Les financements des jeunes entreprises françaises et l’emploi

By 14 February 2014

2.1.3 Les financements et l’emploi

La dimension organisationnelle a également révélé au cours de nos tests statistiques quelques résultats pertinents.

Il apparaît ainsi clairement que la source de financement par emprunt bancaire au nom de l’entreprise, en vue de financer la création de la jeune entreprise ainsi que son démarrage, est assez significatif pour constituer un facteur de survie à 3 ans ; les autres sources de financement ne s’étant pas révélées comme significatives lors de l’analyse des résultats, ce qui est dans la stricte lignée des travaux de Teurlai (2004).

Ce résultat pourrait ainsi nous amener à envisager que si l’obtention d’un financement par crédit bancaire favorise la survie à trois ans des jeunes entreprises industrielles, ce pourrait être dû à la plus grande formalisation nécessaire lors du montage du projet, pour l’obtention du crédit . Ainsi, il apparaît de manière sous-jacente que la formalisation d’un business plan cohérent et complet permettant l’octroi d’un financement par crédit bancaire pourrait permettre la survie de ces jeunes entreprises, montrant la relative importance de la préparation à la création.

Cet élément n’était pas apparu dans nos résultats jusqu’alors, contrairement aux travaux de Duchesneau et Gartner (1990), de Lussier (1995) ou même ceux de Gelderen, Thurik et Bosma (2005) qui avaient travaillé sur la phase de pré création d’entreprises.

Ce résultat vient donc renforcer les travaux de Lasch, Le Roy et Yami (2005) ou encore ceux de Perry (2002) qui avaient respectivement montré l’importance de la réalisation d’études techniques préparatoires à la création, ou encore le recours à des consultants externes spécialisés pour la mise en place du projet initial dans l’objectif d’obtenir les financements nécessaires à la création de la nouvelle entreprise.

Toutefois, bien que Lussier (1995) ait vu apparaître dans ses résultats que le recours à des conseillers professionnels pouvait être considéré comme un facteur de survie, au cours d’une recherche aux USA, il n’a pas retrouvé les mêmes éléments lors d’une étude menée avec Pfeifer en 2000. Leur travail de recherche, dans le cadre d’une comparaison entre la Croatie et les États-Unis, usant du même modèle qu’en 1995, n’a ainsi pas pu mettre clairement en lumière, l’importance du recours à des conseillers professionnels extérieurs lors de la phase de préparation à la création.

Ce constat pourrait ainsi nous amener à considérer cette remarque sous deux angles distincts. En effet, dans un premier temps, nous pourrions considérer qu’il s’agit là d’une différence culturelle provenant des deux pays analysés, montrant ainsi clairement la différence d’attitude des entrepreneurs dans les deux pays observés, qui est d’ailleurs la position défendue par Lussier et Pfeifer (2000). Toutefois, nous pourrions également considérer que cette différence pourrait également provenir de la qualité des conseillers disponibles pour les nouveaux entrepreneurs, nous amenant à penser que ceux présents en Croatie pourraient ne pas être de très bons conseils finalement.

Les aides et subventions publiques ont également été soulignées par nos résultats, montrant que l’obtention par l’entrepreneur du dispositif EDEN37 lors de la création, permettait de faciliter grandement la survie de la nouvelle entreprise . Toutefois, il est également apparu que l’obtention du dispositif ACCRE38 ne permettait pas d’améliorer les chances de survie à trois ans de la nouvelle entreprise industrielle. Ce constat pourrait donc nous amener à envisager que l’exonération de cotisations sociales, ainsi que le maintien de certains minima sociaux pourraient ne pas suffire à permettre la survie des nouvelles entreprises industrielles. Cette remarque pourrait être due à une durée trop courte ou à des montants trop faibles ne permettant pas un dégagement de ressources financières suffisant.

37 Ce dispositif, baptisé ” Encouragement au Développement d’Entreprises Nouvelles ” (EDEN), vise, d’une part, à faciliter l’accès des jeunes et des personnes bénéficiaires de minima sociaux au crédit bancaire, par le biais de l’avance remboursable susceptible de faire ” effet de levier “, d’autre part à pallier l’inexpérience de ces créateurs ou repreneurs grâce à un accompagnement postcréation. Plus précisément, il s’agit d’accorder une aide spécifique aux jeunes âgés de moins de 26 ans (et sous certaines conditions âgés de moins de trente ans), aux bénéficiaires de minima sociaux (RMI, Allocation Spécifique de Solidarité, Allocation Parent Isolé) créateurs ou repreneurs d’entreprises, ainsi qu’aux salariés reprenant leur entreprise en difficulté. Cette mesure se compose d’une aide financière prenant la forme d’une avance remboursable (prêt sans intérêt) et d’un suivi renforcé pendant les premières années de l’activité (accompagnement postcréation).
38 L’aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprise (ACCRE) est l’une des mesures du dispositif d’appui à l’initiative économique gérée par le ministère en charge de l’Emploi au bénéfice de demandeurs d’emploi, salariés licenciés, jeunes, personnes en difficulté, etc.
Ce dispositif vise à faciliter tant la structuration des projets de création ou de reprise d’entreprise que le développement des activités ainsi créées, sous forme individuelle ou en société.
L’ACCRE consiste en une exonération de cotisations sociales permettant le maintien, pour une durée déterminée, de certains minima sociaux. Les créateurs ou repreneurs d’entreprise peuvent également s’appuyer sur le nouveau dispositif « NACRE » (Nouvel accompagnement pour la création et la reprise d’entreprise) qui, depuis le 1er janvier 2009, remplace le dispositif EDEN et celui des chèques conseils d’aides à la création.

Le dispositif EDEN est beaucoup plus axé sur la dimension financière (puisque relevant d’une avance financière à rembourser dans les 5 ans), avec un suivi assuré post création. Il apparaît donc que le dispositif EDEN se trouve plus adapté au secteur industriel.

Nous pourrions ainsi avancer comme explications que le niveau de formalisme est plus élevé, constituant donc une obligation de formuler de manière approfondie le projet et donc d’éviter les écueils d’un projet monté trop rapidement. La dimension de suivie s’avère également importante selon nous, puisqu’elle permet à l’entrepreneur d’avoir la possibilité de recourir à des spécialistes, une fois la phase de création passée, et lui permet donc de pouvoir confronter ses stratégies de développement durant la phase de démarrage avec des experts du domaine pouvant lui prodiguer les bons conseils aux bons moments.

Il apparaît ainsi au regard de ces remarques, que l’élément financier reste, certes, primordial lors de la création ainsi que lors de la phase de démarrage. Toutefois, il est aussi clair, que la jeune entreprise industrielle a également besoin d’un suivi durant sa phase de démarrage, lui permettant d’assurer ses stratégies pour l’avenir.

Le dispositif ACCRE montre donc ses limites dans ce secteur, nous amenant à envisager qu’une attribution de ce dispositif dans d’autres secteurs pourrait être plus pertinente. Néanmoins, ces résultats ne se trouvent pas appuyer les travaux de Lamontagne et Thirion (2000) ou encore ceux Benavente et Ferrada (2003) qui avaient montré, dans le cadre d’une étude au Chili, que les dispositifs d’aides publiques n’avaient pas d’incidence majeure sur les taux de survie des jeunes entreprises analysées.

Enfin, un dernier élément qu’il nous semble important de mentionner relève de la nature de l’emploi dans la jeune entreprise trois ans après sa création (en 2005).

En effet, les résultats montrent qu’une jeune entreprise industrielle disposant d’emplois de type CDI lors de la troisième année a plus de chance d’assurer sa survie qu’une jeune entreprise disposant d’employés en majorités en CDD , venant par la même appuyer les travaux de Kranenburg, Palm et Pfann (2002) bien que leurs résultats aient été relevés pour le secteur de la presse quotidienne aux Pays-Bas. Ce constat pourrait donc indiquer une stratégie à plus long terme, même si la flexibilité de l’entreprise s’en trouve quelque peu réduite, il nous semble ainsi que ce résultat pourrait être finalement un bon indicateur de la santé de la jeune entreprise industrielle.

L’hypothèse 4, relevant de la dimension géographique et environnementale, n’est apparue à aucun moment dans nos résultats relatifs à ce secteur et se trouve donc rejetée.

Ce constat nous conduit ainsi à considérer deux remarques :
– Il est envisageable que nous ne disposions pas de données suffisamment fines pour obtenir un résultat significatif.
– L’environnement de la jeune entreprise industrielle pourrait également avoir un impact moindre que nous ne le supposions à l’origine, ce qui irait à l’encontre des théories de la contingence (Laurence et Lorsh, 1969 ; Littunen et al. 1998) ou encore des théories de la localisation (Fotopoulos et Louri, 2000), mais confirmerait toutefois les recherches de Solymossy (2000) qui avaient montré que l’environnement avait un effet mineur sur le succès de la jeune entreprise. . Néanmoins, ce non-résultat reste encore à approfondir dans des recherches futures pour confirmer ou infirmer de manière plus certaine le résultat que nous venons de commenter.

Les différents résultats discutés, concernant le secteur des Industries (hors agroalimentaires) nous amène maintenant au schéma de synthèse de ce secteur. Cette figure montre ainsi les résultats essentiels apparus lors de l’analyse de ce secteur, et permettra d’avoir une vision plus synthétique des éléments favorisant sa survie, ainsi que des éléments limitant celle-ci.

Figure 24 Modélisation de la survie dans les Industries (hors IAA)
Modélisation de la survie dans les Industries (hors IAA)

Modélisation de la survie dans les Industries (hors IAA)

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion