L’histoire du mécénat : la création et les deux approches

By 6 February 2014

Le financement privé – La réaction des structures culturelles – Partie 2 :

Le financement public est aujourd’hui problématique. L’Etat réduit les subventions qu’il allouait à la culture. Certains considèrent que cela est un bon chemin à prendre et qu’il faut tendre vers de nouvelles sources de revenu telles que le mécénat privé. Ce concept apparait comme la solution pour les structures culturelles qui peinent à le mettre en place tandis que les entreprises apprennent à le connaitre. Le Ministère de la culture a mis en place des moyens pour le promouvoir et on constate des effets positifs. Aujourd’hui, la plupart des structures culturelles ouvrent des postes propres à la recherche de mécènes. Mais seules, les finances privées sont-elles suffisantes pour pallier le manque de l’Etat ? Est-ce que le secteur privé pourrait à termes substituer l’Etat sur ces compétences culturelles ? Nous allons essayer de répondre à ces questions. Tout d’abord, nous étudierons l’histoire du mécénat et son évolution selon les cultures. Nous verrons que le système anglo-saxon est très différent du système européen. Puis, nous nous intéresserons au mécénat dans sa forme actuelle avant de peindre un tableau de l’état actuel de cette méthode de financement. Enfin, nous verrons si le mécénat est une solution absolue pour le monde de la culture et nous comprendrons ce qui attire les entreprises dans ce concept.

I. L’histoire du mécénat

A. La création historique du mécénat

Le terme de mécénat vient de Caius Cilnius Maecenas, ministre conseiller de l’empereur Auguste, qui de par son éducation en Grèce développa un goût prononcé pour les Arts et les Lettres et prit sous sa protection de grands artistes tels Horace et Virgile. Caius Cilnius Maecenas a donc financé ces artistes pour faire la propagande politique d’Auguste et augmenter sa gloire notamment grâce à l’œuvre l’Enéide qui regorge de passage faisant l’apologie de l’empereur.

Cependant, la pratique du mécénat apparait vraiment pendant la Renaissance, au XVIème siècle et s’est développée en Italie où les arts étaient très présents au sein de la sphère religieuse permettant de s’épanouir davantage au sein des palais florentins et milanais, et des opéras génois ou vénitiens. En effet, la noblesse pontificale et les grandes familles passaient énormément de commandes auprès des artistes. Le mécénat provient de la volonté de certains marchands, banquiers et hommes d’Etat dont la famille des Médicis. L’explosion artistique de cette période en Italie, est à l’origine d’un mécénat fort dont Léonard de Vinci sera le plus célèbre bénéficiaire grâce à son bienfaiteur Laurent de Médicis qui prit sous sa protection de nombreux artistes tels que Andrea Del Verrocchio sculpteur et peintre, Giuliano da Maiano et Giuliano da Sangallo les architectes, ou encore des humanistes et savants comme Pic de la Mirandole. D’autres bienfaiteurs comme Hercule 1er d’Este, Agostino Chiqi le banquier, Georges d’Ambroise le cardinal et ministre ou encore Rodolphe II furent d’une grande importance. Ainsi, des collections se développent, on peut aujourd’hui les retrouver dans les plus grands musées d’Europe : les Offices pour les Médicis, le Louvre pour les rois de France, les musées d’Amsterdam, Madrid et Vienne pour les Habsbourg, etc.

De la renaissance au XIXème siècle, les importants mécènes italiens étaient notamment Ferdinand III de Médicis ou les cardinaux Pietro Ottoboni et Benedetto Pamphilj. En Russie, Ivan Chouvalov qui fut ministre de l’éducation et que l’on surnommait le « Mécène des Lumières russes » protégea notamment Lomonossov et correspondait avec Helvétius, d’Alembert, Diderot et Voltaire. L’écrit Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand écrit par Voltaire a pu être publié en Russie grâce à l’aide de ce mécène qui a aussi donné à Voltaire le matériel nécessaire pour l’écriture de ce livre. On peut aussi citer Pavel Tretiakov qui est un collectionneur important.

Au XXème et XXIème siècle, on peut citer Marie-Laure et Charles de Noailles qui furent parmi les derniers particuliers en France à pratiquer le mécénat à grande échelle. Ils financèrent des projets cinématographiques, musicaux, des peintres tels que Braque, Klee, Matisse, Picasso, Balthus, Mondrian, Max Ernst ou encore Juan Miro. On peut encore donner les noms de nombreux collectionneurs tels que la famille Rothschild, Alexis de Redé, Peggy Guggenheim, le marquis de Cuevas, la famille Castaing, Francine Weisweiller, Pierre Cardin, Pierre Bergé et Yves Saint Laurent.

