Les indicateurs de mesures du concept de succès entrepreneurial

By 11 February 2014

1.2.2 Les indicateurs de mesures du concept de succès

Solymossy (2000) a fait apparaître deux dimensions fondamentales dans le classement des différents indicateurs de mesure du concept de succès. Les mesures économiques objectives qui regroupent survie, croissance et profit (dans la définition de Witt, 2004), ainsi que les évaluations subjectives faites par l’entrepreneur (satisfaction, etc.). La position de la notion de survie à l’intérieur du concept de succès, à savoir, à l’origine de celui-ci, nous pousse à examiner plus en avant les trois principaux indicateurs de mesures économiques objectives relevées dans la littérature afin d’observer les liens pouvant exister entre ces différentes notions et confirmer notre vision de la position de la survie à l’origine du concept de succès.

• Les mesures subjectives faites par l’entrepreneur »

Comme la satisfaction, d’autres indicateurs subjectifs ont également été développés dans la littérature tels que la légitimité (Zimmerman et Zeitz, 2002), ou encore la “successful intelligence ” concept développé par Sternberg10 (2004). Ces indicateurs de mesures font plus référence à l’entrepreneur ainsi qu’à l’évaluation que celui-ci fait de ces différents indicateurs.

Cela conduit à considérer à nouveau la remarque de Sammut (1998) ou encore Witt (2004) qui ont expliqué que chacun dispose d’une perception et d’une analyse différente du phénomène de succès selon ses aspirations et objectifs en tant qu’entrepreneur. Ces mesures restent donc difficiles à mettre en œuvre, et notamment dans l’opérationnalisation des indicateurs de ces mesures subjectives.

• Les “mesures économiques objectives ”

Ce sont des indicateurs chiffrés ou calculés qui regroupent la croissance, l’efficience, le profit, la taille de l’entreprise, la trésorerie, la part de marché, la survie (ou l’échec). Cependant, il est à noter que la mesure de la croissance s’effectue le plus souvent par l’observation simultanée ou individuelle de l’un des quatre autres indicateurs tels que le profit, la taille (Hinz et al. 1999 ; Schutjens, 2000 ; Van Praag, 2003 ; Lasch, Le Roy et Yami, 2005), la trésorerie ou encore la part de marché.

De plus, ces indicateurs semblent disposer de liens avec l’âge de l’entreprise (Gibrat, 1931 dans Sutton, 1997) et donc sa survie. Les paragraphes suivants permettront donc d’évaluer la pertinence de ces liens supposés entre les différents indicateurs majeurs dénotés de la littérature (croissance, survie / échec, profits) afin de faire apparaître aussi bien les contours de l’objet de cette recherche que la position qu’il occupe au sein de l’accession au succès.

10 « A blend of analytical, creative, and practical aspects of intelligence, which, in combination, constitute successful intelligence (Sternberg, 2004) » Sternberg indique également que la « successful intelligence » est nécessaire au succès entrepreneurial

– Le profit

La notion de profit, rattachée par Solymossy (1998, 2000), Witt (2004), ou encore Lussier (1995 ; Lussier et Pfeifer, 2000) au concept de succès comme indicateur de mesure de celui-ci, apparaît au regard des théories mobilisées comme un élément majeur dans la compréhension du concept de succès entrepreneurial. Cette notion de profit revêt trois positions différentes dans les théories mobilisées, mais néanmoins reste un élément central dans l’observation du succès entrepreneurial. Ainsi, Cantillon (1931), Menger (1950) et Schumpeter (1934) considèrent que l’un des résultats principaux de l’acte d’entreprendre est le profit. Jean Baptiste Say (1845) quant à lui, associe plus cette notion de profit à l’entrepreneur alors que les théories développées par Knight (1921) et Kirzner (1979 et 1981) sont basées autour de l’élément central qu’est le profit.

Tableau 2 Importance des profits dans les théories fondamentales de l’entrepreneur

Richard

Cantillon

JeanBatiste

Say

Alfred

Marshall

Menger

Knight

JosephAlois

Schumpeter

Kirzner

Considérés

comme un résultat important de l’acte d’entreprendre

Réaliser des

profits est associé à l’entrepreneur

Considérés

comme un résultat important de l’acte d’entreprendre

Considérés

comme un résultat important de l’acte d’entreprendre

Réaliser

des profits est

l’élément central de la théorie

Considérés

comme un résultat important de l’acte d’entreprendre

Réaliser

des profits est

l’élément central de la théorie

Source : Bosma, Van Praag et Wit, 200011

La notion de profit apparaît, de ce fait, comme un indicateur de mesure du succès entrepreneurial largement accepté par la communauté des chercheurs toutes disciplines confondues. Néanmoins, existe – t –il des liens entre la notion de profits et les notions de croissance ou encore de survie ?

– La croissance

Teurlai (2004) indique, que les travaux théoriques portant sur la modélisation de cette notion de croissance des entreprises ont été peu nombreux au regard de l’importance des enjeux économiques qui résultent de la compréhension de ce phénomène. Il montre que la grande majorité des études menées sur ce sujet reste encore très largement basée sur des travaux découlants des disciplines économiques et, notamment, sur la formalisation proposée par l’économiste français Robert Gibrat (loi de Gibrat, dite « loi de l’effet proportionnel »).

11 Ce tableau a été réalisé par les auteurs sur la base des références suivantes : Cantillon (1931) ; Say (1845) ; Marshall (1961) ; Menger (1950) ; Knight (1921) ; Schumpeter (1934) ; Kirzner (1979 et 1981)

Cette modélisation de la croissance établit un lien entre la taille et le taux de croissance de l’entreprise observée. Cette conception de la croissance implique ainsi que les entreprises les moins capables disparaissent alors que les autres se développent avec un taux de croissance qui diminue avec l’âge, ainsi qu’avec la taille. Par extension, Suton (1997) indique, au regard des études de Dunne Roberts et Samuelson (1988, 1989), que les grandes entreprises ont des taux de croissance plus bas, mais sont plus enclines à survivre, remarque, qui tend à souligner la relation qui semble exister entre les notions de survie et de croissance, mais aussi à expliquer leurs fréquentes analyses conjointes dans l’observation du concept de succès. Honjo (2004) va dans le même sens et s’accorde avec le modèle d’Evans (1987) qui stipule que la croissance est une fonction de l’âge et de la taille de l’entreprise.

La vision qui vient d’être développée reste largement emprunte de la discipline économique et de l’observation des grandes entreprises (Suton, 1997, Teurlai, 2004). Sheperd et Wiklund (2009) vont dans le même sens que Teurlai en indiquant que les développements théoriques sur la croissance de l’entreprise ont été peu nombreux dans les sciences de gestion au regard de la place centrale qu’occupe la notion de croissance au sein de la recherche en entrepreneuriat12 ou en management stratégique. Cependant, certains liens entre la croissance, la taille, les profits ou encore l’âge de l’entreprise sont apparus comme intéressants, positionnant un peu plus la survie au centre du concept de succès, puisque semblant initier les profits ou encore la notion de croissance.

12 Nombre d’études allemandes et américaines montrent l’existence d’un lien entre la croissance économique et l’entrepreneuriat, voire Audretsch et Thurik (2001).

Néanmoins, dans le champ de l’entrepreneuriat, certains auteurs ont montré que la croissance est parfois délaissée au bénéfice de la réalisation de profits à court terme (Swierczek et Thanh Ha, 2003). Ces auteurs ont montré, dans le cas d’entrepreneurs vietnamiens, que ceux-ci avaient tendance à préférer l’acquisition de profits à court terme, plutôt que de les utiliser pour construire la croissance de leur entreprise.

Ces résultats orientent ainsi l’analyse sur le lien qui est apparu entre la notion de croissance et la notion de profit. Sur ce sujet particulier, Teurlai (2004) indique sur la base de l’approche dite « évolutionniste » développée par Nelson et Winter (1982) que la croissance des entreprises est très liée à l’importance des profits, puisque c’est eux qui permettent la constitution de nouvelles capacités de production.

L’importance des profits dans le concept de succès apparaît de plus en plus au détriment de la notion de croissance, même si ceux-ci apparaissent également comme un indicateur de la croissance dans la revue de littérature de Shepherd et Wiklund (2009) représentée dans le tableau 3.

Sammut (1998) développe par ailleurs l’idée que croître n’est pas une nécessité et qu’il faut bien distinguer les éléments de changements de la croissance. Pour l’auteur, dynamisme et non-croissance ne sont pas antinomiques, du fait que la non-croissance peut relever d’un choix délibéré de l’entrepreneur.

