L’informatique et l’apprentissage chez les personnes handicapées

By 1 February 2014

2. L’informatique et les personnes handicapées

Les ordinateurs sont arrivés dans les classes dans les années quatre-vingt. En 1986 déjà, Guy, Hinot et Saulou soulignaient le fait que l’emploi de l’informatique se généralisait dans les établissements spécialisés ainsi que dans les écoles traditionnelles. Au début, il existait peu de programmes conçus pour les personnes handicapées, mais aujourd’hui on trouve des programmes utilisables dès l’âge de 2 ou 3 ans (Bloesch, 1996). C’est la baisse du prix d’achat du matériel informatique et son utilisation de plus en plus facilitée qui ont permis une utilisation de plus en plus grande des ordinateurs pour les personnes atteintes d’une déficience mentale (O’Reilly et al., 1996). L’informatique est donc de plus en plus présente dans les institutions pour personnes handicapées et les classes d’enseignement spécialisé, c’est un fait. Plusieurs auteurs mettent en avant les effets bénéfiques de cette utilisation qui, pour certains, profiterait même proportionnellement plus aux élèves porteurs d’un handicap, plutôt qu’aux élèves sans handicap (Guy et al., 1986 ; O’Reilly et al., 1996).

2.1 Les apports de l’utilisation de l’informatique dans l’apprentissage chez les personnes handicapées

Au-delà de la simple mode, on peut se demander ce qui pousse tant d’éducateurs et d’enseignants à utiliser l’informatique comme outil de travail avec les personnes handicapées. Autrement dit, quels peuvent être les apports de l’utilisation de l’ordinateur dans l’apprentissage chez les personnes handicapées?

2.1.1 L’ordinateur prothèse

Pour des personnes porteuses d’un handicap moteur, l’ordinateur peut avoir une fonction prothétique et permettre ainsi de compenser certaines limites de capacités (Vuarrier, 2001).

Chalon, Hinot et Saulou (1995) parlent d’un véritable « pouvoir-faire » (p.78) donné grâce à l’informatique. L’ordinateur est alors utilisé comme un moyen technique. En effet, « il est possible de déterminer le mode d’entrée analogique – souris, joystick, track-ball, écran tactile, …- le plus fonctionnel pour un enfant donné » (Charrière, 1995, p.70). Selon Boutry (1995), il s’agit d’une aide incontournable pour les enfants atteints d’Infirmité Motrice Cérébrale. L’ordinateur permet par exemple à ces enfants d’accéder au langage écrit. En compensant certaines limites de capacité présentes chez les personnes handicapées motrices, l’ordinateur leur permet donc de passer « d’un état d’immobilisme et de passivité à une situation de mobilisation » (Guy et al., 1986, p.21). Autrement dit l’informatique « permet de passer d’une situation passive à une situation active » (Ducrey & Raboud, 1992, p.42) et de produire un résultat concret (Chalon et al., 1995). Selon certains auteurs, l’autonomie apportée par l’outil informatique suffit à justifier son utilisation (Guy et al., 1986). Notons cependant qu’avec les personnes polyhandicapées, il est extrêmement difficile d’atteindre une autonomie physique dans l’utilisation de l’ordinateur.

2.1.2 L’intégration

Les différents aménagements possibles grâce à l’informatique garantissent aux enfants les plus handicapés l’accès aux mêmes programmes que les autres enfants, moins handicapés ou valides, et il s’agit donc d’un véritable facteur de socialisation (Guy et al., 1986). Plusieurs auteurs soulignent le fait que l’ordinateur peut favoriser l’intégration de la personne handicapée (Gabus, 1997 ; Guy et al., 1986 ; Jallard & Chavallaz, 2002 ; Vuarrier, 2001). D’une part, l’informatique peut permettre l’intégration fonctionnelle, ce qui signifie « faire comme les autres ». Ainsi, Ducrey et Raboud (1992) estiment pour leur part que « l’ordinateur fait partie de la culture ambiante. Les personnes handicapées étant déjà en marge, cette marginalité s’accentuerait d’avantage si on ne les amenait pas à l’utiliser. » (p.43). D’autre part, l’ordinateur peut permettre l’intégration sociale des personnes handicapées, ce qui signifie « faire avec les autres », notamment grâce à l’échange de découvertes entre enfants (Guy et al., 1986).

2.1.3 La motivation

Selon Ducrey et Raboud (1992), l’utilisation d’un ordinateur fournit du plaisir à la personne, ce qui peut être interprété comme un signe de sa motivation. Certains auteurs parlent de l’ordinateur comme d’un outil attrayant et séduisant (Chalon et al., 1995), qui est capable d’exercer une fascination durable sur la personne handicapée (Guy et al., 1986). Au-delà du simple plaisir d’utiliser un ordinateur, d’autres éléments peuvent motiver la personne handicapée dans son apprentissage. Bazier, Collignon, Delville, Witdouck et Mercier (1996) soulignent que la motivation peut être encouragée par l’aspect ludique des logiciels : « le logiciel peut être assimilé à un mode d’apprentissage ludique où le jeu devient moteur dans le processus pédagogique » (p.79). Guy et al., (1986) mentionnent quant à eux, l’aspect souvent séduisant du graphisme des interfaces. Ces auteurs mettent aussi en avant, comme facteur de motivation, les effets des interactions entre la personne et la machine,: « efficience immédiate du geste et feed-back instantané, prise de conscience d’un acte et d’un pouvoir : il suffit d’appuyer sur une touche pour écrire, déclencher une musique, tracer un dessin, mériter un bravo » (p.24). Mais au-delà d’une motivation purement extrinsèque motivée par les feed- back immédiats, ces auteurs pensent que, sous certaines conditions, l’ordinateur permet de développer une motivation intrinsèque chez la personne handicapée. Pour O’Reilly et al. (1996) certaines personnes handicapées présentent un meilleur comportement pendant les séances durant lesquelles un ordinateur est utilisé, ce qui pourrait être un effet de motivation.

2.1.4 L’attention

O’Reilly et al. (1996) soulignent le fait que les personnes avec une déficience intellectuelle sont facilement distraites, mais que la possibilité d’utiliser des couleurs vives pour l’écran de l’ordinateur, ainsi que les autres possibilités visuelles et auditives, peuvent aider à maintenir l’attention de ces personnes lors de l’apprentissage. Guy et al. (1986) affirment que, selon leurs expérimentations, un emploi approprié de l’ordinateur permettrait même de développer l’attention et la concentration. Ils ne donnent cependant guère plus de précisions.

2.1.5 Les possibilités d’individualisation

« Une des particularités de l’outil informatique est qu’il permet le développement d’applications personnalisées, paramétrables, dont les traces d’utilisation peuvent être sauvegardées » (Bazier et al., 1996, p.78). De nombreux auteurs soulignent les possibilités d’individualisation offertes par l’utilisation de l’ordinateur (Bazier et al., 1996 ; O’Reilly et al., 1996). Il existe une grande diversité et complexité des déficits présents chez les personnes porteuses d’un handicap. Les outils pédagogiques doivent donc être souples, modulables et adaptables à un grand nombre de personnes. L’informatique permet de répondre à ces objectifs (Bazier et al., 1996). Suivant les logiciels, différents paramètres, comme le niveau de difficulté par exemple, peuvent être réglés en fonction des besoins de l’utilisateur. Certains logiciels sont en plus capables d’effectuer une analyse des erreurs, fournissant ainsi des feed-back personnalisés et réglant la progression dans les différents exercices (O’Reilly et al., 1996).

2.1.6 En plus d’une aide humaine

Les personnes avec une déficience intellectuelle peuvent présenter certaines caractéristiques lors de l’apprentissage, qui peuvent être lassantes pour les éducateurs. L’ordinateur peut permettre de prendre en charge certaines de ces caractéristiques, déchargeant ainsi le personnel éducatif (O’Reilly et al., 1996). En effet, un ordinateur pourra par exemple répéter la même information un nombre illimité de fois et ne s’énervera pas si la personne fait plusieurs fois de suite la même erreur. L’outil informatique serait donc une aide complémentaire au travail des éducateurs et des enseignants. O’Reilly et al., (1996) vont même jusqu’à dire que « les ordinateurs représentent une possibilité d’augmenter de manière intéressante l’efficacité des efforts faits par le personnel éducatif » (p.34).

2.2 Les critiques et les mises en garde

Malgré les formidables possibilités qui semblent être offertes par l’utilisation de l’informatique, la plupart des auteurs ne prétendent pas à la solution miracle et nous mettent en garde contre certaines dérives.

– Au niveau des difficultés techniques :

Il est impossible de tout prévoir et de tout résoudre avec un ordinateur (Boutry, 1995). De plus un mauvais usage de la technique peut avoir des conséquences néfastes (O’Reilly et al., 1996).

– Au niveau de la relation avec l’apprenant :

Un ordinateur ne remplacera jamais la présence d’un être humain. O’Reilly et al. (1996), relatent une peur de perte de la relation humaine présente chez les personnes réfractaires à l’utilisation de l’informatique.

– Au niveau du contenu :

Selon Dias (1997), « L’ordinateur n’est rien d’autre qu’un support pour l’apprentissage » (p.8). Autrement dit, il ne s’agit pas de juger le support qui est l’ordinateur, mais plutôt le contenu, car, comme le disent Guy et al., (1986), « il ne suffit pas non plus de disposer d’un ordinateur pour se transformer en bon pédagogue » (p.21). Certains auteurs critiquent d’ailleurs le peu de progrès effectués au niveau de la conception pédagogique des logiciels, en comparaison avec les énormes progrès dans le domaine informatique en général (Chalon et al., 1995). A ce sujet, O’Reilly et al. (1996) nous mettent en garde face à l’effet novateur de l’informatique, qui peut justement nous distraire du contenu. Cependant, tous les auteurs ne sont pas de cet avis. En effet, pour Guy et al. (1986), l’ordinateur peut justement nous obliger à revoir certaines de nos habitudes et pratiques pédagogiques.

2.3 Les conseils

Plusieurs auteurs nous donnent des conseils, afin que l’utilisation de l’outil informatique soit la plus profitable possible pour les personnes handicapées. Ainsi, Chalon et al. (1995) disent que l’ordinateur ne doit pas être utilisé seulement parce que les nouvelles technologies sont à la mode. « L’ordinateur est un outil qui doit être employé dans le cadre d’une démarche, d’un projet éducatif ou rééducatif réfléchi » (Chalon et al., 1995, p.77). L’outil informatique peut donc être profitable à la personne handicapée s’il est intégré au projet pédagogique personnalisé conçu par l’équipe et utilisé en fonction des objectifs prévus par ce dernier.

Charrière (1995) résume les principaux points dont il faut tenir compte pour une utilisation bénéfique et adaptée de l’informatique avec des personnes présentant un handicap :

L’outil doit s’adapter avec rigueur aux aptitudes et aux efficiences du sujet. Il doit étendre le champ de capacités adaptées à la tâche et, en l’occurrence ici, aux activités proposées par l’enseignant. Il doit pouvoir s’intégrer dans un environnement réel, humain et matériel, où s’effectue la tâche, et être une voie d’intégration. (Charrière, 1995, p.71).

Une technique de soutien de la main sur écran tactile avec des personnes présentant un polyhandicap. Fidélité et effets d’apprentissage
Mémoire de licence – Section des Sciences de l’Education Cursus Recherche et Intervention Education Spéciale
Université De GENEVE – Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education

Sommaire :
Introduction
Partie théorique
1. Le polyhandicap
2. L’informatique et les personnes handicapées
3. Quelques approches éducatives destinées aux personnes polyhandicapées
4. La méthode de la communication facilitée
5. La technique de soutien de la main dans des activités d’apprentissage sur écran tactile, auprès de personnes polyhandicapées
Conclusion