B. Origines des deux approches du mécénat : public et privé

Le mécénat des entreprises actuelles relève donc de pratiques historiques. Il est tout de même important de préciser la différence entre le mécénat européen et anglo- saxon. En effet, en ce qui concerne les pays anglo-saxons, dont l’approche était plus libérale, ils ont eu une pratique de source privée. En revanche, pour de nombreux pays européens, cette pratique était insérée dans la sphère publique, dominée par l’Etat avec une forte influence de la religion.

a. Les pays européens

En Italie, ce sont les banquiers, les marchands et les hommes d’état qui finançaient. Ces individus étaient issus de familles souveraines ou de noblesse pontificale pour qui l’art était essentiel. Suite aux empereurs romains, les papes surent faire travailler les meilleurs artistes de leur temps et montrer leur générosité. Ainsi on peut dire que le mécénat était très lié à l’Etat.

En Espagne, le mécénat concerne aussi et surtout l’art dans la sphère religieuse avec comme principaux mécènes l’Eglise et la Couronne. Cet engagement du domaine public remonte aux Rois Catholiques et à l’alliance entre la Monarchie et l’Eglise qui représentaient les plus puissantes forces morales et financières. Cependant l’importance de l’église a pris le pas sur l’art qui était consacré à la religion, mis à part certaines œuvres profanes cantonnées aux portraits, à l’histoire et aux natures mortes. Pendant la Reconquête espagnole, les chefs de guerre, devenus les Grands d’Espagne seront mécènes de peintres et sculpteurs qui développeront l’art profane vers la sphère politique et sociale (cf. Francisco de Goya). Le mécénat privé est limité aux familles des Habsbourg et des Bourbons.

En Allemagne, dès la fin de la guerre de Trente Ans jusqu’à la création de l’Empire de Guillaume II, ce sont les princes allemands qui protègent les artistes. Leurs choix se portent aussi bien sur les artistes locaux que les œuvres étrangères d’une exceptionnelle richesse que l’on peut trouver dans la capitale comme en province. Cela a mené à la décentralisation artistique actuelle du pays.

En ce qui concerne la France, au XVIIème siècle, le mécénat privé est fort mais la sphère publique domine. Louis XIV, souhaitant avoir l’exclusivité sur le domaine artistique, était capable de mettre à l’écart certains mécènes privés tels que Nicolas Fouquet à l’occasion d’une de ses fêtes dans son château de Vaux-le-Vicomte. Le Roi Soleil mobilisait beaucoup de ressources financières pour engager des artistes pour décorer les palais comme Versailles ou les Invalides. Ce phénomène de la Cour a attiré artistes et mécènes à Paris. Ainsi se construisit le mécénat d’Etat et la centralisation de l’art au dépit de la province ayant des moyens plus limités et des artistes moins prestigieux. Cet effet se poursuivit sous la Révolution puis l’Empire, période où fut créé le musée du Louvre et jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, le mécénat en Europe provient essentiellement de l’Etat, ce qui explique le retard en matière de mécénat d’entreprise bien que le mécénat provenait aussi de grandes familles ayant une force économique et politique puissante grâce à leurs entreprises car ces familles étaient essentiellement composées de marchands. De plus, on assiste essentiellement a une centralisation de l’art mis à part en Allemagne où les puissances sont reparties dans le pays.

b. Les pays anglo-saxons

En Angleterre, les initiatives privées prédominent car l’Etat Monarchique était axé sur des missions de justice et de défense du territoire contrairement à la République française ayant un fort intérêt pour la dimension culturelle et éducative. Les collections d’art étaient privées et détenues par des marquis et les grandes familles qui décidaient eux même de l’accessibilité qu’ils souhaitaient porter à leurs œuvres.

Cette approche du mécénat est d’autant plus importante aux Etats-Unis où le capitalisme était très marqué, d’après Max Weber, par l’éthique de Luther et Calvin. C’est pourquoi les individus qui faisaient fortune, afin de « remercier » leur pays, souhaitaient contribuer à son développement. Certains mécènes industriels et bienfaiteurs ont été très importants, tel que Andrew Carnegie fondateur de Carnegie Steel. A sa mort, il fit don de 350 millions de dollars à diverses fondations et 30 millions à des œuvres de charité. C’est donc cette approche du mécénat qui donne en partie lieu au mécénat que nous développons aujourd’hui. (Remco Wallig, Cahier Espaces 87, Musées et tourisme, Novembre 2005) et (netpme.fr)

Le financement des structures culturelles en France
Mémoire de fin d’études – Option : Développer et Entreprendre
Université catholique De Lyon ESDES Business School

Sommaire :
Introduction
Partie 1: Politiques culturelles et désengagement
I. Histoire des politiques culturelles et de l’intervention de l’Etat
II. Les collectivités territoriales: Communes, Départements et Régions
III. Problématiques
Partie 2: Le mécénat – La réaction des structures culturelles
I. L’histoire du mécénat
II. Le mécénat
III. Problématique du mécénat culturel actuel
Partie 3: Quelles solutions au financement de la culture ?
I. Le cas de Sèvres – Cité de la céramique
II. Le marketing culturel
III. Un exemple d’ouverture à d’autres financements : Louvre Abu Dhabi
IV. Les solutions au financement de la culture & limites
Conclusion