Swierczek et Thanh Ha (2003) tendent également à montrer, en observant des entrepreneurs vietnamiens, que la notion de croissance n’est pas un nécessaire pré requis pour l’obtention du succès à terme. Leurs travaux les mènent à la conclusion qu’il existe une tendance chez les entrepreneurs étudiés à ne pas croître délibérément afin de disposer des profits à court terme. Davidsson, Steffens et Fitzsimmons (2007) renforcent cette idée et poursuivent en montrant que les entreprises qui assurent avant tout un haut-niveau de profits tout en conservant une croissance faible, sont plus enclines à gagner leur succès.

13 Julien et Marchesnay (1990) – (ils ont d’ailleurs développé une typologie bimodale de deux types d’individus qui présentent des caractéristiques clairement identifiables en matière de comportement stratégique et qui se prête bien à ces choix : PIC pour Pérennité, Indépendance et Croissance, et CAP pour Croissance, Autonomie et Pérennité, individu intéressé avant tout, par les activités en croissance plutôt que par la croissance de ses activités.

Ces constats se retrouvent dans la même lignée que la remarque de Sammut (1998) qui indiquait que l’appréciation du succès ne peut être universelle. De la même manière, il semble que l’évaluation de la croissance ne puisse se faire de manière universelle, puisque la croissance pourrait relever d’un choix de l’entrepreneur13 plus que d’un indicateur primordial de succès.

Tableau 3. Utilisation des indicateurs dans les études sur la croissance

82 études

Indicateurs

Vente

Employés

Profit

Équité / actifs

Autres

61

13

9

6

15

Formule

Relative

Absolue

Autre

Non rapporté dans la recherche

37

32

6

7

Durée d’observation

1 an

2 ans

3 ans

4 ans

5 ans

Autres

Non rapporté dans la recherche

14

11

5

5

13

19

8

Source: Shepherd et Wiklund (2009)

Ainsi, de multiples indicateurs ont été utilisés pour mesurer et opérationnaliser la notion de croissance (Murphy et al. 1996, Shepherd et Wiklund 2009). Shepherd et Wiklund. (2009) ont réalisé un travail proche de celui de Murphy et al. en 1996, sur la notion de croissance. Leur étude a portée sur les principales revues scientifiques dans les domaines de la gestion et de l’entrepreneuriat (tels que Academy of management, Journal of Business Venturing, American Sociological Review, Entrpereneurship Theory and Practice, etc.). Ils ont utilisé une forme de classement pour leurs résultats qui apparaît comme pertinente pour mieux appréhender la notion de croissance.

Ils ont, en effet, classé les mesures rencontrées dans la littérature selon trois dimensions distinctes : les indicateurs, la formule de calcul de la croissance et l’échelle temporelle. Le tableau 3 fait apparaître de grandes variations dans les périodes d’analyse, généralement entre 1 et 5 ans, alors que peu d’études se révèlent analyser la croissance sur une durée plus longue.

Ce tableau montre une grande variabilité dans l’utilisation des indicateurs de mesures aussi bien que des formules utilisées pour calculer la croissance. Les auteurs montrent donc une grande hétérogénéité dans les mesures utilisées pour observer le concept de croissance. Ce constat est cohérent au regard des recherches mobilisées auparavant (comme Murphy et al. 1996 ou encore Teurlai, 2004). Cette grande variabilité dans l’appréciation de la notion de croissance de l’entreprise pourrait donc nourrir le flou et les résultats hétérogènes, voire contradictoires, existants dans la littérature relative au succès ou encore à la survie.

Le profit, élément primordial au regard des théories de l’entrepreneur mobilisées pour définir cette notion, apparaît également comme indicateur de mesure de la notion de croissance. La tentative de clarification de ces deux éléments (croissance et profit), tantôt notions, tantôt indicateurs de mesure, montre encore une fois le flou existant autour de ceux-ci, et plus généralement autour du concept de succès. Ainsi, les notions de profit et de croissance apparaissent encore très obscures, même si elles apparaissent comme largement reconnus par la recherche en entrepreneuriat pour être constitutifs du succès (Baum, Locke et Smith, 2001).

Néanmoins, la position de la notion de survie, à l’origine de ces deux dimensions et, par extension du concept de succès, pousse l’analyse à s’intéresser maintenant aux éléments relatifs à la notion de survie, ainsi qu’à ses différentes dimensions.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion