L’évolution des organisations et la survie des jeunes entreprises

By 15 February 2014

3.3 La dimension organisationnelle est bien présente

La thématique organisationnelle a été mise en lumière par les résultats qui ont été présentés et discutés auparavant. Il apparaît toutefois que les éléments organisationnels qui concourent à la survie de la jeune entreprise sont différents selon les secteurs analysés. Il convient donc encore une fois de constater une certaine singularité sectorielle compte tenu des résultats obtenus. Néanmoins, les éléments qui ont été mis en lumière ne viennent pas appuyer les travaux liés au concept de « liability of newness » (Stinchcombe, 1965) ou encore à la théorie de l’évolution des organisations (Campbell, 1969).

La dimension relative aux types d’emplois présents dans l’entreprise s’est révélée avoir un effet positif dans deux secteurs sur cinq (industries et commerce et réparation). Toutefois les liens mis en lumières sont opposés. Dans le secteur industriel, la présence d’emplois en CDI lors de la troisième année d’existence est un facteur de survie significatif alors que dans le secteur du commerce il s’agit de la présence d’emplois en CDD lors de l’année de création qui s’avère avoir un effet positif sur la survie à trois ans de la jeune entreprise.

Ces deux constats montrent la variabilité de l’emploi dans les différents secteurs étudiés, montrant, pour le secteur industriel, l’importance d’un emploi stable à moyen terme alors que pour le secteur du commerce et de la réparation, il s’agit de disposer d’une main-d’œuvre plus flexible correspondant aux fluctuations de l’activité commerciale tout au long de l’année. Cependant, aucun autre élément relatif à cette dimension n’est apparu dans les autres secteurs. Cette dernière remarque ne nous amène pas à envisager que le type d’emplois dans les entreprises de ces secteurs a un effet moindre sur la survie, mais plutôt d’indiquer qu’il pourrait être judicieux de poursuivre plus en avant cette thématique avec des données plus fines pour voir le réel impact des différents types d’emplois sur la survie des jeunes entreprises.

Les éléments considérés comme structurants dans la jeune entreprise ont montré des résultats mitigés. En effet, ils s’avèrent avoir un impact positif sur la survie des jeunes entreprises des secteurs des services , alors que leur effet n’est validé que partiellement pour les secteurs de la construction et du commerce et de la réparation.

Seuls les effets négatifs des éléments de cette thématique ont pu être mis en évidence dans le secteur industriel. L’usage du réseau Internet se révèle ainsi un facteur non négligeable pour la survie des jeunes entreprises des secteurs de la construction, du commerce et de la réparation , ainsi que pour les secteurs des services , singularisant encore quelque peu le secteur industriel au niveau de la dimension organisationnelle.

Cette remarque pourrait ainsi faire écho aux travaux de Amabile et Gadille (2003) qui ont montrés que « z _La technologie Internet vient alors faciliter au sein d’une structure d’échange qui préexistait à la fois la réduction des coûts de l’information ou des délais et la recherche d’informations, voire l’acquisition de connaissances favorables à l’innovation. Elle devient pour les entreprises qui répondent à cet ensemble de conditions structurelles une source d’avantages concurrentiels simultanément exprimable en termes de réduction des coûts, d’amélioration de la qualité et d’innovation de produits et services ». Cette analyse viendrait appuyer les remarques qui ont pu être faites sur l’usage d’internet au sein des secteurs.

Les résultats liés à la structure financière montrent des effets positifs dans trois des secteurs analysés (industries, les services) et se trouvent mitigés dans le secteur du commerce et de la réparation et se trouvent, enfin, avoir un effet négatif sur la survie dans le secteur de la construction.

Ainsi, les aides publiques ne se montrent pas avoir un effet significatif et positif dans tous les secteurs d’activités, montrant ainsi la nécessité d’adapter les aides disponibles aux activités auxquelles elles seront attribuées. Ainsi, les aides publiques locales ou régionales ou encore le dispositif EDEN ont fait apparaître de bons résultats dans les secteurs des industries et du commerce et de la réparation, montrant ainsi la bonne adéquation de ces aides avec les activités auxquelles elles ont été attribuées.

En revanche, il apparaît que l’obtention du dispositif EDEN limite significativement les chances de survie des jeunes entreprises des secteurs des services aux particuliers ou encore dans le secteur de la construction où c’est l’usage du dispositif EDEN comme source de financement des investissements lors de la création qui est à incriminer.

L’effet des aides publiques sur la survie nécessite donc un examen minutieux dans chaque secteur en évitant de considérer les aides de manière universelle ; des arguments allant dans ce sens ont par ailleurs été relevés dans un rapport étatique, daté de 2009, qui prône pour une évolution des outils d’aides à disposition des créateurs (Chertok, Malleray et Pouletty, 2009). Les résultats de ce travail ne viennent pas confirmer les travaux de Benavente et Ferrada (2003) qui avaient montré, dans le cas du Chili, que les taux de survie des PME étudiées n’avaient pas été impactés par les aides publiques perçues.

Les sources de financement se révèlent très sensibles et nécessitent de les choisir avec soin. Les analyses ont montré que l’effet de ces sources de financement se trouvait lui aussi assez varié selon le secteur d’activités. L’emprunt bancaire se trouve donc améliorer les chances de survie dans le cas des secteurs industriels, de la construction, du commerce et de la réparation, mettant clairement en lumière les besoins de structure nécessaires à la survie des jeunes entreprises de ces secteurs, singularisant cette fois-ci les secteurs relatifs aux services.

Des éléments peuvent être relevés dans le rapport de Chertok et al. (2009), dans lequel il est précisé l’importance des sources de financement et, notamment, les sources bancaires et par fonds propres, ce qui est dans la lignée des résultats mis en avant dans ce travail.

Enfin, le montant de capital investi et nécessaire au démarrage s’avère le plus significatif des éléments de structure financière, relevé dans les différents secteurs analysés. Ainsi, au même titre, que Brüderl et al. (1992), Fotopoulos et al. (2000), Praag, (2003) ou encore Lasch et al. (2005), les analyses ont montré que le montant de capital investi et nécessaire au démarrage est un élément fondamental de la survie des jeunes entreprises des secteurs du commerce et de la réparation ainsi que des secteurs des services aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers.

Toutefois, bien que l’importance de ce capital initial soit avérée, les montants sont quant à eux sensiblement différents dans les différents secteurs analysés. Il apparaît que des moyens inférieurs à 80 000 € dans le secteur du commerce et de la réparation sont suffisants pour faciliter la survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Dans les secteurs de la construction, des services aux entreprises ou aux particuliers, deux trajectoires financières apparaissent possibles au regard des résultats. En effet, dans ces secteurs, les résultats liés aux moyens nécessaires à la création montrent soit un capital initial relativement faible (< à 15 000 €), soit un capital initial assez élevé (> 80 000 €), montrant les envergures à privilégier pour la recherche de la survie de ces jeunes entreprises dans ces secteurs d’activités.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion