 Données de synthèses sectorielles

1.1.1 Taux de survie et mortalités sectoriels de ces entreprises

Les entreprises des secteurs industriels et de la construction ont été sensiblement plus résistantes à leur première année que les entreprises des autres secteurs. Concernant la seconde année d’existence, les données de synthèse montrent une perte moyenne de 12 points dans les différents secteurs, le secteur du commerce et de la réparation quant à lui subissant une perte de 14 points (soit 2054 entreprises qui n’ont pas survécu à leur seconde année d’exploitation).

Au cours des troisième et quatrième années d’exploitation, les secteurs des services (EN et EP) ont mieux résisté que les autres montrant ainsi un meilleur taux de survie que les autres secteurs analysés (cf. tableau suivant).

Tableau 19 Taux de survie sectoriels

EC EH EJ EN EP total
déc-02 97% 97% 94% 95% 95% 95%
déc-03 85% 85% 80% 83% 83% 83%
déc-04 74% 73% 69% 74% 75% 72%
sept-05 67% 66% 61% 69% 68% 66%

Dans l’optique d’obtenir une vue complète du phénomène de survie des entreprises nouvellement créées en 2002, il convient maintenant d’observer la mortalité de ces entreprises dans les différents secteurs au cours de la période d’étude s’étalant du premier janvier 2002 au 30 septembre 2005. Ces données sont retranscrites dans le graphique ci-après, afin d’évaluer au mieux les pointes de mortalités.

Figure 21 Mortalité au cours des trois premières années d’existence
Mortalité au cours des trois premières années d’existence

Les données font clairement apparaître un cycle de mortalité important pour tous les secteurs au moment de la fin de l’année. De plus, le graphique révèle que les secteurs étudiés sont assez semblables dans leurs cycles de mortalité mois après mois.

1.1.2 Répartition géographique des secteurs

Figure 22. Répartition géographique des entreprises (par secteurs)
Répartition géographique des entreprises (par secteurs)

Les données relatives aux DOM n’ont pu être insérées sur la carte, elles représentent toutefois près de 5,2 % de l’échantillon total. Leur répartition restant marginale, elle ne sera pas abordée ici. La carte fait elle apparaître la répartition géographique par secteur de l’échantillon étudié en France métropolitaine. Il est d’ailleurs possible de noter une très forte concentration dans la zone de l’Île- de-France, mais aussi dans les régions Rhône-Alpes et PACA. Ainsi, l’échantillon observé se trouve être réparti de manière assez disparate sur l’ensemble du territoire français.

1.2 Caractéristiques moyennes des entreprises par secteurs

1.2.1 Le secteur des industries (hors industries agroalimentaires)

• Les entrepreneurs du secteur de l’industrie

Les entrepreneurs de ce secteur étaient âgés en moyenne entre 30 et 50 ans (70 %) lors de la création de l’entreprise en 2002. Les hommes (76%) sont plus représentés que les femmes dans ce secteur, au même titre que les entrepreneurs de nationalité française (92 % d’entrepreneurs de nationalité française contre 8 % d’entrepreneurs étrangers).

L’éducation des entrepreneurs de ce secteur se retrouve surtout dans la possession de diplômes comme les CAP et BEP, soit des diplômes professionnalisant (plus de 45 % d’entre eux). Il faut tout de même noter qu’une bonne proportion de ceux-ci possède un diplôme supérieur au baccalauréat (plus de 24 %).

L’expérience professionnelle de ces entrepreneurs a été largement acquise dans des PME de moins de 50 salariés, leur expérience entrepreneuriale étant relativement faible puisque seuls 34 % d’entre eux avait déjà créé au moins une entreprise.

Enfin, les principales motivations qui ont conduit ces entrepreneurs à la création relèvent pour la plupart de l’ambition d’être indépendant (71.4 %), du goût d’entreprendre (57.6 %) et de l’opportunité (31.2 %). Ces créations ont été réalisées pour la majorité d’entre eux dans l’objectif d’assurer leur propre emploi (plus de 50 %).

• Les caractéristiques organisationnelles du secteur de l’industrie

Le statut juridique de personne physique a été privilégié pour les créations dans ce secteur d’activité (55 %), pour des projets qui ont pour la plupart été mis en place soit par l’entrepreneur seul (47 %), soit par l’entrepreneur accompagné par son conjoint (20 %).

62 % des créations d’entreprises observées ont affiché des moyens nécessaires à la création et/ou au démarrage compris entre quatre et quarante mille euros. Les sources de financement privilégiées par les entrepreneurs de ce secteur sont constituées en très large partie par des ressources personnelles (plus de 75 %) et dans une moindre mesure par des emprunts (emprunts bancaires au nom de l’entreprise : 25.41 % ; emprunts Prêt à la Création d’Entreprises : 15.45 % ; emprunts bancaires au nom de l’entrepreneur : 14.60 %).

Les ressources personnelles ainsi que les différentes formes d’emprunts représentent donc une large proportion des sources de financement du secteur de l’industrie hors agroalimentaire ici observé.

Il est également possible d’observer dans l’effectif des entreprises de ce secteur au cours de la période d’observation (2002-2005) une réduction assez sensible du nombre d’employés. Le nombre moyen d’employés par entreprise se situait à la création à un niveau très proche de 2 (1.997), contre une moyenne de 1.6 employé par entreprise en 2005, soit une réduction moyenne des effectifs de 17 % au cours de la période d’étude.

Enfin, 52 % des entrepreneurs de ce secteur considèrent leur entreprise comme innovante, l’innovation portant pour une large partie (60 %) sur l’introduction sur le marché de nouveaux produits, concepts de vente ou de services nouveaux.

1.2.2 Le secteur de la construction

• Les entrepreneurs du secteur de la construction

L’âge moyen des entrepreneurs dans le secteur de la construction se situe entre 30 et 50 ans (73 %). Les femmes sont ici très peu représentées (6 %). Les entrepreneurs sont en majorité français (78 %), et disposent largement de diplômes professionnalisant (plus de 50 % disposent d’un CAP/BEP). Il est également à noter que plus de 26 % des entrepreneurs de ce secteur ne disposent d’aucun diplôme.

L’expérience professionnelle de ces entrepreneurs a été acquise pour une majorité d’entre eux dans des entreprises de moins de 50 salariés (55 %). Une très large majorité de ces entrepreneurs (71 %) n’avait aucune expérience entrepreneuriale antérieure lors de la création en 2002.

Dans ce secteur, être indépendant (80 %), le goût d’entreprendre (60 %) ou encore le choix de la création dans une situation de chômage (27 %) constituent les principales motivations de ces entrepreneurs, leurs objectifs se répartissent entre le choix d’assurer leurs propres emplois (49 %) et leurs ambitions de développement de la nouvelle entreprise (45 %).

• Les caractéristiques organisationnelles du secteur de la construction

Les personnes physiques représentent 66 % des statuts juridiques privilégiés par les entrepreneurs de ce secteur lors de la création. La mise en place de ces projets entrepreneuriaux a largement été menée par l’entrepreneur seul (52 %) ou accompagné de son conjoint (22 %).

Plus de 86 % des entreprises qui ont été observées dans ce secteur ont annoncé des moyens nécessaires à la création et/ou au démarrage inférieurs à 16 000 €. Les sources de financement des investissements initiaux privilégiés dans ce secteur d’activité relèvent largement des ressources personnelles (73.4 %) et des emprunts de différents types (emprunts bancaires au titre de l’entreprise : 26.63 % ; emprunts bancaires au nom de l’entrepreneur : 12.13 % ; PCE : 10.53 %). L’effectif moyen dans ce secteur est de 2 salariés lors de la création de l’entreprise en 2002, contre 1.6 salariés trois ans après. On note ainsi une diminution sensible de l’effectif moyen de l’ordre de 20 %.

Enfin, dans ce secteur, seuls 30 % des entrepreneurs considèrent leur entreprise comme innovante, avec pour 46 % d’entre eux une innovation portant sur la mise en place d’une organisation nouvelle.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion