Les facteurs de survie des jeunes entreprises en France

By 10 February 2014

” … politiques des pouvoirs publics notamment au niveau du chômage et de la croissance. Ces éléments font également référence à une idée largement répandue concernant le faible de taux de survie des jeunes entreprises qui viennent d’être créées.

Il est en effet indéniable que les petites entreprises sont aujourd’hui très importantes dans nos économies ; l’objectif du gouvernement français, par exemple, étant de passer le seuil du million d’entreprises nouvellement créées depuis…”

Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion (ED 231)

Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie (EA 714)

Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle

Formation doctorale : Sciences de gestion
Groupe des disciplines Sciences de gestion
Section n° 06

Par Gaël BERTRAND

Soutenance le Lundi 29 Novembre 2010

Directeur de recherche :
Dr. Le Roy Frédéric, Professeur des Universités, Institut Supérieur de l’Entreprise de Montpellier, Université de Montpellier I

Codirecteur de recherche
Dr. Lasch Frank, Professeur associé au Groupe Sup de Co Montpellier

Rapporteurs :
Dr. Robert Paturel, Professeur des Universités, Université de Bretagne Occidentale
Dr. Léo Paul Dana, University of Canterbury, Nouvelle Zélande et GSCM-Montpellier Business School

Suffragants
Dr. Gilles Guieu, Professeur des Universités, Université de la Méditerranée
Dr. Karim Messeghem, Professeur des Universités, Université de Montpellier I

Résume :

L’objet de ce travail de recherche est à l’origine de vérifier l’idée largement répandue que peu de jeunes entreprises survivent après leur période de démarrage. Les ambitions de ce travail se concentreront ensuite à tenter de vérifier cette phrase sur la base de la récolte d’une base de données qui conduira cette recherche vers des questions plus sous-jacentes concernant l’explication des causes de la survie à trois ans des jeunes entreprises, dans différents secteurs d’activités.

L’analyse de la littérature révèlera un riche corpus relatif au sujet de la survie et plus généralement du succès des jeunes entreprises. Ainsi que nous le montrerons au cours de la revue de littérature, un grand nombre de travaux ont été développés sur ces thématiques, et un grand nombre d’angles de vu seront exposés, sans toutefois atteindre un consensus aussi bien dans la recherche en entrepreneuriat que dans d’autres domaines de recherches tels que le management stratégique ou encore la théorie des organisations.

Les développements montreront ainsi, la grande diversité des travaux qui ont été entrepris dans le monde et mettra en lumière le manque de travaux quantitatifs sur cette thématique, notamment en France.

La visée de ce travail a ainsi évolué en vue de tenter d’obtenir une vision relativement claire de la notion de survie à trois ans dans le cadre de jeunes entreprises dans des secteurs différents, sur le territoire français.

Notre tentative de clarifier les facteurs clés de survie reste mitigée du fait notamment de la très grande diversité des résultats obtenus pour chaque secteur. La dimension intersectorielle a ainsi permis selon nous de montrer, que malgré la grande hétérogénéité des résultats antérieurs relevés, voire les contradictions mises en lumières, il est envisageable que ces résultats soient singuliers aux secteurs et époques auxquels ils ont été mesurés. Il nous semble ainsi naturel de penser que les facteurs clés de survie des jeunes entreprises soient fluctuants selon les années, renforçant ainsi la complexité de l’analyse de cette thématique dans la recherche en entrepreneuriat. Il semble donc, que seuls des travaux entrepris à un niveau aussi bien global (comme le Global Entrepreneurship Monitor) ou plus précis avec des démarches plus qualitatives, soient tout à fait nécessaires pour comprendre de manière approfondie le phénomène de survie des jeunes entreprises.

Mots-Clés : Entrepreneuriat, PME, TPE, Survie, Succès, Entrepreneur, Processus entrepreneurial, Organisation, Environnement, Préparation à la création, SINE 2002

Abstract :

The purpose of this research is to verify the origin of the general belief that few young businesses survive beyond their start-up period. We attempt to verify this idea on the basis of a database which had lead this research to more precise questions about the primary explanation of the three-year survival of young firms in different sectors.

The analysis of the literature reveals a rich body on survival and more generally on successful young businesses. As we show in the literature review, many works have been developed on these themes, and a large number of points of view have been found and exposed, without reaching any agreement as well as in Entrepreneurship research as in other research areas such as strategic management or organizational theory.

Developments and debates show the great diversity of work that was undertaken in the world on this theme and have highlighted the lack of quantitative work on this theme especially in France.

The aim of this work has evolved in an attempt to obtain a relatively clear sight-seeing of the notion of survival for three years in different sectors, on the French territory.

Our attempt to clarify the key factors for survival remains mixed mainly because of the great diversity of results obtained for each sector. The intersectoral focus shows that despite the heterogeneity of previous results, as highlighted contradictions, it seems believable that these results are exclusive to sectors and times at which they were measured. It also seems natural to think that the key factors for survival of newly founded firms are fluctuating throughout the years, and reinforcing the complexity of the analysis of this topic in entrepreneurship research.

It appears that only works undertaken at a global level (Like the GEM) as well as more precise researches with qualitative approaches are quite necessary to understand thoroughly the phenomenon of survival of young firms.

However, it seems in addition that this diversity could contribute to a more global explanation of these issues, given example the GEM in Europe, which appears necessary to get a more accurate and complete vision of survival of newly founded firms. prises.

Key Words : Entrepreneurship, Survival, Success, Organisation, Process, Entrepreneur, SME, Environment.

Remerciements
Alors que s’achève la rédaction de cette thèse, nombreuses sont les personnes qui m’ont accompagné durant cette belle aventure, jalonnée de moments de doutes, d’interrogations, mais aussi de véritables joies. Qu’ils trouvent ici l’expression de ma profonde gratitude, et qu’ils sachent que leur aide et leur soutien m’ont toujours été d’un grand réconfort.
Je souhaite en premier lieu remercier le professeur Frédéric Le Roy, Professeur à l’Institut Supérieur de l’Entreprise de Montpellier, Université de Montpellier 1, Directeur de cette recherche qui est à l’origine de ce travail et qui nous a prodigué les conseils appropriés.

Dr. Frank Lasch, Professeur associé au Groupe Sup de Co Montpellier et Codirecteur de cette recherche, qui nous a encadré et conseillé dans ce travail, nous adressons nos plus sincères remerciements.
Je souhaite aussi exprimer ma profonde gratitude aux Professeurs Robert Paturel et Léo Paul Dana qui me font l’honneur d’être les rapporteurs de ce travail.
Je tiens également à témoigner toute ma reconnaissance aux Professeur Karim Messeghem et Gilles Guieu qui nous font l’honneur de participer à ce jury.
Ensuite, je tiens à adresser mes sincères remerciements à tous ceux qui ont permis de mener ce travail à bien : le laboratoire ERFI, le GSCM, l’ISEM, l’Université de Montpellier 1, l’EDEG, le Professeur Said Yami. Le Professeur Michel Marchesnay, le Groupe de recherche ERFI-SEPT, le Professeur Colette Fourcade et le Professeur Karim Messeghem.

En second lieu, je tiens à adresser ma plus profonde gratitude à tous les membres de ma famille qui ont toujours permis que cette aventure puisse continuer. Un grand merci à mes parents ainsi qu’à mes beaux-parents qui ont toujours été là. À mon frère pour qui je n’ai pas été souvent là, merci de ta présence.
Je leur adresse également mes plus sincères remerciements pour leur soutien indéfectible durant ces cinq années, mais aussi pour leur présence aussi bien dans les moments difficiles que les moments de joie. Je tiens également à remercier grandement et sans ordre Emmanuel, Marina, Jean Luc, Claire, Nicole, Paul, François, Hélène.

Cette circonstance me permet également de remercier très chaleureusement Madame Suzanne Bergnes qui a grandement contribué à ma sérénité durant toutes ces années de labeurs.
J’adresse également un remerciement tout spécial à Fabrice qui m’a permis de trouver les clés m’amenant à la finalisation de ce travail.
Je tiens également beaucoup à remercier très affectueusement mes amis et associés Cyril et Frédéric, avec qui l’aventure a pris une tournure inattendue et encore plus passionnante sous la forme d’un Rêve d’Oc, un grand merci d’ailleurs à Antoine, Séverine, David et Laurent.
Un grand merci à mes amis Christophe, Romain et Frank pour leur présence et leur soutien indéfectible durant ces années.

Je tiens aussi à adresser des remerciements spéciaux à Yannick, Patrick, Morgane, David, Cyril et Laurent pour leur aide si précieuse lors de la relecture.
Je remercie enfin très chaleureusement mes amis Blandine, Katy, Marc, Anna, Julien, Brice, Rouslane, Julien, Xavier, Natacha, pour leur présence et leur soutien durant toutes ces années.
À tous ceux que j’aurais oubliés, qu’ils m’en excusent.
Dédié à Marcelle et Laurent
Qui n’auront pu voir l’aboutissement de ce travail.

I. Introduction :

L’importance croissante de la société du savoir et des activités d’innovations dans les pays développés a mis en exergue les petites entreprises innovantes comme « locomotives » de la croissance et du développement économique (Audretsch et Thurik 2001).

De plus, il apparaît comme largement accepté que l’entrepreneuriat innovant ou non, joue un rôle majeur dans le développement économique des pays ; des résultats empiriques montrent l’influence positive des « small business » sur la croissance économique (Bosma et al. 2000; Audretsch et Thurik 2001).

La viabilité de ces entreprises revêt, au regard de ces remarques, une importance majeure pour les politiques des pouvoirs publics notamment au niveau du chômage et de la croissance. Ces éléments font également référence à une idée largement répandue concernant le faible de taux de survie des jeunes entreprises qui viennent d’être créées.

Il est en effet indéniable que les petites entreprises sont aujourd’hui très importantes dans nos économies ; l’objectif du gouvernement français, par exemple, étant de passer le seuil du million d’entreprises nouvellement créées depuis 2002 (1).

Ce constat est renforcé par la loi pour « l’initiative économique » (2) permettant de simplifier la création d’entreprise, de faciliter la transition entre les statuts de salariés et d’entrepreneur ; mais aussi d’aider dans la mise en place et le maintien des nouvelles entreprises grâce à un volet de financement et d’accompagnement de la jeune entreprise.

Les témoignages qui montrent l’importance des jeunes et petites entreprises sont nombreux et peuvent être extraits de l’actualité sans trop de difficultés (ex : les pôles de compétitivité, etc.), ce qui indique bien la portée des préoccupations des institutions publiques à l’égard des petites entreprises, qu’elles soient innovantes ou non.

Préserver la survie et la croissance des jeunes entreprises apparaît aujourd’hui comme un élément et un enjeu majeur des préoccupations de nos dirigeants. Cependant, comme nous le verrons plus loin, les études empiriques qui ont été menées sur le sujet sont nombreuses et il est difficile d’en établir une tendance.

1 La Tribune du 28 août 2003 p.6
2 Parue au Journal Officiel le 5 août 2003

L’hétérogénéité des études provient du fait que différentes méthodologies ont été employées, de nombreuses théories ont aussi été mobilisées et développées, ce qui nous ramène à la situation décrite dans l’article de Gartner (2001) concernant l’entrepreneuriat et le manque de théorie dominante dans ce champ.

Il est probable que ces considérations ont provoqué pour une part l’hétérogénéité des résultats que nous évoquerons dans la revue de littérature. Cependant, cette imprécision dans la compréhension du phénomène qui nous intéresse peut également provenir des différentes définitions et focus des études empiriques que nous prenons pour base de notre revue de littérature. Il nous apparaît donc essentiel dans un premier temps de définir plus clairement l’objet de notre étude ; à savoir la survie, mais aussi le niveau d’analyse auquel nous compter développer notre modèle d’analyse.

II. Contexte, justifications et enjeux

Un certain nombre de constats vont être énoncés à la suite ; ils constituent les justifications aussi bien, empiriques, politiques que théoriques du travail doctoral que nous avons entrepris il y a maintenant trois ans.

• Justifications empiriques

D’un point de vue empirique, les PME en France (c’est-à-dire des entreprises de moins de 250 salariés – définition issue de l’OCDE et de l’UE) représentent 99,8 % des entreprises du champ Industries, Commerces et Services, elles sont le principal pourvoyeur d’emploi en France et contribuent à créer près de 55% de la valeur ajoutée française (Savajol, 2003 ; Torrès, 2007). Ces chiffres montrent bien la proportion importante que revêt l’entrepreneuriat dans l’économie française.

Les figures 1 et 2 extraites des données de l’INSEE relatives à la création d’entreprise, montrent, que durant la dernière décennie (1994 à 2005), les taux de survie des entreprises des différents secteurs se sont améliorés, passant par exemple de 67 % de survie à 3 ans à près de 75 % pour les entreprises créées dans le secteur des industries agroalimentaires. Le phénomène semble être global, étant donné que dans les autres secteurs, des hausses du même ordre peuvent être observées. Néanmoins, le taux de survie moyens à trois ans des entreprises, tous secteurs confondus, reste assez faible, puisque de 56 %.

Les taux de survie à cinq ans quant à eux semblent être sur la même pente ascendante, même si les données relatives à l’année 2007 ne sont pas encore disponibles, ils apparaissent en augmentation. Toutefois, ce taux reste dans l’ensemble reste très bas, puisqu’à peine plus d’une entreprise sur deux créées en 1998 a survécu à ses cinq premières années d’existence.

Figure 1 : Taux de survie à 3 ans des entreprises créées en 1994-1998-2002
Taux de survie à 3 ans des entreprises créées en 1994-1998-2002

Figure 2 : Taux de survie à 5 ans des entreprises créées en 1994-1998
Taux de survie à 5 ans des entreprises créées en 1994-1998
Sources INSEE 2002

Outre les taux globaux et les exemples dénotés des figures 1 et 2, il est également possible de remarquer des disparités assez fortes dans les taux de survie des entreprises selon les secteurs dans lesquelles elles se trouvent. En effet, la meilleure espérance de vie à cinq ans des entreprises créées en 1998 se trouve dans les secteurs des autres services, de l’industrie agroalimentaire ou encore dans la construction. Ce constat implique que le travail de recherche sur des thématiques liées à la survie des entreprises sous-tend une prise en compte de l’affiliation sectorielle, afin d’obtenir une vision aussi fidèle et fine que possible du problème de la pérennité des entreprises.

De plus, les raisons de l’évolution positive des taux de survie durant les deux dernières décennies proviennent très probablement du renforcement des dispositifs de soutien et d’aide à la création d’entreprises. Ces dispositifs mis en place ces dernières années relèvent ainsi des préoccupations politiques au niveau institutionnel.

• Justifications politiques

Nombre d’initiatives ont vu le jour, afin de promouvoir et aider l’entrepreneuriat français. C’est le cas, par exemple, du regroupement au sein de l’OSEO d’organismes tels que l’ANVAR3, la BDPME4 et l’agence des Petites et Moyennes Entreprises. Ce regroupement d’organismes d’Etat au sein d’une même structure se trouve résolument dans le sens d’un renforcement des synergies pouvant exister entre les différents domaines d’activité en présence, afin de « financer et d’accompagner les PME, en partenariat avec les banques et les organismes de capital investissement, dans les phases les plus décisives du cycle de vie des entreprises » (site internet de l’OSEO).

C’est également le cas d’initiatives comme la loi sur l’innovation du 12 juillet 1999 qui vise à renforcer le transfert technologique, le CNE5 ou encore la loi sur l’initiative censée faciliter les démarches lors de la création d’entreprise. Ces dispositions traduisent à elles seules la volonté politique de ces dernières décennies d’aider les jeunes entreprises à survivre, mais aussi à croître.

• Justifications théoriques

D’un point de vue théorique, un grand nombre de recherches ont été conduites ces dernières années sur les liens existant entre la survie, la croissance des PME et la croissance économique globale. Nombre d’auteurs comme Audretsch et Thurik, (2001); Audretsch, (2002) ; Audretsch et Fritsch, (2003) ; Bosma , Praag et Wit (2000) ont souligné le lien entre entrepreneuriat et développement économique tant au niveau national que régional, avis partagé par Delphine Irac dans un travail pour le bulletin de la Banque de France en septembre 2007. Les jeunes entreprises sont devenues incontestablement le moteur du développement économique des nations et régions.

Fortement génératrices d’emploi, la pérennité et le succès des jeunes entreprises, apparaissent peu à peu au centre des discussions politiques et scientifiques, du fait notamment de leur fort taux de mortalité (figure 1 et 2).

3 Agence Nationale pour la Valorisation de la Recherche
4 Banque Des PME
5 Contrat Nouvelle Embauche

Ces éléments empiriques, politiques et théoriques relatifs au contexte entrepreneurial français mettent bien en lumière l’importance grandissante que prend l’entrepreneuriat dans les préoccupations économiques françaises, ce qui sous-tend l’idée que jusqu’à présent son effet était sous-estimé et sous- employé.

Cela peut paraître paradoxal du fait que le terme « entrepreneur » pourrait avoir été utilisé pour la première fois par un financier français au 18e siècle, Richard Cantillon6 selon Lasch et Yami (2006, 2008). Ce paradoxe est consolidé par une faible lisibilité internationale de la recherche française en entrepreneuriat (Lasch et Yami, 2006, 2008).

En effet, au regard de l’importance des PME dans l’économie française et de leur pérennité, l’analyse de la survivance ou de la défaillance des PME et entreprises nouvellement créées se trouve peu représentée dans la recherche en entrepreneuriat en France, voire présentée comme un sujet secondaire7 (Torrès, 2007).

Dans la lignée d’Ucbasaran, Westhead et Wright (2001), Lasch et Yami (2006), dans une étude sur la nature et les thématiques de recherche en entrepreneuriat en France, montrent la faible proportion de ces thématiques dans les recherches françaises lisibles à l’international, notamment dans les meilleures revues internationales (Journal of Business Venturing, Entrepreneurship Theory and Practice, Revue Internationale des PME), où la survie et les thèmes qui lui sont voisins ne représentent que 1,6 % des publications répertoriées (thématique 6, figure 11, p. 71; Ucbasaran, Westead et Wright, 2001).

Même si la littérature francophone en entrepreneuriat parle peu de la survie des entreprises, la littérature internationale s’y est intéressée, notamment durant les années 80 et 90. Cependant, malgré nombre de recherches répertoriées, la littérature n’y donne aucune réponse définitive.

Ainsi, un certain paradoxe est à constater qui révèle un manque de connaissances précises sur cette problématique : nombreuses sont les publications centrées sur le succès des petites entreprises nouvellement créées mais leurs résultats varient fortement. Les recherches antérieures sur la question cruciale de la pérennité sont centrées essentiellement sur deux variables qui influencent potentiellement le succès d’une jeune entreprise : l’entrepreneur et les caractéristiques organisationnelles de l’entreprise au démarrage.

6 « Essai sur la nature du commerce en général » ; 1755
7 Seulement 7 travaux doctoraux sur la survie ou sur des sujets concomitants, sur un total de 383 thèses répertoriées entre 1975 et 2005 : Chaibddera, 1976 ; Khoufi, 1995 par exemple.

Les auteurs utilisent des variables spécifiques à ces catégories pour distinguer de façon significative les entreprises qui réussissent de celles qui échouent. Toutefois, expliquer les différences de survie reste une tâche difficile. De nombreuses variables sont utilisées pour produire des modèles prédictifs de la survie, de la croissance et de la performance, mais les résultats de ces recherches demeurent hétérogènes et contradictoires.

Ainsi, il apparaît nettement, au regard des paragraphes précédents, que la survie des entreprises, leur croissance et plus globalement leur succès tant régionaux, nationaux qu’internationaux s’inscrivent de plus en plus dans les préoccupations de notre société (Torrès, 2007) ; et apparaissant comme des thématiques de recherche intéressantes à développer du fait de leur relative absence dans la recherche en entrepreneuriat francophone.

De plus, la recherche française en entrepreneuriat a tendance à privilégier les études qualitatives (14 thèses sur 19 soutenues entre 2004 et 2007 le sont ; Messeghem et Verstraete, 2008). D’autres auteurs comme Lasch et Yami en 2008 ou encore Saporta en 2003 vont d’ailleurs dans ce sens en indiquant une préférence quasi exclusive pour les approches de type qualitatif. C’est en cela que la recherche francophone en entrepreneuriat se détache de son homologue anglo-saxonne, qui n’hésite pas à user des démarches empirico-déductives dans le traitement de leurs questions de recherche. En 2004, Paturel infirme quelque peu ces propos en indiquant dans un travail de sur ce sujet que les recherches quantitatives en entrepreneuriat ne sont pas si absentes, puisque cette méthodologie est souvent employée de manière mixte avec des méthodologies qualitatives.

Néanmoins, tous s’accordent à dire qu’il faut développer dans le champ de la recherche en entrepreneuriat en france les méthodologies quantitatives, qui n’ont été que peu développées jusque-là, amenant l’analyse à prendre une tournure nouvelle.

Il apparaîtra ainsi au cours des chapitres suivants que le développement d’une méthodologie quantitative permettra d’obtenir une vision plus claire de la survie des jeunes entreprises nouvellement créées en France pour trois raisons :

– cette approche n’a pas encore été conduite en France sur un échantillon aussi conséquent (cf. revue de littérature, tableau de synthèse des approches) ;
– cette approche quantitative aura aussi l’avantage d’user une base de données institutionnelle reconnue, mais très peu utilisée par la recherche en sciences de gestion en France (cf. partie 2.4.2) ;
– cette approche permettra, enfin, de prendre en compte un grand nombre de dimensions et de variables, permettant le test d’une modélisation conceptuelle relativement globale correspondant à la survie des entreprises nouvellement créées (cf. partie 4.3).

Ainsi, le travail entrepris sur ce sujet pourra, en définitive, permettre d’affiner la connaissance du tissu entrepreneurial français, et ainsi amener éventuellement les instances publiques et privées à affiner leurs initiatives en direction des jeunes entreprises. Il sera donc nécessaire de tenir compte des différents manques relevés dans les paragraphes précédents, afin de les intégrer dans la présente recherche.

III. Objectifs et problématique de la recherche :

L’objectif principal de ce travail doctoral est de développer un modèle explicatif de la survie des entreprises nouvellement créées dans cinq secteurs de l’économie : services aux entreprises, services aux particuliers, industrie, commerce, et construction.

Afin de tester cette modélisation, nous emploierons des données provenant de l’enquête de l’INSEE8 : SINE 2002. Compte tenu de nos hypothèses de recherche et de l’orientation qui va être prise dans ce travail, nous allons nous placer dans une approche quantitative. Nous adopterons ainsi une démarche positiviste en fonction d’informations collectées à partir d’un échantillon avec un traitement statistique explicatif qui sera explicité au cours du second chapitre de ce document.

L’hétérogénéité des travaux précédents exige une clarification détaillée afin de présenter une analyse complète du problème de la pérennité des jeunes entreprises en France. Nos résultats ciblent une meilleure connaissance de la pérennité à moyen terme (survie à trois ans) des jeunes entreprises.

Il sera également possible par cette approche d’apporter des éléments de réponse concernant certains concepts développés par la discipline de l’économie industrielle, concernant notamment le concept de « Liability of Newness », indiquant que la survie d’une jeune entreprise venant d’être créée dépend durant sa première année de l’environnement dans lequel elle s’est implantée. Les auteurs poursuivent en montrant que la survie de ces jeunes entreprises à trois ans pourrait être influencée cette fois par des caractéristiques plus intrinsèques à l’entreprise comme le profil de l’entrepreneur, les caractéristiques organisationnelles, ou bien les stratégies adoptées durant les trois premières années de vie de l’entreprise.

L’approche comparative, intersectorielle, fournira des résultats spécifiques à chacun des secteurs observés. Les acteurs économiques, notamment ceux impliqués dans les dispositifs d’aide et d’accompagnement apprécieront l’analyse secteur par secteur leur permettant, si nécessaire, d’ajuster les mesures existantes.

8 Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

Cette analyse sectorielle permettra également d’affiner les résultats des recherches antérieures qui ont souvent mené à des travaux multisectoriels sans réelle prise en compte de l’activité des entreprises analysées.

Les développements précédents nous conduisent ainsi à la formulation de la thématique principale de la recherche, qui est la suivante :

« Une approche intersectorielle de la survie des jeunes entreprises en France >»

En résumé, le centrage sur cette thématique aura pour problématiques sous-jacentes :
• d’identifier les facteurs de survie et par extension de succès des jeunes entreprises en France ;
• de mesurer l’impact des facteurs clefs dans différents secteurs et clarifier les questions d’ordre : quels sont les facteurs clefs « universels » ? Quels sont les facteurs clefs spécifiques à chaque secteur ?
• quels sont les facteurs qui impactent sur le développement à moyen terme ?
• quelles sont les implications possibles pour les entrepreneurs et les acteurs économiques à partir des résultats obtenus.

Ces différents constats amènent à nous interroger sur les raisons qui font que certaines entreprises échouent, mais surtout sur les raisons qui font qu’elles réussissent à gagner leur pérennité et, par essence, un élément fondateur du succès escompté.

Sommaire :

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion