Soutiens à la création et licenciements comme maîtres mots

By 14 February 2014

2.3 Le secteur du commerce et de la réparation (EJ)

2.3.1 Un entrepreneur âgé et entouré

L’analyse des résultats dans le secteur du commerce et de la réparation fait apparaître quelques éléments significatifs relatifs à l’entrepreneur.

L’un des facteurs de succès liés à cette thématique est l’âge de l’entrepreneur , qui s’avère devenir un facteur de survie lorsque celui-ci est supérieur à 50 ans. Ce résultat est dans la lignée des travaux de Bates (1995 a, b) qui avait fait apparaître dans le cadre de franchises commerciales qu’un niveau d’éducation élevé, ainsi que l’âge supérieur à 50 ans de l’entrepreneur était un facteur de succès, aussi bien en termes de survie que de profitabilité.

De la même manière Van Praag (2003) l’avait démontré dans un contexte toutefois un peu différent, étant donné que son analyse portait sur une dimension plus longitudinale reposant sur une base de données (la NLSY39) et sur des entreprises dans les secteurs de l’agriculture et du commerce et de la réparation.

Notre résultat se trouve donc dans la lignée d’auteurs ayant mis en lumière l’importance d’un âge avancé de l’entrepreneur lors de sa première création. Ce débat avait été évoqué en leurs temps par d’illustres chercheurs tels que Jean Baptiste Say (cité par Van Praag, 1996, 1999, 2003) ou encore Alfred Marhall (cité par Van Praag, 1996, 1999, 2003), pour qui, respectivement, l’âge allait de pair avec une meilleure connaissance du monde ou une meilleure connaissance du monde des affaires, ce qui pouvait expliquer l’importance de celui-ci dans le succès de la jeune entreprise.

Ce résultat vient également confirmer un certain nombre d’autres recherches qui avaient relevé des résultats similaires tel que Bosma, Praag, Wit (2000), Persson (2002) ; Honjo (2004) quant à lui avait montré l’importance de l’âge relativement à la croissance.

39 National Longitudinal Survey of Youth

L’étude des résultats dans ce secteur met par ailleurs en lumière un autre facteur de survie relevant de l’environnement de proximité de l’entrepreneur. Il apparaît que des exemples entrepreneuriaux dans l’entourage proche de l’entrepreneur lui permettraient d’améliorer les chances de survie de sa jeune entreprise dans ce secteur . Cet exemple peut se retrouver comme source de renseignements et de conseils pour le « jeune entrepreneur », d’autres résultats, relatifs à la thématique de la préparation à la création, viendront appuyer cette thèse de l’appui familial en tant que conseil du nouvel entrepreneur.

Ce résultat ne vient, toutefois, pas confirmer les recherches de Brüderl, et al. 1992 dans une analyse multisectorielle, et Lasch et al. 2005 dans une analyse sur le secteur TIC en France, puisque celles-ci n’ont relevé aucun effet significatif de l’entourage de l’entrepreneur sur la survie de la jeune entreprise. Néanmoins, ce résultat est dans la lignée de la recherche de Duchesneau et Gartner (1990) qui avaient montré des résultats relativement similaires dans le secteur des jus de fruits frais.

Cette remarque nous mène également à la question du rôle de ce soutien familial ; se cantonne – t – il seulement à la dimension de conseil, ou aurait-il des actions et attributions plus vastes dans la cadre de la jeune entreprise ?

2.3.2 Soutiens à la création et licenciements comme maîtres mots

La thématique des processus entrepreneuriaux fait ressortir des résultats surtout liés à la préparation à la création, ainsi qu’aux stratégies de licenciements pouvant être entreprises durant la première année.

La préparation à la création améliorant les chances de survie de la jeune entreprise apparaît clairement emprunte de conseils provenant de différentes sources. Ainsi, les conseils prodigués par l’entourage familial ou personnel de l’entrepreneur se révèlent pertinents, au même titre que les conseils d’un organisme spécialisé dans la création et le soutien à la création d’entreprises, ce qui vient appuyer l’importance de l’entourage de l’entrepreneur, résultat que nous avons évoqué auparavant.

L’importance de ces sources de conseils est particulièrement bien mise en valeur dans nos résultats puisque des facteurs à effets négatifs ont montré que le non recours aux conseils externes ou le recours à certaines sources de conseils, tels que l’entourage professionnel ou le recours à des conseillers professionnels avaient un impact négatif sur la survie de la jeune entreprise à trois ans. Cet élément se trouve en opposition avec les récents travaux de Lasch et al. (2005), ou de Lussier (1995) et nous amène à penser que l’exemple entrepreneurial dans l’entourage de l’entrepreneur, couplé aux conseils d’un organisme de soutien, pourrait ainsi être un facteur fortement significatif pour la survie de la jeune entreprise commerciale, en somme un couple gagnant.

Il est également apparu que le projet de licencier des salariés dans les 12 mois après la création (en 2002) favorisait de manière significative les chances de survie de la jeune entreprise. Ce résultat pourrait peut-être s’expliquer par des éléments structurels liés aux données utilisées.

En effet, on note une nette diminution du nombre d’employés entre 2002 et 2005 (- 25 %) ce qui pourrait indiquer une nécessité de flexibilité du personnel dans ce secteur, pour suivre la saisonnalité commerciale. Il serait également possible d’envisager que ces emplois soient en nombre supérieurs lors de la création pour le lancement de l’entreprise, ce personnel permettant de mettre en place l’intégralité de la surface de vente pour atteindre la vitesse de croisière plus rapidement, ce qui expliquerait l’importance de ces licenciements pour la survie à trois ans de la jeune entreprise.

Un dernier élément fortement significatif est apparu dans nos deux analyses et relève de facteurs négatifs. En effet, il est apparu (presque logiquement) que le recours à des services extérieurs de ventes de types commerciaux ou vrp produisait un effet très nettement négatif sur la survie à trois ans de ces jeunes entreprises, montrant l’importance dans ce secteur de maîtriser entièrement son cœur de métier, à savoir la vente, ce qui est clairement dans la lignée d’auteurs comme Marshall et Say cités plus haut.

2.3.3 La dimension organisationnelle

L’analyse des résultats relatifs à la thématique organisationnelle fait apparaître des facteurs de survies fortement empreints des dimensions financière et structurelle.

Les résultats montrent ainsi que des moyens somme toute limités (< 80 000 €) sont préférables pour le lancement de la jeune entreprise, des moyens supérieurs s’avérant avoir un effet négatif sur la survie à trois ans. Ce résultat vient ainsi stigmatiser quelque peu ce secteur d’activité, compte tenu des recherches antérieures conduites notamment sur les secteurs industriels (Lasch et al. 2005, Béthune, 2005) ou encore plus généralement sur les secteurs innovants (Cees v. Beers, &Kleinknecht, 2003). Ces recherches avaient montré l’importance d’un haut niveau de capitaux nécessaires pour financer le projet lors de sa création. Dans une analyse à la dimension plus intersectorielle, Headd (2003) a également montré l’importance d’un capital élevé à la création. Teurlai (2004) a mis en lumière l’importance de moyens « suffisants » à la création, montrant toutefois que le capital investi lors de la création se trouvait avoir un effet fortement significatif sur la croissance de la jeune entreprise.

La dimension financière révèle également d’autres résultats, cette fois-ci relatifs aux sources de financements privilégiées. Les résultats font ainsi apparaître que l’octroi d’aides financières locales ou régionales , ainsi que l’obtention d’un emprunt bancaire pour le financement du projet lors de la création. relevait des facteurs de survie fortement significatifs Ce couple de sources de financements apparaît ainsi comme le couple gagnant pour financer la jeune entreprise dans le secteur du commerce et de la réparation. Cela pourrait provenir du plus grand niveau de formalisme nécessaire pour l’obtention aussi bien des aides publiques que de l’emprunt bancaire, nécessitant tous deux la conception de dossiers spécifiques et argumentés.

Cette forme de formalisation apparue dans les résultats, couplée aux conseils nécessaires lors de la création nous amène à suggérer l’importance pour l’entrepreneur de maîtriser intégralement son projet, et de disposer d’une connaissance conséquente de son environnement, ainsi que des possibilités de développements de son projet. Cette suggestion pourrait tout à fait aller dans le sens d’auteurs tels que Gelderen, Thurik et Bosma (2005) qui préconisaient comme facteur de survie la formalisation approfondie d’un business plan pour la réussite de la phase de pré création ou encore de Duchesneau et Gartner (1990), cette fois-ci lors de l’analyse d’entreprises déjà créées.

Les sources de financements des investissements apparaissent également très significatives concernant la survie à trois ans de ces jeunes entreprises. Ainsi, les apports en capitaux d’entreprises spécialisées ou d’autres entreprises apparaissent comme ayant un fort impact sur la survie à trois ans, nous amenant à penser que les prises de participations d’autres sociétés dans la jeune société commerciale pourraient permettre à l’entrepreneur de s’assurer un réseau commercial.

Toutefois, ce résultat pourrait également être l’œuvre d’une caractéristique structurelle du secteur, les apports en capitaux pouvant constituer des participations de marques sponsors, voire de marques franchiseurs (dans le cas de concessions par exemple).

L’usage d’Internet est également apparu comme facilitant la survie de la jeune entreprise. Ce résultat s’est d’ailleurs montré très significatif dans nos deux analyses. L’accès à Internet au domicile de l’entrepreneur se révèle également être un facteur de survie fortement significatif à la lumière de nos deux analyses.

Ces résultats nous amènent à envisager l’importance que revêt le réseau Internet pour ce secteur commercial. Néanmoins, bien que nous ne possédions pas d’informations plus fines relatives à l’usage de ce réseau, il nous semble cohérent, compte tenu de l’informatisation importante des PME ces dernières décennies, de penser que l’usage d’internet pourrait relever d’un complément d’activité commerciale pour l’entrepreneur .

Il est tout à fait envisageable que l’entrepreneur dispose de ce réseau comme une vitrine commerciale de son projet, vitrine qui, par extension, pourrait également lui permettre d’étendre sa clientèle par la vente numérique. Ces résultats pourraient aller dans le sens de Teurlai (2004) qui indiquait, dans une analyse multisectorielle, qu’une démarche active de développement en termes d’efforts publicitaires avait un impact significatif sur la croissance de la jeune entreprise.

La personnalité juridique de la jeune entreprise commerciale apparaît également jouer un rôle important dans la survie de celle-ci. La structuration juridique en personne morale plutôt qu’en personne physique se montre ainsi avoir un impact significativement positif sur la survie de la jeune entreprise, ce qui vient appuyer les travaux de Harhoff, Stahl et Woywode (1998) ou encore de Teurlai (2004).

Ce résultat pourrait ainsi s’expliquer par le risque supporté par l’entrepreneur et ses associés dans la structure en personne morale. Le risque se trouvant réparti, cette structure apparaît moins risquée pour chacune des parties prenantes. Harhoff et al. (1998) avaient montré, que, dans le secteur du commerce, les taux de mortalité étaient plus conséquents que dans d’autres secteurs, notamment dans le cas de structure juridique de type « sole proprietorship » ou « partnership ».

Enfin, la structure de l’emploi se montre importante pour la survie puisqu’une masse salariale composée en 2002 d’emplois en CDD s’avère significative sur la survie à trois ans. Ce résultat vient appuyer le résultat annoncé auparavant concernant le projet de licenciement durant la première année et nous amène à confirmer l’importance de la flexibilité de la masse salariale dans ce secteur d’activité.

Figure 26 Modélisation de la survie dans le secteur du commerce et de la réparation
Modélisation de la survie dans le secteur du commerce et de la réparation

Modélisation de la survie dans le secteur du commerce et de la réparation

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion